Le Football au Burkina Faso : Une Histoire de Passion, d'Espoir et de Résilience

Au Burkina Faso, le football est bien plus qu'un simple jeu. C'est une force sociale, un vecteur d'espoir et une passion dévorante qui unit la population, des rues animées de Ouagadougou aux villages les plus reculés. Le football permet aux Burkinabè de s'identifier à une même cause et de partager un sentiment d'appartenance.

Le "Maracana" : L'École de la Rue

Avant d'être une affaire de clubs et de stades, le football au Burkina Faso se vit d'abord dans la rue. Le "maracana", version locale du football de rue, est omniprésent. Sur des terrains vagues, dans la poussière ou sur le bitume, des jeunes de tous âges se retrouvent pour des parties endiablées. Des buts sont improvisés avec des pierres, des sandales ou des sacs. Les règles sont adaptées, le nombre de joueurs est variable, et l'accent est mis sur la créativité, la technique individuelle et la débrouillardise. C'est dans cette ambiance informelle que naissent de nombreux talents, affûtant leurs dribbles et leur contrôle de balle dans un environnement exigeant.

Organisation du Football Burkinabè

Le football burkinabè s'organise autour d'un système de ligues, de la Première Division (FasoFoot Première Division) aux divisions inférieures. Bien que le professionnalisme soit encore en développement, de nombreux clubs historiques comme l'Étoile Filante de Ouagadougou, l'ASFA Yennenga et le Rail Club du Kadiogo animent le championnat national. Ces clubs ne sont pas uniquement des entités sportives ; ils jouent un rôle social important, notamment à travers leurs centres de formation. Ils sont une source d'espoir pour de nombreux jeunes qui rêvent de suivre les traces de leurs idoles et de s'élever socialement grâce au football.

Fierté Nationale et Unité

Lors des matchs des Étalons, le pays entier est suspendu au coup de sifflet, les familles se rassemblent, les bars sont bondés et les rues se vident. La ferveur est palpable et les victoires sont célébrées avec une joie immense, transcendant les différences ethniques et sociales.

Reconnaissance Gouvernementale

Le gouvernement burkinabè reconnaît l'importance du sport, et en particulier du football, pour le développement social et économique du pays. La Constitution burkinabè fait de la pratique sportive un droit social.

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Histoire et Évolution du Football Burkinabè

Les Débuts : L'Ère de la Haute-Volta

Le début du football voltaïque (burkinabè) remonte vers les années 1947, date de la première Coupe de l’AOF (Afrique occidentale française) remportée par l’US Gorée (2 buts à 1), face à la Jeanne d’Arc de Dakar (toutes deux du Sénégal). A l’époque, le football avait comme base la région de Bobo-Dioulasso parce que les grandes directions administratives et l’un des plus grands camps militaires de l’Afrique de l’Ouest (28e RIAOM) était implanté dans cette ville. C’est pourquoi, la ville de Bobo-Dioulasso constituait la région où se déroulait l’ensemble des grandes activités économiques et administratives.

C’est après les indépendances, en 1960, que la Fédération voltaïque de football a été fondée. Elle est affiliée à la Fédération internationale de football association (FIFA) et est membre de la Confédération africaine de football (CAF), depuis 1964. Il faut attendre le 13 avril 1960 pour voir la Haute-Volta livrer son premier match officiel contre le Gabon, à Madagascar, match remporté sur le score de 5 buts à 4. En 1968, le pays prend part, pour la première fois de son histoire, aux éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) où il ne dépasse guère le tour préliminaire. La même année, les Etalons prennent part aux phases préliminaires de la Coupe du monde où ils sont battus au premier tour par les Eléphants de Côte d’Ivoire.

L'Ère du Burkina Faso

En 1984, la Haute-Volta devient Burkina Faso et la Fédération est rebaptisée Fédération burkinabè de football (FBF). Le Burkina Faso livre alors son premier match officiel contre la Chine, le 28 juillet 1984 (1-1). Après, plus rien jusqu’en 1990 où les Etalons participent aux phases éliminatoires de la CAN et de la Coupe du monde, avant de déclarer forfait en 1994. En 1996, ils jouent leur 2e CAN (le 1er sous le nom Burkina Faso), en Afrique du Sud, sous la houlette de Idrissa Malo Traoré dit « Saboteur ».

CAN 1998 : Une Demi-Finale Historique à Domicile

A domicile à la CAN 1998, les Etalons, conduits par le Français Philippe Bernard Troussier, atteignent pour la première fois l’étape des demi-finales. Ils se rachètent après, lors des deux autres rencontres, en l’emportant face à l’Algérie (2-1) et la Guinée (1-0). Après la CAN à domicile, les Etalons prennent part à la CAN 2000, organisée par le Nigeria et le Ghana, où ils perdent face à l’Egypte et le Sénégal et font nul contre la Zambie. En 2002, ils sont éliminés lors des phases préliminaires du Mondial, mais parviennent à se qualifier pour la CAN au Mali. Là encore, les Etalons sont éliminés au premier tour avec 3 défaites contre notamment deux défaites contre le Ghana et le Maroc. Le Burkina ne connaîtra pas un meilleur sort à la CAN 2004, en Tunisie. Il fait un nul contre le Sénégal de El Hadj Diouf avant de s’incliner devant le Mali (1-3) et le Kenya (0-3). En 2006, les Etalons échouent aux tours préliminaires de la CAN et de la coupe du monde.

Les Années 2000 : Des Tentatives et des Déceptions

En 2007, Paulo Duarté, le sélectionneur portugais, prend les commandes de l’équipe. Il ne parviendra pas à qualifier l’équipe pour la CAN 2008 au Ghana. Pourtant, Paulo Duarté est reconduit dans ses fonctions d’entraineur. Moumouni Dagano finit meilleur buteur des éliminatoires avec 7 réalisations en 6 matchs. Après un parcours brillant en éliminatoires, les Etalons échouent au premier tour de la CAN après un nul contre la Côte d’Ivoire et une défaite contre le Ghana. Le Burkina était dans une poule à trois après le retrait du Togo suite aux attaques de Cabinda. En 2012, en Guinée Equatoriale et au Gabon, avec Paulo Duarté, les Etalons plient bagages dès le premier tour, battus par l’Angola (1-2), la Côte d’Ivoire (0-2) et le Soudan (1-2).

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CAN 2013 : Une Finale Historique

En raison de leurs précédentes performances, plus décevantes les unes que les autres, les Etalons prennent le chemin de Nelspruit dans la discrétion la plus totale, sans même être reçus par le président du Faso. On leur prédit d’ores et déjà une élimination au premier tour, surtout dans un groupe C où figurent la Zambie, championne d’Afrique en titre, le Nigeria et l’Ethiopie au glorieux passé. Très en confiance après ce résultat, les Poulains du sélectionneur belge, Paul Put, atomisent l’Ethiopie 4 buts à 0, grâce à Alain Traoré (34e et 74e), Djakaridja Koné (79e) et Jonathan Pitroïpa (90e + 5). Le Burkina est premier de sa poule, mais doit faire au moins un nul face au tenant du titre pour se qualifier pour la 1re fois depuis 15 ans. Mission accomplie, au soir du 29 janvier, après un nul vierge de 0-0, contre les Chipolopolos. Mais face au Togo, 2e du groupe D, derrière le grand favori ivoirien et devant la Tunisie et l’Algérie, c’est un autre match qui se dresse devant le Burkina, surtout en l’absence sur blessure de son meilleur buteur Alain Traoré. Les plus optimistes prédisent une défaite sévère aux nôtres.

Malgré l’hostilité de l’arbitre qui refuse deux penalties et un but tout à fait valables, les Etalons du Burkina se hissent en finale pour la toute première fois de leur histoire, grâce à une égalisation de Bancé (60e) et une victoire aux tirs au but (3 à 2) contre le 2e grand favori de la compétition, le Ghana. Le record historique et éternelle référence est relégué au second plan. Les Etalons sont à 90 mn de monter sur le trône tant convoité. Le Burkina Faso est venu à bout du Ghana au terme d'une demi-finale indécise à Nelspruit (1-1, 3 t.a.b 2). Les Etalons rallient pour la première fois de leur histoire la finale de la CAN mais seront privés de Pitroipa, injustement expulsé.

Le public massé dans les tribunes du stade Mbombela de Nelspruit en a eu pour son argent. Malgré la pelouse sablonneuse de l'enceinte sud-africaine, Burkina Faso et Ghana ont offert un spectacle d'une intensité rare. Jusqu'au bout de l'effort, les deux équipes se sont livrés un duel épique qui n'a donné son vainqueur qu'à l'issue des tirs au but. Dominés en première période par des Ghanéens qui atteignaient ce stade de la compétition pour la 11e fois de leur histoire, les Burkinabés peuvent se sentir floués par l'arbitrage de Slim Jedidi, malgré la victoire. L'arbitre tunisien a d'abord accordé un pénalty plus que litigieux aux Black Stars. Mubarrak Wakaso ne s'est pas fait prier pour punir Diakité, d'un tir imparable dans le petit filet (0-1, 13e).

Meilleure défense de cette CAN 2013, les hommes de Paul Put ne cédaient que pour la deuxième fois du tournoi. Les joueurs de couloir ghanéens Atsu et Wakaso ont malmené l'arrière-garde des Etalons par leur vitesse et leur vivacité. Pitroipa et Nakoulma jouant sur les mêmes qualités dans le camp adverse, le match a pris une tournure spectaculaire, le ballon passant d'un camp à l'autre sans interruption. Dans le second acte, la densité physique de Bancé et Kaboré a considérablement gêné la défense ghanéenne. Le premier a logiquement égalisé sur une passe du second (1-1, 60e). Deux minutes auparavant, le maudit Gyan avait trouvé le poteau sur un cadeau d'Atsu (58e). A partir de l'heure de jeu, les Black Stars ont eu toutes les peines du monde à exister. Petit à petit, les coéquipiers d'un Bakary Koné, impérial derrière, ont étouffé ceux qui ont atteint neuf fois la finale de la CAN.

Les prolongations ont même été à sens unique. Le défenseur lyonnais et Bancé ont manqué le coche. Avant que M. Jedidi ne reprenne son festival de décisions controversées. A la 105e minute, il a refusé un but à Nakoulma pour des raisons peu évidentes. Puis a expulsé Pitroipa pour une simulation inexistante. "L'arbitre c'est un humain, il a le droit de se tromper, mais il s'est trompé beaucoup de fois aujourd'hui, a déclaré Charles Kaboré. "Il faut savoir pardonner de temps en temps, mais aujourd'hui c'était trop" a ajouté le capitaine burkinaké, qui a demandé que Pitroipa soit innocenté. John Boye avait en effet bien déséquilibré son coéquipier du Stade Rennais dans la surface de réparation (117e).

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Le résultat final a rétabli une forme de justice. Le Ghana a manqué deux fois la cible par Vorsah et Clottey lors de la séance de tirs au but. Malgré le raté de Koulibaly, l'arrêt de Diakité sur la dernière tentative ghanéenne a propulsé le Burkina Faso en finale. Une première historique pour les Etalons qui n'avaient plus dépassé le premier tour depuis 1998. Sans Pitroipa et Traoré, deux de ses meilleurs joueurs , les troupes de Paul Put ne se présenteront pas dans les meilleures dispositions face au Nigéria en finale.

Après 2013

Présent en Guinée Équatoriale sa médaille d’argent autour du cou, le Burkina Faso ne sortira pas de son groupe en 2015. Il attendra le Gabon pour renouer avec le dernier carré de la CAN, finissant respectivement troisième et quatrième en 2017 et 2021 au Cameroun.

Joueurs et Entraîneurs Emblématiques

Le football burkinabè a été marqué par des joueurs talentueux et des entraîneurs dévoués.

Quelques Joueurs Notables

  • Barrou Keita dit Barrou Ba : A évolué à l’OCG Nice (L1) Française.
  • Mamadou Sissoko : Olympique de Marseille ( L1) Française.
  • Côté locaux, Sakou Delo (gardien de but), André Ouédraogo dit 39, Issouf Salia, Boureima Traoré dit Débâche, Cheick Diaby, Lamine Traoré, Ibrahim Sanou dit Rustico.
  • Bernard Ouédraogo dit Kebekebé, feu Casimir Ziba, Kabirou Sall, Amadou Bamba, feu Seydou Bamba, feu Fousséni Blaise Traoré (capitaine), feu Sotigui Kouyaté (le cinéaste) et feu Henri Koblavi étaient de l’expédition de Madagascar.
  • Les premiers joueurs sélectionnés pour porter les couleurs nationales sont, si nous ne nous abusons, Sakou Delo (gardien de but), feu Adama Coulibaly, Ousmane Diallo, Seydou Cissé dit Saï, Baba Traoré dit Bafiné, Fousséni Blaise Traoré dit CAP (capitaine), Ernest Akué, Justin Mévi, Casimir Ziba, Maurice Tapé, Cheicba Touré et Sotigui Kouyaté.

Entraîneurs Marquants

L’historique du staff liste tous les managers, présidents, directeurs athlétiques, etc. (ainsi que leur période) qui ont travaillé pour le club sélectionné.

  • Issa Balboné (1 janv. 1974 - 1 nov.)
  • Hubert Velud (8 juin 1959 - 22 avr. 2022)
  • Oscar Barro (1 févr. 2022 - 30 avr.)
  • Kamou Malo (17 sept. 1963 - 24 juil. 2019 - 1 févr.)
  • Paulo Duarte (6 avr. 1969 - 1 janv.)
  • Gernot Rohr (28 juin 1953 - 25 févr. 2015 - 21 déc.)
  • Paul Put (26 mai 1956 - 23 mars 2012 - 9 févr.)
  • Paulo Duarte (6 avr. 1969 - 20 mars 2008 - 17 févr.)
  • Didier Notheaux (4 févr. 1948 - 1 avr.)
  • Bernard Simondi (28 juil. 1953 - 6 janv.)
  • Sidiki Diarra (6 janv. 1952 - 1 juil.)
  • Ivica Todorov (4 juil. 1950 - 27 avr. 2004 - 4 janv.)
  • Jean-Paul Rabier (25 janv. 1955 - 1 juil.)
  • René Taelman (5 mai 1945 - 1 juil.)
  • Sidiki Diarra (6 janv. 1952 - 1 juil.)
  • Didier Notheaux (4 févr. 1948 - 1 juil.)
  • Philippe Troussier (21 mars 1955 - 1 sept.)
  • Ivan Vutov (19 mars 1944 - 1 janv. 1996 - 31 déc.)
  • Amokrane Oualiken (6 avr. 1933 - 30 oct.)
  • Heinz-Peter Überjahn (13 nov. 1948 - 1 juil.)
  • Otto Pfister (24 nov. 1937 - 1 août 1976 - 31 déc.)

Défis et Perspectives d'Avenir

Au terme de notre contribution sur l’évolution de notre football, nous pensons que nos dirigeants peuvent toujours faire mieux à condition d’agir avec plus de rigueur et de professionnalisme. Dans le cadre de la politique du développement de notre football, l’Etat peut faire en sorte que les clubs puissent disposer de sponsors. Les infrastructures sportives étaient quasi inexistantes. Notre pays dispose aujourd’hui de bons éléments professionnels à travers l’Europe, l’Afrique et ailleurs. Trois arbitres ont été les meilleurs sifflets africains de leur génération.

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