Red Bull, initialement une marque de boissons énergisantes autrichienne créée en 1987, s'est transformée en un empire mondial aux investissements diversifiés, notamment dans les sports extrêmes. Depuis 2005, le groupe a étendu son influence au football, acquérant et restructurant des clubs sur plusieurs continents. Cette stratégie soulève des questions importantes sur l'équilibre entre la performance sportive et la préservation de l'identité propre de chaque club.
Genèse et expansion d'un réseau footballistique
L'aventure de Red Bull dans le football a débuté en 2005 avec l'acquisition d'Austria Salzbourg, rebaptisé Red Bull Salzbourg, avec l'ambition d'en faire un pilier du groupe. L'année suivante, le groupe rachète les New York Metrostars, qui deviennent les New York Red Bulls. En 2009, malgré la controverse liée au passé communiste de la ville, Red Bull acquiert le club de Leipzig, renommé RasenBallsport Leipzig (RB Leipzig) pour contourner l'interdiction d'utiliser le nom d'une marque en Allemagne. En 2011, le FC Liefering, club de deuxième division autrichienne, rejoint le giron de Red Bull, servant de réserve non officielle pour Salzbourg. Parallèlement, en 2007, une académie de football et de détection de talents est créée au Brésil, sous le nom de Red Bull Brasil.
Aujourd'hui, le réseau de clubs Red Bull comprend :
- RB Leipzig (Allemagne)
- Red Bull Salzbourg (Autriche)
- New York Red Bulls (États-Unis)
- RB Bragantino (Brésil)
- FC Liefering (Autriche, club de réserve)
En octobre 2024, l'annonce de l'entrée de Red Bull au capital du Paris FC (à hauteur de 15%, en compagnie de la famille Arnault) et la nomination de Jürgen Klopp comme "directeur des activités football" à partir de 2025 ont marqué une nouvelle étape dans l'expansion du groupe. Klopp, après neuf saisons à Liverpool, supervisera l'ensemble du réseau de clubs.
Stratégie et philosophie : Jeunesse, performance et plus-value
La stratégie de Red Bull dans le football repose sur deux piliers principaux. Premièrement, les clubs Red Bull évoluent à différents niveaux, formant une sorte de filière de développement pour les joueurs. Le RB Leipzig, en tant que club phare, représente le sommet de cette hiérarchie. Cette approche soulève des questions sur la place du Paris FC dans cette structure.
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Deuxièmement, Red Bull se concentre sur le recrutement de jeunes joueurs à fort potentiel, dans le but de créer de la valeur et de réaliser des plus-values financières lors de leur transfert vers de grands clubs. Des joueurs comme Dominik Szoboszlai, Dayot Upamecano, Ibrahima Konaté et Naby Keïta ont prospéré après avoir été formés dans les "couveuses" de Salzbourg ou de Leipzig.
Cette stratégie se traduit par un style de jeu spécifique : des équipes jeunes, dynamiques, qui courent beaucoup et utilisent des joueurs conscients de leur dette envers le groupe Red Bull. Ralf Rangnick, ancien entraîneur de Leipzig, avait même théorisé l'interdiction d'aligner des joueurs de plus de 26 ans.
Multipropriété et intégrité des compétitions
L'entrée du Paris FC dans la structure Red Bull soulève la question de la multipropriété des clubs. Bien que l'UEFA interdise à deux clubs appartenant au même propriétaire de disputer la même compétition, des aménagements cosmétiques sont souvent mis en place pour contourner cette règle.
Luc Arrondel, économiste et spécialiste du football, souligne que la stratégie de Red Bull est plus réfléchie que les exemples de multipropriété du passé. Red Bull a une stratégie de "branding, de marque", renommant ses clubs et les intégrant dans une logique économique de fusion-acquisition.
Il existe trois stratégies d'intégration dans la multipropriété : horizontale (diversification des investissements), verticale (création d'une filière de développement) et extension du marché. Red Bull et le City Football Group utilisent ces trois stratégies pour conquérir de nouveaux marchés.
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L'UEFA, dans son rapport annuel "The European Club Footballing Landscape", met en garde contre la multipropriété, qui "pourrait constituer une menace palpable pour l'intégrité des compétitions européennes de clubs". Le cas de Savinho, transféré de Troyes (propriété du City Group) à Gérone (également propriété du City Group) avant de rejoindre Manchester City, illustre les inquiétudes suscitées par ces pratiques.
Succès sportifs et critiques
Malgré les critiques, la galaxie Red Bull bénéficie d'une image positive auprès de nombreux fans de football, en raison de sa stratégie de formation cohérente et de sa vision à long terme. Le RB Salzbourg domine le championnat autrichien, tandis que le RB Leipzig s'est imposé comme une force montante en Bundesliga et en Ligue des champions. Les New York Red Bulls participent régulièrement aux play-offs de la MLS.
Cependant, le RB Leipzig est souvent perçu comme un club artificiel, créé de toutes pièces grâce aux investissements de Red Bull. Cette image de "nouveau riche" lui vaut l'hostilité de nombreux supporters en Allemagne.
Red Bull et le football : Un modèle durable ?
Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle, se montre dubitatif quant à la capacité de Red Bull à s'imposer durablement dans le football. Il souligne que le monde du ballon rond est plus codifié et difficile à faire bouger que les sports extrêmes, où Red Bull a bâti son succès.
Le modèle intégré de Red Bull, où les joueurs sont transférés d'un club à l'autre au sein de la filière, pourrait également se heurter à la réalité du marché des transferts. Il est peu probable que les meilleurs joueurs estampillés Red Bull restent au sein du groupe tout au long de leur carrière.
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Malgré ces défis, Red Bull a réussi à créer un empire footballistique en misant sur la jeunesse, la performance et une stratégie de développement cohérente. L'avenir dira si ce modèle peut s'adapter aux spécificités du monde du football et s'imposer durablement sur la scène internationale.