Les inégalités entre les femmes et les hommes persistent dans tous les aspects de la société, y compris le sport. Le football féminin, en particulier, est marqué par des disparités significatives en termes de salaires, de couverture médiatique, de sponsoring et de représentation aux postes de direction. Cet article vise à examiner ces inégalités à travers des statistiques révélatrices et à explorer les initiatives mises en place pour promouvoir l'égalité dans ce domaine.
Un aperçu des inégalités persistantes
Inégalités salariales et sponsoring
Les inégalités salariales touchent les femmes dans tous les secteurs, et le monde du sport n’échappe pas à cette réalité. En 2020, une étude de Forbes a révélé une statistique choquante : parmi les 100 athlètes les mieux payés au monde, seulement deux étaient des femmes, Naomi Osaka et Serena Williams. Le salaire annuel des joueuses en France serait plus de 26 fois inférieur à celui des joueurs, un rapport qui monte même à 43 en Allemagne et 113 en Angleterre.
Le sponsoring, crucial pour la carrière d’un athlète, est également inégal. Cette sous-représentation affecte non seulement la visibilité des athlètes féminines mais aussi leurs opportunités de sponsoring et de rémunération. Les athlètes masculins bénéficient d’une attention médiatique plus importante, ce qui se traduit par un nombre plus élevé de contrats de sponsoring. La tenniswoman Serena Williams, malgré son palmarès impressionnant, a longtemps gagné moins en contrats de sponsoring que ses collègues masculins moins titrés.
Couverture médiatique et visibilité
Pour ce qui est de la couverture médiatique, les femmes ne sont pas mieux loties. Seulement 4 % du contenu médiatique sportif est consacré aux femmes. Aussi la diffusion du foot féminin comme celle d’autres disciplines est inégale : la part du sport masculin est 16 fois plus élevée que celle concernant le sport exclusivement féminin sur la période 2018 - 2021.
Sur la période entre 2018 et 2021, le volume horaire de sport masculin est seize fois plus élevé que celui du sport féminin. En moyenne, la part du sport masculin était de 71,5 % contre 4,5 % pour le sport féminin. De 3,6 % en 2018, elle a grimpé à 6,4 % en 2019 sous l’effet de la Coupe du monde féminine de football en France, avant de chuter à 3,1 % en 2020 pendant la pandémie de Covid-19, puis de revenir à un niveau de 4,8 % en 2021.
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Cependant, l’étude pointe du doigt une autre réalité : « un nombre important de matchs amicaux de compétitions masculines sont diffusés sur les chaînes historiques alors que les matches amicaux féminins sont plus rares sur ces chaînes, se retrouvant relégués sur les chaînes secondaires gratuites des groupes de télévision.
Représentation et leadership
Malgré des contributions significatives, les femmes se heurtent à des obstacles dans les domaines de l'entraînement et de l'arbitrage et aux postes de direction en raison d'une dynamique de pouvoir bien ancrée. Le sport promeut des valeurs, et le football, en tant que sport le plus populaire, offre un immense potentiel pour faire progresser l'égalité entre les hommes et les femmes. Cependant, les disparités persistent : 95 % des entraîneurs et 91 % des arbitres sont des hommes, et la première femme à arbitrer un match de la Coupe du monde n'interviendra qu'en 2022.
Initiatives et actions pour l'égalité
Actions des athlètes et des organisations
Megan Rapinoe, joueuse de football américaine et militante pour les droits des femmes, est devenue une figure centrale dans la lutte contre les inégalités salariales et de sponsoring dans le sport. En 2019, après avoir remporté la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, elle a utilisé sa notoriété pour attirer l’attention sur les écarts salariaux persistants. Elle a souligné que les joueuses de l’équipe nationale féminine, malgré leur succès et leur popularité, étaient payées beaucoup moins que leurs homologues masculins, moins performants sur la scène internationale. Grâce à son engagement et à ses actions, Rapinoe a réussi à sensibiliser le public et à faire pression sur les fédérations et les sponsors pour qu’ils soutiennent plus équitablement les athlètes féminines.
Il y a quelques jours, les footballeurs danois engagés à l’Euro ont renoncé à une augmentation de leurs primes pour soutenir la sélection féminine. Aussi des accords de parité ont été signés en Angleterre, Brésil, Norvège, Espagne, Pays de Galles pour que les primes (en niveau ou en part) soient alignées à celles des hommes.
Championnes du monde en titre, les footballeuses américaines se battent aussi sur le terrain de l’égalité salariale. Car même si elles sont davantage victorieuses que l’équipe de soccer masculine, elles restent moins bien payées que les hommes. En 2016, plusieurs joueuses nationales ont attaqué leur fédération devant l’Equal Employment Opportunity Commission pour discrimination. Les chiffres du budget 2015 de la fédération américaine de soccer montrent une augmentation de ses revenus de 23 millions qui peut être attribuée à l’équipe féminine suite à son succès en Coupe du monde - une somme bien supérieure à celle récoltée grâce à l’équipe masculine.
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En contestant les discriminations dont elles font l’objet, les footballeuses américaines ont aussi pour but d’inspirer d’autres joueuses dans d’autres sports. Et si l’on reste dans le football, les équipes nationales danoise, écossaise et norvégienne ont, elles aussi, fait jouer la menace du boycott pour obtenir davantage de droits.
Rôle des fédérations et des médias
Les fédérations sportives pourraient par exemple adopter des politiques d’équité salariale. Les entreprises de sponsoring pourraient s’engager à sponsoriser autant d’athlètes féminines que masculins. Quand le sport féminin est bien exposé, sur des chaînes généralistes et/ou de grande écoute, à des horaires favorables, il obtient de très bons résultats d’audience. En 2022 par exemple, plus de 6 millions de personnes étaient devant la demi-finale France-Allemagne. Il y a donc un vrai travail à réaliser de la part des médias : c’est l’offre qui est motrice et qui stimule la demande.
En France, étant donné l’audience télévisuelle de la Coupe du monde 2019, sous-estimée par les chaînes, le prix du spot de publicité vient d’augmenter pour les annonceurs. Elles souhaitent signifier, par le choix des produits proposés, que les identités figées de genre sont dépassées - ce qu’une partie des adolescents et jeunes adultes d’aujourd’hui ont bien compris et revendiquent lorsqu’ils se disent gender-fluid.
Initiatives locales et engagements féministes
Des collectivités locales s’engagent ! Certaines collectivités locales françaises ont adopté une approche féministe pour mieux analyser à qui bénéficiait les deniers publics.
Éducation et formation
De plus, les formations sportives peuvent jouer un rôle crucial dans l’équilibre de ce fossé économique. En outre, la combinaison du sport et du business est de plus en plus pertinente dans le monde actuel. IRSS propose des programmes tels que le BTS NDRC, le BTS MCO et le Bachelor en management du sport. En formant des professionnels qualifiés, ces programmes peuvent donner aux femmes les outils dont elles ont besoin pour naviguer dans le monde complexe du sport professionnel.
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Perspectives et défis futurs
Remettre en question les normes et les stéréotypes
Historiquement sexistes et viriliste, les Jeux Olympiques ont longtemps exclu les femmes, les considérant comme le « sexe faible » et le sport féminin moins intéressant. Si les femmes participent aujourd’hui aux JO, c’est en grande partie grâce à Alice Milliat. Oubliée du grand public, elle est une figure incontournable du sport féminin. Alice Milliat a défié le Comité olympique pour inclure des épreuves féminines d’athlétisme. Devant le refus catégorique des hommes en charge à l’époque (« le rôle de la femme est de couronner les vainqueurs », disait-on), elle a organisé en 1922 les premiers Jeux olympiques féminins à Paris et cela a été un énorme succès !
Depuis que le sport féminin a fait son apparition au 19ème siècle, les tenues des sportives ont toujours été pensées par et pour les hommes. Ce phénomène est connu sous le nom de “male gaze” ou “regard masculin”, théorisé par Laura Mulvey, une militante féministe britannique en 1975. Sarah Voss, gymnaste allemande, s’est présentée aux championnats d’Europe de gymnastique artistique en portant une combinaison intégrale, couvrant ses bras et ses jambes, délaissant son traditionnel justaucorps trop révélateur. En adoptant cette tenue, Sarah Voss a ouvertement critiqué les normes esthétiques rigides et les pressions sociales auxquelles les gymnastes sont souvent confrontées, mettant en avant la fonctionnalité et le confort par-dessus tout.
Une intervention dans une émission sportive datant de 1987 de Marc Madiot à la cycliste française Jeannie Longo a refait surface récemment. Cette intervention illustre parfaitement cette vision stéréotypée et sexiste du sport féminin : « C’est complètement inesthétique. Il y a des sports qui sont masculins, il y a des sports qui sont féminins. Voir une femme danser pour moi c’est très joli, voir une femme jouer au football ou sur un vélo, c’est moche. [… ] Le sport cycliste est un sport extrêmement difficile et j’aime trop les femmes pour les voir souffrir. Je suis contre le cyclisme féminin. Vous vous êtes moches, je suis désolé.
Des insultes aux agressions physiques, les comportements discriminants visant les athlètes en raison de leur couleur de peau, de leur origine et de leur orientation sexuelle présumées ou réelles, sont très répandues dans le monde du sport professionnel. Dans ce secteur où les valeurs de respect, de fraternité et de discipline sont censées être évidentes et partagées par tous.te.s, l’intolérance trouve encore le moyen de s’inviter sur les terrains, dans les vestiaires, les tribunes ou les médias. Les sportives sont nettement plus visées que les sportifs par les comportements racistes et lgbtphobes dans les compétitions sportives.
En démantelant les barrières structurelles et en remettant en question les normes sociales, le potentiel du football peut être exploité pour promouvoir l'égalité des genres. Il est temps d'encourager une culture du football qui embrasse la diversité, l'équité et l'inclusion pour tous.
Le rôle des Jeux Olympiques et Paralympiques
Les Jeux Olympiques de Paris 2024 étaient les premiers jeux paritaires de l’Histoire et 71% des personnes intéressées par ces JO avaient l’intention de suivre autant le sport féminin que masculin.
Si aujourd’hui, les Jeux Paralympiques sont aussi médiatisés et mis en valeur par le Comité d’organisation des JO, cela n’a pas toujours été le cas. Le validisme se manifeste par des attitudes discriminatoires et des préjugés qui sous-estiment les capacités des individus en situation de handicap, les reléguant souvent à des rôles de spectateurs plutôt que de participants actifs. Dans le domaine sportif, le validisme se traduit par des infrastructures inaccessibles, des règlements discriminatoires et un manque de soutien pour adapter les activités aux besoins spécifiques des sportifs handicapés. Pour progresser vers une société plus équitable, il est crucial de remettre en question ces normes et d’adopter des politiques et des pratiques inclusives qui reconnaissent et valorisent la diversité des capacités humaines.
Équilibre économique et performances sportives
Aux États-Unis, l’équilibre semble différent : l’été dernier, un rapport financier obtenu par The Wall Street Journal à propos de l’USSF (United States Soccer Federation) révélait que les joueuses féminines avaient généré plus de revenus que les hommes, sur les trois dernières années (sur la période 2016-2018). En suivant l’argument de base expliquant la différence salariale en Europe, les joueuses américaines devraient au moins gagner autant que les joueurs masculins, si ce n’est plus !
Un article publié par nos confrères de Huffingtonpost révélait que la défense de l’USSF justifiait l’inégalité salariale du fait - notamment - que les hommes attiraient trois fois plus de téléspectateurs à la télévision que les femmes. Au regard de ce que représentent les droits télévisuels dans l’économie du football, il y a sûrement de quoi relancer le débat. Serait-il peut-être temps de revoir la système dans lequel le football évolue depuis des années ? Un système qui se base sur ce que le sport rapporte plutôt que sur les performances sportives à proprement parler. Un système moins capitalistique et plus social pourrait être préférable.
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