Le rugby en Italie a une histoire riche, marquée par des débuts modestes, l'influence d'entraîneurs français, des moments de gloire et des défis persistants. Cet article explore l'évolution de la Fédération Italienne de Rugby (FIR) et la place du rugby dans le paysage sportif italien.
Les Débuts du Rugby en Italie
Les premières traces du rugby en Italie remontent à la fin du 19e siècle, introduit par des étudiants britanniques à Gênes. Pietro Mariani, considéré comme le premier promoteur italien de la discipline, découvre le rugby lors d'un voyage de travail à travers les Alpes. Devenu ingénieur, il rejoint le Cercle des Sports Stade Lorrain. À Milan, il réunit un groupe d'étudiants universitaires qui fréquentent le terrain d'athlétisme de Via Sismondi, entraîné par l'athlète Enrico Bonacina, participant aux Jeux de 1924.
Au milieu des années 1920, Mariani recrute principalement des expatriés français en poste à Milan. Henry Davin est le premier entraîneur de l'équipe milanaise, accueillie au sein du prestigieux Sport Club Italia. Gustave Laporte, cadre de la Chambre de commerce franco-italienne, est également un fervent sportif, participant aux championnats nationaux de boxe et étant un bon basketteur, figurant dans le cinq majeur de l'Internazionale qui remporte le championnat en 1923. Il est également arbitre. Davin et Laporte font partie du premier embryon de rugby organisé, le « Comité pour la propagation du jeu de balle ovale », qui voit le jour le 25 juillet 1927.
Les manifestations inaugurales bénéficient du soutien du journal L’Auto et de l’attention particulière de Gaston Bénac, dirigeant de la Fédération française de rugby (FFR) et journaliste, venu en Italie à l’automne 1927 pour rendre compte des défis qui marquent le lancement du rugby italien, avec une sélection baptisée « équipe du Littoral ». Dès lors, les équipes françaises sont régulièrement invitées dans la péninsule, notamment à Milan, Turin et Gênes. Parmi elles, Grenoble. Le 15 avril 1928, l’équipe iséroise défie le Milanese Sport Club à Turin. Julien Saby, 25 ans, est aligné à l’aile.
La Fondation de la Fédération Italienne de Rugby (FIR)
La Fédération Italienne de Rugby à XV (FIR) est officiellement fondée en septembre 1928. En 1911, la fédération italienne est créée. Le premier championnat est organisé en 1928, remporté par Milan. L’équipe nationale dispute son premier match en mai 1929 contre l’Espagne, à Barcelone, au terme duquel elle perd 9 à 0.
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L'Influence des Entraîneurs Français
Dans les années 1930, les entraîneurs français jouent un rôle important dans le développement du rugby italien, avec notamment Julien Saby, qui devient l’entraîneur des Amatori Milano et de l’équipe nationale. Les tensions internationales mettent fin à ce magistère à partir de 1938, mais il reprend à partir des années 1950. Saby revient en Italie à Rovigo et forme de nombreux joueurs et entraîneurs italiens autour d’un rugby de conquête et de possession.
Dans les années 1970, Pierre Villepreux devient un nouveau maestro d’oltrealpe autour d’un rugby de mouvement et de liberté. Saby comme Villepreux veulent ouvrir une voie italienne du rugby. D’autres entraîneurs français font fructifier leur héritage comme Georges Coste, Pierre Berbizier, Jacques Brunel même si l’Italie se tourne aussi vers des entraîneurs de l’hémisphère sud.
En raison de la proximité géographique et des affinités linguistiques et culturelles, le rugby français a représenté, aux yeux des rugbymen italiens, le maître-étalon de leur progrès. Toutefois, il faudra attendre l’année 1997 pour que les Azzurri remporte sur les leur premier test-match au stade Lesdiguères de Grenoble (40-32), après une cinquantaine de confrontations pour lesquelles les Bleus n’avaient eu besoin d’aligner que des équipes A1, B ou Espoirs.
Le Rugby Italien sous le Régime Fasciste
Alors que le régime fait du rugby l’un des « sports de combat » à privilégier pour la formation de la jeunesse, et en l’occurrence des universitaires, future classe dirigeante du pays, le soutien français passe de l’accidentel et de l’impromptu au direct et à l’intéressé. Les relations avec les Unions anglo-saxonnes s’étant détériorées, la Fédération française de rugby (FFR) envisage la constitution d’un nouvel échiquier rugbystique en Europe continentale qui ferait de l’Italie et de l’Allemagne ses partenaires privilégiés autour de la création de la Fédération internationale de rugby amateur (FIRA) finalement créée en 1934.
Sur le plan technique, grâce à Saby et aux visites régulières des équipes transalpines, le rugby italien naissant est marqué par une nette empreinte française. Le moment de l’affrontement entre les équipes nationales est également arrivé. Le rendez-vous est fixé à Rome le 22 avril 1935, lundi de Pâques, date à laquelle se tient également le premier congrès de la FIRA. Saby dispose de ce que le rugby italien a de mieux à offrir, les Français alignent une équipe de second choix qui n’est arrivée à Rome que le samedi soir. Le résultat est très dur : 44-6.
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L'Après-Guerre et l'Émergence du Rugby Italien
Dans l’après-guerre, l’Italie commence à se faire un nom dans le rugby européen. Elle domine des nations comme l’Espagne, l’Allemagne de l’ouest, la Roumanie ou encore la Tchécoslovaquie, mais ne parvient toujours pas à s’imposer face à la France. Dans les années 60, l’Italie participe à la nouvelle formule de la Coupe européenne et termine deuxième de la division A, toujours derrière la France. Au début des années 1970, l’Italie effectue ses premières tournées en Afrique.
L’évolution du rugby italien permet aux Azzurri d’affronter pour la première fois en 1983 une équipe de haut niveau de l’hémisphère sud : l’Australie. En 1987, l’Italie fait partie des seize équipes qui participent à la première Coupe du monde de rugby qui a lieu en Nouvelle-Zélande et en Australie. L’Italie joue le match d’ouverture face aux All Blacks mais s’incline lourdement 70 à 6. L’Italie participe ensuite à la Coupe du monde 1991 qui a lieu en Angleterre, se trouvant dans une poule très relevée, avec l’Angleterre, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.
L'Intégration au Tournoi des Six Nations
L’Italie intègre le Tournoi des 5 Nations qui devient donc le Tournoi des 6 Nations en 2000. Cette date marque un tournant dans l'histoire du rugby italien. Giancarlo Dondi, un dirigeant italien, a mené de longues et âpres négociations avec ses homologues français et britanniques pour que l'Italie soit acceptée dans la compétition.
« Beaucoup ont pensé que Dondi était un peu fou de penser que l’Italie pouvait rentrer dans le Tournoi, s’amuse-t-il rétrospectivement. Et c’est vrai que c’était quelque chose d’un peu fou. » Aujourd’hui, même si quelques voix s’élèvent pour demander à ce qu’elle soit remplacée par une Géorgie qui apparaît plus compétitive, l’Italie est bien implantée dans une compétition qu’elle dispute depuis l’an 2000. Il n’en a pas toujours été ainsi. « Il a fallu faire évoluer les mentalités, souffle Giancarlo Dondi. Et faire preuve de diplomatie. Ça n’a pas été facile. »
C’est au milieu des années 90 que le projet a germé dans son esprit , porté par les bons résultats d’une sélection entraînée par le Français Georges Costes entre 1993 et 1999, qui avait battu des équipes telles que l’Irlande, l’Écosse et même la France, chez elle, qui venait pourtant de réaliser le Grand Chelem en 1997 (40-32). Giancarlo Dondi l’affirme : « La France a été la nation du rugby qui a porté l’Italie dans le Six-Nations. » Bernard Lapasset, président de la Fédération française de rugby à l’époque (1991-2008), s’en souvient encore. La partie n’a pas été aisée : « Il y a eu des résistances. Mais on a fini par imposer nos vues avec Giancarlo Dondi. L’idée, c’était d’ouvrir le rugby : on avait une stratégie pour l’internationaliser. »
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Les Celtes auraient pourtant pu se réjouir à l’idée de voir débouler dans l’institution une puissance économique forte de plus de 55 millions d’habitants. Mais ce n’était pas leur raisonnement. « Ils n’étaient d’accord qu’à une condition : qu’ils ne soient pas pénalisés financièrement. En clair, il a fallu trouver des solutions pour que le ‘‘ gâteau’’, même partagé en six, représente plus pour les Celtes. »
Une seule solution pour cela, que les Italiens ne touchent aucun bénéfice de leur participation aux Tournoi durant les premières années. « Les autres équipes ne nous ont pas donné un euro, s’agace encore Giancarlo Dondi. On avait les recettes des matchs à domicile, mais il a fallu trouver des sponsors et négocier les droits TV. » Le détail est plus complexe précise tout de même Jacky Laurans : « L’Italie a été intégré petit à petit entre 2000 et 2004 : lors des premières années, elle n’a pas été intéressée par les revenus du Tournoi. Lors de la troisième, elle l’a été à 25 % et lors de la quatrième, à 50 %. Lors de la cinquième, elle est devenue membre de plein droit. » « 75 % des droits étaient équitablement partagés en six, précise Jacky Laurans. Les 25 % restants étaient répartis en fonction du nombre de clubs et du classement mondial.
Les Défis et les Succès dans le Tournoi des Six Nations
En 20 éditions, elle a achevé 14 fois le tournoi à la dernière place (dont 9 cuillères de bois). Son meilleur résultat est une quatrième place en 2007 et 2013. Malgré cela, l'Italie a remporté des victoires notables contre des équipes comme la France, l'Écosse et le Pays de Galles. L'édition 2025 du Tournoi des 6 Nations en est un exemple, avec la victoire du XV de France face à l'Écosse. L'Italie reçoit l'Irlande ce samedi, lors de la dernière journée du Tournoi des 6 Nations 2025.
L'Équipe Féminine de Rugby
Le sport collectif féminin italien vit une période dorée. Aux rugbywomen maintenant de tenter de prolonger cette dynamique : « Ces résultats sont une caisse de résonance. Elles ne nous retirent pas de l'attention, au contraire, elles nous en apportent. D'autant plus que notre équipe de rugby est elle aussi compétitive, même si les résultats obtenus n'ont pas de répercussion directe sur le nombre de licenciées. Mais paradoxalement, beaucoup de néophytes nous suivent, parce que notre rugby est plus compréhensible que celui des hommes, car plus lent. », explique Elisa Facchini, internationale de 2002 à 2012. L'ancienne demie de mêlée, est aujourd'hui la directrice sportive des Red Panthers, la section féminine du Benetton, franchise de l'URC.
Le nombre de licenciées à la Fédération Italienne de Rugby (FIR) oscille entre 5 500 et 6 000, ce qui laisse au sélectionneur Fabio Roselli un vivier très restreint : « Quelques dizaines de joueuses d'un niveau similaire, on arrive à 100 avec les niveaux plus disparates », constate-t-il. Et seule la partie nord du pays est concernée : sur les 32 convoquées, les joueuses nées le plus au sud viennent de Frascati, près de Rome. « Au-delà, il n'y a presque rien, confirme Facchini. C'est dommage car le rugby a besoin de ces tempéraments forts qui naissent souvent dans le sud de l'Italie mais qui manque de structures. Les terrains sont sans herbe, sans vestiaires… Il manque les bases. » 11 des 32 convoquées évoluent en France.
La Fédération a également pris des mesures : 23 joueuses bénéficient d'une bourse d'études, une sorte de revenu mensuel qui ne permet pas de vivre mais assure une certaine sérénité, en aidant à payer les études ou en permettant de travailler à temps partiel. « Le rapport affiliées/résultats est miraculeux, remarque Facchini. En France, les jeunes intègrent des académies dès 15 ans, nos filles, elles, commencent parfois le rugby à peine un an avant de jouer le Tournoi des 6 Nations U18 ». Quart de finalistes de la dernière Coupe du monde (stade jamais atteint par l'équipe masculine), seulement deux « cuillères de bois » depuis leur arrivée dans le 6 Nations en 2007 qu'elles ont conclu à la seconde place en 2019 et 7ème du World Ranking. Oui, il s'agit bien d'un miracle.
Le Championnat National (Super 10)
Aujourd'hui, le rugby est principalement pratiqué dans le nord de l'Italie (Parme, Padoue, Trévise Venise, Mestre) et dans une moindre mesure dans le Lazio. Le championnat national (Super 10) compte 10 équipes. Cette année Calvisano (Brescia) est le grand favori à sa propre succession. Deux autres divisions rassemblent 20 clubs en serie A et 40 clubs en série B.
L'Emblème de l'Italie au Rugby
L’Italie a choisi pour emblème la couronne de lauriers. Elle symbolise la grandeur de l’histoire romaine et les victoires de Jules César dans l’Antiquité. La couronne de lauriers était portée par les empereurs romains. La couronne de lauriers est l’emblème de l’Italie depuis la fin du 19e siècle.
L’équipe d’Italie de rugby arbore un emblème sobre mais chargé de signification, le blason tricolore de la Fédération Italienne de Rugby (FIR). Ce symbole, inspiré des armoiries nationales, incarne l’identité, la fierté et l’ambition du rugby italien sur la scène internationale.
L’écusson représente un bouclier aux couleurs du drapeau italien (vert, blanc et rouge), surmonté de l’inscription « ITALIA » en lettres d’or et entouré de deux branches de laurier dorées. Ce choix s’inscrit dans la tradition des grandes équipes sportives italiennes, qui arborent souvent un blason tricolore en référence aux couleurs nationales. Il reflète l’ambition du rugby italien de s’imposer parmi les meilleures nations européennes et de se forger une identité forte au sein de l’élite du rugby mondial.
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