Le handball aux Jeux olympiques de 1936 : Genèse et contexte d'une discipline

Le handball, tel que nous le connaissons aujourd'hui, est un sport collectif dynamique qui combine habileté, force, et stratégie. Bien que ses racines remontent à la fin du XIXe siècle, c'est aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 que le handball a fait son entrée sur la scène olympique. Cette introduction s'inscrit dans un contexte historique particulier, marqué par l'ascension du nazisme en Allemagne et l'instrumentalisation du sport à des fins politiques et idéologiques. Cet article propose d'explorer en détail l'histoire du handball aux Jeux olympiques de 1936, en mettant en lumière les enjeux sportifs, politiques et sociaux qui ont entouré cet événement.

Les origines du handball

Si l'on trouve des traces de jeux de ballon similaires dans les sociétés paysannes d'Europe occidentale depuis le Moyen Âge, le handball dans sa pratique moderne serait né au XIXe siècle au Danemark sous le nom de handbold. Sa codification se met progressivement en place en Scandinavie et en Allemagne dans les dernières décennies de ce siècle. Les historiens créditent Holger Nielsen, un professeur de gymnastique danois médaillé aux Jeux olympiques d’Athènes de 1896, d’avoir fixé en 1898 les premières règles de ce sport. Selon des documents historiques, c’est en Allemagne que serait né le handball à la fin du siècle dernier. On l’appelait Tor Ball, comme balle au but. Carl Schellenz est reconnu pour avoir inventé le handball en 1919.

Le handball à 11 aux Jeux olympiques de Berlin 1936

Le handball à 11 est introduit aux Jeux olympiques de Berlin en 1936. Lors de la phase de démonstration aux Jeux olympiques de Berlin 1936, le handball était pratiqué à 11 sur un terrain engazonné et en plein air. Un premier championnat du monde est organisé en Allemagne deux ans plus tard.

Le contexte politique des Jeux de Berlin

En 1936, l’Allemagne d’Adolf Hitler doit accueillir les Jeux Olympiques à Berlin. Les Jeux ayant été prévus pour 1936 et le Parti national-socialiste (NSDAP) ayant repris les rênes de l’Allemagne à la République de Weimar en 1933, ils eurent à disposition trois ans pour la construction des infrastructures et l’élaboration de leur architecture. Un événement comme celui-ci pourrait permettre au IIIe Reich de diffuser son idéologie et montrer la nouvelle puissance de l’État allemand. Pour ce faire, une propagande est organisée avec des technologies et des moyens novateurs pour l’époque. C’est autour de cela que nous travaillerons en nous concentrant principalement sur la quinzaine olympique. Nous aborderons aussi les quelques années précédant et suivant l’Olympiade afin d’étudier différents phénomènes et événements qui serviront à la réponse à notre problématique.

Propagande Nazie et Jeux Olympiques

Avant l’arrivée des nazis, l’Allemagne connaissait déjà une culture sportive bien développée. Avec l’arrivée du régime nazi, le sport va être instrumentalisé à des fins politiques. Le nazisme va notamment utiliser le sport comme un moyen de promouvoir l’idée de la « supériorité raciale » aryenne et d’imposer les valeurs du national-socialisme dans la société allemande. Les autorités nazies ont également cherché à renforcer les infrastructures sportives, en construisant de nouveaux stades et en organisant des compétitions internationales. Le sport faisant maintenant partie d’une stratégie idéologique visant à promouvoir « l’idéal de la race aryenne », la sélection des athlètes lors des Jeux de 1936 était souvent basée sur des critères physiques, raciaux et nationaux. En effet, les nazis avaient une vision très restreinte de « l’idéal ». La notion d’Artige kunst (art dégénéré), désignant toute œuvre ne correspondant pas à leur conception de l’esthétisme en est une bonne illustration. Les athlètes étaient alors des symboles vivants de l’image de pureté raciale que le régime nazi souhaitait véhiculer. Les athlètes aryens, souvent ceux d’origine germanique, étaient mis en avant et soutenus par des institutions comme l’organisation responsable de la promotion du sport en Allemagne. Les athlètes jugés « non aryens », en particulier ceux d’origine juive, étaient écartés des compétitions ou soumis à des discriminations. Par exemple, l’athlète juive allemande Gretel Bergmann a battu le record de saut en hauteur de l’époque un mois avant l’ouverture des JO mais son record est ignoré et deux semaines avant la compétition, elle est écartée de l’équipe officielle pour « performances insuffisantes », un argument de façade.

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Architecture et symbolisme

Vue du Stade Olympique, pièce maîtresse du terrain de sport du Reich à Berlin. Berlin, Allemagne, 1936. Conçu par l’architecte Werner March, un des symboles les plus forts de ces Jeux est le Stade Olympique de Berlin, l’Olympiastadion. Il incarne les ambitions de puissance et de suprématie mais aussi l’héritage antique grâce à ses codes néo-classiques. Ainsi, le stade domine le paysage à l’instar du Colisée de Rome dont il est inspiré. L’histoire des Jeux modernes initiée par Pierre de Coubertin axe ses traditions sur les Jeux antiques grecs. Pour glorifier l’image de ses athlètes, Hitler orchestre une cérémonie grandiose basée sur la suprématie aryenne sur les autres races. Le reflet de cette influence se retrouve sur l’affiche officielle réalisée par Franz Würbel. Pour cette cérémonie, l’Allemagne voit grand. Hitler veut donner l’impression d’une fête populaire tout en masquant les réalités d’une politique raciste et antisémite.

La cérémonie d'ouverture

Le 1er août 1936, la cérémonie s’ouvre dans l’Olympiastadion de Berlin et cent-mille spectateurs sont amassés dans le stade. Les jeunesses hitlériennes entrent en scène tandis que les danseurs exécutent leurs mouvements. Les délégations défilent tour à tour avec le salut olympique qui se confond avec celui des nations fascistes. Globalement, la plupart des nations décident de ne pas saluer et protestent par le sport contre l’idéologie nazie (France, États-Unis…). En effet, celle-ci ne représente pas les valeurs du sport mais celles de la xénophobie et de l’antisémitisme. Le final intervient lorsque la flamme olympique, venue de Grèce et rétablie grâce à Carl Diem, arrive à Berlin.

Le tournoi de handball de 1936

L’Allemagne y remporte facilement le tournoi où ne s’affrontent que six équipes.

L'instrumentalisation des médias

Pour informer le monde d’une telle manifestation, de nombreux journalistes étaient présents dans la capitale allemande. Afin de diffuser sa propagande à l’international, le régime nazi a controlé les informations et les différentes productions journalistiques. Les prises d’images étaient contrôlées par les autorités pour exposer dans la presse internationale les symboles néo-classiques et les succès des sportifs allemands. On retrouve ces symboles dans l’audiovisuel, puisque Joseph Goebbels a misé sur la vidéo et la télévision. Dans cette optique, il a créé les Femsehtsuben, des salles de télévision installées dans les grandes villes du pays. Les images étaient fournies par des technologies novatrices pour l’époque dont le dirigeable Hindenburg. On pense aussi aux caméras électroniques qui ont permis pour la première fois de l’Histoire de diffuser les épreuves en direct.

Les limites de la propagande

Dans la presse, on observe de nombreux revers de cette propagande. En effet, le gouvernement ne peut pas influer sur le traitement final de l’image et l’usage qu’en fait le média. Il y a aussi des montages et des collages d’images qui sont réalisés contre l’idéologie nazie comme le montage du journal Le Figaro où l’on voit un champion de pentathlon allemand avec un uniforme militaire pointant son arme vers un escrimeur français. Par rapport à l’audiovisuel, le film Olympia a connu un succès international, cependant les États-Unis ont fait preuve de réticence face à cette œuvre. Aujourd’hui, lorsque l’on pense à ces Jeux de Berlin, la figure qui nous vient en tête est Jesse Owens, l’athlète afro-américain ayant dominé ces Jeux avec ses quatre médailles d’or. Il serait devenu une figure de proue contre le nazisme, à tel point que, selon la croyance populaire, Hitler ne lui aurait pas serré la main. En réalité, ce dernier avait refusé de se plier au protocole olympique, qui réclamait que soient salués tous les athlètes victorieux et cela indépendamment de leur nationalité. De plus, l’humiliation subie par l’Allemagne nazie est aussi à relativiser ; selon leur idéologie, le fait qu’un noir court plus vite qu’un blanc n’était que la confirmation des inégalités génétiques.

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Après 1936 : Évolution et pérennisation du handball aux Jeux olympiques

Coup dur : le handball à 11 n’est pas réintroduit aux JO de Londres en 1948. Bien qu’il soit déclaré discipline olympique en 1957 par le Comité international olympique (CIO), le handball n’est pas au programme des olympiades d’été de la décennie suivante. Peu médiatisé et écarté des Jeux, ce sport est de surcroît l’objet d’une mutation de son cadre de jeu, le handball à 7 supplantant le handball à 11. La dernière compétition mondiale de cette variante est jouée en 1966.

L'avènement du handball à 7

Le handball à 7 en intérieur est finalement intégré par le CIO au programme masculin des Jeux de Munich en 1972. Un tournoi féminin est créé pour l’olympiade suivante, en 1976 à Montréal. Le sport devient au cours des années 1970 et 1980 très pratiqué en milieu scolaire et universitaire car il peut être joué à l’extérieur comme à l’intérieur sur une surface restreinte.

Domination européenne et essor français

Comme le handball est un sport européen, le palmarès olympique est dominé par les nations de ce continent. La première compétition olympique masculine de handball en 1972 à Munich est remportée par la Yougoslavie. Chez les femmes, c’est l’équipe soviétique qui remporte le premier titre olympique en 1976. La France n’est pas la moins pourvue en titres puisque l’équipe masculine est 6 fois championne du monde, mais aussi 3 fois championne olympique en 2008, 2012 et 2020. Elle est d’ailleurs la seule sélection masculine de handball à conserver son titre olympique, entre les jeux de Pékin en 2008 et de Londres en 2012. L’équipe de France féminine a un tableau de médailles moins fourni mais tout aussi prestigieux. Trois fois championne du monde en 2003, 2017 et 2023, elle décroche sa première médaille d’or olympique aux JO de Tokyo en 2020. La France est donc tenante des titres olympiques en handball tant chez les hommes que chez les femmes.

Les Jeux de Paris 2024

La France défendra ses titres olympiques chez elle à Paris du 25 juillet au 11 août 2024. Les matchs départageront 12 équipes tant chez les hommes que chez les femmes.

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