Le Tournoi des Six Nations est une compétition annuelle de rugby à XV qui oppose six nations européennes : l'Angleterre, l'Écosse, la France, l'Irlande, l'Italie et le Pays de Galles. Il se déroule chaque année entre février et mars, captivant les fans de rugby à travers le continent et au-delà.
Origines et Évolution du Tournoi
La compétition a débuté en 1883 sous le nom de Home Nations Championship, opposant les quatre nations britanniques : l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande. En 1910, la France a rejoint le tournoi, le transformant en Tournoi des Cinq Nations. L'Italie a intégré le tournoi en 2000, donnant naissance au Tournoi des Six Nations tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Les Premières Rencontres et la Formation du Tournoi
La plus ancienne et la plus célèbre des compétitions internationales de rugby a commencé avec la première rencontre entre nations britanniques, remportée par l'Écosse devant l'Angleterre, en 1871. Ce match conserve une aura particulière puisqu'il donne lieu, chaque année, à la mise en jeu de la Calcutta Cup entre les deux équipes. Cette rencontre faisait suite à la fondation de la Football Rugby Union. Mais c'est seulement à partir de 1883 que le fameux tournoi prend forme, sous le nom d’International Championship, en opposant tout d'abord les quatre nations britanniques (Angleterre, Écosse, Irlande, pays de Galles).
L'Intégration de la France et les Premières Difficultés
En 1910, le Tournoi s'étend à la France. Malgré une victoire précoce sur l’Écosse dès 1911, à Colombes, par 16 à 15, la première période internationale du rugby français est marquée par de très lourdes défaites, l'équipe de France manquant de joueurs d'expérience. Cette époque est dominée par le pays de Galles, qui réalise le grand chelem en 1908, en 1909 et en 1911, et par l'Angleterre, auteur d'un même exploit en 1913 et en 1914. Le tournoi est interrompu de 1915 à 1919, à cause de la Première Guerre mondiale. Après 1918, le rugby connaît un développement considérable en France. Le rassemblement à Joinville des meilleurs joueurs sous les drapeaux permet de remarquables progrès, notamment chez les trois-quarts, où René Crabos, F. Borde et Adolphe Jauréguy sont considérés comme les meilleurs spécialistes d'Europe. Les victoires de 1920 à Dublin (première victoire à l’extérieur), de 1921 à Inverleith (Écosse), le match nul de 1922 à Twickenham illustre cet après-guerre. Un déclin se manifeste ensuite, qui est suivi d'une remontée. En 1927, la France bat l’Angleterre pour la première fois.
L'Exclusion Temporaire de la France
En 1930, un match heurté, disputé un état d’esprit déplorable, entre Gallois et Français, et plus généralement les brutalités nombreuses dans le championnat de France, ainsi que le professionnalisme à peine voilé de certaines équipes, amène les Britanniques à rompre en 1931 (entraînant l’exclusion de la France du Tournoi). Le professionnalisme entraîne la dissidence des plus grands clubs, créant une fédération rivale, l'Union française du rugby amateur, fidèle au code de l’éthique britannique. La génération sacrifiée, d’où ressort le nom de Max Rousié, est alors contrainte de disputer des matchs sans intérêt contre l’Allemagne ou l’Italie. Cet entre-deux-guerres voit la domination de l'Écosse (avec les rudes avants de J. M. Bannerman et ses fameux trois-quarts I. Smith et G. P. S. MacPherson), cinq fois vainqueur de 1920 à 1929, et de l'Angleterre, conduite par l'avant-aile W. Wakefield. Celui-ci, après avoir battu le record des sélections, devient lord Kendal. Dans cette équipe anglaise, qui devait terminer dix fois en tête de 1920 à 1939, on remarque tour à tour la paire de demis W. Davies et C. A. Kershaw ainsi que les avants A. T. Voyce, R. Covesmith, J. S. Tucker et C. N. Les relations entre les Français et les Britanniques ne vont reprendre qu'en 1939, après que l'unité ait été refaite en France et que le championnat ait été supprimé par le congrès de la F. F.
Lire aussi: Tout Savoir sur le Bonus Défensif (Six Nations)
La Réintégration de la France et l'Ascension du Rugby Français
Après l’interruption du fait de la Seconde Guerre mondiale, la France réintègre le Tournoi l’année de la reprise, en 1947, et affirme sa maturité, en l'emportant pour la première fois au pays de Galles, à Swansea, en 1948, et en Angleterre, à Twickenham, en 1951 : il a fallu attendre un demi-siècle pour que la France obtienne une victoire qui la place parmi les meilleures nations mondiales. Le XV de France est alors bien près de terminer à la première place, qu'il obtient enfin en 1954, ex-aequo avec le pays de Galles. Les avants Robert Soro, A. Moga, Jean Prat, G. Basquet et Jean Matheu avec les demis de mêlée Yves Bergougnan et Gérard Dufau marque particulièrement cette période. Sur le plan international, c'est surtout le pays de Galles (qui réalise le grand chelem en 1950 et en 1952) et l'Irlande (auteur d'un semblable exploit en 1948) qui se distingue. Les Gallois possèdent alors de remarquables lignes arrière avec H. Tanner, W. B. Cleaver, K. Jones, B. Williams, J. Matthews, et les Irlandais des avants généreux, K. Mullen, J. W. McKay ainsi que J. S. McCarthy et aussi un des plus grands demis d'ouverture de l'histoire du rugby, J. Le tournoi 1954, où la France partage la première place avec l'Angleterre et le pays de Galles, marque l'avènement du rugby français. En 1955, la France s'impose pour la deuxième fois à Twickenham. Après avoir battu les Springboks en Afrique du Sud pour leur première grande tournée en 1958, les Français, conduits par un de leurs plus grands capitaines, Lucien Mias, remportent seuls, enfin, le tournoi 1959 grâce à une suprématie totale d'un jeu d'avants remarquablement organisés et disposant de riches individualités, comme Alfred Roques, Roger Vigier, Aldo Quaglio, Bernard Momméjat, Jean Barthe, François Moncla, Michel Celaya, Michel Crauste en avants, Pierre Danos, R. Sur sa lancée, tour à tour sous le capitanat de François Moncla, de P. Lacroix, de Michel Crauste, de Christian Darrouy et de Christian Carrère, le XV de France remporte encore le tournoi en 1960 (avec l'Angleterre), en 1961, en 1962 et en 1967, avant de réussir son premier grand chelem en 1968, ce qui l’arrime définitivement au gotha du rugby mondial, et de terminer encore en tête en 1970 (avec le pays de Galles). Il dispose toujours d'avants d'une rare qualité athlétique et d'une grande aisance dans le jeu à la main (avec Amédée Domenech, A.
Les Années 1970 et la Domination Galloise
Devant cette montée française, seule l'Angleterre, avec sa grande équipe de 1957 et de 1958, celle des D. Marques, de P. G. D. Robins, de C. R. Jacobs, de J. D. Currie, de D. Jeeps, de J. Butterfield, de P. Jackson, avait fait front. C’est ensuite l'ascension galloise, avec les succès accumulés en 1966, en 1969, en 1970, 1971, 1975, 1976, 1978 et 1979. Le Tournoi de 1972 n’a pas fait l’objet d’un classement, l’Écosse et le pays de Galles ayant refusé de se rendre en Irlande pour cause de guerre civile. Cette année-là a lieu la dernière rencontre à Colombes, l’occasion d’une victoire contre l’Angleterre. Les matchs suivants ont eu lieu au Parc des Princes. Cette période des années 1970 est marquée par le jeu très élaboré des Gallois, les premiers à adopter un système collectif de préparation pour leur équipe nationale et qui dispose d'atouts de premier ordre avec une paire de demis exceptionnelle, Gareth Edwards et Barry John, auquel succède Phil Bennett, le phénoménal pilier Graham Price, des trois-quarts bien menés par J. Dawes et un arrière offensif aux prodigieux moyens athlétiques, J.P.R.
La Domination Française des Années 1980 et le Retour de l'Angleterre dans les Années 1990
Les années 1980 sont dominées par la France, qui l’emporte à six reprises, réalisant deux grands chelems, en 1981 et en 1987 (avec ces deux années une victoire à Twickenham). L'équipe de France, entraînée désormais par Jacques Fouroux, possède d’excellentes lignes arrières menées par Philippe Sella (qui marque un essai par match en 1986) et Patrice Lagisquet pour les trois-quarts et par l'arrière Serge Blanco - considéré comme le meilleur au monde à ce poste. Les victoires écossaises sont rares et le grand chelem réussit par cette équipe en 1990 est à signaler, avec des joueurs comme le troisième ligne John Jeffrey et l’arrière Gavin Hastings, digne successeur du grand Andy Irvine. Le début des années 1990 voit le retour au premier plan de l’Angleterre, qui s’appuie sur la botte de Rob Andrew à l’ouverture, derrière un pack formidable emmené par le géant Peter Winterbottom qui peut fournir de bons ballons aux talentueux Will Carling, Jeremy Guscott et Rory Underwood : l’équipe empoche deux grands chelems d’affilée, en 1991 et en 1992. Entraînée par la paire Skrela-Villepreux, la France réussit ensuite deux grands chelems, en 1997 (en battant les Anglais à Twickenham) et en 1998 (en écrasant les Gallois 51 à 0 à Wembley), année où le Stade de France prend le relais du Parc des Princes. Le premier tournoi des Cinq-Nations féminin a lieu en 1999.
L'Ère des Six Nations et l'Ouverture à un Nouveau Public
L’Italie s’immisce dans le concert des nations en battant en 1997, à Grenoble, la France, alors auréolée de son grand chelem : les Italiens se rapprochent du Tournoi, qu’ils rejoignent en 2000. Pour ce premier Tournoi des Six-Nations, ils battent l’Écosse chez eux. L’Angleterre est présente avec des victoires en 2000, 2001 et 2003, cette dernière assortie d’un grand chelem, en s’appuyant sur la solidité de Martin Johnson à la touche et de Lawrence Dallaglio en troisième ligne et sur l’immense talent de Jonny Wilkinson à l’ouverture. Le Tournoi devient de plus en plus un spectacle et s’ouvre à un nouveau public. La France améliore ses installations en inaugurant le centre international du rugby de Linas-Marcoussis en 2002. En 2004, on assiste au premier match en nocturne, au Stade de France, contre l’Angleterre. La fin de la décennie voit le réveil du pays de Galles, qui remporte deux fois le tournoi, assorti de deux grands chelems, après une décennie de disette, en 2005 et en 2008, avec une équipe emmenée par l'ailier Shane Williams. En 2009, l'Irlande réussit le grand chelem, qu'elle attendait depuis 1948, avec O'Gara à l'ouverture et les talentueux D'Arcy et O'Driscoll en trois-quarts, et l'Italie décroche sa quatrième cuillère de bois (cinq matchs, cinq défaites) en dix Tournois. Pour la première fois, un match est joué un vendredi soir. En 2010, pour ses 100 ans de présence dans le Tournoi, la France remporte le neuvième grand chelem de son histoire, avec notamment Sylvain Marconnet et Sébastien Chabal. En 2011, L'Italie bat la France pour la première fois.
Règles et Format du Tournoi
Le Tournoi des Six Nations se dispute chaque année, opposant les équipes d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande, du pays de Galles, d’Italie et de France, qui se rencontrent chacune une seule fois. Le cas de l’Irlande est particulier : les joueurs de l’Irlande du Nord, britanniques, jouent avec ceux de l’Irlande du Sud, indépendante, défendant ainsi un pays qui n’existe pas. Traditionnellement, les lieux de rencontre changent chaque année, les hôtes de l'année précédente devenant les visiteurs l'année suivante. Chaque équipe jouait deux fois à domicile et deux fois à l'extérieur, mais cette égalité de traitement a pris fin avec le passage à six équipes lorsque l'Italie a rejoint le tournoi en 2000.
Lire aussi: Tournoi des 6 Nations U20 : Résultats et Analyse
Le Système de Points
Une victoire vaut 4 points, un match nul 2 point, une défaite 0 point. L'équipe qui cumule le plus de points remporte le Tournoi des 6 nations. En cas d'égalité, la victoire se joue à la différence de points pour/contre générale. Si deux pays sont encore à égalité après cela, le trophée revient à celui qui aura inscrit le plus d'essais.
Bonus Offensif et Défensif
Chaque pays peut, à chaque match, inscrire un à deux points additionnels, des « bonus ». Dès lors qu'une équipe marque quatre essais dans le même match, elle se voit créditée d'un point de bonus « offensif ». Si une équipe s'incline par 7 points ou moins, elle reçoit un point de bonus « défensif ». Une équipe qui perd par exemple 39-36, en ayant inscrit quatre essais tout en perdant de 7 points ou moins, gagne ainsi deux points de bonus.
Le Grand Chelem
Le grand chelem récompense l'équipe qui a battu tous ses adversaires. Une équipe qui remporte ses cinq matchs empoche 3 points supplémentaires. Une récompense symbolique, mais capitale : c’est ce bonus qui garantit qu’un Grand Chelem ne peut être rattrapé.
Les Trophées et Récompenses Spéciales
Le Tournoi des Six Nations ne se limite pas à un seul trophée. Il comprend une constellation de duels et de symboles, chaque rivalité ayant son propre Graal :
- La Calcutta Cup : Angleterre - Écosse, le plus vieux trophée du rugby mondial (1879).
- La Triple Couronne : entre les nations celtes (Irlande, Écosse, Pays de Galles).
- Le Trophée Giuseppe Garibaldi : France - Italie, en hommage au héros franco-italien.
- Le Millennium Trophy : Irlande - Angleterre, né pour célébrer l’amitié entre les deux nations.
- Le Centenary Quaich : Écosse - Irlande, un petit chef-d’œuvre d’art celte.
Impact Culturel et Économique
Le Tournoi des Six Nations a joué un rôle significatif dans le renforcement des identités nationales et la création de rivalités amicales entre les pays participants. Ces rencontres annuelles ont contribué à façonner la perception du rugby dans chaque pays. Au-delà de son importance sportive et culturelle, le tournoi des 6 Nations a un impact économique considérable pour les nations participantes. Les weekends de match attirent des milliers de supporters, stimulant le tourisme et l’économie locale dans les villes hôtes. Les partenariats avec des sponsors internationaux et les droits de diffusion télévisuelle représentent également des revenus importants pour les fédérations, contribuant au financement du développement du rugby à tous les niveaux.
Lire aussi: L'Équipe de France Féminine de Rugby
Palmarès et Moments Mémorables
L’histoire du tournoi des 6 Nations est parsemée de moments mémorables qui ont marqué les fans de rugby du monde entier. L’un de ces moments marquants est la première victoire de l’Italie contre l’Écosse en 2000, lors de leur match inaugural dans le tournoi. D’autres matchs ont laissé une empreinte durable dans l’histoire du tournoi. On peut citer la victoire de la France contre l’Angleterre en 1991, qui a mis fin à huit ans de domination anglaise au Parc des Princes. Ces moments ne sont pas seulement des exploits sportifs. Ils illustrent également comment chaque nation a contribué à la dynamique du tournoi, renforçant son attrait et son imprévisibilité.
Les Nations les Plus Titrées
L’Angleterre et le Pays de Galles partagent le record du plus grand nombre de titres remportés dans l’histoire du Tournoi des Six Nations. L'Angleterre a toujours 39 victoires, égalée par le Pays de Galles, qui a remporté son 39ᵉ titre en 2023. En troisième position, on retrouve désormais la France avec 27 victoires, après avoir ajouté un Grand Chelem à son palmarès en 2023. L'Irlande détient désormais 23 victoires, tandis que l'Écosse reste à 22 titres. L'Italie, elle, n’a toujours pas remporté de titre dans l’histoire du tournoi.
Records Individuels
Jonny Wilkinson, joueur de l'équipe d'Angleterre, détient la meilleure performance individuelle lors des tournois des 6 Nations.
Le Tournoi Féminin et les Catégories Jeunes
Il existe également une version féminine du Tournoi des Six Nations depuis 1996 ainsi qu’une version junior pour les moins de 20 ans, créée en 2008. Le tournoi féminin se joue aux mêmes dates et rencontrent les mêmes six nations.
Les Stades Emblématiques
Les matchs se déroulent chaque année dans les stades suivants :
- Stade Twickenham à Londres (82 000 places)
- Stade de France à Saint-Denis (81 338 places)
- Millennium Stadium à Cardiff (74 500 places)
- Stade olympique à Rome (72 698 places)
- Murrayfield Stadium à Édimbourg (67 130 places)
- Aviva Stadium à Dublin (51 700 places)