Le hockey sur glace féminin, bien que moins médiatisé que son homologue masculin, possède une histoire riche et passionnante, marquée par des pionnières audacieuses et une lutte constante pour la reconnaissance. Cet article explore l'histoire de ce sport en France et dans le monde, mettant en lumière les défis rencontrés et les succès remportés.
Les origines du hockey sur glace féminin
L'histoire du hockey sur glace féminin est presque aussi ancienne que celle du hockey masculin. En 1889, quelques mois après que Lord Stanley ait assisté à son premier match de hockey, sa fille Isobel joua dans une équipe composée de jeunes filles de la maison du gouverneur, battant une autre équipe féminine. Dès le début du XXe siècle, le hockey sur glace féminin fait des émules, notamment outre-Atlantique. En 1916, George Kennedy, DG des légendaires Canadiens de Montréal, déclara que les joueuses de la Eastern Ladies Hockey League de Montréal étaient plus en demande que quiconque dans la ville à ce moment-là. Albertine Lapensée, alors âgée de 16 ans, était la star du moment, marquant 150 des 226 buts de son équipe, les Victorias de Cornwall, lors de la saison 1916-1917.
Les débuts en France : des pionnières audacieuses
Contrairement à ce que l'on croit généralement, le hockey sur glace féminin a une histoire très ancienne en France, remontant au début du siècle dernier. Dès 1908, un premier match opposant des hockeyeuses se disputa à Paris, en lever de rideau d’un match entre le Club des Patineurs de Paris et le SC Lyon. Ces dames jouèrent pour l’attribution d’un trophée qui s’appelait le « Challenge Savoye ». Les capitaines des deux équipes féminines étaient Madeleine Naudin et Esther Magnus. Ces pionnières du hockey féminin étaient pour la plupart des patineuses artistiques en mal de sensations fortes.
Après une première interruption due à la fermeture de la patinoire du Pôle-Nord, le hockey sur glace féminin refit son apparition avant la seconde guerre mondiale, pendant la grande époque du Vel’d’Hiv entre 1930 et 1938. Sous la grande verrière de l’ancien Palais des Sports de Paris de nombreux matches féminins furent à nouveau organisés grâce à la création d’un véritable championnat de France officiel. Le premier du genre ! Il fut disputé au départ entre deux équipes concurrentes très célèbres à l’époque qui avaient pour noms les « Droit Au But » et les « Flèches Noires ». Certains de ces matches féminins attirèrent de très nombreux spectateurs (on enregistra parfois plus de 10 000 entrées !) car l’antagonisme entre ces deux formations de la capitale était très vif.
Un premier championnat de France féminin de hockey sur glace officiel fut donc organisé en 1930 et le titre national revint aux Droit Au But vainqueur du Club des Sports d’Hiver de Paris 3-2. L’équipe des « Droit Au But » qui remporta les quatre premiers titres de championnes de France de hockey sur glace était composée de : Hélène de Sainte-Marie, Colette Raimondeau (championne de France de vitesse), Madame Orolico, Madame Brown, Paulette Cariou (gardienne), Simone Foy (capitaine), Madame Baudgardner, Francette Boufelleau, Madame Lefébure. L’ équipe alpine des « Edelweiss » exista pendant trois ans seulement de 1934 à 1936. On notera que ces dames de la Haute-Savoie s’entraînaient et jouaient également beaucoup au hockey sur glace au pied du Mont-Blanc.
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Juste avant la guerre, trois hockeyeuses de Chamonix furent sélectionnées avec des parisiennes pour faire partie d’une équipe féminine internationale. Mais avec le déclenchement du conflit l’équipe des Edelweiss dut s’arrêter et beaucoup de joueuses se marièrent ou quittèrent la vallée de Chamonix. C’est ainsi que l’équipe disparut.
Une longue éclipse et une renaissance difficile
En raison de la seconde guerre mondiale, le hockey sur glace féminin s’interrompit à Paris tout comme à Chamonix mais ces dames, contrairement à leurs homologues masculins, ne reprirent pas le chemin des patinoires après la libération. En effet, le hockey sur glace féminin était venu trop tôt dans une époque encore misogyne et ce ne fut donc qu’un feu de paille vite éteint. Il faudra attendre quarante ans pour que le hockey sur glace féminin renaisse de ses cendres en France.
Les premiers signes de la réapparition du hockey féminin eurent lieu dans les années 1970 dans la station de Villard-de-Lans où deux équipes de filles se formèrent. A l’image de ce qui s’était passé à Paris, la concurrence entre les « Panthères roses » et les « Cosmos » fut grande puisque, dans cette station de l’Isère, chaque équipe féminine avait son propre bar dans le village et ses propres supporters. C’est à cause de ce règlement misogyne imposé par la FFSG qu’un grand nombre de filles, passionnées par le hockey sur glace, se tournèrent un temps vers la ringuette, un dérivé de ce sport.
Si la Fédération de tutelle décida de changer d’attitude, c’est pour une large part grâce à la bataille juridique que décida d’engager une jeune fille de Strasbourg, Angela Lezziero. La hockeyeuse alsacienne, à qui on interdisait de pratiquer son sport favori comme son frère jumeau Alexandre, obtint en effet gain de cause en 1985 après avoir déposé un recours devant le Conseil d’état.
Le développement international et la domination nord-américaine
À la fin du XXème siècle s’est développé le hockey sur glace féminin. Le premier titre olympique a été décerné à Nagano, en 1998, aux Etats-Unis. La sphère féminine du hockey a cette particularité de voir le Canada et les États-Unis dominer outrageusement la discipline. Les chiffres parlent d’eux mêmes. Mondiaux, Mondiaux U18 et Jeux olympiques, 48 titres ont été décernés depuis le début des années 90 et l’essor du hockey féminin international. Ces 48 trophées n’ont été soulevés que par deux pays, soit le Canada, soit les États-Unis.
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Comment expliquer une domination si écrasante des deux superpuissances nord-Américaines ? Évidemment le hockey est historiquement très enraciné au Canada ainsi que dans bon nombre d’états américains. Et lorsque les grandes compétitions internationales sont apparues au début des années 90, le Canada et les États-Unis avaient déjà une avance considérable sur les autres nations. Au Canada justement, le hockey est évidemment le sport roi. Le Canada disposait d’un championnat national dès 1982 qui a permis d’unifier l’est et l’ouest du pays. La création plus tôt, en 1975, de l’Ontario Women’s Hockey Association, première entité entièrement dédiée au hockey féminin, a constitué un véritable tournant pour la discipline.
En 1987, l’OWHA a organisé un tournoi international non-officiel à Toronto, un véritable championnat du monde qui a réuni sept équipes : les États-Unis, la Suède, les Pays-Bas, le Japon, la Suisse et deux formations locales puisque les Hamilton Golden Hawks ont représenté le Canada et Mississauga la province de l’Ontario.
Lorsque les équipes nationales commencent à se réunir au plus haut niveau, le Canada fait donc figure de nation fondatrice et souveraine. De leur côté, les États-Unis peuvent capitaliser sur une base solide de développement bâtie sur la spécificité du système universitaire américain. Le championnat universitaire NCAA, qui s’est solidifié avec le temps grâce au Title IX, est depuis de nombreuses années le tremplin idéal pour les stars de demain. En 1990, on comptait 7500 hockeyeuses dans tout le Canada. En 2025, elles sont désormais plus de 115 000, un record, soit une augmentation de 30% depuis 2022. Aux États-Unis, un nouveau record a été atteint avec 98 394 hockeyeuses.
La situation actuelle en France : entre espoirs et difficultés
L’équipe française de hockey sur glace féminin joue actuellement son premier mondial Élite, à Espoo en Finlande. Avant d'affronter l'Allemagne, les Bleues ont perdu contre le Japon, la République tchèque et la Suède, ce qui entraîne leur relégation en division inférieure.
Le hockey est méconnu en France, même côté masculin. Et le hockey professionnel en France pour les femmes, c’est impossible. Lore Baudrit, attaquante de l'équipe de France, témoigne des difficultés rencontrées : son club en Suède lui a trouvé un travail à temps partiel dans une usine pour payer ses factures. Elle est diplômée en journalisme et communication à l’université de Montréal, mais elle travaille dans l’isolation.
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Elle exprime également sa frustration face au manque de reconnaissance et de soutien financier : « Je suis frustrée, c’est difficile de nous vendre mais on ne nous donne pas nos chances au niveau du sponsoring ou des aides. Pourtant le sport féminin, désormais c’est vendeur, c’est dans l’air du temps. » Elle espère que la médiatisation du sport féminin, même pendant les Jeux Olympiques, pourra inciter des petites filles à jouer au hockey sur glace et aider les joueuses à obtenir un salaire mensuel.
Malgré ces difficultés, des initiatives locales montrent un intérêt croissant pour le hockey féminin. À Angers, par exemple, les Vipers d’Angers existent depuis 1994 et un record d’affluence a été battu lors du match France-Norvège aux Mondiaux féminins. Le Hockey Club de Cergy-Pontoise (HCCP) est également une référence du hockey féminin français, avec 17 titres de championnes de France entre 1991 et 2009, puis un dernier titre en 2017.
La création de la Professional Women’s Hockey League (PWHL)
Pendant longtemps, le manque d’une grande ligue professionnelle constituait un point noir avec des joueuses qui, en dehors des projecteurs internationaux, évoluaient dans l’ombre. Plusieurs ligues s’étaient succédées sans pour autant s’inscrire dans un cadre professionnel comme le sont les ligues de basket (WNBA) ou de football (NWSL). La création de la Professional Women’s Hockey League en 2023, sous l’impulsion des hockeyeuses canadiennes et américaines, avec un premier match officiel le 1er janvier 2024 a permis de combler un vide, d’imposer un meilleur cadre de vie aux joueuses, en plus de multiplier les records notamment en termes de fréquentation. Les stars américaines et canadiennes sont depuis réunies dans cette grande ligue professionnelle dont la réussite sur bien des plans a renforcé encore un peu plus le standing des deux nations rivales et permis de dynamiser la pratique chez les plus jeunes. Jouer en PWHL est désormais un véritable moteur pour les nouvelles générations.
Règles et particularités du hockey sur glace
Le hockey sur glace se joue sur une patinoire de 60 mètres de long sur 30 mètres de large, ceinturée de balustrades et de parois en plexiglas. Les matchs sont divisés en trois tiers-temps de vingt minutes. Chaque équipe comprend vingt joueurs : deux gardiens, trois lignes de deux défenseurs, quatre lignes de trois attaquants. L’objectif est de marquer des buts en envoyant un palet en caoutchouc vulcanisé dans le but adverse.
Le hockey sur glace féminin se distingue du hockey masculin par l'absence de mises en échec directes. À part ça, c'est pareil. De toute façon, comparer les sports entre les genres ça ne sert à rien. On peut toujours dire que les mecs sont plus rapides et les filles plus tactiques, mais c'est dans tous les cas un hockey différent.