Petit à petit, le football féminin commence à connaître ses heures de gloire. Plus démocratisé et médiatisé, le sport s'est aujourd'hui imposé face à son pendant masculin. Aujourd'hui, malgré des années de lutte, de nombreuses inégalités persistent, mais le chemin parcouru est immense. Le football féminin, comme beaucoup d’activités sportives, a ses racines dans l'Angleterre victorienne.
Les Premiers Pas : Angleterre et France Pionnières
Tout comme le football masculin, la pratique du ballon rond est aussi née en Angleterre pour les femmes. C’est en 1881 qu’eut lieu le premier match officiel de football féminin, à Edimbourg, où onze jeunes écossaises rencontrèrent onze anglaises. Le 9 mai 1881, un premier match de football féminin oppose deux équipes féminines. Malheureusement, la presse de l'époque se contentera de discuter les tenues et le physique des athlètes sans commenter leurs talents sportifs. En 1895, une aristocrate écossaise féministe et aventureuse, Florence Dixie, fonde l’équipe British Ladies Football Club. Des matchs sont organisés à travers tout le Royaume-Uni et suscitent un réel engouement.
En France, le football féminin apparaît en région parisienne aux alentours de la Grande Guerre. Si le premier club, le Fémina Sport, est fondé en 1912 par deux enseignantes d’éducation physique, c’est au cours de la Première Guerre mondiale que les femmes se défoulent, à la débauche de l’usine, avec un ballon de cuir. C'est ensuite à partir du début des années 20 que de plus en plus de footballeuses commencent à pratiquer et à apprécier ce nouveau sport. En 1917 a lieu la première rencontre féminine sur le sol français entre deux équipes du Fémina Sport. En France, le premier match se tient le 30 septembre 1917. Un an plus tard est organisée une première compétition féminine par quatre formations parisiennes et en 1919, une équipe de France est constituée. Elle se rend en Angleterre pour disputer des matchs devant 12 000 supporters. Les équipes féminines se multiplient sur le territoire national après-guerre, de sorte qu’un véritable championnat de France existe dès 1921. Toutefois, la vivacité du football féminin français est surtout parisienne, avec 18 équipes en 1923. En 1919, la Fédération Française de Football (FFF) voit le jour. Elle refuse cependant l'entrée des femmes dans la pratique du sport. Pour contrer cette idéologie, la Fédération des sociétés féminines sportives de France crée le Championnat de France de football féminin. Une équipe de France est donc constituée la même année. Elle partira jouer contre l'Angleterre en 1920, à Manchester, lors d'un match réunissant plus de 12000 spectateurs.
Obstacles et Interdictions : Une Longue Traversée du Désert
Entre 1920 et 1970, le football féminin subit un gros coup d’arrêt : sous des prétextes sanitaires et moraux, les instances footballistiques masculines vont court-circuiter le football féminin. Lorsque la Fédération des sociétés sportives féminines de France, qui organisait le championnat, raye le football - accusé de détourner les femmes de sports appropriés pour elles - de la liste de ses activités, une Ligue de Paris est créée pour prendre la relève.
En Angleterre, la Football Association décide en 1921 d’interdire la pratique. Certains médecins pensent que le football peut rendre stérile, voire tuer. Il est conseillé aux femmes de pratiquer des sports plus « féminins », et surtout de le faire dans des endroits « clos et protégés des regards ». Le championnat de France s’arrête en 1933. En avril 1933, la FSFSF l'a radié officiellement de son organisation. Malgré des tentatives pour la maintenir en vie, sa pratique a été « vigoureusement interdite » par le gouvernement de Vichy en 1941. Il ne renaîtra véritablement qu'à la fin des années 1960, grâce à une poignée de femmes déterminées.
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La Renaissance et la Reconnaissance Officielle
On assiste à un retour, après une ellipse de trente ans, du football féminin en France dans les années 60. Les historien-nes citent des rencontres sportives à Reims en 1968 et dans l’un ou l’autre village alsacien (Gerstheim ou Schwindratzheim selon les sources) en 1967. Ces matchs ont lieu dans le cadre de tournois masculins ou de fêtes de club, et ont donc une forte dimension folklorique, en tant qu’animations amusantes de la journée.
Après des années de pratique clandestine, le 29 mars 1970, la Fédération française de Football reconnait enfin l’existence du football féminin de manière officielle. À l’occasion d’une réunion organisée à Cannes le 29 mars 1970, le Conseil Fédéral, présidé par Jacques Georges et où ne figure aucune femme, ouvre la porte des clubs de la FFF aux licenciées. Elles seront 2 170 en cette première saison d’existence. Cinquante ans plus tard, en mars 2020, la barre des 200 000 a été franchie. Plus ou moins à la même période, le sport est également mis en avant par les fédérations anglaises, allemandes et italiennes. En 1971, les Bleues remportent leur premier match officiel 4-0 contre les Pays-Bas.
Structuration et Premières Compétitions
Le football féminin s’installe progressivement dans les fédérations dans les années 80, quand les sections féminines existent. Le championnat se structure et la première division apparaît en 1991. En 1982, l’UEFA organise la première Coupe d’Europe et c'est en 1991 que la première Coupe du Monde de football féminin se dispute. En 1974, un Championnat de France officiel a été créé. Les clubs s'affrontaient d'abord dans des ligues régionales, puis les huit premières équipes disputaient les phases finales. À cette époque, les « Pionnières de Reims » et la VGA Saint-Maur dominaient les débats. Le FC Juvisy, l'AS Étroeungt, l'ASJ Soyaux, le FC Lyon faisaient également partie des premiers gros clubs. La FFF a décidé ensuite de changer le format de la compétition. En 1992, un Championnat national a été introduit avec 12 équipes.
L'Ère Moderne : Jeux Olympiques et Professionnalisation
En 1996, le football féminin fait sa grande entrée dans la liste des disciplines olympiques. Le sport et la pratique sont enfin reconnues à leur juste titre. S’ouvre alors une période de lutte pour la professionnalisation et la médiatisation des compétitions. C’est alors que, sous l’impulsion d’Aimé Jacquet, la FFF met en place un plan de développement du football féminin français et que le centre de formation de Clairefontaine est fondé.
Louis Nicollin, à Montpellier, est le premier dirigeant de club à miser sur la professionnalisation féminine, à la même période. Il est suivi par Jean-Michel Aulas pour l’Olympique Lyonnais, qui intègre une équipe féminine autonome, le FC Lyon dans son club. Cette professionnalisation concerne d’abord la préparation physique de haut niveau des joueuses. Par ailleurs, pour pouvoir recruter des joueuses internationales, l’OL recourt au contrat fédéral, qui existe au niveau national et CFA dans le football masculin. En effet, les disparités de moyens entre les clubs posaient un problème juridique pour les transferts. C’est cette stratégie qui permet à la section féminine de l’OL son succès, en France et à l’international.
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En 2011, l’Olympique Lyonnais, qui a investi massivement dans le développement de son équipe féminine, réussit le doublé Championnat-Ligue des champions. Finaliste malheureux l'année précédente, Lyon l'emporte en finale de la C1 face aux Allemandes de Potsdam (2-0) et devient le premier club féminin français à remporter la compétition. Avec sept sacres (2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020), l’OL est désormais le club le plus titré dans l’épreuve.
L'Équipe de France : En Quête d'un Titre Majeur
Après avoir manqué plusieurs rendez-vous (Euros 1991, 1993 ou 1995 et Coupe du Monde 1995), la France se qualifie pour sa première phase finale internationale en dominant la Finlande. Emmenées par Aimé Mignot, Marinette Pichon, Corinne Diacre et leurs coéquipières sont éliminées de peu au premier tour du championnat d’Europe 1997, disputé en Suède et en Norvège.
Après avoir manqué les deux précédentes éditions, les Bleues arrachent leur qualification pour leur premier Mondial lors d'un barrage face à l'Angleterre. À l'aller, elles l'emportent sur un but de Marinette Pichon, au retour c'est Corinne Diacre qui marque dans un stade Geoffroy-Guichard en ébullition (notre photo). Mais elles ne parviennent pas à passer le premier tour de la Coupe du Monde organisée aux États-Unis et terminent 3ès d'un groupe relevé, derrière le Brésil et la Norvège.
La 6ème édition de la Coupe du Monde se tient en Allemagne. Les Françaises atteignent le dernier carré pour la première fois de leur histoire au terme d'un quart de finale épique contre l'Angleterre (1-1, 4-3 aux t.a.b.). Mais les joueuses de Bruno Bini voient leur rêve de finale s'envoler en demi-finale face aux États-Unis (1-3), avant que la Suède ne les privent du podium lors du match pour la troisième place (1-2). Ce tournoi les aura néanmoins révélées aux yeux du grand public.
Qualifiée grâce à sa demi-finale de Coupe du monde en 2011, l'Équipe de France participe à ses premiers Jeux Olympiques, à Londres. Les Bleues manquent de peu la médaille de bronze, battues par les Canadiennes lors d'un match pour la troisième place pourtant dominé (0-1).
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Gagnantes de la première édition du Tournoi de France, début mars, les Bleues sont de retour sur la troisième marche du podium du classement FIFA. Cette victoire s'ajoute au palmarès des Bleues dans les tournois amicaux féminins les plus reconnus. Lors des compétitions majeures en revanche, les Françaises peinent à aller au bout. Malgré quatre participations à la Coupe du Monde, elles n'ont dépassé les quarts de finale qu'une seule fois, en 2011 en Allemagne. Cette performance a été confirmée lors des Jeux Olympiques, l'année d'après, au cours desquels elles ont une nouvelle fois échoué au pied du podium.
L'Olympique Lyonnais : Domination Nationale et Européenne
Depuis maintenant treize ans, l'Olympique Lyonnais règne sans partage sur la Division 1. L'armada lyonnaise, créée par Jean-Michel Aulas, a glané ses 13 titres nationaux depuis 2007 et est bien partie pour en remporter un de plus cette saison… si le Championnat n'est pas annulé.Au palmarès de la D1, on retrouve ensuite le Paris FC (anciennement FC Juvisy) et la VGA Saint-Maur, à égalité avec 6 trophées à leur actif. Le premier a dominé durant les années 1990 (4 titres) et en 2003 et 2006, avant d'être devancé par l'OL. Le second fait partie des clubs précurseurs et a remporté le championnat de France à ses débuts (1983, 1985, 1986, 1987, 1988, 1990).
Finaliste malheureux l'année précédente, Lyon l'emporte en finale de la C1 face aux Allemandes de Potsdam (2-0) et devient le premier club féminin français à remporter la compétition. Avec sept sacres (2011, 2012, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020), l’OL est désormais le club le plus titré dans l’épreuve.
Croissance et Popularisation : Un Avenir Prometteur
Pour ce qui est de la médiatisation, c’est un hasard du calendrier sportif qui permet la mise en avant du football féminin. En effet, lorsque Bruno Bini mène les Bleues vers la quatrième place de la Coupe du Monde en Allemagne, il n’y a pas d’autres compétitions majeures (entendez, masculines) en cours. C’est ainsi que l’Équipe, désœuvrée, place trois fois en Une l’équipe de France féminine. L’année suivante, aux Jeux olympiques londoniens, les Bleues finissent à nouveau quatrièmes. En 2014, les Bleues se hissent à la troisième place du classement FIFA et en 2015, la France se voit confier l’organisation de la prochaine coupe du monde. C’est le début de la popularisation du football féminin.
L'accessibilité au football féminin s'est étendue sur tout le territoire. Alors qu'elle comptait un total de 81 153 licenciées en 2011, la FFF a dépassé la barre des 200 000 licenciées durant la saison 2019-2020, avec une augmentation remarquable du nombre de joueuses mais également d'éducatrices, de dirigeantes ou d'arbitres. Les clubs qui accueillent des équipes de filles sont aussi plus nombreux (plus de 3 000). C'est le fruit du plan de féminisation impulsé en 2011-2012. Cette année-là, pour la première fois, un club français - l'Olympique Lyonnais - a remporté la Ligue des champions féminine et l'Équipe de France féminine a atteint les demi-finales de la Coupe du monde en Allemagne. Noël Le Graët, alors Président de la Fédération, a missionné Brigitte Henriques, alors Secrétaire Générale puis Vice-Présidente Déléguée de la FFF, afin de définir les contours de ce plan stratégique et de féminiser l'ensemble des familles du football. Objectifs : rendre la discipline accessible aux femmes. Le nombre de 100 000 licenciées a été franchi début 2016 et a doublé quatre ans plus tard, grâce aux actions mises en oeuvre dans le cadre du plan Ambition 2020. Aujourd'hui, elles sont plus de 250 000.
Le 29 mars 1970, en effet, la Fédération française de Football reconnaissait enfin officiellement l’existence du football féminin. Le nombre de licenciées, en moins de dix ans, a augmenté de 144 %.
Chiffres Clés et Dates Importantes
- 251 682 Licences féminines dont 202 493 joueuses. Un chiffre plus que doublé depuis 2011-2012 (87 863).
- 40 687 Dirigeantes (26 7178 en 2011-2012).
- 2 412 Éducatrices et animatrices (751 en 2011-2012).
- 1 448 Arbitres femmes (679 en 2011-2012).
Dates Clés :
- 1970: La reconnaissance officielle de la pratique
- 1971: Premier match de l'Équipe de France
- 1974: Début du Championnat de France féminin
- 1997: La découverte de l'Euro
- 2003: Direction la Coupe du Monde
- 2011: L'OL, premier club français champion d’Europe… et première demi-finale de Coupe du Monde pour les Bleues
- 2012: L'appel des Jeux… et premier titre mondial pour le foot féminin français
- 2016: la 100 000ème licenciée de la FFF
- 2017: Corinne Diacre, 8ème sélectionneure
- 2019: Première Coupe du monde organisée en France… et le premier Trophée des Championnes
- 2020: Lancement du Tournoi de France… l'année où le foot féminin français fête ses 50 ans
Défis et Perspectives d'Avenir
Malgré tout, les joueuses de football subissent de nombreuses inégalités et restent bien moins valorisées que leur homologues masculins. Outre ses inégalités, les femmes doivent attendre 2018 pour pouvoir tenter de remporter un ballon d'or en tant que joueuse. C'est le 3 décembre 2018 que Ada Hegerberg recevra le premier Ballon d'Or féminin.
Si ce constat nous amène à porter des critiques sur la financiarisation du sport, nous avons bien conscience qu’il est le résultat du sexisme, comme nous l’avons montré plus haut. Il est utile de rappeler le fonctionnement du football de haut niveau pour analyser la pratique amateur de ce sport, autre porte de la démocratisation du sport.
Le football féminin est, comme l’adjectif le suggère, une particularité dans la norme « football », où le masculin est hégémonique. L’histoire du football féminin et ses enjeux actuels montrent des dynamiques de progrès et de lutte contre le patriarcat.
Quel Rôle pour Vous ?
- Joueuses: Les filles peuvent s'inscrire dans un club à partir de la catégorie U6. La mixité est autorisée jusqu'à l'âge de 15 ans.
- Éducatrices: Bénévoles ou professionnelles, elles sont de plus en plus nombreuses à encadrer des équipes jeunes ou seniors.
- Dirigeantes: La FFF encourage les femmes à accéder aux postes à responsabilité, dans les clubs ou les instances nationales et régionales.
- Arbitres: La FFF œuvre également en faveur de la féminisation de l'arbitrage. En 2019, la barre des 1 000 arbitres femmes a été dépassée.