Analyse de la défaite et de la victoire du XV de France face à l'Italie au Tournoi des Six Nations

Après une défaite amère contre l'Angleterre, l'équipe de France de rugby a réagi avec force en infligeant une défaite cinglante à l'Italie. Ce match, marqué par un nombre d'essais record, soulève plusieurs questions sur la performance des Bleus, leurs choix tactiques et leurs perspectives pour le reste du tournoi, notamment le match crucial à venir contre l'Irlande.

Une réaction impitoyable après la défaite anglaise

Après avoir ruminé pendant deux semaines les regrets d’une défaite rageante face à l’Angleterre (26-25), Antoine Dupont et ses coéquipiers ont fait payer aux Italiens leurs frustrations au prix fort. Onze essais inscrits, 73 points marqués : l’addition record a été salée pour les joueurs de Gonzalo Quesada, relégués à ce rôle de souffre-douleur qu’ils avaient abandonné ces deux dernières saisons. La démonstration avait quelque chose d’une catharsis. Il est rare que l’équipe de France se montre à ce point impitoyable. Mais dimanche, elle a insisté jusqu’à la 80e minute et cette dernière attaque conclue par Pierre-Louis Barassi comme si elle voulait se débarrasser de sa mauvaise humeur autant qu’affirmer son talent.

La domination d'Antoine Dupont et l'esprit de révolte

Le capitaine du XV de France a été effectivement au cœur du festival offensif des Bleus, en marquant deux essais, en offrant deux passes décisives, en jouant surtout ce double rôle qui en fait un spécimen unique. Il a trouvé des clés dans la défense italienne tout en réglant le thermostat de l’engagement collectif. « Quand il y a des contre-performances comme en Angleterre », a-t-il commenté, « soit on baisse la tête, soit on fait preuve de révolte ». Antoine Dupont a su trouver des clés dans la défense italienne, tout en stimulant l'engagement collectif de son équipe. Son doublé et ses passes décisives témoignent de son rôle central dans le festival offensif des Bleus.

Le match contre l'Italie : une catharsis pour les Bleus

L'équipe de France a fait preuve d'une rare impitoyabilité, insistant jusqu'à la dernière minute pour infliger une défaite record à l'Italie. Cette performance a permis aux Bleus d'évacuer leur frustration et d'affirmer leur talent.

Gonzalo Quesada, l’entraîneur de la Squadra Azzurra, un brin désemparé et sérieusement impressionné, a déclaré : « Je savais que les Français seraient touchés par les critiques. Vous me les avez énervés. Avec toutes ces piques, je me doutais qu’ils arriveraient avec une détermination totale. Aujourd’hui, très peu d’adversaires auraient pu faire face à cette équipe de France. Quand ils ont des ballons rapides et un Antoine Dupont dans un grand jour, c’est très compliqué. »

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Records battus et performances individuelles

Pour se racheter de leur bévue en Angleterre, les Bleus n’ont pas fait dans la demi-mesure. Ils sont les premiers dans l’histoire du Tournoi, et six nations confondues, à inscrire 11 essais lors d’une même rencontre, détrônant les Anglais et leurs 10 essais infligés aux… Italiens en 2001 (succès 80-23). Autre record battu ce dimanche à Rome, celui du plus grand nombre de points inscrits par le XV de France lors d’une rencontre du Tournoi : 73, pulvérisant la précédente marque, 56 points, déjà contre l’Italie (lors de l’édition 2005). ‘’Bip-Bip’’ fonce à toute allure. Aligne les flashs d’excès de vitesse et affole déjà les compteurs. Avec un doublé contre le pays de Galles, un autre à Twickenham et une (seule) réalisation contre l’Italie à Rome, l’ailier de l’UBB en est déjà à 5 essais inscrits dans cette édition. Et encore deux rencontres à disputer. Plusieurs records sont donc à sa portée. D’abord le nombre d’essais inscrits par un joueur Français lors d’une même édition, propriété de Philippe Bernat-Salles, 6 essais lors du Tournoi 2001 (Bielle-Biarrey a déjà égalé la deuxième meilleure performance, 5 essais pour Vincent Clerc en 2008 et Damian Penaud en 2023). Autre marque à sa portée : inscrire au moins un essai lors de chacun des cinq matchs. Un record qui appartient également à Bernat-Salles, le seul, toutes nationalités confondues, à l’avoir réalisé depuis le passage à six nations. Si on parle de record absolu, il est de huit essais inscrits en une seule édition, et remonte à des temps immémoriaux : l’Anglais Cyril Nelson Lowe en 1914 et l’Écossais Ian Scott Smith en 1925.

Le XV de France a établi de nouveaux records, notamment en inscrivant 11 essais, un record dans l'histoire du Tournoi des Six Nations. Louis Bielle-Biarrey s'est également illustré en marquant 5 essais, se rapprochant du record de Philippe Bernat-Salles.

Choix tactiques et performance du banc

Presque deux packs - huit titulaires et sept remplaçants -, c’était une première dans l’histoire du XV de France. L’objectif ? Un travail de démolition sans répit pendant 80 minutes. Est-ce que cela a été efficace ? Vu la séance infligée par le huit de devant lors des 48 premières minutes, on peut le penser. Sachant que la plupart allaient quitter l’arène précocement, ils ont mis un engagement, une intensité qui a fini par soumettre le pack italien. Les six avants entrés en jeu à la 48e minute, puis Alexandre Roumat à la 66e, n’avaient plus qu’à finir le boulot face à des adversaires qui n’en pouvaient plus. Le score est là pour reconnaître l’efficacité de ce ‘’squad bomb’’ à la française. Les mises à l’écart de Matthieu Jalibert et Damian Penaud ? Les performances de Thomas Ramos à l’ouverture, de Théo Attissogbe à l’aile droite ou encore celle de Léo Barré à l’arrière les ont fait oublier. La composition d’un banc avec sept avants ? Il faut reconnaître que cette fois le rendement du pack français n’a pas baissé de régime dans les vingt dernières minutes où les Bleus ont ajouté quatre essais. Cette option doit-elle être reconduite à Dublin ? Le débat est ouvert.

Le choix de composer un banc avec sept avants s'est avéré payant, permettant au pack français de maintenir son intensité tout au long du match. Les performances de Thomas Ramos, Théo Attissogbe et Léo Barré ont également contribué à faire oublier les absences de Jalibert et Penaud.

Le jeu de démolition et les ajustements nécessaires

Et quid de ce jeu de démolition à une passe qui pendant les dix minutes inaugurales, évoquait une terne copie du rugby springbok ? Ce récital monocorde de percussions orchestré par Antoine Dupont mériterait quelques variations.

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Si la stratégie de démolition a porté ses fruits, certains observateurs estiment qu'elle mériterait d'être enrichie de variations pour éviter de tomber dans un jeu trop prévisible.

L'Italie : une nouvelle rechute

Chaque année, on se dit que c’est la bonne. Celle d’une Italie enfin conquérante. L’année dernière, les hommes de Gonzalo Quesada avaient réalisé le meilleur Tournoi de leur histoire, avec deux victoires (Galles et Écosse) et un match nul, 13-13, à Lille face à des Bleus qui pouvaient même s’estimer chanceux de ne pas avoir perdu. Et puis patatras. Nouvelle rechute. Et dans les grandes largeurs. Une défaite historique, par son ampleur inédite, face au XV de France. «Ce n’était pas un match où on ne pouvait les prendre, a reconnu, fataliste, le sélectionneur argentin de l’Italie après la rencontre. Très peu d’équipes auraient pu vaincre la France aujourd’hui. Après la défaite en Angleterre, vous (les journalistes) me les avez énervés en les critiquant (sourire). C’était sûr qu’ils arriveraient avec une détermination totale. J’espère que cette défaite va nous faire vraiment mal, j’espère que mes joueurs et mon staff vont vraiment avoir mal, car c’est le premier pas pour progresser.» On en est toujours là.

Malgré les espoirs placés en elle, l'Italie a subi une nouvelle défaite, la plus large de son histoire face à la France. Le sélectionneur italien espère que cette défaite servira de catalyseur pour une future progression.

Performance mitigée de Pierre-Louis Barassi

Le trois-quarts centre toulousain a aligné à Rome sa troisième titularisation consécutive et on ne peut pas dire qu’il ait convaincu jusqu’à maintenant. Après une première timide face aux Gallois et un match raté face aux Anglais, Pierre-Louis Barassi a bien failli encore complètement passer à côté. À l’image de ses deux plaquages manqués directement à l’origine des essais des centres italiens Menoncello et Brex en première période. Il en a manqué deux de plus, ne rassurant pas sur sa solidité défensive. Côté attaque, le champion de France a mis du temps à se mettre au diapason de ses camarades de la ligne arrière. Avant d’aller un peu plus de l’avant lors de la dernière demi-heure. À la 72e minute, il échappe cependant un ballon d’essai. Avant de participer à l’orgie en inscrivant le 11e et dernier essai tricolore à une minute du coup de sifflet final.

Pierre-Louis Barassi a connu un match difficile, avec des erreurs défensives et un manque d'impact offensif. Son essai en fin de match ne suffit pas à masquer sa performance mitigée.

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Le match contre l'Irlande : un défi majeur

Si l’on pouvait souffler un conseil aux Bleus, ce serait celui-ci : « Surtout, messieurs, ne changez rien. Gardez cet état d’esprit revanchard, emmenez-le avec vous en Irlande. » Car pour le XV de France, le verdict de cette édition 2025 tombera sûrement dans deux semaines à Dublin. Grâce à ce succès bonifié, le XV de France est remonté à la deuxième place à trois points des Irlandais. Il a fait gonfler son goal-average. Et le gain du tournoi n’est pas hors de portée. Mais il faudra donc battre l’Irlande et pour cela mettre au minimum autant d’agressivité, autant d’intensité dans les duels face un rival d’un tout autre calibre. Car il est peu probable que les Bleus affichent à Dublin une feuille de statistiques avec 62 % de possession, 60 % d’occupation. « On avait imaginé ce match en Irlande comme la plus grande montagne de ce tournoi. À nous de la grimper », a assuré Antoine Dupont. « Un beau défi nous attend à Dublin », a renchéri à ses côtés un Fabien Galthié tout sourire. On comprend sa satisfaction. La semaine passée, certains de ses choix avaient soulevé des critiques. Ils ont été validés par le scénario de la rencontre.

La victoire contre l'Italie a replacé le XV de France dans la course au titre, mais le match à venir contre l'Irlande s'annonce comme un défi de taille. Les Bleus devront faire preuve d'autant d'agressivité et d'intensité, tout en élevant leur niveau de jeu face à un adversaire d'un calibre supérieur.

Guérir les blessures et rester solidaires

Il y a quinze jours, la question était de savoir si la victoire arrachée de justesse par la France en Écosse était un trompe-l’œil ou, au contraire, un succès fondateur. Deux semaines plus tard, la balance penche en faveur de la première hypothèse. La réception de l’Italie, inlassablement considérée comme étant l’adversaire le plus faible du Tournoi, était pourtant censée permettre aux Bleus d’enfin passer à la vitesse supérieure et de faire le plein de confiance, devant un public qui, à coup sûr, aurait été conquis. Mais il faut se rendre à l’évidence : ce XV de France est malade. Il ne s’est toujours pas relevé de son immense désillusion de l’automne dernier, et l’absence de plusieurs de ses cadres, pour cause de blessure ou de quête olympique, n’a rien fait pour arranger les choses. L’équipe alignée par Fabien Galthié avait cependant tous les atouts nécessaires pour passer un bon dimanche. En d’autres temps, en ayant eu autant d’occasions franches, elle aurait d’ailleurs sans doute atteint la mi-temps avec le bonus offensif en poche. Au lieu de cela, elle s’est retrouvée avec une courte marge d’avance au score (10-3) et réduite à quatorze. L’efficacité et la discipline font défaut aux coéquipiers de Thomas Ramos depuis le début de ce Tournoi, et cette rencontre en a été l’éclatante illustration. Pour y remédier, et pour sauver ce qui peut encore l’être d’ici mi-mars, les Français devront donc en priorité rester solidaires, comme l’a suggéré leur sélectionneur. Ils devront encore et toujours insister sur les fondamentaux, en prenant pour exemple les progrès remarqués en touche par rapport à leurs précédentes sorties. Enfin, ils pourront essayer d’injecter du sang neuf, en lançant dans le grand bain des éléments décomplexés et mentalement frais, à l’image du bluffant Posolo Tuilagi. La blessure de Matthieu Jalibert et la suspension de Jonathan Danty vont justement obliger le staff à opérer quelques changements.

Pour surmonter leurs difficultés, les Bleus devront rester solidaires, insister sur les fondamentaux et intégrer de nouveaux joueurs. Les blessures et suspensions offrent l'opportunité de donner leur chance à des éléments frais et décomplexés.

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