L'Élite 2 du rugby féminin représente un échelon crucial dans le paysage rugbystique français. Ce championnat, souvent méconnu du grand public, constitue une étape essentielle pour les clubs aspirant à l'Élite 1 et pour le développement du rugby féminin en France. Cet article explore en profondeur l'Élite 2, son fonctionnement, ses enjeux, et son rôle dans la structuration du rugby féminin français.
Évolution du Championnat de France de Rugby Féminin
Le championnat de France de rugby féminin a connu une évolution significative ces dernières années. À partir d'octobre, et pour les trois prochaines saisons, le championnat de France de rugby féminin s'appellera « AXA Élite 1 », du nom du groupe spécialisé dans l'assurance. Cette évolution témoigne de l'intérêt croissant pour le rugby féminin et de la volonté de la Fédération Française de Rugby (FFR) de structurer et de professionnaliser ce sport.
L'arrivée d'AXA comme sponsor titre
Après Arkéma pour le football, Butagaz Energie pour le handball, La Boulangère pour le basket ou Saforelle pour le volley, c'est Axa, le groupe spécialisé dans l'assurance, qui va donner son nom à un championnat de France de sport collectif féminin, qui devient « AXA Élite 1 ». Ce partenariat marque une étape historique pour le développement du rugby féminin en France. Le président de la FFR, Florian Grill, se réjouit de ce contrat, soulignant que le développement de l’Élite 1 est un levier fondamental au développement de la pratique féminine et pour les performances de l’équipe de France future.
Répartition des bénéfices
Les dix clubs du championnat vont pouvoir bénéficier de cet engagement puisque les deux tiers de cette manne sont censés leur revenir, afin de développer, entre autres, le staff, l’encadrement médical ou les équipements sportifs. L’ambition est de monter à 1,8 million voire 2 millions d’euros, ce qui représente une avancée significative pour les clubs féminins.
La Structure des Compétitions Féminines
Le rugby féminin en France est structuré en plusieurs divisions, permettant à chaque équipe de trouver sa place et de progresser à son rythme.
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Les différentes catégories
Après leur 18 ans (les catégories sont déterminées par l’année de naissance), les joueuses rejoignent la catégorie senior. Très souvent, les clubs féminins disposent d’une équipe sénior qui permet aux joueuses d’évoluer dans la continuité de leur club. Selon le niveau de l’équipe et l’effectif, elles évoluent dans une des cinq catégories de compétition.
- Le championnat à X : Grâce à l’effectif réduit, cette porte d’entrée du championnat permet de donner accès à la compétition aux nombreuses petites équipes qui se forment grâce à l’engouement autour du rugby féminin. Les équipes se rencontrent en tournoi de 3 matchs d’une durée de 2 fois 10 min. Le championnat se déroule par plateaux régionaux, puis en phases finales qualificatives pour le championnat de France national. Lors de la réforme de 2018, le championnat à X a remplacé le championnat à 7.
- Fédérale 1 et Fédérale 2 : La Fédérale 2 est composée d’équipes qui disposent du nombre de joueuses suffisant pour jouer à XV. Selon le nombre d’équipes inscrites (autour de 70 généralement), des phases de poule font un “tri” au niveau régional. Les équipes qualifiées s’affrontent en play-off puis en phases finales tandis que les 34 non-qualifiées évoluent dans le “Challenge fédéral”. Concernant la Fédérale 1, elle est composée de 36 clubs, dont de nombreuses équipes réserves d'Élite. Le format est classique : des phases de poule donnent accès à des phases finales pour les deux premières.
- Élite 2 : Le championnat d’Élite 2 féminin a repris ses droits depuis plus d’un mois autour de la même formule que l’an dernier et de cette poule unique à dix équipes.
L'Élite 2 : antichambre de l'Élite 1
L'Élite 2 constitue l'antichambre de l'Élite 1, le plus haut niveau du rugby féminin français. Les équipes qui y participent aspirent à monter en Élite 1, ce qui représente un défi sportif et financier important.
Enjeux et Défis de l'Élite 2
L'Élite 2 est confrontée à plusieurs enjeux et défis, notamment en termes de professionnalisation, de visibilité et de développement.
Professionnalisation des joueuses
Si la FFR a décidé de prendre en charge trente joueuses sous contrat, qu’on peut appeler "professionnelles" avec leur rémunération fixes allant de 2800 à 3500 euros, pour les autres, il n’en est rien. Dans un groupe de 43 Toulousaines, moins 4 internationales actuellement en Angleterre avec la sélection, 6 ont un contrat fédéral et 14 autres bénéficient aujourd’hui d’une rétribution régulière, allant de "seulement" 100 à 400 euros. Plus des primes de match de 100 euros pour tout le monde. Ou du moins celles qui jouent… car certaines ne touchent rien.
La talonneuse Laure Touyé explique que "c'est plus dur d'avoir une vie tranquille, parce qu'on est encore amateurs aujourd'hui dans le rugby féminin. Donc tu es obligé d'avoir ton travail à côté ou de faire des études. Mais de faire quelque chose en plus parce que tu ne peux pas du tout vivre de ta passion aujourd'hui".
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L’objectif est de tendre vers une professionnalisation accrue des joueuses, avec une augmentation des salaires et des contrats fédéraux. Le but n’est plus d’avoir 75% des joueuses pluriactives, statistique actuelle, mais bel et bien l’inverse. Voire plus, selon Florian Grill : "La Fédé ne compte pas professionnaliser plus de 30 joueuses. Mais on aimerait que les clubs amènent à une professionnalisation non pas de 30 joueuses mais plutôt 300-400. C’est-à-dire l’effectif des 10 clubs l’Elite 1".
Visibilité médiatique
Les quelques matchs diffusés par Canal Plus l’an passé, grande nouveauté, les bons scores des Bleues sur France Télévisions ou TF1 sont des avancées notables, mais il reste encore beaucoup à faire pour accroître la visibilité de l'Élite 2. Le dernier tiers du partenariat avec Axa doit d’ailleurs pousser à la communication, la diffusion des matchs et le développement des réseaux sociaux. Des petites batailles. Le nerf de la guerre.
Développement des clubs
Aujourd’hui le budget moyen des clubs féminins varie de 400.000 à 800.000 euros, l’équivalent de ceux de fédérale 2 ou 3 chez les hommes, soit la 5e ou 6e divisions. L’ambition est de monter à 1,8 million voire 2 millions d’euros. Il faut aider les clubs aussi pour faire tout ça.
Exemples de Clubs et de Coopération
Plusieurs clubs se distinguent en Élite 2, et des initiatives de coopération se mettent en place pour renforcer le rugby féminin.
La coopération entre l’Ovalie caennaise et le Rouen Université Club
La coopération était dans les tuyaux depuis plusieurs années, elle est devenue concrète. L’Ovalie caennaise et le Rouen Université Club ont décidé de coopérer. À partir de la saison prochaine, les équipes premières des deux clubs, qui devaient évoluer en Élite 2, ne feront plus qu’une. La formation s’appellera Valkyrie Normandie Rugby Clubs. Chaque entité conserve son indépendance, ses réserves et ses équipes de jeunes. Ce n’est pas un rapprochement mais une coopération. Le règlement de la FFR nous permet de rapprocher deux clubs pour créer une entité élite. C’est ce qui va se produire entre l’Ovalie caennaise et le Rouen Université Rugby.
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Dans cette entité, on injectera nos meilleures joueuses, celles qui sont en devenir ou qui souhaitent aller le plus loin possible dans le rugby. L’objectif est d’exister en élite, et de mettre en place le travail nécessaire pour maintenir ce niveau en Normandie. Au-delà de ce projet d’avoir des filles qui évoluent à leur niveau, on a aussi l’envie de proposer une formation, dans les années qui vont venir, sur l’ensemble du territoire. On sait qu’on n’est pas forcément un territoire de rugby, et que chez les filles, c’est encore un peu plus compliqué.
On souffre du nombre de joueuses. En Normandie, pour les trois prochaines années, on a 44 joueuses en U15 et une centaine de joueuses en U18, dont 50 qui sont réparties entre Caen et Rouen. Il y a un gros travail de formation, de développement, d’attractivité à faire sur la région. Il faut que l’on s’attelle à ça si on veut continuer d’exister. On sait qu’aujourd’hui, faire venir des joueuses de l’extérieur, c’est difficile. Il faut donc qu’on continue de travailler, qu’on se professionnalise pour avoir des partenaires qui croient en nous et en notre projet, et qui nous aideront à asseoir notre travail. Tout ça part d’un constat : en Normandie, on ne pourra pas s’en sortir sans un travail commun de tous les clubs.
Le Stade Rochelais
Le Stade Rochelais dispute ce samedi sa quatrième finale d'Elite 2 consécutive, face à Toulon. Cette saison, le championnes seront directement qualifiées à l'échelon supérieur. Les tenantes du titre espèrent enfin franchir le pas mais devront battre le leader de la saison régulière, à Auch (Gers).
Analyse de la Saison en Cours
Après quatre journées, on peut d’ores et déjà observer des tendances se dessiner au classement. Qui s’affiche comme prétendant aux phases finales ? Comment se passe l’apprentissage des promus ? Quelles équipes sont en difficulté ?
Les équipes en tête
Après une saison galère au plus haut niveau féminin, conclue par une descente de justesse (égalité de points avec le Stade Villeneuvois Lille Métropole), le Stade Rennais (1ᵉʳ, 17 points) retrouve des couleurs à l’étage du dessous. Quatre matchs pour quatre succès, les Bretonnes régalent à nouveau leurs papilles du goût de la victoire et retrouvent des samedis soir festifs.
Passées à un cheveu de la montée l’an dernier, les Marichatentaises se sont visiblement bien remises de leurs émotions en repartant avec brio dans leur quête de sommet. Fidèles à leur philosophie de jeu de mouvement, les Maritimes ne cessent déjà de faire déferler d’impressionnantes vagues d’attaques. En tournant à 56 points de moyenne par match, La Rochelle est de loin l’équipe la plus prolifique du championnat.
Les équipes en difficulté
D’ici à la trêve hivernale, nous en saurons plus sur les velléités de ces trois formations, soit victimes d’une panne au démarrage ou bien condamnées à lutter pour le maintien. En ce début novembre, il est encore bien trop tôt pour le dire. Un départ en mode diesel est encore envisageable pour ces équipes, qui n’ont toutefois plus de temps à perdre pour tenter de raccrocher la locomotive de tête qui avance à un rythme effréné.