L'histoire du football féminin : Une lutte pour la reconnaissance

Le football féminin, bien que connaissant un essor important ces dernières années, possède une histoire riche et complexe, marquée par des obstacles et des préjugés tenaces. Son évolution, loin d'être linéaire, témoigne de la détermination des femmes à s'approprier un sport longtemps considéré comme exclusivement masculin.

Les prémices du football féminin

Les débuts du football féminin remontent à la fin du XIXe siècle au Royaume-Uni. Un premier match a lieu à Glasgow en 1881, mais les journaux de l'époque se focalisent davantage sur les tenues des joueuses que sur leurs performances sportives. Un second match est interrompu par un envahissement de terrain violent, témoignant de l'hostilité d'une partie du public face à cette pratique féminine. Pour beaucoup, le football féminin était perçu comme une incursion illégitime dans un monde masculin, une transgression des normes de genre.

En 1895, le premier club de foot féminin, le British Ladies Football Club, est fondé par une aristocrate écossaise, Florence Dixie.

L'émergence du football féminin en France

Le football féminin apparaît en France au début du XXe siècle, plus précisément en région parisienne aux alentours de la Grande Guerre. Si le premier club, le Fémina Sport, est fondé en 1912 par deux enseignantes d’éducation physique, c’est au cours de la Première Guerre mondiale que les femmes se défoulent, à la débauche de l’usine, avec un ballon de cuir. En 1917 a lieu la première rencontre féminine sur le sol français entre deux équipes du Fémina Sport. Un an plus tard est organisée une première compétition féminine par quatre formations parisiennes et en 1919, une équipe de France est constituée. Elle se rend en Angleterre pour disputer des matchs devant 12 000 supporters.

La Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF) est créée en 1918 et organise le Championnat de France de football féminin. En 1919 est organisé le premier championnat de France féminin de football, avec quelques dizaines de joueuses. Parallèlement, une sélection des meilleures joueuses françaises part en 1920 faire une tournée en Angleterre. Les débuts sont difficiles pour cette jeune équipe de France avec une défaite 2:0 face à l’équipe des Dick, Kerr's Ladies Football Club mais le public est au rendez-vous avec 25 000 spectateurs.

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Toutefois, la pratique du football féminin reste controversée. En 1919, la Fédération française de football est créée en France, mais elle refuse de reconnaître la pratique féminine. Pourquoi cette décision ? Le football était considéré comme trop violent, on disait qu’il pouvait déformer le corps des femmes, entraîner même la stérilité. En Angleterre, la pratique est interdite en 1921 par la Football association pour les mêmes raisons. Le gouvernement de Vichy interdit aussi la pratique du foot féminin en 1941. Gros coup d’arrêt jusqu’en 1971.

Mise à l'écart et renaissance

Au tournant des années 1920, on note un clair infléchissement de l'enthousiasme initial pour le football féminin. La pratique du football, après tout, ne détourne-t-elle pas la femme de son foyer ? En Angleterre, en 1921, la Football Association interdit aux clubs d'accueillir des femmes ou de leur prêter des terrains. En France également, de manière officieuse, la pratique commence à être très fortement limitée.

Ces mesures restrictives, et la pression sociale, médicale et médiatique ont raison du football féminin qui disparaît progressivement du paysage à partir de 1925.

Après une éclipse de trente ans, le football féminin connaît un retour progressif dans les années 1960. Les historien-nes citent des rencontres sportives à Reims en 1968 et dans l’un ou l’autre village alsacien (Gerstheim ou Schwindratzheim selon les sources) en 1967. Ces matchs ont lieu dans le cadre de tournois masculins ou de fêtes de club, et ont donc une forte dimension folklorique, en tant qu’animations amusantes de la journée.

La reconnaissance officielle et le développement

C’est dans ce contexte de résurgence de la pratique féminine et de développement à l’international des compétitions que la FFF reconnaît officiellement le football féminin en 1970. Elle compte alors 2000 licenciées. La même année, le Conseil Fédéral ouvre la porte des clubs de la FFF aux licenciées. Elles seront 2 170 en cette première saison d’existence.

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En 1971, les Bleues remportent leur premier match officiel 4-0 contre les Pays-Bas. Essentiellement composée de Rémoises, l’Équipe de France féminine, dirigée par Pierre Geoffroy, entraîneur de Reims et premier sélectionneur, dispute sa première rencontre officielle.

La première saison du Championnat de France de football féminin sous l’égide de la FFF se déroule en 1974. Le Stade de Reims remporte les trois premières éditions d’une compétition comprenant à l'époque plusieurs groupes régionaux et une phase finale. La formule prévaudra jusqu’en 1992.

Le football féminin s’installe progressivement dans les fédérations dans les années 80, quand les sections féminines existent. Le championnat se structure et la première division apparaît en 1991. S’ouvre alors une période de lutte pour la professionnalisation et la médiatisation des compétitions.

En 1997, la France se qualifie pour sa première phase finale internationale en dominant la Finlande. Emmenées par Aimé Mignot, Marinette Pichon, Corinne Diacre et leurs coéquipières sont éliminées de peu au premier tour du championnat d’Europe 1997, disputé en Suède et en Norvège.

La professionnalisation et la médiatisation

Sous l’impulsion d’Aimé Jacquet, la FFF met en place un plan de développement du football féminin français et que le centre de formation de Clairefontaine est fondé. Louis Nicollin, à Montpellier, est le premier dirigeant de club à miser sur la professionnalisation féminine, à la même période. Il est suivi par Jean-Michel Aulas pour l’Olympique Lyonnais, qui intègre une équipe féminine autonome, le FC Lyon dans son club.

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Cette professionnalisation concerne d’abord la préparation physique de haut niveau des joueuses. Par ailleurs, pour pouvoir recruter des joueuses internationales, l’OL recourt au contrat fédéral, qui existe au niveau national et CFA dans le football masculin. En effet, les disparités de moyens entre les clubs posaient un problème juridique pour les transferts. C’est cette stratégie qui permet à la section féminine de l’OL son succès, en France et à l’international.

En 2003, les Bleues arrachent leur qualification pour leur premier Mondial lors d'un barrage face à l'Angleterre. À l'aller, elles l'emportent sur un but de Marinette Pichon, au retour c'est Corinne Diacre qui marque dans un stade Geoffroy-Guichard en ébullition (notre photo). Mais elles ne parviennent pas à passer le premier tour de la Coupe du Monde organisée aux États-Unis et terminent 3ès d'un groupe relevé, derrière le Brésil et la Norvège.

Pour ce qui est de la médiatisation, c’est un hasard du calendrier sportif qui permet la mise en avant du football féminin. En effet, lorsque Bruno Bini mène les Bleues vers la quatrième place de la Coupe du Monde en Allemagne, il n’y a pas d’autres compétitions majeures (entendez, masculines) en cours. C’est ainsi que l’Équipe, désœuvrée, place trois fois en Une l’équipe de France féminine. L’année suivante, aux Jeux olympiques londoniens, les Bleues finissent à nouveau quatrièmes.

L'essor récent et la popularisation

En 2014, les Bleues se hissent à la troisième place du classement FIFA et en 2015, la France se voit confier l’organisation de la prochaine coupe du monde. C’est le début de la popularisation du football féminin.

En 2011, l'Olympique Lyonnais réussit le doublé Championnat-Ligue des champions. Finaliste malheureux l'année précédente, Lyon l'emporte en finale de la C1 face aux Allemandes de Potsdam (2-0) et devient le premier club féminin français à remporter la compétition. Avec sept sacres (2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020), l’OL est désormais le club le plus titré dans l’épreuve. La même année, les Françaises atteignent le dernier carré pour la première fois de leur histoire au terme d'un quart de finale épique contre l'Angleterre (1-1, 4-3 aux t.a.b.).

En 2012, l'Équipe de France participe à ses premiers Jeux Olympiques, à Londres. Les Bleues manquent de peu la médaille de bronze, battues par les Canadiennes lors d'un match pour la troisième place pourtant dominé (0-1). La même année, l'Équipe de France féminine des moins de 17 ans, dirigée par Guy Ferrier, décroche le premier titre mondial du football féminin français face à la Corée du Nord (1-1, 7-6 aux t.a.b.).

En 2016, Lilia devient la 100 000ème licenciée de la FFF. Quatre ans plus tard, le nombre de licenciées a doublé, une réussite pour son Président Noël Le Graët et sa Vice-Présidente Brigitte Henriques, qui avaient fait du développement de la pratique féminine un objectif majeur.

Dans la foulée de l'Euro 2017, Corinne Diacre est nommée sélectionneure de l'Equipe de France féminine. L'ancienne défenseure et capitaine des Bleues (121 sélections, 14 buts) est la première femme à avoir obtenu son BEPF (Brevet d'Entraîneur Professionnel de Football) à l'issue de sa carrière de joueuse.

En 2019, la FFF organise pour la première fois le Trophée des Championnes. Comme pour les hommes, il voit s'affronter le club champion de France et le vainqueur de la Coupe de France.

La FFF a crée le Tournoi de France, une compétition internationale amicale organisée chaque année, à compter de 2020, dans une région différente. Outre le pays hôte, la première édition a réuni, début mars, les Pays-Bas, le Brésil et le Canada. Avec 2 victoires (1-0 contre le Canada puis le Brésil) et 1 nul (3-3 face aux Pays-Bas), les Bleues se sont imposées.

Les chiffres clés et les enjeux actuels

Aujourd'hui, le football féminin français compte plus de 250 000 licenciées, dont plus de 200 000 joueuses. La FFF recense également plus de 40 000 dirigeantes, plus de 2 400 éducatrices et animatrices, et plus de 1 400 arbitres femmes.

Malgré ces progrès, des inégalités persistent. Les joueuses de football subissent de nombreuses inégalités et restent bien moins valorisées que leur homologues masculins. Outre ses inégalités, les femmes doivent attendre 2018 pour pouvoir tenter de remporter un ballon d'or en tant que joueuse.

Le football féminin est encore aujourd’hui le lieu d’enjeux donnant à voir le fonctionnement du patriarcat. La professionnalisation du sport, comme sa démocratisation, montre bien les dynamiques entre progrès et maintien d’une hiérarchie des sexes.

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