La Coupe du Monde de Rugby 1995, organisée et remportée par l'Afrique du Sud, reste un événement marquant, immortalisé par le film "Invictus". Au-delà du simple aspect sportif, elle symbolise la "nation arc-en-ciel", quatre ans après la fin de l'apartheid, et illustre le pouvoir du sport comme outil de réconciliation et d'unité nationale.
Un Contexte Historique et Politique Fort
À la fin des années 1980 et au début des années 1990, l’Afrique du Sud était au bord de la guerre civile. Nelson Mandela a astucieusement employé la Coupe du monde comme un outil pour faire connaître son pays au monde entier. Mandela avait planifié dans ses moindres détails sa campagne en faveur de l’équipe nationale. Il avait pris conscience du rôle que pouvait jouer le sport dans la réconciliation d’une société fracturée, en particulier dans un pays aussi passionné de sport.
Le Parcours de l'Équipe Sud-Africaine
La victoire des Springboks en 1995 ne fut pas un simple coup de chance. Nelson Mandela avait planifié dans ses moindres détails sa campagne en faveur de l’équipe nationale. Il avait pris conscience du rôle que pouvait jouer le sport dans la réconciliation d’une société fracturée, en particulier dans un pays aussi passionné de sport.
La Demi-Finale Controversée contre la France
Le 17 juin 1995, l'Afrique du Sud éliminait la France en demi-finale de la Coupe du monde sur le score de 19-15, à l'issue d'un combat âpre et dans des conditions dantesques. Les Français s’étaient préparés à tout sur le terrain mais certainement pas à disputer une demi-finale dont le coup d’envoi est reporté de près de deux heures. Durban est une carte postale. Une cité balnéaire posée au bord de l’Océan Indien. Les plages sont magnifiques, le climat généralement clément. Généralement… Car ce jour-là, pendant que les joueurs se préparent dans les vestiaires, c’est l’apocalypse dehors. Des trombes d’eau s’abattent sur le stade. Les officiels viennent inspecter la pelouse et constatent qu’il est impossible de jouer un match de rugby. Pourtant, invoquant la pression des diffuseurs, les organisateurs décident qu’il faut jouer ce soir, impérativement.
Le match se déroula dans des conditions climatiques extrêmes, avec une pluie torrentielle transformant le terrain en marécage. L'arbitrage de Derek Bevan fut contesté, avec plusieurs essais refusés aux Français et un essai accordé à l'Afrique du Sud dans des circonstances douteuses.
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Philippe Saint-André, ancien sélectionneur du XV de France, a exprimé son émotion et révélé des secrets sur la défaite controversée : "Sur la préparation du match, l’arbitre réunit les capitaines et les entraîneurs en nous disant : "Je pense que le match ne va pas avoir lieu, ce n’est pas possible de jouer un match de rugby à cause des conditions climatiques.’ Il faut savoir que c’est la troisième Coupe du monde. Les dirigeants sud-africains lisent un petit livret et se rendent compte que si le match n’a pas lieu, c’est la France qui est en finale grâce au fair-play parce que les Sud-Africains avaient pris un carton rouge en phase de poules."
Pierre Berbizier, sélectionneur de l'époque, a qualifié cette défaite d'"escroquerie", tandis qu'Abdelatif Benazzi a évoqué un sentiment d'injustice.
La Finale Épique contre la Nouvelle-Zélande
La finale du 24 juin 1995 contre les All Blacks a marqué le point culminant de l’entreprise de Mandela et des Springboks. Ce matin-là, lui était aussi nerveux que les joueurs. A son entrée sur le terrain, à Ellis Park, elle criait : “Nelson ! Nelson !”
La finale contre la Nouvelle-Zélande (15-12) fut un moment d'histoire qui a transcendé celle du rugby. La victoire des Boks, sous la tutelle de Nelson Mandela, symbolisa l'unité d'une nation.
Cependant, des soupçons de dopage et d'empoisonnement de l'équipe néo-zélandaise ont plané sur cette victoire. Quatre joueurs de l'équipe de 1995 sont morts prématurément, avant leurs 50 ans, dont l'ailier Chester Williams. Pour nombre d'experts, le dopage en serait la cause, mais les joueurs ont toujours nié.
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L'Impact de la Coupe du Monde 1995
La Coupe du Monde a joué un rôle majeur à un moment crucial de notre toute nouvelle démocratie. “La plupart du temps, en Afrique, un changement de cette ampleur [comme le fait de passer de l’apartheid à la démocratie] entraîne des violences graves ou des problèmes qui mettent le pays à genoux. Avec le recul, on se rend compte que nous avons vécu cette phase de transition de manière très positive. Tout le monde était en faveur du changement : Madiba [surnom de Mandela] a montré la voie à suivre, et les Boks ont joué le rôle de catalyseur dans le processus de réunification du pays.”
La Coupe du monde a joué un rôle majeur à un moment crucial de notre toute nouvelle démocratie. “La plupart du temps, en Afrique, un changement de cette ampleur [comme le fait de passer de l’apartheid à la démocratie] entraîne des violences graves ou des problèmes qui mettent le pays à genoux. Avec le recul, on se rend compte que nous avons vécu cette phase de transition de manière très positive. Tout le monde était en faveur du changement : Madiba [surnom de Mandela] a montré la voie à suivre, et les Boks ont joué le rôle de catalyseur dans le processus de réunification du pays.”
"Invictus" : Une Immortalisatiton Cinématographique
L'histoire de la Coupe du Monde 1995 a été immortalisée par le film "Invictus" de Clint Eastwood. Le film met en lumière l'intelligence politique de Mandela et son rapport avec François Pienaar, le capitaine des Springboks.
Matt Damon est convaincant dans le rôle du capitaine des Boks. Dans son rapport à sa famille. Dans son rapport à l’histoire de son pays qui peu à peu modifie sa perception des choses. Plus convaincant que dans son habit de joueur de rugby. La visite de Robben Island est un moment fort. Quand Pienaar pénètre dans la cellule où Mandela a passé 27 années. C’est bien Morgan Freeman qui porte de bout en bout le film.
Héritage et Réflexions
La Coupe du Monde de Rugby 1995 reste un moment à part dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Peut-être a -t-il préfiguré l’Afrique du Sud de demain, dans 30, 40 ou 50 ans. Noirs, métis et blancs unis derrière une même cause.
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Morné du Plessis a confié en 2005 : « Franchement, il aurait été naïf de penser que ce titre mondial changerait notre société et notre rugby, qu’il aurait été un acte fondateur. Il a juste été un moment important. Il a fait évoluer la perception qu’avaient les Blancs de Nelson Mandela et la perception qu’avaient les Noirs et les Métis du rugby. C’était déjà beaucoup. Ce fut un grand et beau moment mais il ne doit pas être pris pour ce qu’il n’a jamais été en fait.
Afrique du Sud - Nouvelle-Zélande : Une Rivalité Historique
Quand ces deux-là se croisent en Coupe du monde, c'est au minimum l'histoire de la compétition qui s'écrit, et parfois même sa légende qui prend son souffle. Rivaux ambitieux en quarts (2003) ou amers en match pour la troisième place (1999), adversaires féroces en demi-finales (2015) et, surtout, partenaires d'un moment d'histoire qui a transcendé celle du rugby en 1995 (victoire des Boks 15-12 en finale), sous la tutelle de Nelson Mandela, l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande se retrouvent samedi à Yokohama, mais cette fois en hors-d'oeuvre sur la même scène internationale.
Les papilles des fans de rugby en frétillent déjà et pour ces Springboks-là, il n'est pas trop tôt non plus pour se mettre à la table d'All Blacks toujours principaux favoris à leur propre succession. Car c'est contre les doubles champions du monde que les hommes de Rassie Erasmus ont pris soin, ces deux dernières années, d'étalonner leurs progrès. Oui, progrès. Parce qu'il y a dix-huit mois, l'Afrique du Sud n'avait rien à envier à l'équipe de France des dernières années, l'estomac noué par des défaites historiques (contre l'Italie par exemple, 20-18 le 19 novembre 2016), la gorge serrée par le licenciement d'un entraîneur à mi-mandat (Allister Coetzee, début 2018). Sauf que les Boks, eux, sous l'impulsion d'Erasmus, ont vite assaini leur environnement, pimenté leur jeu et accommodé leur effectif. Et se sont fait un devoir de le prouver depuis, lors de leur trilogie équilibrée (une victoire, nul, une défaite) face à la Nouvelle-Zélande (*). « C'était serré, ça se jouait à un point ou deux à chaque fois, difficile de dire si une équipe ou l'autre en a retiré un ascendant psychologique, temporisait vendredi le capitaine, Siya Kolisi. Mais pour nous, ces matches étaient le meilleur moyen de nous tester et de voir comment on avançait. C'est un adversaire difficile, mais là, tu peux savoir où tu en es ! »
Un chant et un marathon Steve Hansen, placide gourou des Blacks, a consenti vendredi à distinguer pour nouveaux parfums chez ces Boks « un accent sur la défense et la condition physique ». C'est vrai, les Sudafs ont repris goût au combat frontal, armés d'un pack colossal et brutal, le tout avec un système défensif qui a donné des indigestions à tous ses opposants. Mais l'entraîneur kiwi aurait pu rajouter au menu de son rival une panoplie offensive élargie et un état d'esprit rafraîchi qui flottait dans l'atmosphère du Yokohama Stadium vendredi.En pénétrant sur la pelouse vendredi, Kolisi et ses partenaires fredonnaient un Amagwijo en xhosa, la deuxième langue du pays après le zoulou, un chant pour se donner du courage qui vous enveloppe et vous anime comme un gospel. Ces Boks embrassent toutes leurs composantes culturelles, pour une fois, les assument et en retirent un supplément d'âme. Vendredi, causant purement rugby, Kolisi parlait de « l'appétit » qu'il faudrait montrer pour gagner la bataille entre deux troisièmes lignes mobiles. Celle, tactique, du jeu au pied, sera aussi capitale, surtout si la pluie promise s'en mêle. Mais c'est plus généralement une faim totale qui transpire de ses troupes, avides d'en découdre. Les Blacks, eux, ne voudront pas laisser leurs certitudes bousculées par l'envie adverse. Ils auront remarqué que l'une des deux colossales portes du stade de Yokohama s'appelle la « Marathon Gate ». Steve Hansen sait qu'une Coupe du monde ne se gobe pas d'un simple coup de gosier ogresque. Avec la même patience qu'il a fait évoluer, ces derniers temps, le jeu des Néo-Zélandais, quitte à paraître parfois se chercher, tranché, aussi, des cas épineux dans sa sélection finale, il dirige un groupe qui sait que le trophée Webb-Ellis, à saisir dans le même stade, est encore loin. Et que l'apéritif d'un jour ne fait pas le festin de demain.