L'équipe japonaise de rugby, surnommée les "Brave Blossoms" (les fleurs braves), a une histoire riche et complexe, marquée par des hauts et des bas, des moments de gloire et des défis persistants. Cet article explore l'histoire de cette équipe, ses joueurs emblématiques et son évolution au fil des ans.
Les débuts du rugby au Japon
Contrairement à certaines idées reçues, le rugby n'est pas un sport récent au Japon. Son introduction remonte au début des années 1860, lorsque des militaires anglais ont débarqué à Yokohama pour protéger les ressortissants britanniques. Ces officiers, confrontés à l'ennui, ont commencé à pratiquer le rugby pour passer le temps. En décembre 1864, des témoignages attestent de leur pratique quotidienne, avec la participation de quelques civils.
En 1866, une quarantaine de ces premiers joueurs ont fondé le "Yokohama Foot Ball Club", considéré comme l'une des plus anciennes associations de rugby au monde, ouverte à tous contrairement aux clubs universitaires ou scolaires. Au tournant du 20e siècle, le rugby à XV s'est solidement implanté grâce à Edward Bramwell Clarke et Ginnosuke Tanaka, deux anciens étudiants de Cambridge qui ont introduit le sport à l'université Keio de Tokyo. La popularité du rugby a rapidement augmenté, avec la création de la fédération japonaise de rugby à XV en 1926 et des matchs attirant jusqu'à 20 000 spectateurs dans les années 1930.
Participation aux Coupes du Monde et moments marquants
Depuis la création de la compétition en 1987, l'équipe nationale a participé à toutes les éditions de la Coupe du Monde. Cependant, les "Brave Blossoms" ont longtemps alterné le pire et le meilleur, avec une humiliante défaite 145-17 face à la Nouvelle-Zélande en 1995 et une victoire retentissante face à l'Afrique du Sud en 2015 (34-32).
En 2015, les Japonais ont créé la plus grande surprise de l’histoire de la compétition en battant dès leur premier match l’Afrique du Sud (34-32). Au terme d’une rencontre époustouflante, remportée à la dernière minute et préparée depuis des mois sous la houlette du sélectionneur Eddie Jones, le Japon, 13e nation mondiale qui ne comptait jusque-là qu’une seule victoire en Coupe du monde, renversait l'un des grands favoris. Auteur de 24 points, l’arrière et buteur Ayumu Goromaru devenait une véritable star dans son pays, ayant même droit à une statue, et l’histoire de cet exploit inspirait un film Le miracle de Brighton, ville où se déroulait le match.
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En 2019, lors de la Coupe du Monde organisée au Japon, les Brave Blossoms ont réalisé un parcours historique, se qualifiant pour la première fois en quart de finale après avoir battu l’Irlande (19-12) et l’Écosse (28-21). Cette performance a marqué un tournant dans l'histoire du rugby japonais, suscitant un engouement national et une reconnaissance internationale.
Défis et perspectives d'avenir
Malgré ces succès, le rugby japonais est confronté à des défis importants. Le championnat national, la Top League (devenue Japan Rugby League One), souffre d'une faible fréquentation et d'un niveau de jeu perfectible. De plus, les Sunwolves de Tokyo, la seule équipe japonaise du Super Rugby, ont dû quitter cette ligue internationale en 2020 faute de résultats probants.
La Coupe du monde de rugby 2023 en France s'annonce comme un défi de taille pour les Brave Blossoms. Qualifiée pour la première fois de son histoire en quart de finale d’un Mondial, l’équipe nipponne a surfé sur le fait de jouer à domicile. Une telle performance loin de ses bases est-elle envisageable ? Les derniers résultats des Brave Blossoms (les Fleurs braves) semblent indiquer que ce sera compliqué, d’autant plus dans un groupe relevé. Les Japonais feront face à l’Argentine, au Chili, à l’Angleterre et aux Samoa dans le groupe D.
Pour progresser, le rugby japonais doit continuer à se professionnaliser, à développer ses talents locaux et à attirer des joueurs étrangers de qualité. L'intégration de joueurs étrangers, tout en renforçant le niveau global, peut aussi ralentir la progression des jeunes joueurs nippons. Il est donc essentiel de trouver un équilibre entre ces deux aspects.
Joueurs emblématiques
Plusieurs joueurs ont marqué l'histoire du rugby japonais, tant par leurs performances sur le terrain que par leur contribution au développement du sport dans le pays.
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Daisuke Ohata: Recordman mondial du nombre d'essais inscrits en sélection (69), il est une véritable légende du rugby japonais et le premier joueur asiatique à avoir intégré le hall of fame de World Rugby en 2016.
Ayumu Goromaru: L'arrière et buteur vedette de la Coupe du Monde 2015, dont la performance face à l'Afrique du Sud a fait de lui une star nationale.
Michael Leitch: Troisième ligne d'origine néo-zélandaise, il est devenu un cadre de l'équipe japonaise et a disputé quatre Coupes du Monde.
Kotaro Matsushima: Ailier supersonique, il a fait le bonheur des supporters de l'ASM Clermont Auvergne en France avant de retourner au Japon pour préparer la Coupe du Monde 2023.
Kazuki Himeno: Révélation de la dernière Coupe du monde au poste de numéro 8, intraitable dans les rucks, au plaquage ou pour porter les ballons, Kazuki Himeno, 29 ans, est désormais considéré comme l'un des meilleurs troisièmes lignes au monde.
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Seungsin Lee: Jeune ouvreur d'origine coréenne, il incarne la diversité et l'ouverture du rugby japonais.
Le rôle des joueurs étrangers
La présence de joueurs étrangers a considérablement renforcé le niveau de l'équipe japonaise. En 2019, l'effectif comptait 15 joueurs nés en dehors du Japon, dont Kotaro Matsushima, Michael Leitch et Dylan Reiley. Ces joueurs apportent leur expérience du haut niveau et contribuent à élever le niveau de jeu global.
Tevita Tatafu, d’origine tonguienne, avait fait mal aux Bleus avec sa densité physique (1,83 m ; 124 kg), sa capacité à avancer au contact comme à casser des plaquages. Il avait même marqué un essai, valable et validé, celui-là, lors du premier match contre les hommes de Fabien Galthié. Warner Dearns, le deuxième-ligne de 2,01 m pour 117 kg a été lancé dans le circuit international il y a un an alors qu'il n'avait que 19 ans. Fin octobre, il a pu affronter les All Blacks, avec qui il rêvait de jouer, et même leur inscrire un essai, en contrant un ballon et cavalant 30 mètres.
Le rugby, un sport enraciné dans la société japonaise
Bien que le rugby ne soit pas aussi populaire que le base-ball ou le football au Japon, il reste un sport bien implanté, avec environ 120 000 licenciés. Le rugby véhicule des valeurs fortes telles que le respect, le courage et l'esprit d'équipe, qui sont très appréciées dans la culture japonaise.
Seungsin Lee fait partie des quelque 440 000 « Zainichi » que compte le Japon. Comme son patronyme le laisse deviner, le jeune ouvreur des Brave Blossoms est d'origine coréenne. Il est un descendant de ces nombreux Coréens qui se sont installés au Japon au moment de l'occupation de leur pays par la puissance impériale nippone (1905-1945). Littéralement, le terme « zainichi » signifie « qui reste au Japon ». Lee, né à Kobe en janvier 2001, est donc le fruit de cette histoire mouvementée qui relie intimement le pays d'origine de sa famille et son pays de naissance.