L'histoire de la Fédération Islandaise de Football (KSI) est un récit captivant d'évolution, de passion et de succès inattendus. D'une nation footballistique modeste, l'Islande a gravi les échelons pour devenir une force respectée sur la scène internationale. Cet article explore les origines, les défis, les moments clés et les figures emblématiques qui ont façonné le football islandais.
Les Premiers Pas : Fondation et Affiliation à la FIFA
L'équipe de football islandaise a disputé son premier match officiel en 1946. Avant cela, le pays, alors sous contrôle danois, ne disposait que d'une équipe officieuse. L'année suivante, la Fédération Islandaise de Football, la KSI - Knattspyrnusamband Islands, a été créée, obtenant immédiatement son affiliation à la FIFA. La jeune république venait d’acquérir définitivement son autonomie vis-à-vis du Danemark et avant même que soit créée la KSI, fédération islandaise de football, une équipe fut mise en place pour recevoir, le 17 juillet 1946, l’équipe du grand frère danois.
C’est à Nantes, le 2 juin 1957, que l’équipe de France a rencontré pour la première fois l’équipe d’Islande. Les éliminatoires de la Coupe du monde 1958 ont fort bien débuté pour les Tricolores. Cette équipe venue du froid existe officiellement depuis 1946. Après une quinzaine de matchs et quatre victoires recensées, la fédération inscrit son équipe à sa première épreuve internationale, la Coupe du monde 1958 qui sera organisée en territoire scandinave, la Suède.
Craignant probablement un désintérêt du public parisien, la fédération a choisi de faire jouer cette rencontre sur la pelouse d’un club de deuxième division, le stade Malakoff à Nantes. C’est la première fois qu’une ville de province accueille un match éliminatoire de Coupe du monde. Jusqu’alors, toutes ces rencontres avaient eu lieu au Parc ou à Colombes.
Les Défis Initiaux et le Développement Progressif
Pendant de nombreuses années, le football islandais a lutté pour se faire une place sur la scène internationale. Le climat rigoureux du pays, avec ses hivers longs et sombres, limitait considérablement les possibilités d'entraînement en extérieur. De plus, le manque d'infrastructures adéquates et de ressources financières freinait le développement du sport.
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Malgré ces obstacles, la KSI a persévéré dans ses efforts pour promouvoir le football à travers le pays. Des programmes de développement des jeunes ont été mis en place, et des entraîneurs ont été envoyés à l'étranger pour se former et acquérir de nouvelles compétences.
L'Ère Moderne : Investissements et Professionnalisation
Il faut attendre les années 2000 pour constater les premiers exploits des "Strákarnir okkar" (Nos garçons). Ils frôlent la qualification à l'Euro 2000 en réussissant l'exploit d'un match nul face aux champions du monde en titre, la France. Insuffisant. Mais le pays, en plein boom économique, investit en infrastructures et formations des jeunes et des entraineurs.
Un tournant décisif s'est produit au début des années 2000, lorsque l'Islande a connu un boom économique. Cela a permis d'investir massivement dans les infrastructures sportives, notamment la construction de terrains couverts et chauffés avec des pelouses synthétiques. Ces installations ont révolutionné la pratique du football dans le pays, permettant aux joueurs de s'entraîner toute l'année, quelles que soient les conditions météorologiques.
« La première a été inaugurée en 2000 à Keflavik. Les plus grandes coûtent entre 15 et 20 millions d’euros. Les autres, environ 5 millions. Elles ont été bâties avant la crise économique. Nous avons également une trentaine de terrains synthétiques et plus de 150 mini-terrains praticables toute l’année », explique, pas peu fier, Geir Thorsteinsson.
La professionnalisation des entraîneurs a également été une priorité. La KSI a mis en place des programmes de formation d'excellence, offrant aux entraîneurs la possibilité d'obtenir des licences UEFA, les plus hauts diplômes européens. Au club de Breidablik, on en dénombre une quinzaine qui possèdent une licence UEFA-A, l’un des plus hauts diplômes européens délivrés. « Ici, il n’y a pas de bénévoles, pas de parents qui entraînent leurs enfants. Nous avons de très bons éducateurs, tous payés, et ce même dès les plus petites catégories d’âge », explique Hakon Sverrisson, coach des équipes de jeunes depuis vingt ans.
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L'Impact de Lars Lagerbäck et l'Émergence d'une Génération Dorée
Une autre influence étrangère a eu un impact fondamental sur les progrès islandais : l’arrivée, en 2012, de l’ancien sélectionneur de la Suède (de 2000 à 2009) et du Nigeria (2010), Lars Lagerbäck. Le technicien suédois a participé à l’Euro 2004 et aux Mondiaux 2002 et 2010. En 2011, le sélectionneur suédois Lars Lagerbäck, leur apporte tout son savoir-faire. Ses compétences amènent l'Islande à à se qualifier pour l'Euro 2016.
Le gardien de but Gunnleifur Gunnleifsson a été aux premières loges des débuts du Suédois. « Lorsque Lagerbäck est arrivé, il a tout de suite clamé que son but était de qualifier l’Islande le plus vite possible pour un grand tournoi. Certains internationaux qui jouaient à l’étranger étaient dubitatifs. Très vite, ils ont adhéré. »
L'arrivée du Suédois Lars Lagerbäck en tant qu'entraîneur en chef en 2011 a marqué un tournant décisif dans l'histoire du football islandais. Lagerbäck a apporté son expertise, son expérience et sa vision tactique, aidant à transformer l'équipe nationale en une force compétitive.
Sous sa direction, l'Islande a connu une ascension fulgurante dans le classement FIFA, passant de la 131e place en 2012 à la 23e place en 2015. Lagerbäck a su inculquer une discipline rigoureuse, un esprit d'équipe solide et une confiance inébranlable aux joueurs.
Parallèlement à l'arrivée de Lagerbäck, une génération de jeunes joueurs talentueux a émergé, ayant bénéficié des investissements dans les infrastructures et la formation. Des joueurs comme Gylfi Sigurdsson, Aron Gunnarsson et Kolbeinn Sigthórsson sont devenus des figures emblématiques de l'équipe nationale, évoluant dans les meilleurs championnats européens.
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Ces joueurs nés entre 1988 et 1990, qui ont réussi l’exploit de qualifier l’Islande pour l’Euro des moins de 21 ans en 2011, forment l’ossature de la sélection. « Nous sommes chanceux d’entraîner cette génération en or. Ils sont plus techniques, ont débuté tôt et se poussent les uns les autres », s’enthousiasme le cosélectionneur Heimir Hallgrimsson.
L'Euro 2016 : Un Conte de Fées qui a Captivé le Monde
L'apogée de l'histoire du football islandais est survenue lors de l'Euro 2016 en France. Pour sa première participation à une compétition internationale majeure, l'Islande a créé la surprise en atteignant les quarts de finale.
Lors de cette compétition que l'équipe se révèle. Le monde découvre des joueurs valeureux et solidaires. Ils décrochent le nul face au Portugal pour leur premier match. Impensable jusque-là. Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers seront les vainqueurs de cet Euro. Surtout, en 8ème de finale, les Islandais achèvent l'Angleterre sur un score de 2-1. C'est leur plus belle victoire. A moins que leur plus belle victoire ne soit leurs supporters.
Les Islandais ont débuté le tournoi en obtenant un match nul héroïque contre le Portugal de Cristiano Ronaldo (1-1). Ils ont ensuite battu l'Autriche (2-1) et éliminé l'Angleterre en huitièmes de finale (2-1), créant l'une des plus grandes surprises de l'histoire du Championnat d'Europe.
Le parcours de l'Islande à l'Euro 2016 a captivé le monde entier. Les joueurs islandais ont été salués pour leur courage, leur détermination et leur esprit d'équipe. Leur fameux "clapping", un rituel de célébration avec leurs supporters, est devenu un symbole de l'Euro 2016.
Ce type d'applaudissements graduels, mains en l'air, à l'unisson, impressionne. Le foot islandais vient de gagner le cœur du monde. Le clapping est depuis repris par plusieurs nations, mais la presse islandaise le rappelle : "personne ne le fera aussi bien que nous". Chez eux, on parle d'ailleurs de "Vikingclap".
La Qualification pour la Coupe du Monde 2018 : Un Nouvel Exploit Historique
Dans la foulée de leur succès à l'Euro 2016, l'Islande a continué sur sa lancée en se qualifiant pour la Coupe du Monde 2018 en Russie. C'est la première fois de son histoire que l’équipe de football d’Islande s’est qualifiée pour la Coupe du monde de 2018, Une première historique pour la petite île volcanique prise par la fièvre du foot depuis son parcours sensationnel à l’Euro 2016.
Leaders du groupe 1, qui comprenait pourtant des équipes aguerries, comme la Turquie, la Croatie et l’Ukraine, les Vikings pourront donc à nouveau se confronter aux plus grandes équipes mondiales. Lundi les joueurs islandais ont décroché leur ticket pour 2018 en battant le modeste Kosovo, dernier du groupe 1 et 184e au classement FIFA (2-0).
Une équipe invaincue à domicile depuis 2013 Les Islandais sont invaincus à domicile depuis le 7 juin 2013 (défaite 2-4 contre la Slovénie en qualifications au Mondial-2014 au Brésil).
Avec une population d'environ 350 000 habitants, l'Islande est devenue le plus petit pays à se qualifier pour une Coupe du Monde. Cet exploit a été salué comme un triomphe pour le football islandais et une source d'inspiration pour les petites nations du monde entier.
L'Héritage et l'Avenir du Football Islandais
L'histoire de la Fédération Islandaise de Football est une source de fierté nationale et un exemple de ce qui peut être accompli avec de la détermination, de la passion et des investissements judicieux. Le succès de l'équipe nationale a eu un impact positif sur le football islandais à tous les niveaux, stimulant l'intérêt des jeunes pour le sport et encourageant de nouveaux investissements dans les infrastructures et la formation.
L’Islande compte environ 23 000 licenciés mais l’un des chiffres les plus impressionnants reste que 17 000 d’entre eux ont moins de 15 ans. En parallèle, la fédération a beaucoup misé sur le football féminin avec plus de 30% de licenciées féminines, soit plus d’un tiers du total des licenciés. L’Islande dispose d’environ 600 entraîneurs qualifiés dont 400 entraîneurs ayant la licence UEFA B nécessaire pour entraîner à partir des U10 ici sur l’île.
Malgré les défis persistants, tels que la petite taille de la population et le climat rigoureux, le football islandais est bien positionné pour continuer à progresser dans les années à venir. La KSI s'efforce de développer davantage le football féminin, d'améliorer la formation des jeunes et de renforcer les liens avec les clubs européens.
Figures Emblématiques
Plusieurs figures emblématiques ont marqué l'histoire de la Fédération Islandaise de Football, contribuant à son développement et à son succès. Parmi elles, on peut citer :
Geir Thorsteinsson: Le président de la Fédération islandaise de football (KSI) qui a été l'un des instigateurs du boom du football dans l’île. Car le football islandais doit ses progrès autant à une génération de joueurs talentueux qu’à un plan de développement ambitieux mis en place dès 1996.
Lars Lagerbäck: L'ancien entraîneur en chef qui a transformé l'équipe nationale en une force compétitive, menant l'Islande à l'Euro 2016 et à la Coupe du Monde 2018.
Heimir Hallgrímsson: L'actuel sélectionneur de l'Islande, qui a réussi à qualifier sa sélection au Mondial pour la 1ère fois et avait fait le buzz lors de l’Euro pour être dentiste à temps partiel.
Eidur Gudjohnsen: Le vétéran qui dispute l’Euro à 37 ans malgré une saison tronquée, apporte toute son expérience d’ancien joueur de Chelsea et du PSV Eindhoven.
Gylfi Sigurdsson: Le milieu de terrain à Everton (première division anglaise). Ses coéquipiers jouent aussi en Scandinavie, en Espagne ou en Italie.
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