Ce samedi 28 octobre, la Nouvelle-Zélande a affronté l'Afrique du Sud en finale de la Coupe du Monde de Rugby. Le vainqueur de ce duel historique signera le record d'une quatrième victoire mondiale. Mais comment le pays du long nuage blanc, 5 millions d'habitants, arrive-t-il à performer à ces hauteurs et à produire autant d'All Blacks ? Une cinquième finale de Coupe du monde de rugby, pour quatre disputées et trois gagnées. La Nouvelle-Zélande version ballon ovale, c'est un peu le Brésil en football, ou plutôt l'Allemagne, cette équipe qui, paraît-il, gagne toujours à la fin… Les All Blacks joueront ce samedi 28 octobre un autre rendez-vous ultime face aux Springboks, avec au bout le titre, bien entendu, mais aussi la possibilité de devenir la première nation à quatre trophées Webb Ellis.
Le Rugby, une Religion Nationale
Le sport est ainsi pratiquement une religion au pays du long nuage blanc, 5 millions d'habitants au compteur et 150 000 licenciés. Une proportionnalité impressionnante, celle d'un ancrage profond dans cette île du bout du monde. « La Nouvelle-Zélande est un petit pays où le rugby est le sport numéro 1, commente Luke Whitelock, le troisième-ligne et capitaine de Pau en Top 14, 7 sélections avec les All Blacks et petit frère de Sam, le légendaire deuxième-ligne, remplaçant samedi soir. Beaucoup d’enfants sont inspirés par les All Blacks, probablement depuis qu’ils sont tout petits. Vous les regardez devant la télévision faire le haka, vous sentez que vous faites partie de tout cela. Les succès et l’histoire des All Blacks sur la scène internationale, leur exemple, cette nouvelle finale, tout ceci inspire chaque nouvelle génération à vouloir jouer au rugby. Je me souviens de réveils à trois heures du matin pour regarder les All Blacks jouer en Afrique du Sud quand j’étais enfant.
Le rugby est avant tout une composante de la vie culturelle et de la société néo-zélandaise, sûrement la première explication d’une telle réussite dans ce « petit » pays. Comme pour le football en France, la discipline est le premier sport pratiqué chez la nation de l’hémisphère sud. « Quand vous voyagez en Nouvelle-Zélande, c’est vrai qu’il y a plein de terrains et de poteaux de rugby », continue L.Whitelock. « Ce n’est pas un grand pays, mais dans les écoles, les communautés, le rugby a une grande importance. Tout part du rugby. Le dimanche, les terrains sont un lieu de rencontres, cela permet à chacun de profiter de la compagnie de l’autre. Le rugby donne la possibilité de s’évader de son travail, de faire quelque chose d’autre, de switcher.
Une Formation Unique
Le rugby n’est pas d’ailleurs forcément une affaire de classes sociales, comme en Argentine, en Afrique du Sud ou en Angleterre, et la façon d’apprendre à jouer est elle aussi spéciale. « Cela a peut-être un peu changé maintenant, mais on n’a pas de positions définies jusqu’à 8-10 ans. Il n’y a pas d’avants ou de trois-quarts, tout le monde joue partout. Il y a de la compétition, mais il s’agit surtout de prendre du plaisir. Déplacer la balle est important, il n’y a pas de plaquage jusqu’à 9 ans de mémoire. De quoi développer la technique, la vitesse, le jeu de passes, tout ce qui fait la force des fameux All Blacks depuis des années. Les catégories d’âge existent bien chez les enfants Kiwis, comme partout ailleurs, mais fait important, il y a des divisions par poids en dessous d’un certain âge.
Le géant palois revient aussi sur un point qui lui semble primordial en fin d’entretien, pour expliquer la réussite de sa nation : les bénévoles. « Il y a énormément, énormément de volontaires. Beaucoup de bénévoles aident dans les clubs et donnent de leur temps. Je ne peux pas sous-estimer combien ils sont importants pour créer un environnement où les gens réussissent. Ce sont des héros qui n’ont pas assez de reconnaissance, ils ont une grande part dans les clubs et les communautés, dans la construction des All Blacks.
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L'Élite se Forge dans la Compétition Scolaire
On semble donc en soi loin d’une fabrique à monstres comme ceux qui règnent sur le rugby mondial depuis des dizaines d’années. Mais c’est après que les choses se densifient, avec un système de collèges et de lycées compétitif, où la gagne, la réputation et la finalité d’être professionnel entrent en jeu. Beaucoup de matches sont télévisés, le niveau technique et physique des jeunes joueurs est impressionnant, et la rivalité entre certaines écoles date de plus d’un siècle.
Luke Whitelock, qui a vécu ce système, n’explique pas le contraire : « Jusqu’à 12 ans, vous jouez pour votre club, l’équipe de votre ville. Puis vous jouez pour votre lycée ou collège. Le rugby au lycée est vraiment compétitif, il y a vraiment beaucoup de passion autour de chaque école. Jouer et la représenter est important. » Le système est central, dans le sillage de la place d’un sport qui amène souvent les parents à offrir comme premier cadeau à leurs enfants un ballon ovale. La suite naturelle, si on est assez bon, est de jouer pour sa province, dans le championnat Mitre 10, puis et ou en Super Rugby, l’équivalent du Top 14. Un système qui fait ses preuves et contribue à éduquer et faire grandir les futurs internationaux, même si la fabrique connaît une perte de vitesse ces dernières années. Nul doute qu’un titre et que le parcours des All Blacks relanceront la vitalité du système kiwi.
La Fierté d'Être un All Black
Car devenir et être un All Black reste à part dans ce pays du bout du monde, comme le détaillait pour Ouest-France Conrad Smith cet été. « C’est une partie unique de la culture néo-zélandaise. Être sur la scène internationale et y être compétitif comme cela, au plus haut niveau et contrairement à d’autres sports, alors que l’on est un petit pays, c’est spécial, cela amène beaucoup de fierté. Vous avez le sentiment de faire partie d’une histoire spéciale. Devenir un All Black, c’est faire partie d’une quête qui existe depuis plus de cent ans, c’est un aspect unique de la Nouvelle-Zélande. Être un All Black fait partie de notre culture » C’est sûrement le dernier élément du système néo-zélandais.
Le Parcours d'un All Black: L'Exemple de Luke Whitelock
Pour conclure, le meilleur résumé de la machinerie All Blacks est peut-être celui de la carrière de Luke Whitelock, pur Néo-Zélandais dans l’esprit, né à Palmerston North, sur l’île du nord. « J’ai trois grands frères, nous avons grandi dans une ferme, on jouait tout le temps, on se mettait en compétition, j’essayais toujours de les égaler. J’ai commencé à jouer au rugby à six ans, puis à l’école et au lycée. Mes frères sont partis à Christchurch et il m’a semblé naturel d’aller à l’université là-bas. J’ai eu la chance d’être sélectionné, d’être repéré par l’académie et la province de Canterbury. J’ai joué pour les U20 néo-zélandais, la province en Mitre 10 et les Crusaders en Super Rugby. Mais pour moi, le plus important dans ma carrière a été de partir aux Highlanders. Pour grandir, progressuer m’éloigner de ma famille, trouver qui j’étais, être Luke Whitelock. Comme quoi, un parcours, que l’on soit All Black ou non, passe aussi par des pas de côté et des voyages intérieurs. Des passages de vie qui renvoient à la fabrique All Black, qui peut sembler dure et élitiste, parfois, mais où la liberté de s’exprimer est fondamentale, autour d’une passion viscérale et quasi religieuse pour ce sport. Un amour qui fait que la Nouvelle-Zélande a trouvé son équilibre et un cadre qui lui permettent d’être et de rester l’une des meilleures équipes du monde.
Domination en Phase de Poules des Coupes du Monde
Le XV de France s’apprête à défier les All-Blacks vendredi lors du match d’ouverture du Mondial à Saint-Denis (21h15). L’occasion pour les Bleus de lancer leur compétition et de rentrer dans l’histoire. La Nouvelle-Zélande est en effet la seule nation à n’avoir jamais connu rien d’autre que la victoire en phase de poules de Coupe du monde.
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Voilà une statistique qui devrait tempérer l’élan d’optimisme qui flotte autour du choc d’ouverture de la Coupe du monde côté français autant qu’elle devrait donner du baume au cœur aux supporters kiwis. Oui les All Blacks ont pris 40 points la dernière fois qu’ils ont affronté les Bleus au Stade de France (40-25, le 20 novembre 2021) et ont pris une rouste contre l’Afrique du Sud juste avant le Mondial (35-7), la plus large défaite qu’ils n’aient jamais connue. Attention toutefois au poids de l’Histoire. Sur les neuf dernières Coupes du monde précédentes, la Nouvelle-Zélande a disputé en tout 31 matches de poules et les a tous remportés. Une série impressionnante et unique qu’elle entend encore améliorer en 2023. Un autre record qu’elle aura cette fois du mal à battre, est celui du nombre de points marqués par une équipe lors d’un même match. Lors de la phase de poules 1995, les Blacks avaient submergé le Japon 147-17, marquant la bagatelle de 21 essais dont 6 pour le seul ailier Marc Ellis.
La Nouvelle-Zélande est également la seule équipe avec l’Angleterre à avoir franchi la barre des 100 points marqués au cours d’un même match sur deux Coupes du monde d’affilée (contre le Japon en 1995 et l’Italie en 1999). Sur ces 31 victoires en cours, seul un adversaire a perdu de moins de 10 points : l’Angleterre en 1991 (18-12). Quant à l’équipe de France, elle a croisé une seule fois la route des "Tout noir" en poules. C’était en 2011 et elle avait perdu 37-17, ce qui ne l’avait pas empêché d’aller cette année-là jusqu’en finale, perdue face à cette même équipe (8-7). Si la série néo-zélandaise venait à survivre à vendredi, les Bleus pourront se remobiliser en se remémorant l’exemple sud-africain.
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