L'épopée du football américain à Colmar : Des Libérions aux ambitions grandissantes

Imaginez un terrain enneigé, balayé par les vents glacials, coincé entre un cours d’eau, un stand de tir et une voie ferrée. C'est ici, dans ce no man’s land humide, que les Libérions de Colmar, une équipe de football américain évoluant dans la plus petite division française, forgent leur esprit d'équipe et leur détermination. Leur histoire, atypique et passionnante, témoigne de la persévérance d'une bande de passionnés qui ont su surmonter les obstacles pour faire vivre leur rêve.

Genèse d'une passion : La naissance des Libérateurs

L'aventure commence en 2005, à Colmar, d'une idée un peu folle : créer un club de football américain sans infrastructures, sans argent, sans équipements, et surtout avec très peu de joueurs. Philippe Graff, actuel président des Libérateurs de Colmar, se souvient de ces débuts difficiles : "On a commencé à cinq et souvent on était deux à l’entraînement !".

Pour recruter de nouveaux joueurs, l'équipe fait preuve d'ingéniosité. Ils impriment une photo de l’équipe avec un texte au dos invitant à essayer le sport et distribuent des flyers dans les rues de Colmar. Florent Rougier, coach assistant et joueur, se souvient de cette caravane publicitaire improvisée : "On a fait plusieurs événements avec nos équipements pour attirer les gens. On a organisé des soirées américaines en boîtes de nuit, on a fait des carnavals, écumé les bars…".

Malgré les difficultés, les Libérions ne se découragent pas. Leur premier match de championnat se joue avec un effectif de 12 joueurs, dont un invalide, et se solde par une victoire inattendue (14 à 6).

De la galère à la reconnaissance : L'ascension des Libérions

À force de persévérance, de bouche-à-oreille et d’une communication maîtrisée sur les réseaux sociaux, les effectifs vont tout de même s’accroître d’année en année pour passer de 5 à 10, 15, puis 37 licenciés seniors pour la saison 2016-2017. L’entente entre les clubs d’abord ennemis de Colmar et Sélestat va beaucoup aider. Les Libérions s'entraînent tous les vendredis soirs à Sélestat, petite ville alsacienne de 20 000 habitants. Autant dire que le vivier de joueurs est plutôt réduit, dans une région où le football, le rugby et le basket prennent déjà beaucoup de place.

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Les municipalités, habituées du foot et du rugby, voient d’un œil surpris ces mecs étranges arrivés dans leurs bureaux pour leur demander un terrain pour s’entraîner. A Colmar, les Libérateurs obtiennent l’autorisation de squatter le terrain d’entraînement des rugbymen, présents depuis 1963.

En termes d’équipements, les joueurs mettent la main à la patte et parfois au porte-monnaie. Ils récupèrent des plots de chantiers pour délimiter le terrain à l’entraînement et certains sortent même du placard leurs Adidas Copa Mundial, la mythique chaussure de foot des années 80.

Les premiers matches s’avèrent épiques, en présence d’une cinquantaine de spectateurs et d’une équipe de la Croix-Rouge. Solidaires entre eux malgré les températures polaires et les plots de chantiers, les Libérions progressent et enchaînent les succès jusqu’à décrocher le titre de champion d’Alsace en 2016 face aux Patriotes de Riedisheim.

Une identité forte : Esprit d'équipe et valeurs humaines

Au-delà des résultats sportifs, les Libérions cultivent un esprit d'équipe et des valeurs humaines fortes. Florent Rougier témoigne de ces liens qui unissent les joueurs : "J’ai fait pas mal de sports comme du judo ou du jujitsu mais je n’ai jamais vu un sport où tu crées des liens aussi forts. Avant l’entente avec l’équipe de Colmar, nous étions encore ennemis sur le terrain. L’avantage du foot US c’est que nos potes sur le terrain doivent nous protéger. On est tous là à veiller les uns sur les autres ! Si on n’est pas solidaire on ne peut pas avancer ! C’est ce qui peut faire la différence avec d’autres sports collectifs, le fait que l’on ait le droit de faire des blocs sur des joueurs sans ballon, pour protéger nos coéquipiers".

Cet esprit de camaraderie se retrouve également en dehors du terrain. Florent Rougier vit en colocation avec un de ses coéquipiers, devenu ami. Il est venu au football américain grâce à la célèbre franchise de jeu vidéo Madden sur Playstation : "J’ai découvert le football américain sur la Play grâce à Madden. En y jouant j’ai commencé à comprendre les règles et je me suis dit “Ouah, mais en fait c’est génial ! Il y a de la stratégie et en même temps du contact !”. J’ai essayé dès que j’en ai eu l’occasion et mes premières impressions du jeu vidéo ont vite été confirmées."

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L'US Colmar : Un club omnisports engagé dans la vie locale

L'US Colmar, fondé en 1975, est bien plus qu'un simple club de football américain. C'est une association omnisports qui incarne une passion authentique pour le sport et un engagement total au service de la communauté. Exclusivement géré par des bénévoles, le club repose sur une force collective où chacun joue un rôle déterminant, des joueurs aux encadrants. Avec 4 équipes séniors et 1 équipe vétéran, le club accueille des joueurs de tous âges, des jeunes adultes jusqu’aux plus expérimentés, perpétuant ainsi une tradition de partage intergénérationnel.

Les valeurs prônées par l'US Colmar sont le respect et le fair-play, la passion du football, l’esprit d’équipe et la convivialité, le développement personnel et la persévérance, l’ouverture et l’intégration, et l’éducation par le sport. Le club est un acteur incontournable de la vie locale à Colmar. Grâce à l’implication de ses bénévoles et au soutien constant de ses supporters, il organise régulièrement des événements qui vont bien au-delà des matchs, créant ainsi un lien social fort au sein de la communauté. Tournois, journées d’initiation pour les jeunes, événements caritatifs, il met un point d’honneur à utiliser le sport comme un moyen de rassembler et de dynamiser la vie locale. Il s'efforce également d’inculquer à ses joueurs un sens des responsabilités citoyennes, les encourageant à devenir des exemples de respect et d’engagement dans la société.

Le football américain en France : Une histoire ancienne et méconnue

Le football américain n’est pas une chose toute à fait nouvelle dans le paysage sportif français des années 30. Déjà en 1897, à Levallois, un match entre étudiants américains en séjour dans la Capitale s’était disputé le jour de Thanksgiving sur des terrains appartenant au Racing Club de France. C’est le premier match connu de ce sport sur le vieux continent. Deux rencontres en 15 ans c’est peu… Le sport réapparaît brièvement au sortir de la Première Guerre Mondiale. Malgré cette présence réduite, la presse française évoque régulièrement le cas du ‘rugby américain’ comme elle aime à appeler le sport. Généralement, le public sait qu’il existe une forme de ‘rugby’ jouée aux Etats-Unis, On sait que c’est un jeu violent et très important là-bas. Et c’est à peu près tout.

Et puis, il y’a 1924 et cette finale du tournoi olympique de rugby entre la France et les Etats-Unis restée célèbre pour toutes les mauvaises raisons possibles et qui vaudra - en plus de l’éviction de la chose ovale du jeu olympique pendant près d’un siècle - la plus fantastique des phrases jamais écrites à propos de sport: « C’est ce qui se fait de mieux, sans couteau ni revolver« .

En 1938, Curt Riess fonde à Paris l’Union de Football Américain Amateur (UFAA). Son idée première est de composer une équipe française faite de rugbymen, de leur apprendre - rapidement - les règles de ce nouveau jeu et de leur faire affronter une sélection venue des Etats-Unis. Le 30 novembre 1938, les 24 joueurs américains et Jim Crowley s’embarquent à bord du Manathan, direction le Havre et profitent du voyage pour peaufiner leur forme physique. Le 7 décembre, la douane est passée, ils sont enfin là, les ‘colosses-gentlemen’ comme les appellent Paris-Soir. Pour leurs grands débuts hexagonaux, les joueurs américains sont accueillis par une foule de 20 à 25.000 spectateurs au Parc des Princes. Le lendemain, toute la presse évoque le match.

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Si la qualité athlétique des joueurs impressionne et qu’on loue l’esprit de corps des équipes, que l’on devine aussi les possibilités tactiques du nouveau jeu, on s’y ennuie aussi un peu, beaucoup. « Un sport qui manque d’envolée » résume l’Excelsior. On regrette que le jeu soit si souvent arrêté par « d’inutiles parlotes ». et on doute que ce rugby « monotone, automatique, simpliste et naïf par instant » soit adapté au tempérament national.

Les défis et les perspectives d'avenir

Malgré leur titre de champion d'Alsace en 2016, les Libérions évoluent toujours au même échelon en 2017. Vivien Battesti, le coach, regrette que la mairie ne les prenne pas vraiment au sérieux : "La mairie nous considère comme des illuminés, fans d’une discipline un peu décalée. J’ai l’impression qu’ils ne nous prennent pas vraiment au sérieux, malgré le championnat et le titre de champion d’Alsace. La preuve cet hiver avec les disponibilités du terrain : on nous a dit qu’il était trop gras pour pouvoir s’entraîner le lundi et le jeudi. Pourtant l’équipe de rugby colmarienne a eu le droit de s’entraîner le mercredi et vendredi soir".

Jimmy Fuhrmann, ex-joueur, trésorier, parfois arbitre et depuis cette année président, explique les difficultés à faire connaître ce sport : « C’est un sport qui est très difficile à faire connaître, les gens sont plutôt foot ou rugby, ils imaginent les coups, les impacts que l’on voyait aux États-Unis, quand les joueurs se tapaient dessus comme des sauvages, mais maintenant, c’est interdit. On peut se bousculer, frapper fort avec les épaulières, mais c’est plutôt un sport stratégique ».

Les Libérions comptent bien conserver leur titre de champion d’Alsace et s'inspirer de la victoire des New England Patriots lors de la finale du SuperBowl, qu’ils ont regardé tous ensemble, réunis autour d’une bière, d’un burger et de leurs souvenirs communs.

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