La Coupe du Monde de Rugby 2007, organisée en France, a été marquée par des moments forts et des surprises. Parmi ces moments, le quart de finale opposant la France à la Nouvelle-Zélande à Cardiff reste gravé dans les mémoires, notamment en raison de la riposte légendaire des Bleus au haka des All Blacks. Cet article explore le contexte de ce match, la signification du haka, et l'impact de la réponse française sur le déroulement de la rencontre.
Le Haka : Un Symbole Culturel Néo-Zélandais
Au cœur de la légende des All Blacks, le haka néo-zélandais représente le symbole absolu de tout un peuple, et va bien au-delà du simple folklore rugbystique. Quand ce cri retentit, le stade se fige religieusement. Piri Weepu mène le haka, les yeux exorbités, en transe. Ses partenaires plient les genoux, les mains claquent sur les cuisses, puis sur les coudes. Le chant guerrier monte en intensité, scandé, hurlé. Le frisson grandit. Les langues sortent dans une dernière grimace d’intimidation. La tension est à son comble.
Michael Jones, le légendaire troisième-ligne, décrit le haka comme un élément qui « te fait bouillir le sang », une motivation qui vient du plus profond de l’âme. John Hart, entraîneur des All Blacks de 1995 à 1999, détaille : « Le haka, ce n’est pas juste notre lien avec le rugby. Ce sont les racines de notre pays. C’est ce qui nous rend unique. C’est à la fois notre culture, notre tradition et notre identité. Que l’on soit maori ou pakaha (blanc), au fond de nous c’est quelque chose d’immensément important ».
Pour comprendre le haka, il faut se plonger dans l’histoire de la Nouvelle-Zélande, dans la nature belliqueuse des Maoris. Depuis des siècles, les clans s’y défient de la sorte avant de partir à la guerre. Le rugby n’en est que le prolongement plus pacifique. En Nouvelle-Zélande, il n’existe pas un haka mais des hakas, des centaines. Chaque équipe, chaque lycée, chaque village a le sien. Il existe même un grand tournoi (Te Matatini) qui, tous les deux ans, rassemble 30 000 participants pour élire le plus beau, le plus effrayant. Les paroles du chant, la chorégraphie varient, mais on y retrouve deux figures imposées : le pukana (yeux exorbités) et le whetero (langue sortie). Le blanc des yeux doit exprimer la pureté, la fierté, le défi.
Le plus renommé de tous ces hakas est évidemment celui des All Blacks. Exécuté pour la première fois en 1884, il ne fut, pendant longtemps, réservé qu’aux tournées lointaines des hommes en noir. C’est seulement en 1987 qu’il fut systématisé dans sa version actuelle. Wayne Shelford, le capitaine lors de la première Coupe du monde, proposa le Ka Maté à ses partenaires après l’avoir vu exécuté par les étudiants du Te Aute College, la plus célèbre école maorie du pays.
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La Riposte des Bleus : Un Moment Historique
Avant le coup d'envoi du match, le haka habituel des Blacks a été marqué par une riposte des Bleus légendaire. Le regard de David Marty est gravé à jamais et son nom associé à cet immense moment de rugby. Impossible de n'avoir aucun frisson en écoutant les hymnes de ce 6 octobre 2007 ou en savourant la riposte des Bleus au haka néo-zélandais. Ce jour-là, les Bleus sont dos au mur. Battus par les Argentins en match de poule, ils sont contraints de disputer le quart-de-finale de leur coupe du monde à Cardiff, un comble. Les Bleus sont à quatre-vingt minutes de subir un camouflet historique. L'enfer leur est promis face aux Blacks.
Les Bleus ont besoin d'un immense supplément d'âme pour battre les Néo-Zélandais et ils savent où aller le chercher. Pas question de regarder passivement les Blacks faire leur haka qui vous promet la misère. Chaque joueur endosse un tee-shirt bleu, blanc ou rouge et les quinze acteurs forment un drapeau tricolore qui se rapproche au plus près des colosses de l'hémisphère sud. "On avait passé la semaine à Cardiff et on en avait parlé. On ne voulait surtout pas subir ce haka car c'est quelque chose qui peut vous puiser un gaz énorme. On avait donc décidé de l'affronter, au plus près. " Les explications sont entrecoupées de silence et de respirations, ce moment fort a encore son influence : "être face au haka ça fait des frissons de partout, c'est toujours un grand moment à vivre. ""Personne ne nous attendait, on était battus d'avance. C'était un grand moment de rugby, mon plus beau souvenir en équipe de France".
Bleus et Blacks finissent le haka les yeux dans les yeux. L'avantage psychologique est clairement pour les Français. Sébastien Chabal est à deux doigts de dévorer le premier qui passe, le regard candide de Vincent Clerc est métamorphosé et celui de David Marty est une magnifique image de fin qui sonne comme un défi lancé au numéro 8 Rodney So'oialo : "_ Ce n"était pas calculé, ils se sont rapprochés au fur et à mesure de nous, ils ont joué le jeu et ont voulu nous affronter, mais nous aussi_. "Aujourd’hui, en pleine coupe du monde, ce haka 2007 refait surface. Indéniablement, c'est la plus belle riposte d'un adversaire à cette tradition magnifique des All Blacks. Loin de la coupe du monde, le centre usapiste qui sort de l'entraînement de l'USAP dans le petit stade de Torreilles se remémore cet immense moment avec bonheur : " Ça fait plaisir d'y avoir participé, le haka était fort et ce match compte dans l'histoire de l'équipe de France. C'est clairement mon plus beau souvenir avec les Bleus "." Personne ne nous attendait, on était battus d'avance. On avait une équipe très solide et on l'a montré sur ce match même si on y a laissé une santé terrible qu'on a payé cher la semaine suivante en demi-finale contre les Anglais, on n'avait plus de jambes mais oui, c'était un grand moment de rugby, inoubliable. "
Analyse du Match et Facteurs de la Victoire Française
Jean-Baptiste Elissalde fait partie des quelques joueurs français (deux victoires en sept confrontations) à avoir battu les Blacks en phase finale du mondial. C’était en 2007, à Cardiff, lors du quart de finale de la Coupe du monde. Tout le monde a dans la tête les images du haka lorsque les bleus avaient été défier les Néo-Zélandais les yeux dans les yeux. Une idée qui n’emballait pas l’entraîneur du MHR. 16 ans plus tard, il se souvient de ce match et de la préparation du Mondial à domicile.
Elissalde souligne que le contexte émotionnel du premier match est difficile à gérer. En 2007, l'équipe de France était sortie de Marcoussis suivie par une nuée de motos et un hélicoptère, une expérience nouvelle pour beaucoup de joueurs. Il estime que l'équipe actuelle, préparée par Fabien Galthié, a pris des mesures pour mieux gérer cette pression, en se rapprochant du public et en se préparant à tous les scénarios.
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Concernant la riposte au haka, Elissalde avoue qu'il n'était pas spécialement favorable à l'idée, mais les leaders de l'équipe avaient décidé de marquer le territoire. Il se souvient de Sébastien Chabal faisant des grimaces, ce qui lui semblait être une mauvaise idée pour énerver davantage une équipe des All Blacks déjà redoutable. Il pense que les All Blacks se sentaient tellement supérieurs que cela a paradoxalement équilibré les forces. Sur le plan tactique, il estime que les Blacks ont été catastrophiques, avec un manque de jeu au pied et de drops.
Plusieurs facteurs ont contribué à la victoire française :
- La préparation mentale : La riposte au haka a permis aux Bleus de prendre l'ascendant psychologique et de montrer leur détermination.
- La performance défensive : Avec 197 plaquages, dont 38 pour Thierry Dusautoir, l'équipe de France a réalisé une performance défensive exceptionnelle.
- Le réalisme offensif : Les Bleus ont su saisir leurs opportunités en marquant deux essais sur leurs rares incursions dans le camp néo-zélandais.
- Les erreurs tactiques des All Blacks : Le manque de jeu au pied et l'absence de tentative de drop ont coûté cher aux Néo-Zélandais.
- Un arbitrage favorable : L'arbitrage de Wayne Barnes a été critiqué par les Néo-Zélandais, qui estiment qu'il a été trop indulgent envers les Français.
L'Héritage du Match et l'Évolution du Haka
Ce match reste un moment emblématique de l'histoire du rugby français, symbole de courage, de détermination et de capacité à défier les pronostics. La riposte au haka est devenue une image iconique, représentant l'esprit de rébellion et de fierté des Bleus.
Depuis ce match, le haka a continué d'évoluer. En 2005, les All Blacks ont introduit le "Kapa o Pango", un haka plus féroce, réservé aux grandes occasions. Ce haka a suscité des polémiques en raison de son geste final, qui mime un égorgement.
Les adversaires des All Blacks ont également continué à chercher des moyens de répondre au haka, que ce soit en s'approchant au plus près, en formant des figures symboliques, ou en adoptant une attitude de défi. L'objectif est toujours le même : ne pas se laisser intimider et montrer sa détermination à rivaliser avec les meilleurs.
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