La Coupe du Monde de Football de 1950, la quatrième de l'histoire, s'est déroulée au Brésil et a été marquée par des surprises, des performances mémorables et des tragédies qui ont profondément marqué l'histoire du football. Ce tournoi a vu le sacre de l'Uruguay, une équipe souvent sous-estimée, et a laissé une cicatrice indélébile sur le football brésilien.
Contexte et Préparations
Après une interruption due à la Seconde Guerre mondiale, la Coupe du Monde a fait son retour. Le Brésil a été choisi comme pays hôte, avec l'ambition de laver l'affront de 1950 et la victoire de l'Uruguay en finale. La France, quant à elle, était une nation prestigieuse du football, mais ses résultats restaient médiocres. Elle avait participé à tous les championnats du monde et Jules Rimet présidait la FIFA depuis 1921. La France obtint de n’avoir à jouer que deux matchs pour se qualifier au Brésil, une confrontation aller-retour contre le vainqueur du duel Yougoslavie-Israël.
Les préparatifs de l'équipe de France furent laborieux. Paul Nicolas, nommé directeur de l’équipe de France, eut peu de temps pour mettre en œuvre ses idées tactiques et fut contraint d’adopter une sorte de WM souple, avec marquage en zone au milieu de terrain, et de pratiquer un football essentiellement défensif et physique. Les sélectionneurs n’entrevirent pas l’utilité de réunir les joueurs sur une période assez longue pour préparer le groupe moralement et tactiquement. La préparation n’était donc pas la même que celle des Yougoslaves, qui avaient déjà joué un match de préparation contre les jeunes de la Fiorentina dans le stade où allait se dérouler le match éliminatoire.
Par peur d’y être ridicule, la 3FA décida alors de ne pas envoyer d’équipe au Brésil. Elle prit prétexte du long déplacement entre Porto Alegre et Recife (3 200 kilomètres, 16 heures d’avion, 25 degrés d’écart) pour envoyer un ultimatum au comité d’organisation : si le lieu des matchs n’était pas modifié, la France déclarerait forfait. Les organisateurs tinrent bon et la France put se désister le 5 juin.
Format du Tournoi
La Coupe du Monde 1950 a adopté un format unique. Les équipes ont été réparties en quatre groupes. Les premiers de chaque groupe se qualifiaient pour un tour final, une poule de quatre équipes où chacune affrontait les autres. L'équipe terminant en tête de cette poule était déclarée championne du monde. Ce format a conduit à une situation particulière où le dernier match entre le Brésil et l'Uruguay a pris l'allure d'une véritable finale.
Lire aussi: FA Cup : Une Légende du Football
Les Équipes en Lice
Treize équipes ont participé à la Coupe du Monde 1950, parmi lesquelles le Brésil, l'Uruguay, l'Italie, l'Angleterre et l'Espagne. Certaines équipes ont décliné l'invitation, comme l'Écosse, la Turquie, le Portugal et l'Irlande, laissant le groupe IV se jouer à deux.
L'Angleterre a disputé la première Coupe du monde de son histoire, arrivant avec un statut de favori. Cependant, les futurs champions du monde 1966 ont connu une défaite face aux États-Unis (1-0) et une autre face aux Espagnols (1-0), les empêchant de jouer le tour final.
Le Parcours du Brésil: Vers la Tragédie
Le Brésil, pays hôte, était le grand favori de la compétition. L'équipe, emmenée par des joueurs talentueux comme Ademir, Zizinho et Jair, a réalisé un parcours impressionnant lors du tour final, remportant ses matchs contre la Suède (7-1) et l'Espagne (6-1). Le Brésil abordait donc le dernier match face à l'Uruguay avec un avantage considérable : un simple match nul lui suffisait pour remporter le titre.
Le "Maracanazo": La Finale qui N'en Était Pas Une
Le match décisif entre le Brésil et l'Uruguay, qui s'est joué le 16 juillet 1950 au stade Maracanã de Rio de Janeiro, est entré dans l'histoire sous le nom de "Maracanazo". Devant plus de 174 000 spectateurs, le Brésil a ouvert le score par Friaça (48e). Cependant, l'Uruguay a renversé la situation grâce à des buts de Schiaffino (68e) et Ghiggia (81e).
Le silence. Celui de 200 000 personnes. Celui de 200 000 âmes. Encore plus lourd, encore plus sourd que celui du néant. Et c’est bien de cela dont il s’agit: du néant. Du sentiment d’être dépossédé du palpable et de l’imperceptible. Les dernières minutes finissent d’anéantir tous les rêves et toutes les certitudes d’un peuple en proie à un traumatise sans commune mesure.
Lire aussi: Coupe du Monde : Récit complet
L’Uruguay remporte la Coupe du Monde 1950 face au Brésil (2 buts à 1), au grand dam des supporters. La vie n’a plus de sens. Certains choisissent de se l’ôter pour ne pas devoir vivre avec ce fardeau. Le plus grand exploit du football uruguayen devient alors l’une des tragédies les plus douloureuses de la société brésilienne. En ce sens, les joueurs, ex-prétendus héros, sont traités comme des pestiférés. Il faudra attendre 69 ans avant de voir à nouveau le Brésil revêtir une tunique blanche. Le pays considérera définitivement ce 16 juillet 1950, jour du "Maracanazo", comme maudit.
La Conséquence du "Maracanazo"
La défaite a plongé le Brésil dans un deuil national. Le "Maracanazo" est devenu un traumatisme collectif, une blessure profonde dans l'âme du football brésilien. Les joueurs, autrefois adulés, ont été vilipendés et tenus responsables de la défaite.
Moacir Barbosa, le gardien de but brésilien, a été particulièrement stigmatisé. Considéré comme le principal coupable de la défaite, il a porté le poids de cette culpabilité toute sa vie. En réalité, Barbosa n’est rien d’autre qu’une victime, injustement punie par la rancœur populaire et médiatique. Il était le gardien de cette Seleçao maudite. C’est lui qui a concédé en seconde période à Schiaffino et Ghiggia les deux buts fatals. Face à Ghiggia, il eut le tort d’anticiper légèrement sur un centre de l’ailier uruguayen, dont la frappe au premier poteau est venue le surprendre. L'image de Moacir Barbosa, un genou à terre avant de se relever laborieusement, hante la mémoire du football brésilien.
Condamné à porter seul la croix de tout un pays, il est devenu un paria. Un maudit. Il faudrait attendre aussi le milieu des années 90 pour revoir un gardien de but noir en équipe du Brésil. Dida, lointain successeur de Barbosa, serait d’ailleurs un des premiers à réclamer publiquement une réhabilitation du paria.
Aujourd’hui, alors que la Coupe du monde revient au Brésil 64 ans après, le vent pousse à nouveau dans le sens d’une réhabilitation de Barbosa. Darwin Pastorin, journaliste italo-brésilien, a écrit un livre sur l’ancien gardien de le Seleçao (L’ultime parade de Moacir Barbosa). Il a tourné une vidéo où il demande à Michel Platini d’user de son influence pour que le Maracana soit rebaptisé "Stade Moacir Barbosa". Il est peu probable que le grand pardon aille jusque là. Pas tout de suite, en tout cas. Mais le geste est symboliquement fort. Surtout, il aurait été inconcevable il y a encore quinze ou vingt ans. Il prouve qu’après lui avoir pourri les cinquante dernières années de sa vie, le Maracanazo semble au moins enclin à le laisser reposer en paix.
Lire aussi: Ne manquez aucun match : Diffusion de la Coupe d'Europe
L'Uruguay Couronné
L'Uruguay, emmené par son capitaine Obdulio Varela et des joueurs talentueux comme Juan Alberto Schiaffino et Alcides Ghiggia, a réalisé un parcours remarquable. Après avoir battu l'Espagne (2-2) et la Suède (3-2), l'Uruguay a créé la surprise en s'imposant face au Brésil et en remportant ainsi son deuxième titre de champion du monde après 1930.
Juan Alberto Schiaffino a inscrit son cinquième et dernier but du Mondial face au Brésil. Homme de l'égalisation, l'inter a grandement participé au deuxième sacre uruguayen.
Alcides Ghiggia n'a sans doute pas marqué le plus beau but de l'histoire de la Coupe du monde mais sans doute celui qui a engendré les plus grosses conséquences. A la 81e minute du match final face au Brésil, l'Uruguayen est parti sur le côté et, au lieu de centrer vers Schiaffino, a préféré profiter du trou laissé par Barbosa, pour le tromper. Un but pour l'éternité.
Héritage et Anecdotes
La Coupe du Monde 1950 reste gravée dans les mémoires comme un tournoi de contrastes, où la joie de la victoire s'est mêlée à la douleur de la défaite. Elle a marqué l'avènement de l'Uruguay comme une puissance du football mondial et a laissé une cicatrice indélébile sur le Brésil.
Le saviez-vous?
- Qualifiée pour la Coupe du monde, l'Inde a finalement refusé de participer au quatrième Mondial de l'histoire car la FIFA avait refusé que les Indiens disputent la compétition pieds nus.
- Jamais une "finale" n'avait et n'aura attiré autant de spectateurs. Officiellement, ils étaient 174 000 à assister à la défaite terrible du Brésil face à l'Uruguay. Officieusement, plus de 200 000 Brésiliens avaient pris place dans le tout nouveau Maracana de Rio de Janeiro. Construit pour l'occasion, le plus grand stade du monde n'était pas encore totalement terminé lorsque la compétition a démarré.