L'histoire du hockey féminin : Des pionnières à la professionnalisation

Le hockey sur glace féminin, bien que longtemps éclipsé par son homologue masculin, possède une histoire riche et captivante, marquée par la persévérance de joueuses passionnées et la lutte contre les préjugés. Des premiers matchs informels aux ligues professionnelles modernes, le hockey féminin a parcouru un long chemin, pavé d'obstacles mais aussi de succès retentissants.

Les origines du hockey féminin

L'histoire du hockey sur glace féminin en France remonte au début du XXe siècle. En 1908, un premier match féminin est disputé à Paris, en lever de rideau d'une rencontre masculine, pour l'attribution du « Challenge Savoye ». Ces pionnières, souvent des patineuses artistiques en quête de sensations fortes, s'affrontent sur la patinoire du Pôle-Nord.

Au Canada, à la fin du XIXe siècle, le hockey sur glace prend son essor. Rapidement, ce sport s'exporte à l'étranger. Cependant, le hockey sur glace féminin se développe surtout outre-Atlantique. En 1916, George Kennedy, directeur général des Canadiens de Montréal, souligne l'engouement du public pour les joueuses de la Eastern Ladies Hockey League de Montréal, surpassant même l'intérêt pour les joueurs masculins. Albertine Lapensée, une jeune prodige de 16 ans, devient la star du moment, marquant 150 des 226 buts de son équipe, les Victorias de Cornwall, lors de la saison 1916-1917.

L'entre-deux-guerres : Premiers championnats et interruption

En France, le premier championnat national féminin de hockey sur glace est organisé à Megève en 1932. L'équipe « Droit au but » remporte le titre de championne de France en 1933 et 1934, en battant les « Flèches noires ». Cependant, la Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement cette dynamique, obligeant les athlètes à ranger leurs crosses et leurs palets.

Après la guerre, contrairement à leurs homologues masculins, les hockeyeuses ne reprennent pas le chemin des patinoires. Le hockey sur glace féminin, considéré comme prématuré dans une époque encore misogyne, s'éteint.

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La renaissance du hockey féminin en France

Il faut attendre les années 1970 pour que le hockey sur glace féminin renaisse de ses cendres en France, notamment à Villard-de-Lans, où deux équipes de filles se forment : les « Panthères roses » et les « Cosmos ». La concurrence entre ces équipes est forte, chacune ayant son propre bar et ses supporters.

Dans les années 1980, la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG) impose un règlement misogyne qui pousse de nombreuses filles à se tourner vers la ringuette, un dérivé du hockey. Cependant, la bataille juridique menée par Angela Lezziero, une jeune hockeyeuse alsacienne, permet de faire évoluer les mentalités. En 1985, elle obtient gain de cause devant le Conseil d'État, levant ainsi l'interdiction pour les filles de pratiquer le hockey sur glace.

L'essor du hockey féminin à l'international

La fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle marquent un tournant pour le hockey féminin à l'échelle internationale. En 1990, le premier championnat du monde féminin officiel est organisé à Ottawa, au Canada. Le Canada s'impose comme une nation fondatrice et souveraine, tandis que les États-Unis capitalisent sur le développement du hockey féminin dans le système universitaire américain.

En 1998, le hockey sur glace féminin devient une discipline olympique aux Jeux de Nagano. Le Canada, favori, est battu par les États-Unis, qui remportent le premier titre olympique de l'histoire du hockey féminin.

Hayley Wickenheiser, une joueuse canadienne d'exception, marque l'histoire du hockey féminin. Elle participe aux Jeux olympiques d'été en softball et d'hiver en hockey, et devient la première femme à jouer dans une ligue masculine professionnelle en Finlande.

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L'équipe de France féminine : De l'ombre à la lumière

L'équipe de France féminine de hockey sur glace connaît une progression constante au fil des années. En avril 2019, elle se qualifie pour la première fois de son histoire pour le Championnat du monde élite.

Marion Allemoz, capitaine emblématique des Bleues, témoigne de l'évolution du hockey féminin en France : « J'ai commencé à pratiquer le hockey à 4 ans au club de Chambéry, parce que j'ai suivi mes deux grands frères et mes deux grandes sœurs qui y jouaient ». Elle souligne l'importance de la mixité dans les clubs, qui permet aux filles de progresser aux côtés des garçons jusqu'à un certain âge.

Luc Tardif, président de la Fédération française de hockey sur glace (FFHG) depuis 2006, a joué un rôle clé dans le développement du hockey féminin en France. Il a mis en place des structures pour favoriser l'accueil des filles dans les clubs, la formation des encadrants et la création d'un pôle France à Chambéry.

La professionnalisation du hockey féminin

Longtemps, le manque d'une grande ligue professionnelle a constitué un frein au développement du hockey féminin. Plusieurs ligues se sont succédées sans parvenir à s'inscrire dans un cadre professionnel durable.

En 2023, la création de la Professional Women's Hockey League (PWHL), sous l'impulsion des hockeyeuses canadiennes et américaines, marque une étape décisive. Cette ligue professionnelle, qui a débuté ses activités le 1er janvier 2024, offre un meilleur cadre de vie aux joueuses et contribue à renforcer le standing du hockey féminin.

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La PWHL compte six équipes, dont trois américaines (Boston, Minnesota, New York) et trois canadiennes (Montréal, Ottawa, Toronto). La Française Chloé Aurard, qui évolue au sein de la franchise new-yorkaise, est entrée dans l'histoire en participant à cette première ligue professionnelle nord-américaine.

Chloé Aurard : Une Française en PWHL

Chloé Aurard, originaire de Villard-de-Lans, a commencé à patiner à l'âge de trois ans. Après avoir évolué aux États-Unis en ligue universitaire, elle a été draftée par la franchise de New York.

Lors du match de lancement de la PWHL, le 1er janvier 2024, Chloé Aurard a réalisé des débuts rêvés, délivrant deux passes décisives lors de la victoire de son équipe. « C’était une première rencontre hors du commun », a-t-elle déclaré. « Collectivement, on écrit l’histoire du sport féminin. Et ce n’est que le début ».

Chloé Aurard espère ouvrir la voie à d'autres joueuses françaises et participer aux Jeux olympiques de 2026.

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