L'ascension fulgurante de l'équipe de Mauritanie de football : Une histoire de défis et de succès

L'équipe de Mauritanie de football, surnommée les "Mourabitounes", a connu une transformation remarquable au cours des dernières années. Autrefois une nation discrète sur la scène footballistique africaine, la Mauritanie a gravi les échelons pour devenir une équipe respectée et compétitive. Cette ascension est le fruit d'un travail acharné, d'une vision stratégique et d'investissements importants dans le développement du football à tous les niveaux.

Un nouveau chapitre : l'accueil de la Coupe d'Afrique des moins de 20 ans

Pour la première fois de son histoire, la Mauritanie s'apprête à accueillir et organiser une compétition CAF : la Coupe d'Afrique des moins de 20 ans. Un double défi, tant sur le plan de l'organisation que sur le plan sportif. Cet événement marque une étape importante dans l'histoire du football mauritanien et témoigne des progrès réalisés par le pays dans ce domaine. Trois ans auparavant, une visite à Nouakchott avait révélé une Fédération, la FFRIM, moderne et bien structurée, avec une Académie de football dédiée à la jeunesse talentueuse du pays, des compétitions dynamiques chez les hommes comme chez les femmes, et un club référence (le FC Nouadhibou) sur le plan continental.

La Mauritanie ouvre ses portes à l'Afrique du football, avec deux villes, Nouakchott et Nouadhibou, et trois stades (Cheikh Boïdiya et le stade olympique à Nouakchott, le stade municipal à Nouadhibou) qui accueillent la phase finale de la CAN des U20. Bien que les matchs se déroulent à huis clos pour le moment, l'engouement escompté dépendra peut-être aussi du parcours des jeunes du pays. C'est en effet un tournoi relevé qui verra les jeunes Mourabitounes de Mauril Njoya et Mody M'bodj participer pour la première fois à une phase finale. L'ambition est de sortir de la poule et de participer aux quarts pour se donner la chance de figurer dans le dernier carré. Le défi est autant sportif pour cette jeune génération qui rêve d'Europe et de CAN des grands, qu'organisationnel. Il s'agit d'abriter douze sélections, parmi lesquelles le Cameroun, le Ghana, le Maroc et la Tunisie, mais aussi les médias. Pour se mettre en capacité d'accueillir cette CAN, le pays a consenti de gros efforts, notamment sur les stades qui ont été très nettement rénovés. On mesure évidemment les progrès et la qualité du travail consentis pour moderniser et proposer une scène de qualité au football africain des jeunes.

Une transformation profonde : les fondations du succès

Il y a dix ans, personne n'aurait imaginé la Mauritanie capable de réaliser un tel challenge. Le pays n'avait pas l'image d'une terre de football. Cette réussite, les partisans et soutiens d'Ahmed Yahya, patron de la FFRIM et candidat à la présidence de la CAF, l'associeront directement à ce dernier en cette période pré-électorale. Quelle que soit l'issue du scrutin du 12 mars à Rabat, jour d'Assemblée Générale Elective, qui décidera de la succession du Malgache Ahmad, l'ancien président des Orange du FC Nouadhibou aura au moins connu la satisfaction d'amener son pays à relever ce joli - et immense - défi, trois semaines durant, en dépit de la pandémie de Covid-19.

L'ascension de l'équipe de Mauritanie de football est étroitement liée aux efforts de la Fédération de Football de la République Islamique de Mauritanie (FFRIM). Après son élection en juillet 2011, Ahmed Ould Abderrahmane (42 ans aujourd’hui), alors président du FC Nouadhibou, le club de sa ville natale, a entrepris un travail en profondeur pour donner une nouvelle impulsion au football mauritanien. La nomination en janvier 2012 du Français Patrice Neveu au poste de sélectionneur a constitué une étape importante. Avec ce technicien qui connaît bien l’Afrique pour avoir entraîné la Guinée et la République démocratique du Congo, la fédération avait décidé de faire vivre la sélection nationale, afin qu’elle joue régulièrement des matchs de compétition ou amicaux. Les résultats aidant, le public mauritanien, sevré de football de haut niveau pendant de longues années, s’est progressivement réapproprié son équipe. Le remplacement de Patrice Neveu par Corentin Martins (50 ans) en octobre 2014 s’est inscrit dans la continuité. L’ancien international français (14 sélections) voit le football local continuer à se structurer et le public adhérer. « Les choses bougent à tous les niveaux. La sélection nationale est la vitrine du football mauritanien. Mais, derrière, tout évolue. Les sélections de jeunes sont actives, les championnats de Ligue 1 et de Ligue 2 reposent sur un calendrier régulier. Il y a des compétitions pour les jeunes et les féminines ont leur propre championnat. Et de plus en plus de jeunes rejoignent des clubs », explique-t-il. Les efforts consentis par la fédération et l’aide apportée par l’Etat pour le fonctionnement de la sélection nationale ont des répercussions sur l’ensemble du football mauritanien. « Il n’y a pas que les Mourabitounes qui intéressent les gens. On voit que cela suit au niveau de l’affluence dans les stades pour les matchs de championnat », poursuit Corentin Martins. Un stade de 30 000 places sera bientôt érigé à Nouakchott.

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Investissements et infrastructures

L'un des piliers de cette transformation est l'investissement massif dans les infrastructures footballistiques. Ahmed Yahya, le président de la FFRIM, a joué un rôle crucial dans la mobilisation de fonds et la mise en œuvre de projets ambitieux. Il a utilisé à merveille les aides distribuées par la Fifa. « La première fois que j’ai vu le président Yahya c’était en 2013, en Espagne. C’était aussi la première fois que l’équipe sortait de la Mauritanie pour faire un stage. Il me dit “on n’a rien du tout mais je veux un championnat pro, que nos matches soient diffusés. J’ai proposé un projet à la Fifa pour créer notre propre chaîne télé. On va créer un siège et je vais y faire des terrains”. Je l’ai pris pour un fou, se souvient Lassana Camara. Il en a fait huit. Il a construit un stade de 10 000 places avec les aides de la Fifa. Aujourd’hui, 27 pays africains sur 54 n’ont pas de stade aux normes de la Fifa. La Fédération a une soixantaine d’employés. Il a organisé la CAN U20 en 2021 au moment du Covid. Et pas question de s’arrêter en si bon chemin. Ces investissements ont permis la construction de nouveaux stades, la rénovation des installations existantes et la mise en place de centres de formation pour les jeunes talents.

Développement du football féminin

La FFRIM a également mis l'accent sur le développement du football féminin. En juillet dernier, l’équipe de football féminine de Mauritanie a disputé son premier match de compétition internationale, quelques jours avant le tournoi COTIF, en Espagne. Portées par Fatou Diop, qui a inscrit le seul but de son équipe sur pénalty, les Mauritaniennes et leur fédération souhaitent désormais viser plus haut. En effet, la FFRIM (Fédération de Football de la Mauritanie) a pour projet de porter le football féminin au même niveau que le football masculin et ainsi « contribuer à faire tomber les barrières socio-culturelles qui freinent cette discipline dans le monde. » L’an dernier, l’équipe masculine de football nationale a participé à sa première CAN (Coupe d’Afrique des nations), où elle a concédé une défaite pour deux matchs nuls contre l’Angola et la Tunisie. Un exploit qui donne de l’espoir à la section féminine et son coach Aboulaye Diallo qui désire « montrer au monde que la femme mauritanienne peut être sportive ». Mais pas que ! C’est pourquoi la FFRIM a mis en place un département en charge du développement de la section féminine. Les organisateurs ont pour objectif de former et préparer une nouvelle génération de femmes entraîneures et éducatrices, afin de faire participer l’équipe nationale de football féminin aux compétitions internationales. Pour cela, le département veut « développer les infrastructures et la logistique requises pour le développement du football féminin en Mauritanie, permettre aux jeunes filles et femmes d’avoir accès au football au sein des clubs et écoles, ou encore augmenter le nombre de femmes entraîneures élite dans le football ayant une formation d’entraîneur de haut niveau ». Un programme inimaginable il y a encore quelques années. Mais le travail paie. Fatou Diop l’a récemment prouvé en signant son premier contrat professionnel de football, en 2019, avec le club de 1ere division marocaine Assa Zag.

Professionnalisation et formation

La professionnalisation du football mauritanien est un autre facteur clé de son essor. La FFRIM a mis en place un championnat régulier, a favorisé la formation d'entraîneurs et d'arbitres qualifiés, et a encouragé le développement de clubs structurés. Une autre personne a accompagné la naissance de la Mauritanie sur le plan footballistique : Patrice Neveu. « Quand je suis allé chercher mon Visa à l’ambassade de Mauritanie, on m’a dit : “Mais qu’est-ce que vous allez faire là-bas ? Vous ? Du football ?”, explique l’ex-sélectionneur du Gabon, remercié en octobre 2023. Il n’y avait rien. Un terrain et autour c’était des terrains vagues. L’équipe nationale était à plat. On achetait nos polos sur le marché à Nouakchott (la capitale) pour être tous conformes. On n’avait pas le soutien de l’état. Une sélection en Afrique ne peut pas fonctionner sans son état. Patrice Neveu a donné de sa personne pour faire décoller la Mauritanie. Un jour, il reçoit un appel de son président lui disant que la Fédération est dans une impasse car elle n’a plus d’argent pour poursuivre sa poussée de croissance.

Moments historiques et qualifications

Les efforts de la FFRIM ont porté leurs fruits sur le terrain. L'équipe nationale a réalisé des performances remarquables, se qualifiant pour la première fois de son histoire pour la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) en 2019. En battant à domicile le Botswana (2-1), la Mauritanie a validé la première qualification de son histoire pour la CAN. L'Angola ayant dominé plus tôt dans la journée le Burkina Faso (2-1), la sélection dirigée par Corentin Martins devait absolument, pour se qualifier dès ce dimanche, battre à domicile le Botswana, dernier du groupe I dans ces éliminatoires et déjà hors course. Si la mission a été remplie, cela ne fut pas sans douleur. Le Botswana a pris les devants dès la quatrième minute et, si la Mauritanie a égalisé à la 20e minute de jeu par Sidi El Hacen, elle a attendu la fin de la rencontre pour faire la différence. La délivrance est intervenue à la 84e minute par Diakité, désormais héros au pays. Avec ce succès, à une journée du terme des qualifications, la Mauritanie compte désormais cinq points d'avance sur le Burkina Faso, troisième du groupe, qu'elle doit encore affronter et qui ne peut donc plus la rejoindre.

Cette qualification a été un moment de fierté nationale et a suscité un engouement populaire sans précédent. Dimanche 18 novembre, une victoire face au Botswana, ou même un simple match nul, au cas où le Burkina Faso s’imposerait en Angola, suffiraient à faire de la Mauritanie, qui occupe la première place du groupe I, un futur participant à la CAN 2019 qui se déroulera du 15 juin au 13 juillet au Cameroun. « Il y a une énorme ferveur autour de ce match. On a l’impression que tous les Mauritaniens, y compris ceux qui ne s’intéressent pas particulièrement au football, se sentent concernés », explique Ahmed Ould Abderrahmane, le président de la Fédération de football de la République islamique de Mauritanie (FFRIM). A Nouakchott, l’engouement est tel que 100 000 personnes pourraient se diriger vers le stade Cheik Ould Boidya dimanche, alors que l’enceinte ne peut accueillir que 9 000 spectateurs. Les autorités et la FFRIM ont lancé des appels à la population pour éviter que des mouvements de foule ne provoquent des incidents : « Pour essayer de satisfaire nos supporters, des écrans géants seront installés dans plusieurs quartiers de Nouakchott. » Pour un match de qualification, c’est une première. Cela avait été le cas pour les phases finales du Championnat d’Afrique des nations (CHAN, une compétition réservée aux joueurs locaux) en 2014 et 2018. « Mais cette rencontre face au Botswana est devenue le principal sujet de conversation, que ce soit à Nouakchott ou en province », poursuit le dirigeant. Dans le pays, l’intérêt pour la sélection nationale ne cesse de croître, à tel point que des clubs de supporters se créent régulièrement.

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En 2024, lors de la CAN en Côte d'Ivoire, les Mourabitounes ont écrit une nouvelle page de leur histoire en remportant leur première victoire en phase finale contre l'Algérie, championne d'Afrique en titre. En battant et en éliminant l'Algérie, la Mauritanie a remporté sa première victoire en phase finale de la Coupe d'Afrique, et va disputer un huitième de finale historique. 105e au classement FIFA, la Mauritanie a décroché mardi soir la première qualification de son histoire pour la phase à élimination directe de la Coupe d'Afrique des nations, pour sa troisième participation à l'épreuve continentale. Sortis dès le premier tour en 2019 et 2021, sans parvenir à remporter le moindre succès, les Mourabitounes ont fait sensation en battant et en éliminant du même coup l'Algérie mardi soir à Bouaké, grâce à un but de Mohamed Dellahi Yali peu après la demi-heure de jeu (1-0, 37e). Ils ont résisté jusqu'au bout à la possession stérile des Fennecs (75%), et pu fêter comme il se doit ce succès historique, après 11 minutes de temps additionnel. Un moment tout simplement "extraordinaire" pour les Mauritaniens et leur sélectionneur, le Franco-Comorien Amir Abdou."Beaucoup d'envie et de détermination""C'est extraordinaire ce qu'on est en train de vivre. J'ai dit à mes joueurs de ne rien lâcher, d'y croire jusqu'au bout. On voyait tous les scénarios qu'il y avait dans cette CAN, on a pris exemple sur pas mal d'équipes. On a réussi à gagner contre cette équipe algérienne qui était largement supérieure à nous individuellement. Mais collectivement, l'équipe a montré beaucoup d'envie et de détermination pour aller chercher cette qualification. Ce soir, les joueurs ont fait un match héroïque, historique. Je leur ai dit qu'aujourd'hui, il fallait écrire l'histoire de la Mauritanie", a ensuite confié le natif de Marseille en conférence de presse, lui qui avait déjà emmené les Comores en huitièmes de finale lors de l'édition 2021 avec un scénario identique, puisque son équipe avait déjà perdu ses deux premiers matchs avant d'arracher sa qualification lors de l'ultime journée. "On savait qu'on pouvait faire quelque chose", a pour sa part réagit le gardien guingampais Babacar Niasse, élu meilleur joueur de ce match qui restera à jamais gravé dans les annales de la Mauritanie, assurée de finir parmi les quatre meilleurs troisièmes.

Joueurs clés et encadrement

Plusieurs joueurs clés ont contribué à l'essor de l'équipe de Mauritanie. Le milieu de terrain Khassa Camara (FC Xanthi, Grèce), international depuis 2013, a constaté le renforcement des liens entre la sélection et le public ces dernières années. « On voit que les gens sont fiers de ce qui est fait. Ils s’identifient à cette équipe composée de locaux ou de binationaux comme moi. Chaque année, on progresse. Les locaux se sont qualifiés deux fois pour le CHAN. Là, c’est l’équipe A qui est en passe de disputer la CAN. Les Mauritaniens adorent le foot mais, pendant longtemps, ils étaient un peu frustrés car la sélection jouait très peu et n’avait donc pas de résultats. Pour eux, c’est aussi une façon de prouver aux pays voisins, comme le Sénégal ou le Mali, que la Mauritanie est également capable d’exister au niveau du foot. », précise le joueur. Moctar Sidi Hacen (21 ans) est la pépite de cette sélection, formé à l’ASAC Concorde en Mauritanie, le milieu offensif évolue aujourd’hui au Real Valladollid. Il a été élu en 2014 meilleur joueur de l’année mauritanien alors qu’il n’avait que 17 ans ! L’autre joueur à suivre de cette sélection, c’est Ismael Diakite un élément que les tunisiens connaissent bien, puisque le joueur évolue dans le championnat tunisien et plus précisément du côté de l’US.Tataouine.

L'encadrement technique a également joué un rôle essentiel. Martins est le sélectionneur de la Mauritanie. L’équipe nationale, qui affronte le Botswana dimanche, pourrait se qualifier pour la première fois pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations. Les Mourabitounes touchent au but, et c’est tout un pays qui est prêt à fêter ce qui serait vécu comme un événement. La nomination de Corentin Martins en octobre 2014 s’est inscrite dans la continuité. L’ancien international français (14 sélections) voit le football local continuer à se structurer et le public adhérer. Les coaches ont du temps pour bosser. Corentin Martins a fait sept ans. C’est énorme. Ceux qui ont fait autant ce sont des entraîneurs comme Aliou Cissé par exemple. Amir Abdou commençait à avoir des résultats au FC Nouadhibou (l’un des meilleurs clubs de Mauritanie). Et ce qui est rassurant pour eux, le président Yahya leur fixe des objectifs réalisables.

Défis et perspectives d'avenir

Malgré les progrès réalisés, l'équipe de Mauritanie de football est confrontée à des défis importants. Le manque de ressources financières, le niveau de professionnalisme encore perfectible et la concurrence des autres nations africaines sont autant d'obstacles à surmonter.

Cependant, les perspectives d'avenir sont encourageantes. La Mauritanie dispose d'une génération de jeunes talents prometteurs, d'un encadrement technique compétent et d'une fédération déterminée à poursuivre le développement du football dans le pays.

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