Le cricket, sport emblématique du Commonwealth, a une histoire riche et complexe au Zimbabwe. Cet article explore les origines du cricket, son évolution au Zimbabwe, les défis auxquels l'équipe a été confrontée et son importance dans la société zimbabwéenne.
Origines et expansion du cricket
Les premiers matchs de cricket ont été joués en Angleterre au XVIe siècle. Le nom "cricket" pourrait provenir du terme anglais "cryce", qui signifie béquille. À la fin du XVIIIe siècle, le cricket est devenu le sport national de l'Empire britannique. Son expansion a conduit aux premières rencontres internationales au XIXe siècle. Les dix pays qui disputent aujourd'hui des test-matches officiels sont tous d'anciennes colonies britanniques.
Afin d'accroître la visibilité médiatique du sport, l'International Cricket Council (ICC) a décidé d'organiser une Coupe du monde tous les quatre ans, sur le modèle du football. La première édition a eu lieu en Angleterre en 1975, avec 8 participants pour 15 rencontres. L'édition de 2011, disputée en Inde, au Sri Lanka et au Bangladesh, a réuni 14 pays (104 ont participé aux qualifications) pour un total de 49 matchs.
Les règles du cricket
Le cricket partage des points communs avec le baseball. L'équipe en attaque a deux batteurs, placés devant deux guichets (trois piquets verticaux) distants d'une vingtaine de mètres. L'objectif des batteurs est de marquer des "runs" en changeant de position. Un changement de position rapporte un point. Si la balle sort des limites du terrain après avoir touché le sol, cela rapporte quatre runs. Si elle sort sans avoir touché le sol, cela rapporte six runs.
L'équipe en défense tente d'éliminer le batteur grâce à un lancer, souvent avec un rebond. L'élimination la plus courante consiste à attraper la balle lancée, soit par le gardien de guichet, soit par un des neuf joueurs de champ, si la balle n'a pas touché le sol après le coup de batte. Il existe dix façons différentes d'éliminer un batteur.
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Les deux équipes alternent en attaque et en défense. Au cours d'une manche, l'équipe "in" est à la batte, tandis que l'équipe "out" tente de mettre fin à la période de jeu. Lors de la deuxième manche, les rôles sont inversés. L'équipe qui a marqué le plus de runs gagne. Plusieurs formats de rencontres existent, comme le "one-day international" limité en nombre de lancers ou les test-matches qui peuvent durer plusieurs jours.
Le cricket au Zimbabwe : une histoire complexe
L'histoire du cricket au Zimbabwe est intimement liée à l'histoire politique et sociale du pays. Introduit pendant la période coloniale britannique, le cricket était initialement un sport pratiqué principalement par les Blancs.
Les débuts : un sport réservé aux Blancs
Après l'abolition de l'esclavage en 1838, les grands propriétaires terriens ont fait appel à l'armée pour maintenir l'ordre. Les terrains de cricket étaient souvent situés dans les campements militaires, symbolisant l'alliance entre les forces de l'ordre et les planteurs britanniques. Les premiers joueurs de cricket étaient des Blancs fortunés, représentant une petite minorité de la population mais détenant tout le pouvoir.
Ces Blancs, qu'ils soient des aventuriers venus chercher fortune ou des membres de l'élite locale éduqués en Angleterre, ont bénéficié du soutien des administrateurs coloniaux. Des terrains ont été construits, des trophées ont été créés et un système scolaire calqué sur le modèle britannique a été mis en place, où le cricket était essentiel pour perpétuer les "valeurs" impériales.
La Barbade, surnommée la "Petite Angleterre", a été particulièrement marquée par cette influence britannique. Le cricket y a reproduit la structure sociale hiérarchique de la société, avec les planteurs dominant le jeu. Pour les commerçants et la classe moyenne émergente, le cricket était un rempart contre les changements sociaux et l'inquiétude suscitée par l'attitude de l'Angleterre, qui soutenait parfois les revendications populaires. Les joueurs de cricket se considéraient comme les garants de la "civilisation".
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L'ouverture progressive aux joueurs noirs
Bien que le cricket soit devenu populaire dans toutes les couches de la société, le pouvoir au sein des institutions dirigeantes est resté longtemps aux mains des Blancs. Ce n'est que progressivement que les joueurs noirs ont commencé à se faire une place au sein du cricket zimbabwéen.
Trois écoles prestigieuses ont joué un rôle important dans la reproduction de cette tradition : Harrison, The Lodge et Combermere. Harrison, initialement destinée aux garçons pauvres, est devenue une grammar school réservée à l'élite blanche. The Lodge et Combermere avaient un recrutement plus diversifié, acceptant des membres de la classe moyenne noire. Ces écoles ont formé les meilleurs joueurs de l'époque et les futurs administrateurs civils des Antilles britanniques.
Après l'école, les jeunes rejoignaient des clubs de cricket socialement hiérarchisés. Malgré une ouverture sociale progressive, les clubs sont restés très exclusifs jusqu'au milieu du XXe siècle. La sélection des joueurs était sévère, et bien qu'il n'y ait pas de règles écrites, chacun savait où il pouvait ou ne pouvait pas aller. La proportion de Blancs diminuant, la sélection est devenue progressivement moins radicale en termes de couleur de peau.
Le cricket et la politique : une relation tumultueuse
L'histoire du cricket zimbabwéen a été marquée par des tensions politiques, en particulier lors de la réforme agraire controversée du président Robert Mugabe. Cette réforme, qui visait à redistribuer les terres des fermiers blancs aux Noirs, a coïncidé avec une politique de promotion des joueurs noirs au sein de l'équipe nationale de cricket.
La Coupe du monde de cricket de 2003, co-organisée par le Zimbabwe, a été un moment clé dans la politisation du sport. L'Angleterre a boycotté la compétition à Harare, officiellement pour des raisons de sécurité, mais en réalité en raison des événements politiques dans le pays. Deux joueurs de l'équipe nationale, Andy Flower et Henry Olonga, ont protesté contre la situation en portant un brassard noir "en signe de deuil à l'égard de la démocratie agonisante au Zimbabwe".
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En avril 2004, quinze joueurs blancs ont exigé que Heath Streak soit rétabli dans son rôle de capitaine, après avoir été démis de ses fonctions sans explication. Les autorités ont interprété cette action comme une manifestation de l'influence des fermiers blancs expropriés et ont décidé d'aligner une équipe composée uniquement de joueurs noirs face au Sri Lanka, ce qui s'est soldé par un fiasco.
Face à des résultats décevants et à la corruption, de nombreux joueurs ont exprimé leur mécontentement. En 2005, la Commission des sports et des loisirs, un organisme gouvernemental, a dissous le conseil d'administration de la Fédération et a éliminé tous les membres non noirs, les accusant d'être responsables de la situation chaotique du cricket. Un nouveau conseil a été nommé, mais ses tentatives pour donner plus de pouvoir au ministère des Sports ont été rejetées, ce qui a été perçu comme un signe encourageant par certains.
Les défis actuels et l'avenir du cricket zimbabwéen
Le cricket zimbabwéen a connu des moments difficiles ces dernières années, en raison de problèmes de gouvernance, de corruption et de manque de financement. L'équipe nationale a souvent été en difficulté sur la scène internationale, et de nombreux joueurs ont quitté le pays pour chercher de meilleures opportunités ailleurs.
Cependant, il y a aussi des raisons d'être optimiste. Une nouvelle génération de joueurs talentueux émerge, et certains anciens joueurs reviennent pour encadrer les jeunes. Le cricket reste un sport populaire au Zimbabwe, et il a le potentiel de jouer un rôle important dans la promotion de l'unité nationale et de la fierté.
Bruce Grobbelaar : une légende zimbabwéenne
Bruce Grobbelaar, né en Afrique du Sud et ayant grandi au Zimbabwe, est une figure emblématique du sport zimbabwéen. Passionné de cricket dans son enfance, il s'est ensuite tourné vers le football et est devenu un gardien de but légendaire, notamment avec Liverpool.
Grobbelaar a connu une carrière mouvementée, marquée par des succès sportifs et des controverses. Il a été accusé de corruption par un tabloïd britannique, mais a finalement été relaxé. Malgré cela, il a subi des pertes financières importantes et sa réputation a été entachée.
Grobbelaar a également été sélectionneur de l'équipe zimbabwéenne de football et a exprimé son désir de revenir à Liverpool en tant qu'entraîneur. Son histoire illustre les défis et les opportunités auxquels sont confrontés les sportifs zimbabwéens.