L'Histoire des Dirigeants et de l'Équipe de France de Rugby : Entre Gloire et Controverses

La France, premier pays non anglophone à organiser la Coupe du monde de rugby, possède une histoire riche et complexe avec ce sport. Longtemps, les joueurs français ont rivalisé avec leurs homologues britanniques et des antipodes, faisant de l'organisation de ce tournoi un véritable rite de passage. La Fédération Française de Rugby (FFR), gardienne de ce temple, s'enorgueillit d'un passé souvent glorieux, source de fierté nationale. Cependant, derrière l'exubérance du présent, la réputation du rugby français traîne des antécédents troubles, une histoire moins reluisante qui a indirectement contribué à l'arrivée de la Coupe en France et qui explique pourquoi, sans la Seconde Guerre mondiale, le rugby à XV serait aujourd'hui un sport mineur dans l'hexagone.

Les Origines du Rugby Français : Un Mélange de Talent et de Brutalité

Dès sa naissance, le rugby français se distingue par un mélange curieux de talent sublime et de brutalité occasionnelle. Dans les années 1930, l'équipe de France est même exclue du Tournoi des Cinq Nations (alors amateur) pour jeu violent et pour avoir, semble-t-il, organisé en catimini le paiement de salaires aux joueurs.

L'histoire du rugby en France commence véritablement avec des expatriés anglais qui introduisent le sport au Havre Athletic Club en Normandie en 1872. Le véritable rugby est ensuite importé à Paris par l'English Taylors Club l'année suivante. En 1888, on compte déjà trois clubs dans la capitale. Alors que le jeu anglais se concentre sur des rucks et des mauls interminables, les joueurs français développent un style différent, basé sur la course et les passes.

Edmond Renoir, dans la revue française L'Illustration du 23 avril 1892, compare les styles anglais et français lors du premier France-Angleterre. Il note que les Anglais aiment plonger "leur tête dans la boue", contrairement aux Français. Henri Alain Fournier, plus connu sous son nom de plume Alain-Fournier, l'auteur du Grand Meaulnes, invite ses amis joueurs parisiens à des matchs dans le parc de Bagatelle, entre le bois de Boulogne et la Seine.

Jean Lacouture, auteur d'une histoire du rugby français, attribue la beauté et la fluidité du jeu français à ces premières rencontres aristocratiques. Il explique que "feintes, courses, esquives et accélérations naquirent d'un esthétisme élitiste, descendant des chevaliers et des tournois du Moyen Âge".

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L'Implantation du Rugby dans le Sud-Ouest : Un Sport de Paysans

Après avoir débuté comme un sport d'officiers à Paris, le rugby se transforme en un jeu de paysans dans le Sud-Ouest. Lacouture parle d'un "triple paradoxe", car au Royaume-Uni, le rugby prospère dans la classe moyenne et supérieure anglaise, ou chez les mineurs et les agriculteurs des pays celtes, mais jamais en Bretagne.

J. J. Shearer, un homme d'affaires écossais installé à Bordeaux, introduit le rugby dans le Sud-Ouest. Selon Lacouture, "dans le Sud, le rugby n'a pas vraiment surgi des caves à vin, mais, en particulier avant la Première Guerre mondiale, il sentait distinctement le bouchon". Le développement du sport dans le Sud-Ouest est marqué par la victoire du Stade Bordelais sur un club parisien lors du championnat national de 1899. Le rugby se répand ensuite rapidement dans les bourgs et villages de la région.

D'autres historiens proposent des explications ethniques ou raciales, suggérant que les peuples basque et catalan, des montagnards rudes et musclés, étaient mieux adaptés au rugby. Le rugby devient un symbole de nationalisme et d'orgueil régional, une expression de résistance à Paris.

L'abbé Michel Devert, âgé de 83 ans, fondateur de la chapelle de Notre-Dame du Rugby à Larrivière, dans les Landes, estime que l'Église catholique est responsable de la fracture régionale du rugby en France. Il explique qu'à une époque, l'Église considérait le rugby comme un péché en raison de sa violence, préférant le football et le basket. Dans le Sud-Ouest, une forte tradition républicaine encourageait le rugby en réaction à cette désapprobation ecclésiastique. Le rugby devient ainsi une expression de fierté locale, pratiqué par de robustes jeunes fermiers et viticulteurs, canalisant les antagonismes entre vallées et coteaux.

Dans les années 1920 et 1930, le rugby français est géré au niveau national par des aristocrates à Paris, mais joué par des paysans dans le Sud-Ouest. Cependant, les aristocrates perdent progressivement le contrôle.

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La Brutalité du Jeu Français : L'Influence des Rivalités Locales

La vision altière des Anglais et des administrateurs aristocrates français est bousculée par les joueurs ruraux. Bien qu'ils adoptent le style de passes flamboyant développé à Paris, l'idée de jouer pour la beauté du sport les laisse indifférents. Pour les ruraux, l'objectif est de vaincre le village voisin, quitte à utiliser la violence.

Les avantages financiers et les primes de transfert se généralisent, tout comme la violence. Les arbitres sont malmenés, et des décès sont déplorés. Cette période est souvent considérée comme l'origine de la brutalité caractéristique du jeu français.

Au début des années 1930, cette violence s'étend aux matchs internationaux, notamment contre l'Angleterre et le pays de Galles. Les rumeurs de professionnalisme contribuent au mécontentement de la direction internationale de la Fédération de rugby. En 1931, la France est exclue du Tournoi des Cinq Nations, fragilisant le rugby à XV.

L'Ascension et la Chute du Rugby à XIII : Une Histoire de Jalousie et de Trahison

C'est alors qu'émerge le rugby à XIII, introduit en France par Jean Galia, champion de boxe et deuxième ligne soupçonné de professionnalisme. La Fédération française l'exclut en 1932 pour montrer aux Anglo-Saxons qu'elle lutte contre le "professionnalisme clandestin". En 1934, Galia emmène une équipe française dans le Yorkshire et le Lancashire pour jouer au rugby à XIII. Dès la saison 1934-1935, le championnat treiziste semi-professionnel compte 14 équipes. En 1939, on recense 200 clubs amateurs de rugby à XIII, et trois grands clubs, Narbonne, Carcassonne et Brive, passent du XV au XIII.

Le rugby à XIII français est semi-professionnel, tandis que le rugby à XV l'est de manière moins ouverte. Le public français se passionne pour le rugby à XIII, qui met l'accent sur la course plutôt que sur les mêlées. Avant la guerre, le rugby à XIII semble destiné à devenir la forme dominante du rugby en France, mais il subit un terrible revers de fortune.

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Quatre mois plus tard, le maréchal Pétain signe un décret ordonnant la "fusion" du XIII avec le rugby à XV. Tous les biens des clubs treizistes sont saisis et, dans certains cas, confiés aux clubs de XV. Officiellement, cette décision vise à restaurer les valeurs morales de la France et à mettre fin à la professionnalisation du sport. Cependant, des sports plus puissants et professionnels comme le football, la boxe et le cyclisme ne sont pas inquiétés.

Les recherches de Mike Rylance montrent que la volonté de tuer le rugby à XIII "professionnel" ne vient pas des idéologues du régime, mais de certains des plus hauts responsables de la FFR, liés à Vichy par l'entremise du colonel Joseph Pascot, directeur des sports au ministère des Sports vichyste. Un rapport sur "L'état du rugby en France", rédigé à sa demande, affirme que le rugby à XIII, parce qu'il est "professionnel" et contraire aux valeurs sportives, a contribué au défaut d'"éducation morale" qui a permis aux armées allemandes de balayer les troupes françaises. Ce rapport est l'œuvre du Dr Paul Voivenel, président honoraire de la FFR.

Rylance conclut que le rugby à XV a profité cyniquement du prétexte de la défaite militaire et d'une prétendue "renaissance" nationale pour assassiner le rugby à XIII. Une enquête des autorités françaises en 2002 parvient à la même conclusion : "L'action contre le rugby à XIII a été la conséquence de mesures prises par la Fédération française de rugby à XV, qui y avait vu l'occasion de se débarrasser d'un rival dangereux".

Jusqu'à ce jour, la FFR n'a pas présenté ses excuses pour son comportement du temps de Vichy, et les clubs treizistes n'ont jamais été dédommagés. Cela reste l'un des secrets les plus honteux du sport.

Le Rugby à XIII Aujourd'hui : Un Sport Toujours Vivant

Le rugby à XIII est loin d'être mort en France, mais la domination du rugby à XV est écrasante. Le rugby à XV est devenu un sport professionnel et extrêmement riche, et son hégémonie ne pourra qu'être confortée par l'organisation de la Coupe du monde en France.

Louis Bonnery, une figure du rugby à XIII, affirme que "ce qui s'est passé sous Vichy ne doit jamais être oublié, ne serait-ce que pour empêcher qu'une telle chose se reproduise". Il estime que c'est un traumatisme dont le rugby à XIII ne s'est jamais remis, mais que la plupart des treizistes suivront la Coupe du monde avec enthousiasme.

L'abbé Devert se montre également généreux, ouvrant sa chapelle aux treizistes : "Elle est ouverte à tous les gens de bonne volonté, qu'ils soient catholiques ou protestants, croyants ou incroyants, et même aux fidèles du jeu à XIII."

La Commission d'Évaluation du Prochain Manager Tricolore

Après la commission de suivi du XV de France, une commission d'évaluation du prochain manager tricolore est créée. Elle est présidée par Pierre Camou (président de la FFR) et comprend Serge Blanco (vice-président chargé du secteur professionnel), Jean Dunyach (responsable du haut niveau), Jean-Claude Skrela (manager de France 7), Jo Maso (chargé de la communication), Jean-Pierre Lux (ancien international et ex-président de l'ERC) et Didier Retière (ancien coach du XV de France et actuel DTN).

Les membres de cette commission attendent un agenda précis et un cahier des charges avant de commencer à travailler. Les voix de Pierre Camou et de Serge Blanco restent dominantes au moment d'arrêter le nom du successeur de Philippe Saint-André. C'est Pierre Camou qui choisit l'heureux élu.

Les Dirigeants du Rugby Français : Des Figures Influentes

  • Pierre Camou : Président de la FFR depuis 2008, il a le dernier mot dans le choix du manager tricolore.
  • Serge Blanco : Vice-président de la FFR chargé du Grand Stade et du rugby professionnel, il est un poids lourd du rugby français et l'homme de confiance de Pierre Camou.
  • Didier Retière : DTN, ancien entraîneur du XV de France, il apporte une vision novatrice concernant la formation du haut niveau.
  • Jean Dunyach : Vice-président en charge du haut niveau, il supervise le fonctionnement administratif et sportif du XV de France.
  • Jo Maso : Chargé de la communication à la FFR, il apporte son expérience du terrain comme joueur et dirigeant.
  • Jean-Claude Skrela : Manager de l'équipe de France 7, ancien sélectionneur du XV de France, il apporte son expertise.
  • Jean-Pierre Lux : Ancien international et ex-président de l'ERC, il apporte sa connaissance du rugby européen.

Les Reconvertis du Rugby : Des Entrepreneurs à Succès

De nombreux rugbymen professionnels se reconvertissent dans l'entrepreneuriat. Parmi eux, on peut citer :

  • Sébastien Chabal : Fondateur de ConceptSport et propriétaire de la marque de vêtement Ruckfield, il a également co-fondé Au Poil, une gamme de produits cosmétiques pour cheveux et barbe.
  • Frédéric Michalak : Président de Sport UnlimiTECH, une plateforme de rencontre construite autour des enjeux du sport.
  • Lenaïg Corson : Fondatrice d'Impact PlayHer, un programme de formation à destination des salariées pour les aider à oser et prendre confiance en elles.
  • Julien Pierre : Fondateur de Play for nature, une fondation ayant pour vocation de protéger les espèces menacées, et de Fair Play For Planet, le tout premier label environnemental pour les clubs et événements sportifs.
  • Vincent Clerc : Co-fondateur de Team One Groupe, une agence de marketing global, il a également racheté le concept XBody, spécialiste des technologies pour la performance sportive.

1968 : L'Année du Premier Grand Chelem

En 1968, les Bleus de Christian Carrère remportent un premier Grand Chelem historique. Ce succès est dû à un mélange de chance, de talent et de circonstances favorables.

Le début de l'année 1968 est marqué par la disparition tragique de Guy Boniface et de Jean-Michel Capendeguy dans des accidents de la route. Malgré ces drames, l'équipe de France parvient à se surpasser.

Lors du match contre l'Écosse, un drop de Guy Camberabero heurte le poteau de touche et revient sur le terrain, permettant à Bernard Duprat d'aplatir. En fin de match, l'arrière écossais Wilson est stoppé par une cravate de Joseph Rupert, et le buteur écossais, encore chancelant, rate la pénalité de la victoire.

Les frères Camberabero sont critiqués pour leur prestation, et ils envoient une lettre de démission à la FFR. Jo Maso se blesse, et Jean Gachassin est rappelé malgré une blessure.

Lors du match contre l'Irlande, le docteur Molloy se fracture le péroné, ce qui conduit à l'autorisation de deux remplacements sur blessure.

Avant le match contre l'Angleterre, la FFR organise un match de démonstration entre le XV de France et une sélection du Sud-Est, ce qui déstabilise l'équipe. Huit joueurs de la sélection du Sud-Est intègrent le XV de France.

Le match contre le Pays de Galles se déroule dans des conditions apocalyptiques. Christian Carrère marque un essai improbable, et Lilian Camberabero inscrit le second essai, synonyme de victoire et de Grand Chelem.

Les Meilleurs Centres de l'Histoire du XV de France

De nombreux joueurs talentueux ont évolué au poste de centre en équipe de France. Parmi eux, on peut citer :

  • René Crabos : Inventeur de la défense glissée et théoricien du jeu de ligne.
  • Jean Dauger : Légende du rugby hexagonal et inventeur du cadrage débordement.
  • Roger Martine : Vif et intelligent, il a participé au "grand combat du XV de France" en 1958.
  • Jacques Bouquet : Attaquant rapide et joueur de pied talentueux.
  • André Boniface : Virtuose des passes et figure du French Flair.
  • Jo Maso : Joueur de légende et manager des Bleus.
  • Roland Bertranne : Ailé puis centre, il a participé au Grand Chelem de 1977.
  • Didier Codorniou : Vainqueur des All Blacks à Auckland.
  • Philippe Sella : Joueur le plus capé du XXe siècle et incarnation du French Flair.
  • Denis Charvet : Puissant trois-quart centre et vainqueur du Grand Chelem en 1987.
  • Yannick Jauzion : Seigneur du rugby tricolore, alliant puissance et technique.
  • Mathieu Bastareaud : Profil atypique et infatigable guerrier.

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