L'Histoire de la Fédération du Kosovo de Football

Le football, sport le plus populaire en Europe et dans le monde, joue un rôle majeur dans la culture populaire. Il déchaîne les passions et confère un sentiment d'appartenance aux supporters d'une même équipe. Dans le cas des compétitions internationales, le football peut facilement se mêler à la politique de manière plus ou moins subtile. L'histoire de la Fédération du Kosovo de Football (FKF) est intimement liée à l'histoire politique du Kosovo, marquée par des conflits, une déclaration d'indépendance et une quête de reconnaissance internationale.

Les Prémices du Football Kosovar

Jusqu’à la fin des années 1980, les équipes de foot de l’ex-Yougoslavie s’affrontaient dans des championnats régionaux, dans chaque république fédérée. Les meilleures d’entre elles rejoignaient les deux divisions supérieures yougoslaves. La saison 1990-1991 fut la dernière à fonctionner de la sorte. Jusque là, le Kosovo était une province autonome rattachée à la république de Serbie, mais en 1990, Slobodan Milošević met fin à ce statut. Les conséquences sont immédiates dans tous les domaines de la vie quotidienne et le football n’est pas épargné. La situation devient de plus en plus tendue entre Serbes et Albanais qui cohabitaient normalement auparavant.

Dans les années 1990, les conflits dans les Balkans ont contraint bon nombre de familles à l’exil. Des joueurs d’origine kosovare ont ainsi émergé à l’étranger et défendent aujourd’hui d’autres couleurs.

La Fondation et les Premières Années

La fédération de football du Kosovo est fondée en 2008 au moment de l’indépendance, et crée un championnat qui n’existait auparavant que de manière officieuse et indépendante du championnat serbe. La sélection kosovare n’est autorisée par la Fédération internationale de football association, la FIFA, à disputer des matchs amicaux qu’en 2014 avant de devenir le 210ème membre de cette même association le 13 mai 2016.

Tandis que les Serbes reprennent en mains les clubs kosovars et jouent le championnat officiel, les joueurs albanais continuent de taper le ballon sur des terrains improvisés dans les champs, devant une poignée de supporters.

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Le Kosovo, pays peuplé à 90% d’Albanais, demeure aujourd’hui une région serbe au sens du droit international. Il déclare son indépendance le 17 février 2008 après plusieurs années de très forte instabilité politique qui ont donné lieu à des crimes de guerre sur son territoire. Depuis 10 ans, il n’est cependant pas reconnu politiquement par la totalité des pays du monde.

La non-reconnaissance de la Fifa pèse sur le football kosovar. Les infrastructures sont plutôt dans un bon état, même si certains stades ne souffriraient pas d’une rénovation. Mais comment faire pour trouver l’argent pour investir? La manne financière ne viendra pas des sponsors, encore moins de la vente des droits télévisés pour la retransmission des matchs. Cela n’existe pas au Kosovo. Quant à l’affluence, elle reste assez limitée.

La Quête de la Reconnaissance Internationale

Le Kosovo est là, mais où sont les joueurs ? En 1998-1999, plus d’un million de Kosovars ont choisi l’exil. Au-delà de la guerre, il y a ceux qui ont fui le régime de Milošević et ceux qui sont partis - ou partent encore - en quête d’une vie meilleure faute d’opportunité de travail. Mais que faire pour ceux qui avaient déjà joué pour leur sélection nationale d’adoption ? En 2016, le président de la Fédération kosovare, Fadil Vokrri, demande une dérogation auprès de la FIFA. Requête acceptée.

Pourtant, plusieurs fédérations européennes apportent une aide logistique ou matérielle au Kosovo.

Ne peuvent adhérer à l’UEFA que les pays membres de l’ONU, ce qui n’est pas le cas de l’ancienne province serbe. Tout était allé bien plus vite pour le Monténégro: le pays, qui avait déclaré son indépendance le 3 juin 2006, était devenu le 53e membre de l’UEFA quelques mois plus tard. Il est vrai que sa reconnaissance sur la scène internationale avait posé beaucoup moins de problèmes. A l’heure actuelle, seuls 74 Etats reconnaissent l’indépendance du Kosovo. A Belgrade, le pouvoir refuse toujours d’en entendre parler, considérant l’ancienne province comme le berceau de la nation serbe.

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"Admettez que c’est une situation étrange. La communauté internationale, et donc l’Europe, était à nos côtés lors de la guerre de 1999. La quasi-totalité des pays de l’UE ont reconnu notre indépendance, grince le dirigeant. Mais les huit membres européens du comité exécutif de la FIFA se sont abstenus quand nous avons demandé à jouer des matches amicaux."

L'Adhésion à la FIFA et à l'UEFA

Dix jours avant la reconnaissance par la FIFA, c’est l’Union des associations européennes de football (UEFA) qui reconnaissait le pays. Cette adhésion à l’UEFA débloque notamment des fonds importants pour la mise aux normes des infrastructures et développer plus en profondeur le football dans le pays.

Le 3 mai 2016, le Kosovo est devenu le 55e membre de l’Union des associations européennes de football (UEFA). Résultat du scrutin à bulletin secret ? Vingt-huit pays favorables, vingt-quatre opposés, et deux votes nuls. Score étriqué mais « moment historique », selon Fadil Vokrri, président de la Fédération de football du Kosovo.

A la tribune du congrès de l’UEFA, à Budapest, le dirigeant y est ainsi allé de son remerciement à « la grande famille européenne du football ». Puis a rappelé les affres d’« une région encore récemment ravagée par les horreurs de l’histoire », allusion à la guerre qui a eu lieu en 1998-1999. D’un côté, les avions de l’OTAN et les indépendantistes du Kosovo, d’origine albanaise. De l’autre, les ressortissants serbes, désireux de garder ce territoire sous leur contrôle. « A nos frontières, a déclaré l’ancien attaquant kosovar de la sélection yougoslave, le football va nous permettre de solidifier, sur les terrains et autour du ballon, la réconciliation entre nos peuples indispensable pour la paix et le développement. » Une vision qui n’est pas partagée par Tomislav Karadzic, président de la Fédération serbe de football, pour qui « accepter une République autoproclamée du Kosovo » revient surtout à « ouvrir une boîte de Pandore dans la région ».

Le 13 mai 2016, la FIFA a admis le Kosovo comme son 210ème membre. Il est important de noter le rôle politique de la FIFA qui compte plus de pays membre que l’ONU, qui reconnait 193 Etats.

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Les Premiers Matchs Officiels et la Ligue des Nations

L’équipe débute par la suite les éliminatoires pour la Coupe du monde 2018 lors d’un match l’opposant à la Finlande en septembre 2016, marquant alors le premier match officiel du Kosovo. Après avoir tenu en échec la Finlande chez elle lors du premier match, le Kosovo n’a enchaîné que des défaites. Mais à y regarder de plus près, il n’avait rien d’un faire-valoir pour ses adversaires. Hormis une claque reçue face aux Croates 6-0, le dernier du groupe a vendu chèrement sa peau face à des sélections mieux armées comme la Croatie, l’Ukraine, l’Islande et la Turquie.

Sous cette organisation, le Kosovo jouait son premier match en septembre dernier dans le cadre de la toute première édition de la Ligue des Nations. Cette nouvelle compétition, dont nous ne détaillerons pas le fonctionnement complexe, suscite des débats chez les grandes nations du football quant à sa réelle utilité. Elle permet cependant de donner une visibilité plus importante à des sélections comme celle du Kosovo pour qui l’édition, qui s’est déroulée du 7 septembre au 20 décembre 2018, a été un grand succès, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, l’intégralité des rencontres à domicile ont pu avoir lieu dans le stade Fadil Vokrri à Pristina entièrement rénové et qui porte le nom du premier président de la Fédération Kosovare de football, décédé le 9 juin dernier. C’est donc tout un symbole qui se jouait lors du premier match de l’équipe nationale le 11 septembre et qui se soldait par une victoire 2 à 0 des locaux face aux Iles Féroé. Jouer à domicile apparaît comme une grande avancée, comme la dernière étape de la reconnaissance de l’équipe.

Le 20 novembre dernier, le Kosovo remportait son dernier match de Ligue des Nations de l’UEFA par 4 buts à 0 contre l’Azerbaïdjan.

Le Football Kosovar Aujourd'hui

Le football kosovar, malgré des moyens dérisoires et infrastructures souvent décaties, parvient malgré tout à s’organiser, autour d’un championnat à douze clubs (Superliga, sponsorisée par la banque autrichienne Reiffeisen, bien implantée dans les Balkans) et d’une Ligue 2 elle aussi professionnelle - même si certains joueurs ont un travail d’appoint - composée de seize équipes.

Sans entrer sur le terrain du nationalisme qui sollicite bien d’autres leviers que le simple sport, l’équipe de football du Kosovo a vocation à servir, à son niveau, de base à une reconnaissance du pays à l’international. Il redonne du prestige et de la fierté à une population vivant dans des conditions économiques désastreuses et dont la situation peine à s’améliorer depuis son indépendance. Il peut potentiellement rencontrer des pays ne le reconnaissant pas et apparaître également dans les médias de ces derniers. Le sujet reste tout de même sensible : certaines rencontres, par exemple contre la Serbie, sont interdites car pouvant donner lieu à d’importantes tensions sur le terrain et en tribune.

La transformation n’est pas que sportive. Elle est aussi matérielle. Les académies locales poussent. Les partenariats avec l’Allemagne, la Suisse et l’Italie montent en gamme. La Superliga joue un rôle de tremplin. Les jeunes disputent des minutes utiles avant de partir à l’étranger. Les sponsors s’impliquent davantage. La visibilité continentale attire de nouveaux partenaires. Former reste le maître mot. Les U15 à U21 partagent un langage commun. Les principes défensifs et offensifs s’alignent. Fidéliser suit. Les binationaux se sentent attendus et utiles. La fédération les accompagne dans les démarches. L’économie suit la courbe. Les droits TV progressent avec les résultats. Les jours de match irriguent les commerces. Le Football en Europe observe ce modèle hybride, local et diasporique. La capacité à conjuguer ressources limitées et idées neuves offre un levier durable.

Défis et Perspectives d'Avenir

"Mais comme cela ne débouche sur aucune qualification européenne, les gens commencent à se lasser", constate Abedin Zeka, le président de Trepça 89, un club basé à Mitrovica, une ville où Serbes et Kosovars sont toujours séparés par un pont placé sous la surveillance des soldats de la Kafor. "Les supporters viennent moins dans les stades, et le sponsoring a beaucoup de mal à se développer. Les clubs ne vivent que grâce à l’argent qu’investissent les dirigeants. Cela marche au relationnel", résume le dirigeant, qui parvient à verser à certains joueurs 1000 € par mois, hors primes et avantages, dans un pays où le salaire moyen est d’environ 350 €. "Mais comme on ne peut pas se développer comme on le souhaite, les joueurs sont tentés de partir à l’étranger. C’est vraiment regrettable, car il y a au Kosovo des joueurs de qualité. Et quand on voit ce qu’on réussi à faire la Slovénie ou le Monténégro, qui sont aussi de petits pays, je pense que nous pourrions faire aussi bien qu’eux dans quelques années", suppose Ismet Munishi, ancien joueur passé par la Slovénie, Israël et le Kazakhstan et aujourd’hui entraîneur de Vushtrri (Superliga).

Le salaire moyen d’un joueur au Kosovo est très faible comparé à ce qui se pratique ailleurs en Europe. A Trepça 89, un club du nord du Kosovo, les joueurs professionnels reçoivent entre 150 euros et 250 euros par mois.

Le Kosovo a aussi parfaitement intégré qu’une éventuelle demande d’adhésion aux Nations Unies serait probablement bloquée par la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité et allié historique de la Serbie.

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