L'histoire de l'équipe de football du Chili: De ses débuts à la controverse politique

Le football a une histoire riche et complexe au Chili, marquée par des moments de triomphe, de tragédie et de controverse politique. Des marins britanniques qui ont introduit le sport dans le pays à la fin du XIXe siècle aux tensions politiques qui ont influencé les matchs et les clubs, l'histoire du football chilien reflète l'histoire du pays lui-même.

Les débuts du football au Chili

Comme dans de nombreux pays d'Amérique du Sud, le football a été introduit au Chili par les marins britanniques à la fin du XIXe siècle. Le premier club a été fondé en 1892 dans la ville portuaire de Valparaíso, et peu de temps après, de nombreuses équipes ont commencé à apparaître dans la capitale, Santiago.

Le Chili était initialement considéré comme un parent pauvre du football sud-américain. Cependant, le pays a été invité à participer au tournoi des Jeux olympiques d'Amsterdam deux ans plus tard, aux côtés de trois autres équipes sud-américaines. Dirigée par l'entraîneur anglais Frank Powell, l'équipe andine a été éliminée au tour préliminaire, battue 4-2 par le Portugal après avoir mené 2-0 à la demi-heure de jeu.

La Coupe du Monde de 1930 en Uruguay

La première Coupe du Monde, organisée en juillet 1930 à Montevideo, a permis à l'équipe de France de rencontrer trois adversaires inédits : le Mexique, l'Argentine et le Chili. Avant ce tournoi, la France n'avait affronté qu'un seul adversaire latino-américain, l'Uruguay, lors des Jeux olympiques de Paris en 1924.

Le Chili a également participé à cette première Coupe du Monde. Son premier match a eu lieu contre le Mexique au Parque Central de Montevideo. Les Chiliens, désormais dirigés par le jeune Hongrois György Orth, ont remporté le match 3-0.

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Le Chili a également affronté la France lors de cette Coupe du Monde. Si le rapport officiel de la FIFA indique une assistance de 2 000 spectateurs, l'envoyé spécial de L'Auto estime que 50 000 personnes occupent les tribunes. Les Chiliens, plus techniques et probablement plus motivés, ont dominé les Français. Après une demi-heure de jeu, l'arbitre uruguayen Anibal Tejada a accordé un penalty contre les Français, le premier penalty de l'histoire de la Coupe du Monde. Guillermo « El Chato » Subiabre a marqué le seul but du match après l'heure de jeu.

Au Chili, la victoire contre les Français a suscité un grand enthousiasme. Après deux victoires en deux rencontres, les chances de qualification restaient intactes. Mais il lui restait à affronter l'Argentine, qu'elle n'avait jamais battue auparavant.

Clubs Notables dans l'Histoire du Football Chilien

Plusieurs clubs chiliens ont joué un rôle important dans l'histoire du football du pays. Parmi ceux-ci, on peut citer :

  • Universidad Católica: Fondé le 21 avril 1937, ce club est la section football de l'Université pontificale catholique du Chili, bien qu'une équipe d'étudiants existait depuis 1910.
  • Unión Ferroviarios de Santiago (Ferroviarios): Fondé le 14 juillet 1916 par des ouvriers du chemin de fer, ce club a connu plusieurs transformations au fil des ans, y compris une fusion temporaire avec Santiago Badminton.
  • Cobreloa: Fondé le 7 janvier 1977, ce club de Calama a rapidement gravi les échelons du football chilien, remportant plusieurs titres nationaux et atteignant les finales de la Copa Libertadores en 1981 et 1982.
  • Nacional FC: Fondé le 10 avril 1900, ce club a disparu en 1955.
  • Universidad de Chile: Fondé le 24 mai 1927, ce club est issu de la fusion de plusieurs clubs universitaires.

Cobreloa: Une ascension fulgurante

Dans l’ombre des géants connus aux quatre coins du monde, Cobreloa a mis moins de quarante ans pour s’installer à leurs côtés. L’histoire de Cobreloa commence début 1977. Le 7 janvier, le Club de Deportes Colbreloa fait son entrée dans le football chilien.

Soutenu par la CODELCO (Corporación Nacional del Cobre de Chile), entreprise minière qui exploite le cuivre, le Club Sports Cóndor est le premier à tenter sa chance en 1962. En 1973, le coup d’État change profondément le pays, la politique économique et sportive de la région de Calama mais ne parvient pas à impacter la volonté de toute une région.

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Dès sa création, le Club Deportes Cobreloa fonce. Attirant déjà de grands joueurs, à l’image de Chamaco Valdès, l’un des hommes du Colo-Colo de 1973. Dès son arrivée dans l’élite, il occupe les premières places. C’est avec l’arrivée de Vicente Cantatore que le club franchit ce palier.

Champion 1980, Cobreloa découvre donc la Copa Libertadores en 1981. Au premier tour, Cobreloa sort invaincu. Leur histoire, ils l’écrivent au second tour. Car les Loinos se retrouvent dans un groupe injouable où ils font face à Peñarol et au Nacional, tenant du titre. Après le nul entre les deux géants uruguayens, Cobreloa affronte en premier Nacional au Centenario de Montevideo et se retrouve mené au score en début de seconde période. Quelques jours plus tard, l’équipe naranja s’offre Peñarol.

À l’aller, Cobreloa s’incline 2-1, battu par un Zico intenable. Privé de son stade de Calama, la CONMEBOL obligeant les finales à se disputer dans des stades de capacité supérieure à 30 000 places, Cobreloa s’impose 1-0 sur un coup franc de Merello. Zico parle de « victoire du football contre la violence » au terme du match retour. Sur le terrain, malheureusement pour les Chiliens, la règle du but à l’extérieur n’existe pas à l’époque, la victoire au Nacional oblige les deux formations à se retrouver pour un troisième match à Montevideo duquel Zico sort vainqueur s’offrant un autre doublé.

L’année suivante, Cobreloa retrouve la Libertadores et, fort de son expérience, retrouve encore la finale. Cette fois, l’adversaire a beau être un géant, il reste une connaissance qu’il avait surclassée l’année précédente, Peñarol. Car à la 89e minute, au moment où les hinchas locaux faisaient sonner leur traditionnelle sirène de fin de rencontre, Peñarol va inscrire le seul but de la partie, ne laissant alors aucune chance au chronomètre pour que le petit club de Calama ne puisse même espérer une miraculeuse égalisation.

Reste que Cobreloa continuera de briller au pays pendant quatre saisons (champion en 1982, 1985 et 1988, vainqueur de la Coupe 1986), avant de revenir régulièrement rappeler qu’il a désormais sa place dans le paysage chilien. Champion en 1992, le club attend ensuite plus de dix ans pour retrouver les joies d’un titre avant d’entamer son déclin. Car outre l’embellie de 2003/2004 et les trois tournois remportés quasi-consécutivement, outre l’éclosion de futurs astres nommés Alexis Sánchez, Eduardo Vargas ou encore Charles Aránguiz, futurs héros chiliens, les Loinos ne vont cesser de descendre pour finalement connaître la première relégation de leur histoire en 2015, condamnés à la Primera B sur tapis vert.

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Football et Politique: Le cas du match Chili-URSS en 1973

Le 11 septembre 1973, une junte militaire met fin au régime socialiste de Salvador Allende élu démocratiquement trois ans auparavant. Dans ce contexte, se profile une double rencontre sportive face à l’URSS, qualificative pour la Coupe du monde 1974 en Allemagne.

La délégation chilienne qui s’envole le 24 septembre pour Moscou est dès lors considérée comme représentante d’un pays ennemi, et l’accueil qu’elle reçut à l’aéroport Sheremetyevo fut des plus glaciaux. Le match aller se dispute le 26 septembre dans le stade Lénine de Moscou.

Prévue le 21 novembre, la rencontre doit avoir lieu à l’Estadio Nacional de Santiago, d’une capacité de 60.000 places, qui est devenu, depuis le coup d’État, l’un des plus grands centres de concentration et de torture du pays. Refusant de cautionner les actes qui s’y déroulent, la Fédération soviétique repousse la décision de disputer la rencontre dans l’enceinte.

Le 24 octobre, la confédération envoie deux émissaires afin de visiter le stade et de contrôler les conditions de préparation de l’événement. Si plusieurs témoignages confirment la présence de nombreux prisonniers au moment de la visite, ceux-ci se devaient de rester invisibles, à l’abri des regards.

De fait, elle informe le 19 novembre que "ne doivent pas voyager à Santiago du Chili les arbitres Ramon Barreto, Uruguayen, et Jose Pestarino, Argentin, qui allaient occuper le poste de juges de touches pour la rencontre Chili-URSS".

La junte militaire décide d’organiser un simulacre de rencontre pour célébrer ses héros et transforme l’événement en un véritable show de propagande dans le but de mettre en avant les valeurs de la nouvelle société chilienne: ordre, discipline, nationalisme. L’arbitre local Rafael Hormazabal donne le coup d’envoi de la rencontre. Les joueurs avancent en se faisant plusieurs passes jusqu’au but adverse, où le capitaine de la sélection, Francisco Valdes, pousse le ballon dans les filets.

Présente en Allemagne, la sélection chilienne quittera la compétition au premier tour sans avoir gagné le moindre match.

Colo-Colo et l'ombre de Pinochet

L’équipe la plus populaire du pays, Colo-Colo, tombe sous le joug d’Augusto Pinochet, en 1976. En 1984, le président colocolino de l’époque, Patricio Vildósola, offre le poste de « président d’honneur » à Pinochet. Le club se transforme en outil de propagande du général. Par exemple, le gouvernement de Pinochet programmait des matchs télévisés de Colo-Colo afin de contenir les manifestations.

À quatre jours du référendum de 1988 (pour décider de la prorogation au pouvoir jusqu’en 1997 du général), Pinochet annonce que le gouvernement va investir 300 millions de pesos pour terminer la construction du stade Monumental de Colo-Colo.

Les supporters de Colo-Colo, souvent attaqués sur ce thème par leurs rivaux, tiennent eux à rectifier l’histoire. « Pinochet n’a jamais donné la somme promise, à cause du « non » au référendum » , conteste José Miguel Sanhueza De la Cruz.

L’actuel président de Colo-Colo, Fernando Monsalve, refuse ce travestissement de l’histoire. Monsalve affirme lui que le club « cherche à se refonder et oublier cette mauvaise gouvernance, pour donner le plein pouvoir aux socios » , gage de protection pour ne plus « jamais connaître ce modèle d’intervention politique qui a fait couler le club » .

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