Le football, sport le plus populaire de la planète, a connu une évolution significative en ce qui concerne la place des femmes. Initialement un bastion de la virilité masculine, le football féminin a surmonté de nombreux obstacles pour gagner en reconnaissance et en popularité. Cet article explore l'histoire et l'évolution de la place des femmes dans le football, en mettant en évidence les défis rencontrés et les progrès réalisés.
Les Débuts du Football Féminin: Un Sport Réservé aux Hommes
Le football émerge comme discipline sportive durant la deuxième partie du XIXe siècle en Angleterre. Le jeu est alors réservé à une élite sociale exclusivement masculine : les élèves des public schools, établissements d’enseignement privés et non mixtes. C’est entre 1850 et 1900 que le football se diffuse dans les îles Britanniques, se démocratise, se professionnalise et devient un spectacle. Dès la fin des années 1890, des militantes pour l’égalité des sexes commencent à organiser des premières rencontres de football féminin. Cependant, le football se construit comme un véritable fief de la virilité, laquelle s’exprime alors à la fois dans la pratique, dans les tribunes et dans les commentaires médiatiques sur le jeu.
Comme pour beaucoup d’activités sportives, tout commence en Angleterre, dans la très conservatrice Angleterre victorienne. C’est en 1881 qu’eut lieu le premier match officiel de football féminin, à Edimbourg, où onze jeunes écossaises rencontrèrent onze anglaises. En 1895, une aristocrate écossaise féministe et aventureuse, Florence Dixie, fonde l’équipe British Ladies Football Club. Des matchs sont organisés à travers tout le Royaume-Uni et suscitent un réel engouement.
La Première Guerre Mondiale: Un Tournant pour la Féminisation du Football
Sur le continent, où le football masculin s’est implanté depuis la fin des années 1890, la Première Guerre mondiale joue un rôle important dans les débuts de sa féminisation. En effet, le conflit brouille les frontières entre le masculin et le féminin : la violence du champ de bataille malmène la virilité de corps pourtant endurcis par le sport et les travaux de force, tandis que la soi-disant fragilité corporelle des femmes est contredite par leur mobilisation croissante pour l’effort de guerre à l’arrière. La fin du conflit inaugure l’organisation en France des premiers matchs féminins en avril 1918, à l’initiative du club Femina sport, créé cinq ans plus tôt.
En France, le Fémina Sport, fondé en 1912 par deux enseignantes d’éducation physique, est le premier club de football féminin. L’activité se développe dans la région parisienne, surtout dans les milieux populaires. La première rencontre entre françaises et anglaises se joue en 1920 à Manchester.
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L'Offensive Contre le Football Féminin: Une Pratique Marginalisée
Au lendemain de la guerre, les associations sportives masculines, dont les effectifs augmentent considérablement, reprennent à leur compte les discours médicaux, s’inscrivant ainsi dans le contexte conservateur, antiféministe et nataliste de l’époque. Il s’ensuit une véritable offensive contre le football féminin : en décembre 1921, la fédération anglaise de football interdit à ses associations affiliées de soutenir le football féminin. Une année plus tard, la fédération belge l’imite et des journalistes conservateurs font entendre leurs réprobations en France. Le football féminin résiste mais sa pratique est désormais marginale.
Entre 1920 et 1970, le football féminin subit un gros coup d’arrêt : sous des prétextes sanitaires et moraux, les instances footballistiques masculines vont court-circuiter le football féminin. En Angleterre, la Football Association décide en 1921 d’interdire la pratique. Certains médecins pensent que le football peut rendre stérile, voire tuer. Il est conseillé aux femmes de pratiquer des sports plus « féminins », et surtout de le faire dans des endroits « clos et protégés des regards ». Le championnat de France s’arrête en 1933.
Dans le même temps, le football masculin est instrumentalisé par les régimes autoritaires soucieux d’exalter la force conquérante de corps virils et un imaginaire national masculin.
L'Essor du Football Féminin Après la Seconde Guerre Mondiale: Démocratisation et Féminisme
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la démocratisation et la scolarisation du sport féminin favorisent l’essor du football féminin, en particulier dans les pays du bloc communiste. En République fédérale d’Allemagne, la victoire remportée par l’équipe nationale masculine à la coupe du monde de 1954 suscite un nouvel engouement populaire et la création de clubs féminins. Certes moins nombreuses, des rencontres féminines sont également organisées en Angleterre, en Autriche et aux Pays-Bas.
Le renouveau : c’est dans les années 1960-1970 que le football féminin reprend vie. En France, sous l’égide de la FFF, le championnat de France redémarre en 1974-1975, même s’il faut attendre 1984 pour qu’une femme, Marilou Duringer, soit élue au Conseil de la FFF.
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À partir de la seconde vague féministe des années 1970, la dénonciation de la domination masculine et la revendication de l’égalité des sexes et de la libre disposition de leur corps par les femmes, donnent des arguments pour dénoncer le genre du football et renverser les obstacles à sa féminisation. Aussi la question du football féminin est-elle, pour la première fois, débattue lors des sessions de l’assemblée générale de l’Union des associations européennes de football (UEFA) de 1971.
C’est une histoire vraie, et méconnue, que met en lumière Julien Hallard dans son premier long-métrage, Comme des garçons : celle des « filles de Reims », des joueuses amatrices qui permirent, à la fin des années 60, la reconnaissance officielle du football féminin en France. À l’époque, les équipes de football féminines se comptaient sur les doigts d’une main, et la Fédération française de football refusait de délivrer des licences à des femmes.
La Reconnaissance Graduelle par l'UEFA et la FIFA
Dans les années suivantes, et malgré la pesanteur de certains conservatismes, l’UEFA, sous l’impulsion des dirigeants des pays scandinaves, prend des mesures. En 1982, elle crée un championnat d’Europe, dont l’épreuve de 1989, disputée en Allemagne, rencontre un succès populaire. Dans le même temps, celui du football masculin ne cesse de croître, soutenu par une forte médiatisation et commercialisation. Cette visibilité accrue et la starification des joueurs renforcent le caractère viril de ce sport, surtout dans les milieux populaires.
Un tournant décisif a été la création de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA en 1991. Cet événement a marqué une étape cruciale dans l’internationalisation du football féminin. Depuis lors, chaque édition de la Coupe du Monde a attiré un public croissant et a contribué à populariser le sport. Le XXIe siècle a vu des avancées significatives dans la performance et la reconnaissance des équipes féminines, tant au niveau national qu’international.
Le XXIe Siècle: Banalisation et Défis Persistants
Depuis le début du XXIe siècle, le football féminin se banalise. Selon le rapport annuel de l’UEFA pour l’année 2013-2014, le nombre de licenciées a quadruplé en un quart de siècle et dépasse le million dans l’ensemble des associations membres. Le statut de certaines footballeuses s’améliore. En 2011, les joueuses du championnat d'Angleterre obtiennent ainsi un statut semi-professionnel. Cependant, le football féminin commence à peine à être médiatisé et la majorité des joueuses ne sont pas (ou peu) rémunérées. L’arbitrage demeure un bastion masculin et les femmes brillent par leur absence dans les organigrammes des clubs et des organisations nationales ou internationales. Corinne Diacre, première femme à entraîner une équipe professionnelle masculine en France, pourtant élue à la fin de l’année 2015, meilleur.e entraîneur.e de Ligue 2 par l’hebdomadaire France Football, essuie de nombreuses attaques sexistes. Enfin, certains prétendent que le niveau de jeu - malgré ses progrès - ne peut être véritablement comparé à celui des meilleurs joueurs.
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Malgré les progrès impressionnants, le football féminin continue de lutter contre des inégalités notables. L’une des principales préoccupations demeure l’écart salarial important entre les joueuses et leurs homologues masculins. En outre, les conditions de formation et les installations offertes aux équipes féminines restent souvent inférieures à celles des équipes masculines. La couverture médiatique du football féminin a certes augmenté, mais elle demeure insuffisante comparée à celle du football masculin. Un changement majeur viendra de la capacité des médias à promouvoir activement les compétitions et les histoires individuelles des joueuses. Il est aussi essentiel de combattre les stéréotypes et les préjugés qui entourent encore les femmes dans le sport.
L'Avenir du Football Féminin: Projets, Programmes et Perspectives
Pour assurer un avenir radieux au football féminin, divers projets et programmes ont été mis en place. Aussi, les sponsors et les entreprises reconnaissent de plus en plus le potentiel commercial du football féminin. Les institutions sportives, telles que les fédérations nationales et internationales, ont un rôle crucial à jouer. En adoptant des politiques inclusives et équitables, elles peuvent créer un environnement où le football féminin prospère pleinement. D’autre part, les efforts pour standardiser les calendriers des compétitions féminines et masculines garantissent une meilleure exposition simultanée des deux genres.