Les joueuses de volley-ball turques, surnommées affectueusement les "Filenin Sultanları" ou "Sultanes du filet", sont bien plus que de simples athlètes. Elles incarnent la force, la fierté et la modernité de la Turquie. Redoutées pour leur férocité sur le terrain, elles ont conquis le cœur du public et se sont hissées au sommet du volley-ball mondial. Leur popularité transcende le sport, faisant d'elles des figures emblématiques dans le débat public et des symboles de la liberté féminine.
Ascensions Sportives et Reconnaissance Internationale
L'équipe nationale féminine de volley-ball de Turquie a connu une ascension fulgurante ces dernières années. En 2023, elles ont cumulé les titres de championne d'Europe et de la Ligue des Nations, éliminant notamment les Françaises en premier tour de cette compétition. Le 1er août, les volleyeuses turques ont battu la République dominicaine 3 à 1 aux Jeux olympiques de Paris, franchissant un nouveau tour de qualification. Elles ont également atteint les quarts de finale des Jeux olympiques de Tokyo et ont décroché la troisième place du championnat d’Europe grâce à leur victoire sur les Pays-Bas, le 4 septembre.
Leur succès est dû à une combinaison de talent, de travail acharné et d'esprit d'équipe. Leur pays, qui s’est hissé au premier rang mondial en volley-ball, doit beaucoup aux attaques imparables et à la défense impénétrable de ses volleyeuses. Certaines joueuses, telles que Melissa Vargas, Zehra Günes et Eda Erdem, sont particulièrement saluées pour leurs performances exceptionnelles.
Melissa Vargas : Une Force de la Nature Naturalisée
Naturalisée Turque en 2021, l’attaquante cubaine Melissa Vargas est une pièce maîtresse de l'équipe. Elle a reçu sa carte d'identité des mains du président Erdogan lui-même, soulignant son importance pour le pays. Régulièrement célébrée pour sa précision et son endurance, elle est pour beaucoup dans les succès de l’équipe.
Ebrar Karakurt : Symbole de la Laïcité et de la Liberté
Ebrar Karakurt, l’attaquante au crâne rasé, est une figure emblématique de l'équipe. Elle est particulièrement visée par les conservateurs en raison de son homosexualité. Après Tokyo, elle multiplie les ripostes ironiques et les provocations en ligne. En pleine compétition, elle avait moqué un internaute, qui lui avait lancé, « en tant que turc musulman nous te tolérons, Karakurt avait posté un « lâche l’affaire Abdülhamid ». Ces athlètes dessinent, aux yeux des Turcs, une fémininité conquérante et guerrière. Elles occupent l’espace, sur le terrain comme dans les esprits. «Les filles d’Atatürk», comme certains les surnomment en hommage au fondateur de la République turque laïque, sont de celles, rares, qui peuvent préserver une certaine idée de la liberté des femmes.
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Les "Sultanes du Filet" : Plus que de Simples Athlètes
La popularité des sultanes du filet ne tient pas qu’à leur jeu. Les volleyeuses turques se sont aussi taillé une place dans le débat public par les nombreuses critiques que leur adressent les conservateurs.
L’offensive est venue d’Ihsan Senocak, influent théologien, alors que les volleyeuses venaient de battre la Chine, alors championne du monde en titre, aux JO de Tokyo, en 2021. Des déclarations qui ont trouvé un écho indéniable chez les Turcs conservateurs, mais déclenché la colère des laïcs et libéraux, et provoqué des salves de réponses de la presse d’opposition. En 2023, les joueuses de l'équipe de Malatya, au centre du pays, ont été violemment agressées après un match dans la très conservatrice ville du Sud, Adana. Ciblées par des injures et des jets de bouteille, plusieurs athlètes ont été blessées. En réponse à ces violences, comme aux autres, les sultanes du filet n’ont eu de cesse de revendiquer leur liberté. De jouer au volley, mais aussi de vivre leur vie comme elles l’entendent.
Le Volley-Ball Féminin : Un Mouvement Mondial en Expansion
Le succès des volleyeuses turques s'inscrit dans un contexte de développement mondial du volley-ball féminin. Aux États-Unis, la League One Volleyball (LOVB) ambitionne de devenir la "NBA du volley féminin", attirant des investissements massifs et des joueuses de renom. Cette nouvelle ligue professionnelle offre des salaires attractifs et un niveau de jeu élevé, attirant des joueuses du monde entier, comme Christina Bauer, ancienne capitaine de l'équipe de France.
La création de ligues professionnelles comme la LOVB, l'Athletes Unlimited Pro Volleyball et la Pro Volleyball Federation témoigne de la professionnalisation croissante du volley-ball. Ces ligues offrent aux joueurs et joueuses des opportunités de carrière stables et des conditions de travail améliorées. L'investissement de personnalités du monde du sport, comme Billie Jean King et Kevin Durant, souligne le potentiel de croissance et de développement du volley-ball professionnel. Ces ligues contribuent à structurer le sport, à attirer des sponsors et à augmenter la visibilité du volley-ball auprès du grand public.
Figures Emblématiques du Volley-Ball : Inspiration et Excellence
Le monde du volley-ball est constellé de figures marquantes, des athlètes dont le talent et la détermination illuminent les terrains et inspirent des générations. Karch Kiraly, par exemple, est connu pour ses performances exceptionnelles tant en salle qu'en beach volleyball. La joueuse italienne Paola Egonu est également une figure emblématique, reconnue pour sa puissance, sa grâce et son engagement.
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L'Héritage des "Sorcières de l'Orient" : Un Modèle de Détermination
Dans les années 1960, l'équipe féminine de volley-ball du Japon, surnommée les "Sorcières de l'Orient", a marqué l'histoire du sport. Composée d'ouvrières, cette équipe s'est hissée au sommet du volley mondial au prix d'un entraînement intensif. Leur parcours est intimement lié au renouveau japonais après la Seconde Guerre mondiale, symbolisant l'effort collectif national de reconstruction.
Lorsque Nichibo, l’un des grands groupes de textile japonais, met en place son équipe de volley-ball, il sollicite Daimatsu Hirobumi pour entraîner les ouvrières. Après le travail, les joueuses doivent s’entraîner trois fois plus que leurs homologues soviétiques pour rattraper leur retard. En dehors des frontières japonaises, les images de cette préparation intense étonnent voire choquent. Pourtant, les joueuses reconnaissantes défendent aujourd’hui encore leur entraîneur devant la caméra de Julien Faraut. Certaines allant même jusqu’à le considérer comme un père de substitution.
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