Hockey Féminin en France : Une Histoire de Persévérance et d'Évolution

Le hockey sur glace féminin en France, contrairement à une idée reçue, possède une histoire riche et ancienne, marquée par des périodes d'enthousiasme, d'éclipse et de renaissance. Son évolution est intimement liée à celle de la Fédération Française de Hockey sur Glace (FFHG) et à la place des femmes dans le sport en général.

Les Pionnières : Premiers Pas et Premiers Championnats (1908-1939)

Les premières traces du hockey féminin en France remontent au début du XXe siècle. Dès 1908, un match opposant des hockeyeuses se déroula à Paris en lever de rideau d’une rencontre masculine. Ces dames se disputaient le "Challenge Savoye" sur la patinoire du Pôle-Nord. Ces pionnières étaient souvent des patineuses artistiques en quête de sensations fortes.

Après une interruption due à la fermeture de la patinoire, le hockey féminin refait surface dans les années 1930, à l'âge d'or du Vélodrome d'Hiver (Vel'd'Hiv). Un véritable championnat de France officiel est créé, une première ! Les équipes des « Droit Au But » et des « Flèches Noires », rivales acharnées, captivent le public. Certains matchs attirent plus de 10 000 spectateurs, témoignant de l'engouement pour ce sport. L'équipe des Droit Au But avait été créée par Jacqueline Mautin, la sœur du hockeyeur du Racing Club François Mautin. Nickie Wrangellbal, une joueuse russe des Flèches Noires, se souvient de l'intensité des matchs et de la rudesse des équipements.

Le premier championnat de France féminin officiel est organisé en 1930, et le titre revient aux « Droit Au But », victorieuses du Club des Sports d’Hiver de Paris. L'équipe des « Droit Au But » remporte les quatre premiers titres de championnes de France de hockey sur glace. Une équipe alpine, les « Edelweiss », existe de 1934 à 1936, s'entraînant et jouant au pied du Mont-Blanc. Juste avant la guerre, trois hockeyeuses de Chamonix furent sélectionnées avec des parisiennes pour faire partie d’une équipe féminine internationale.

La Seconde Guerre mondiale met un terme à cet élan. Contrairement à leurs homologues masculins, les hockeyeuses ne reprennent pas le chemin des patinoires après la Libération. Le hockey féminin, trop précoce dans une époque encore misogyne, s'éteint.

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La Renaissance et la Structuration (1970-2006)

Il faut attendre les années 1970 pour voir les premiers signes de renaissance du hockey féminin. Deux équipes se forment à Villard-de-Lans, les « Panthères roses » et les « Cosmos », ravivant la flamme de la compétition. Cependant, un règlement misogyne imposé par la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG) freine le développement de la discipline. De nombreuses filles se tournent alors vers la ringuette, un sport dérivé du hockey.

Un tournant décisif a lieu grâce à la bataille juridique d'Angela Lezziero, une jeune hockeyeuse alsacienne à qui l'on interdisait de pratiquer son sport. En 1985, elle obtient gain de cause devant le Conseil d'État, ouvrant la voie à une pratique plus équitable du hockey pour les femmes.

En 2006, une étape cruciale est franchie avec la création de la Fédération Française de Hockey sur Glace (FFHG), indépendante de la FFSG. « Gagner en crédibilité » est l'objectif affiché par Eric Ropert, directeur général de la FFHG. Cette émancipation permet de lancer de nombreux projets et de professionnaliser la fédération. La FFHG gère indépendamment les droits télévisuels de la Ligue Magnus et de l’équipe de France, ce qui permet une réelle visibilité dans les médias. Elle a également obtenu la co-organisation, avec l’Allemagne, du Championnat du Monde 2017.

L'essor du Hockey Féminin sous l'égide de la FFHG (2006 à aujourd'hui)

Sous l'impulsion de la FFHG, le hockey féminin connaît un véritable essor. Luc Tardif, président de la FFHG depuis 2006, situe l’émergence du hockey féminin dans l’hexagone au début des années 2000, grâce à une évolution des mentalités. L'augmentation du nombre de licenciées et l'amélioration du niveau de jeu, symbolisée par l'entrée de l'équipe de France dans le Top 10 mondial, témoignent de cette progression. Grégory Tarlé, entraîneur de l’équipe de France féminine de hockey sur glace depuis 2013, constate que de plus en plus de filles rejoignent les patinoires.

Marion Allemoz, actuelle capitaine des Tricolores, a commencé à jouer au hockey à 4 ans, suivant l'exemple de sa famille. Elle a évolué en mixité jusqu’à 18 ans dans son club du Stade olympique de Chambéry hockey sur glace. Toutes les jeunes hockeyeuses ont évolué aux côtés des garçons en club, parfois dans la catégorie d’âge inférieure, pour leur permettre de rester le plus longtemps possible dans une équipe. « Les filles font énormément d’efforts pour gagner leur place dans l’équipe. Ça forge leur caractère, leur ténacité », juge le coach de l’équipe de France. Elles débutent le hockey de plus en plus tôt, à 5-6 ans comme les petits garçons.

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Le pôle France, créé à Chambéry en 2008, a permis aux joueuses de se développer et d'avoir des entraînements quotidiens. Plusieurs hockeyeuses ont été repérées par des membres de l’équipe du Canada et sont parties outre-Atlantique. Le noyau dur de l’équipe de France joue en Suède, en Suisse, en Allemagne. Pour permettre aux joueuses d’atteindre le niveau qui les mène jusqu’à ces bons championnats, il faut éviter de les perdre entre 16 et 18 ans, entre la fin de la mixité et le début de la ligue seniors. Depuis peu, nous formons une équipe de France U16. Depuis trois-quatre ans, l’équipe de France féminine U17 joue dans le championnat des garçons.

La FFHG s'efforce d'améliorer l'accueil des jeunes filles dans les clubs et de former les encadrants. Le déménagement du pôle France de Chambéry à Cergy-Pontoise vise à profiter de la proximité de la fédération et à bénéficier de meilleurs équipements. Le championnat féminin réunit six équipes dans le sud et six dans le nord et, depuis trois ans, se joue de bout en bout.

En avril 2018, l'équipe de France féminine réalise un exploit historique en se qualifiant pour le Mondial élite, une première dans son histoire. Elles ont gagné chacun de leurs matchs avec détermination. En Finlande, les Bleues rejoindront le pays hôte, le Canada, les États-Unis, la Russie, la Suède, l’Allemagne, le Japon, la Tchéquie et la Suisse. L'équipe de France féminine, 11e nation mondiale au classement IIHF, fait un bond de géant en se qualifiant pour le Mondial élite.

Le Championnat du monde Division 1A féminin a donc rendu son verdict. Après une semaine riche en rebondissements, l’équipe de France féminine s’est qualifiée pour la première fois de son histoire pour le Mondial élite. Elles y sont arrivées. Et ce avant même la dernière rencontre contre la Slovaquie. Si la jeune Ena Nystrøm a longtemps permis de garder le 0-0 en dépit du fait que ses coéquipières norvégiennes soient surmenées, l’Autriche a finalement trouvé la faille à la mi-match, lorsque Tamara Grascher et Anna Hanser ont marqué… à 20 secondes d’intervalle ! L’Autriche termine à 9 points, le même total que la France avant son match contre la Slovaquie, mais la règle de la confrontation directe - les Bleues avaient battu l’Autriche 3-2 - ne laissait plus aucun doute possible. La France terminera en or. Chloé Aurard a inscrit son troisième but de la compétition et Clara Rozier a doublé la mise. Margot Desvignes a même chassé du match la gardienne slave Romana Kiapesova, qui a laissé rentrer un palet flottant de la jeune attaquante bleue de 17 ans, son premier but en équipe de France. Caroline Lambert, qui a pris place devant la cage tricolore après les cinq matchs précédents disputés par la titulaire Caroline Baldin, ne s’inclinera qu’une seule fois, devant une reprise dans le slot de Nikola Rumanova.

La FFH vous propose un petit retour dans le temps en revenant sur la première Coupe du Monde Féminine de Hockey en 1974. En 1974, la Fédération Internationale de Hockey (créée en 1924) confie à la France, l’organisation de la première Coupe du Monde Féminine des Nations. La F.F.H choisit un lieu emblématique du Hockey : la Côte d’Azur, plus précisément Mandelieu-la-Napoule. C’est donc du 17 au 24 mars 1974 que cette belle région se voit remplie de fans et de curieux.

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Défis et Perspectives d'Avenir

Malgré ces avancées, des défis persistent. Luc Tardif souligne un regret : il voudrait que les gros clubs structurés de la Ligue Magnus mettent les moyens dans le hockey féminin, à l'image de ce qui a été fait dans le football.

L'objectif ultime est la qualification pour les Jeux olympiques d'hiver. Marion Allemoz estime que l'équipe de France a la capacité de faire partie des dix équipes des prochains JO. La FFHG s'engage à accompagner financièrement les joueuses pour qu'elles arrivent en équipe de France dans les meilleures conditions.

La qualification des Bleues aux JO de 2022 apporterait un coup de projecteur médiatique à cette discipline et encouragerait davantage de jeunes filles à s'y investir.

Caractéristiques du Hockey Féminin

Le hockey féminin se distingue par certaines spécificités. Selon Marion Allemoz, il y a moins de charges, mais le jeu reste physique, rapide, technique et tactique. Grégory Tarlé souligne qu'il y a plus de stratégie, que le jeu est plus direct et plus fluide.

Les spectateurs sont de plus en plus nombreux à apprécier le niveau de jeu. La FFHG s'efforce d'organiser des championnats du monde seniors ou jeunes dans des endroits où le hockey a besoin d'être développé, en proposant des prix attractifs.

Cergy-Pontoise : Un Pôle d'Excellence

Créé en 1981, le Hockey Club de Cergy-Pontoise (HCCP) s’est d’abord illustré par les performances de ses hockeyeuses. Avec pas moins de 17 titres de championnes de France entre 1991 et 2009, puis un dernier titre en 2017, le HCCP est devenu la référence du hockey féminin français. Au cœur de l’agglomération de Cergy-Pontoise, le club bénéficie d’un environnement favorable et d’une patinoire ultra-moderne.

Championnat de France Féminin : Une Compétition Dynamique

Historiquement, si l’on prend comme audacieux point de référence « Wikipédia », la mise en place du championnat de France féminin en hockey sur glace est datée de 1986. Pour autant, on est semble-t-il loin de la précision puisque dès 1931, les « filles » s’affrontaient déjà avec comme fer-de-lance, la très parisienne « Droit au but » au patronyme à faire pâlir les amateurs de ballon rond marseillais, et son parcours parfait de dix victoires au dépends des très fleuries Edelweiss de Chamonix. De cette première épopée jusqu’à la fin des années 30 naitra une très long éclipse de plus d’un demi-siècle avant le retour au premier plan national du hockey féminin avec une nouvelle structuration qui conduira à la domination des Jokers de Cergy. Grenoble s’illustrait avec le premier « nouveau titre » en 1987. Neuilly prendra un temps la relève avec un quadruplé de titres entre 2012 et 2016. Depuis lors, exception faite d’une courte escapade du coté de Besançon en 2018, c’est en Touraine qu’il faut aller chercher le trophée de Championne de France, les Remparts de Tours s’offrant les quatre derniers titres (2019 2022, 2023 et 2024. Même si la particularisme du hockey sur glace avec ces traditionnels play-offs laissent encore une belle place au rêve de quintuplé pour les tourangelles, Evry Viry avec ses dix victoires, à deux matchs de la sirène finale de la saison régulière truste la première place avec une agréable avance de six points sur Chambéry avec néanmoins un match en moins pour les savoyardes.

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