Le 22 mai 2010, au stade Santiago-Bernabeu de Madrid, l’Inter Milan a gravé son nom dans l'histoire du football en triomphant du Bayern Munich (2-0) en finale de la Ligue des champions. Mais l’Inter Milan et la Coupe d’Europe, c’est une vieille histoire d’amour. Forte d'un passé glorieux, l'Inter avait déjà remporté le trophée à deux reprises dans les années 1960 (1964 et 1965) et disputé deux autres finales (1967 et 1972). Cependant, le club avait ensuite laissé la Juventus et l’AC Milan dominer la scène européenne. Mise à part une demi-finale en 2003 (face à l’AC Milan), c’est en 2010 seulement que l’Inter revient vraiment sur le devant de la scène de la Ligue des champions. Cet article explore en profondeur l'épopée de cette équipe emblématique, de sa composition à son parcours victorieux, en passant par les figures clés qui ont façonné son succès.
Une Équipe Forgée par Mourinho
L’Inter 2010 est avant tout une équipe forgée par le Portugais José Mourinho depuis deux ans, avec des joueurs d’expérience. Arrivé en 2008, José Mourinho prend les rênes d’un Inter Milan mené au sommet Italien par Roberto Mancini. Pour sa première saison, le Special One fait le doublé Coupe/Championnat. Pas mal.
Composition de l'équipe
L'effectif de l'Inter Milan en 2010 était un mélange de jeunesse et d'expérience, avec des joueurs de différentes nationalités apportant chacun leurs compétences uniques. Parmi les figures emblématiques, on retrouvait :
- Gardiens de but : Júlio César, Toldo
- Défenseurs : Maicon, Lúcio, Samuel, Chivu, Córdoba, Materazzi, Zanetti
- Milieux de terrain : Cambiasso, Sneijder, Stanković, Thiago Motta, Muntari, Vieira, Mancini
- Attaquants : Eto’o, Milito, Pandev, Ibrahimovic
Voici une liste plus détaillée de l'effectif, incluant les dates de naissance, tailles, pieds préférés et valeurs marchandes estimées (ces dernières pouvant refléter des estimations de l'époque) :
- Júlio César: Né le 3 septembre 1979 (31 ans), 1,86m, Gauche, Arrivé le 1 janv. 2005, Valeur: 19,00 mio.
- Toldo: Né le 2 déc. 1971 (38 ans).
- Maicon: Né le 26 juil. 1981 (29 ans), 1,85m, Droit, Arrivé le 12 juil. 2006, Valeur: 24,50 mio.
- Lúcio: Né le 8 mai 1978 (33 ans), 1,88m, Droit, Arrivé le 16 juil. 2009, Valeur: 9,00 mio.
- Samuel: Né le 23 mars 1978 (33 ans), 1,83m, Gauche, Arrivé le 1 août 2005, Valeur: 11,00 mio.
- Chivu: Né le 26 oct. 1980 (30 ans), 1,84m, Gauche, Arrivé le 1 juil. 2007, Valeur: 13,00 mio.
- Córdoba: Né le 3 août 1976 (34 ans).
- Materazzi: Né le 19 août 1973 (37 ans).
- Zanetti: Né le 10 août 1973 (37 ans), 1,78m, Droit, Arrivé le 1 juil. 1995, Valeur: 4,50 mio.
- Cambiasso: Né le 18 août 1980 (30 ans), 1,77m, Gauche, Arrivé le 1 juil. 2004, Valeur: 24,00 mio.
- Sneijder: Né le 9 juin 1984 (27 ans), 1,70m, Ambidextre, Arrivé le 29 août 2009, Valeur: 40,00 mio.
- Stanković: Né le 16 févr. 1978 (33 ans).
- Thiago Motta: Né le 28 août 1982 (28 ans), 1,87m, Gauche, Arrivé le 1 juil. 2009, Valeur: 15,00 mio.
- Muntari: Né le 27 août 1984 (26 ans), 1,79m, Gauche, Arrivé le 28 juil. 2008, Valeur: 8,00 mio.
- Vieira: Né le 23 juin 1976 (34 ans).
- Mancini: Né le 2 oct. 1980 (30 ans).
- Eto’o: Né le 10 mars 1981 (30 ans), 1,80m, Ambidextre, Arrivé le 27 juil. 2009, Valeur: 42,00 mio.
- Milito: Né le 12 juin 1979 (32 ans), 1,83m, Droit, Arrivé le 1 juil. 2009, Valeur: 17,00 mio.
- Pandev: Né le 27 juil. 1983 (27 ans), 1,84m, Gauche, Arrivé le 4 janv. 2010, Valeur: 12,50 mio.
En août 2009, l’équipe de l’Inter se présentait en favorite de la Série A, mais personne n’imaginait qu’elle réaliserait le fameux triplé magique.
Une tactique pragmatique
Une équipe de baroudeurs qui ne s’embarrassent pas spécialement de beau jeu comme lors de la qualification en demi-finale face au FC Barcelone (3-1, 0-1). « Les gens disent que nous avons garé le bus (devant le but) mais ce n’est pas vrai. Nous avons garé l’avion », lâchait, sarcastique, José Mourinho en conférence de presse après la qualification acquise dans la douleur au Camp Nou. Cette finale, le samedi 22 mai 2010, contre le Bayern Munich à Madrid, l’Inter l’a préparée avec la minutie habituelle de José Mourinho. Peu importe que le match soit décevant en termes de spectacle, posséder le ballon n’est pas gagner. La recette est simple : défense en béton, milieu de terrain en fer, attaque en feu. L’Inter laisse donc le contrôle du ballon au Bayern de Louis Van Gaal, et place des contres avec le trio offensif Sneijder-Eto’o-Milito.
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Le Parcours Épique en Ligue des Champions
Assez facile en championnat, l’Inter a mis du temps à trouver son vrai rythme sur la scène Européenne. Une fois sortis de la phase de poules, les joueurs de Mourinho sont inarrêtables.
Huitièmes de finale : Chelsea
En 8èmes de finale, ils éliminent Chelsea, le champion d’Angleterre. Drogba se souvient encore des plaquages de Lucio et Samuel.
Quarts de finale : CSKA Moscou
En quarts, c’est le champion Russe CSKA Moscou qui se fait éjecter facilement.
Demi-finale : FC Barcelone
La demi-finale oppose à l’Inter le Barca de Guardiola, champion d’Espagne et d’Europe en titre. Mourinho ne peut pas sentir le catalan, ni son club, ni ses joueurs. Pour les battre, il met en place une tactique de survie, avec une équipe prête à tout endurer. Les joueurs sont à leur meilleur niveau, chacun excelle dans son domaine. Pendant le match aller, Eto’o jouera plus arrière-droit qu’attaquant. Maicon parcourera à peu près 500 kilomètres et Zanetti récupérera environ 400 ballons. Vainqueurs 3 à 1 à domicile, le retour s’annonce bouillant au Camp Nou. Dès la première mi-temps, les espagnols font bien comprendre qu’ils pratiqueront toute sorte de simulations ou de techniques honteuses pour arriver à leurs fins, comme en témoigne Busquets réussissant à faire expluser Tiago Motta en simulant très grossièrement. Malgré tout, et grâce à un Julio César divin, l’Inter ne perd que 0-1 et accède à la finale.
Finale : Bayern Munich
C’est le Bayern Munich, champion d’Allemagne, qui se présente en finale. On les dit imbattables, ultra-dominateurs, Allemands. Les gens disent beaucoup de choses… En 90 minutes, les bavarois ne font que courir après le ballon, admirer la classe de Sneijder et s’incliner devant Diego Milito, le petit prince, double buteur.
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Composition des équipes lors de la finale :
- INTER MILAN : 12. Júlio César - 13. Maicon, 6. Lúcio, 25. Samuel, 26. Chivu (Stankovic 68e) - 4. Zanetti (cap), 19. Cambiasso, 10. Sneijder - 9. Eto’o, 22. Milito (Materazzi 92e), 27.
- BAYERN MUNICH : 22. Butt - 21. Lahm, 5. Van Buyten, 6. Demichelis, 28. Badstuber - 10. Robben, 17. Van Bommel (cap), 31. Schweinsteiger, 8. Hamit Altıntop (Klose 63e) - 11. Olić (Gomez 74e), 25.
Le Sacre de Diego Milito
L’Argentin Diego Milito, un bon attaquant sans plus à Saragosse et au Genoa, arrivé en Lombardie à l’été 2009 et jusque-là discret, fait de cette finale son jour de gloire. Le Bayern, privé de Franck Ribéry suspendu après avoir été expulsé en demi-finale, compte sur Arjen Robben mais les quelques déboulés du Néerlandais n’inquiètent guère la défense nerazzuri, pas plus que les tentatives du jeune Thomas Muller. Les Italiens attendent assez tranquillement le bon moment pour finir le boulot : Diego Milito à la 70e minute se joue une nouvelle fois de Van Buyten pour signer un doublé décisif (2-0). Comme Mourinho l’avait envisagé, il suffisait à l’Inter de ne pas prendre de buts et d’en marquer un, ou deux, pour gagner.
L'Héritage de Mourinho
Élève de Louis Van Gaal à la fin des années 1990 au FC Barcelone, José Mourinho a dépassé le maître. Vainqueur de sa deuxième Ligue des champions avec deux clubs différents comme Ernst Happel (Feyenoord 1970, Hambourg 1983) et Ottmar Hitzfeld (Dortmund 1997, Bayern 2001) avant lui, il est celui qui transforme en or tout ce qu’il touche. « L’Inter a une histoire pleine de succès, mais qui remontent à loin, dit-il. José Mourinho retrouve la Coupe d’Europe qu’il avait déjà remportée avec le FC Porto en 2004. Mais lendemain de la victoire intériste a un goût étrange. Mais Mourinho, lui, n’est pas là. Il est resté à Madrid pour discuter avec la direction du Real en vue de son embauche… Massimo Moratti, dont le père était le président de l’Inter des années 1960, est amer : « Malgré tout, j’ai encore beaucoup d’affection pour Mourinho. Disons les choses ainsi : il s’est comporté comme un mari qui trompe sa femme, mais qui ne veut pas la faire souffrir. Il n’a pas eu le courage de le lui dire et s’est échappé par la fenêtre. » Volontiers cynique, José Mourinho savait que son équipe ne pouvait pas durer, du fait de l’âge de ses joueurs majeurs, ni faire mieux.
Pourquoi l'Inter Milan 2010 est-elle si spéciale ?
En plus du palmarès, c’est la surprise de voir une équipe à un tel niveau qui rend cette Inter la plus belle. Des joueurs se révélant immenses, un parcours à sortir à chaque tour les champions des grands championnats, une cohésion naturelle, des hommes forts à tous les postes, un entraineur fou, une rage de vaincre, et l’orgueil d’un club Italien. Aucun autre n’aura réussi à nous faire passer du doute à chaque début de match (« ça semble compliqué, ils ne vont pas le faire »), à autant de confiance au coup de sifflet final (« comment ai-je pu douter ? L’Inter 2010 aura été l’emblème de ce que produit de mieux l’Italie. De l’honneur, du collectif, de l’orgueil. Du talent, et une envie de gagner. Arrêtons avec Arsenal 2004 et le Barça de la fin des années 2000, s’il vous plait. Ces deux équipes si faciles à supporter et si insipides. A-t-on déjà vibré devant un match de Barcelone ? Devant une rencontre d’Arsenal ? Ha ça, pour faire tourner le ballon, il y a du monde. Pour mettre en transe Stéphane Guy ou Christian Jeanpierre, on tient deux musts. Mais comment peut-on insulter le football au point d’ériger ces deux équipes parmi les plus grandes de l’histoire ? Alors oui, Arsenal a bouclé une saison sans défaite en Premier League cette année 2004. Oui, le Barça aura fait le plein de titres avec un quintuplé rarissime en 2009. Oublions Arsenal, si vous le voulez bien, nous n’avons pas de temps à perdre, et concentrons-nous sur le Barça. Sûrement une des périodes les plus affreuses du football moderne, avec autant de suspens qu’un mauvais épisode de Julie Lescaut (oui, c’est un pléonasme). C’est simple, dès la 5ème minute, on connait le coupable, on sait que le Barça va gagner. Un Busquets monstrueux d’anti-jeu, un Messi insolent de talent, un Guardiola arrogant et une équipe de petits hommes aux schémas automatisés. Aucune création. Aucun frisson. Le tout accompagné par un arbitrage souvent très favorable, de quoi dégoûter les amoureux du romantisme footballistique. Alors quoi ? Le Milan des années 90 ? Trop simple, et surtout trop évident. L’Ajax de Rinus Michel ? Trop classique. Après plusieurs jours de réflexion et des discussions avec des amateurs de tous championnats, la révélation est venue de l’honorable Paul Focki. Pourquoi n’y avons-nous pas pensé avant ? L’Inter Milan 2010 version Mourinho. Quelle autre équipe pouvait réunir autant de folie, de romantisme, de bons joueurs et de titres ? Procurer autant de frisson et créer une telle surprise, tout en balayant les meilleures équipes du moment ?
Un mercato d'anthologie
À l’intersaison, le club réalise un mercato d’anthologie : Ibrahimovic contre Eto’o plus 46 millions d’euros, Des millions qui seront utilisés pour embaucher Lucio, Diego Milito et Wesley Sneijder. Rien que ça.
Un esprit collectif hors du commun
Une machine de guerre. Et pas simplement 11 joueurs, mais tout un groupe soudé par un esprit collectif jamais vu, jamais atteint jusque-là. Sur le banc, des vieux briscards connaissant la Série A la Champions’ League comme leur poche : Cordoba, Materazzi, Pandev, Vieira, Mancini, Chivu…
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