Chaque année, la Ligue de Football Professionnel (LFP) organise une journée dédiée à la lutte contre l'homophobie en Ligue 1. Cette initiative vise à sensibiliser le public et les acteurs du football à l'importance de l'inclusion et du respect de toutes les orientations sexuelles. Cependant, l'édition récente a été marquée par des controverses, révélant des tensions persistantes et des opinions divergentes au sein du milieu sportif.
Initiatives de la LFP et réactions mitigées
Comme chaque année, la Ligue de football professionnel (LFP) avait préparé un dispositif pour s'associer à la journée internationale de lutte contre l'homophobie. Il a été allégé par rapport à l'an passé, quand le numéro des joueurs était floqué aux couleurs arc-en-ciel.
L'an passé, tous les coaches et capitaines n'avaient pas porté le brassard arc-en-ciel, et certains coaches s'étaient interrogés sur le bien-fondé de cette journée spéciale, comme Éric Roy et Bruno Genesio, mais dimanche soir, tous les arbitres, entraîneurs et délégués ont porté un brassard spécial.
Cette année, la LFP a opté pour un badge aux couleurs de l'arc-en-ciel, symbole de la fierté LGBTQ+, porté par les joueurs sur leur maillot. Si cette initiative a été saluée par certains comme un pas dans la bonne direction, d'autres l'ont perçue comme un recul par rapport aux actions plus visibles des années précédentes, comme le flocage des numéros de joueurs aux couleurs arc-en-ciel. Alix Chosson dit "regretter énormément" cette nouvelle communication sur le sujet, "parce que clairement pour nous c'est un retour en arrière après dix années d'avancée tant en termes de visibilité que d'actions sur le terrain, fustige-t-elle. "Pour nous c'est un rétropédalage sur le sujet, regrette Alix Chosson. Un sujet sur lequel la Ligue de football professionnel et le championnat français faisaient figure de précurseur puisqu'on était le seul championnat pro à avoir ce type de journée avec ce symbole fort et ces numéros".
Boycotts et contestations individuelles
Malgré les efforts de la LFP, la journée a été marquée par des actes de contestation de la part de certains joueurs. À l'instar des Parisiens Idrissa Gueye et Abdou Diallo avant eux, les Toulousains Zakaria Aboukhlal, Moussa Diarra et Saïd Hamulic et le Nantais Mostafa Mohamed avaient boycotté la journée en 2023.
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Cette année, un certain nombre de joueurs ont refusé de porter le badge en faveur de la lutte contre l’homophobie, voire de ne pas jouer du tout. Comme l’an passé, des joueurs, sous couvert d’opinion personnelle ou croyance religieuse, se sont désolidarisés de la journée de Ligue 1 dédiée à la lutte contre l’homophobie.
L'attaquant égyptien du FC Nantes, Mostafa Mohamed, a réitéré son refus de participer à cette journée, invoquant des « convictions religieuses ». Le FC Nantes va infliger, une nouvelle fois, une simple amende à son joueur Mostafa Mohamed. L’attaquant égyptien, « par convictions religieuses » refuse de disputer le match contre Montpellier, samedi, à l’occasion de la dernière journée de Ligue 1, durant laquelle la LFP mène une campagne de lutte contre l’homophobie.
De même, le milieu monégasque Mohamed Camara a joué, mais en masquant ce badge et en se tenant loin de la photo officielle avec les 21 autres joueurs. Mohamed Camara n'a pas posé pour la photo protocolaire au stade Louis-II. Il s'étirait de son côté. Le milieu malien avait dissimulé le badge sous du sparadrap. Ces gestes ont suscité l'indignation de nombreuses associations et observateurs, qui y voient un manque de respect envers la communauté LGBTQ+ et une remise en question des valeurs d'inclusion prônées par le football.
Réactions et sanctions
Ces boycotts et contestations ont provoqué de vives réactions au sein du monde du football et de la société civile. Julien Pontes, porte-parole du collectif Rouge Direct, œuvrant contre l’homophobie dans le sport, est monté au créneau pour dénoncer ces actes. Il a notamment critiqué l'AS Monaco pour avoir laissé jouer Mohamed Camara malgré son refus ostensible de s'associer à la démarche de lutte contre l'homophobie.
La commission de discipline de la LFP envisage d’ouvrir des enquêtes, ce lundi 19 mai, à l’encontre de plusieurs joueurs dont le comportement, lors de la journée dédiée à la lutte contre l’homophobie, a suscité la controverse. Nemanja Matic, milieu de terrain de l’Olympique Lyonnais, et Ahmed Hassan, joueur du Havre, ont été aperçus avec du sparadrap recouvrant le logo aux couleurs arc-en-ciel apposé sur leur manche, ce geste a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Jonathan Gradit, défenseur du RC Lens, devra également s’expliquer. Selon, L’Équipe, il aurait émis des propos déplacés dans le vestiaire en lien avec cette initiative. Son club a indiqué "avoir échangé avec lui dès dimanche". "Le RC Lens, très à cheval sur le respect au sens large, et le joueur, qui souhaitait s’excuser de manière concrète, sincère et proactive, ont acté le retrait de sa prime d’éthique.
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Si le FC Nantes a annoncé une sanction financière à l'encontre de Mostafa Mohamed, la LFP n'a pas prévu de sanctionner les joueurs réticents, préférant ne pas dramatiser une situation qu'elle considère comme étant en voie de normalisation. Cette position a été critiquée par certains, qui estiment qu'elle envoie un mauvais signal et affaiblit la portée symbolique de la journée de lutte contre l'homophobie.
L'homophobie persiste dans le football
Ces incidents mettent en lumière la persistance de l'homophobie dans le milieu du football. Le signe que les comportements homophobes sont encore bien présents dans le football, alors qu’aucun joueur français en activité n’a encore fait son coming-out. « S’il y a des joueurs homosexuels, ils se cachent, déplore Jonathan Clauss dans une interview à L’Equipe. On n’ose pas en discuter parce que les gens sont égoïstes. Tant que ça ne les concerne pas, ils ne se mettent pas à la place des autres. »
L’international français, qui peut espérer une qualification directe en Ligue des champions avec les Aiglons au terme de cette dernière journée, appelle à davantage de sensibilisation, et notamment chez les jeunes. « Sensibiliser un groupe pro, c’est presque déjà trop tard, explique Clauss. C’est très compliqué de faire changer les mentalités, car pour la plupart des joueurs, le monde, c’est un homme avec une femme.
Malgré les campagnes de sensibilisation et les initiatives de la LFP, les mentalités évoluent lentement, et les comportements homophobes restent fréquents dans les tribunes et sur les réseaux sociaux. Des chants homophobes avaient entaché la rencontre l'OM et Lens en avril.
Actions en justice contre la LFP et les diffuseurs
Face à la persistance de ces comportements, des associations de lutte contre l'homophobie ont décidé de porter plainte contre la LFP et les diffuseurs de la Ligue 1, tels qu'Amazon Prime et DAZN. « Stop Homophobie », « Mousse » et « Familles LGBT », trois associations de lutte contre l'homophobie, ont déposé plainte lundi matin pour injures et incitations à la haine homophobe contre la LFP, Amazon Prime et DAZN en raison de la rediffusion de chants homophobes tenus lors de matches de Ligue 1.
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Ces associations reprochent aux détenteurs des droits de la Ligue 1 pendant l'année 2024, et à l'organisateur du Championnat, de diffuser, en replay, des matches pendant lesquels des supporters ont tenu des propos homophobes, à travers des chants ou des cris. « Nombreux sont les chants homophobes qui se font entendre depuis les tribunes lors des matches de la Ligue 1, sans faire l'objet d'aucune sanction. Or, les matches de Ligue 1 sont retransmis à des millions de téléspectateurs en France. La diffusion de ces matches conduit donc à propager explicitement des propos homophobes à ces millions de Français », indiquent les associations.
Elles estiment que la diffusion de ces chants homophobes constitue une incitation à la haine et à la violence envers les personnes LGBTQ+. Me Étienne Deshoulières, avocat des associations Stop Homophobie, Mousse et Familles LGBT, explique que la Ligue est « complice ». « Étant donné que la LFP transmet les contenus vidéos à la fin du match, pour qu'ils soient mis en ligne sur leur plateforme, cela constitue pour nous un acte de complicité de la diffusion des chants homophobes sur les replays. C'est la raison pour laquelle nous attaquons également la LFP. »
Nécessité d'une action continue et concertée
Le bilan de la journée de lutte contre l'homophobie en Ligue 1 est donc contrasté. Si elle a permis de sensibiliser le public à la question de l'inclusion, elle a également révélé les tensions et les résistances qui persistent au sein du milieu du football.
Pour faire reculer l'homophobie dans le football, il est nécessaire de mettre en place une action continue et concertée, impliquant tous les acteurs : la LFP, les clubs, les joueurs, les supporters, les associations et les pouvoirs publics.
Il faut que les sanctions soient proportionnées. Par exemple, dans le cas de Mostafa Mohamed, c’est un récidiviste. Il faut qu’il prenne encore plus cher. La sanction n’est pas un drame. Il est essentiel de renforcer la prévention et la sensibilisation, notamment auprès des jeunes joueurs, afin de faire évoluer les mentalités et de promouvoir le respect de toutes les orientations sexuelles. Il est également important de sanctionner fermement les comportements homophobes, afin d'envoyer un message clair de tolérance zéro.
Jonathan Clauss explique qu’aborder la question de l’homosexualité dans le milieu du football est mal vu : « Certains joueurs ne veulent pas entendre parler d’homosexualité et se disent : "Si j’accepte, on va penser que…". Mais moi je m’en fiche complètement, je n’ai aucun problème avec ma sexualité, je ne comprends pas que la vie des autres nous impacte alors qu’elle ne nous regarde pas. »
Jeff Puech, cofondateur de la Fondation sport inclusif, souligne que « Les prises de conscience, ça ne se fait pas en un jour, et puis en France, la LFP est la seule à faire quelque chose ».
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