La Coupe d'Afrique des Nations (CAN) est la plus prestigieuse compétition de football sur le continent africain. Elle déchaîne aujourd'hui les passions sur le Continent noir et se tient tous les deux ans. Cet article explore l'histoire de la CAN, ses règles et les enjeux qui l'entourent.
Un peu d'Histoire
La première édition de la Coupe d'Afrique des Nations a eu lieu en 1957. En 1957, sous la houlette du Soudan, de l’Égypte et de l’Afrique du Sud, la Confédération africaine de football (CAF) s’impose dans les instances, et crée sa Coupe d’Afrique des nations (de laquelle sera exclue l’Afrique du Sud, refusant d’aligner une équipe mixte). L'Égypte a remporté la première édition. La CAF endosse (progressivement) un rôle d’autant plus important que, pour un nouveau pays, obtenir sa reconnaissance en tant que nation peut mener à celle de la Fifa.
Pourquoi la CAN se dispute-t-elle en juin ?
Historiquement, la CAN se déroulait en hiver, ce qui posait des problèmes aux clubs européens employant des joueurs africains. Tout au long de son mandat (29 ans), Issa Hayatou, l'ancien président de la CAF, s'est refusé à faire des concessions aux clubs européens. Il s'agissait pour lui d'un combat à mener, quasiment politique, dans les relations sportives Nord-Sud. Cette position a toutefois fragilisé les joueurs qui se trouvaient sous la pression immense de leurs employeurs ces dernières années. La première mesure de Ahmad a donc été d'offrir aux footballeurs l'occasion de disputer la CAN sans le moindre souci. Cela peut créer d'autres problèmes, atmosphériques notamment (saison de pluies dans certains pays, chaleur extrême dans d'autres…) mais cette décision a été très appréciée par les acteurs du jeu. C'était le but.
L'Expansion à 24 Équipes
À l'instar de la FIFA et de l'UEFA, la CAF a augmenté le nombre de participants à la CAN, passant de 16 à 24 équipes. Comme la FIFA, qui veut augmenter le nombre de participants pour sa Coupe du monde en 2026, ou l'UEFA avec son Euro, la CAF s'est mise au goût du jour en passant de 16 à 24 qualifiés. Cette décision, aussi électoraliste, doit permettre aux petites nations de découvrir cette compétition mais cela risque d'abaisser un niveau global déjà pas si élevé. Ce choix a été ainsi pris lors d'un symposium sur le foot africain à Rabat en juillet 2017 alors que le Cameroun (qui récupérera l'épreuve finalement en 2021) était censé organiser une CAN à 16…
Les Favoris de la Compétition
Plusieurs équipes sont considérées comme favorites pour remporter la CAN. L'Égypte, à domicile, sera très difficile à bousculer. On se souvient de la pression du public sur les équipes en 2006, ou le temps mis par le car ivoirien pour rejoindre le stade le jour de la finale… Salah, l'homme clé, doit offrir le titre à un peuple qui l'attend comme un héros. Sadio Mané, son camarade de Liverpool, compte bien lui piquer la vedette. Le Sénégalais mènera le groupe le plus complet du tournoi. Avec l'arrivée d'Édouard Mendy dans les buts, les Lions de la Teranga possèdent un axe très fort (Mendy, Koulibaly, Gueye, Mané) mais le Sénégal n'a jamais rien gagné sur le continent. Est-ce le bon moment ? Le Maroc se détache aussi comme l'une des forces vives de cette épreuve. Avec Hervé Renard, à sa tête, le spécialiste de la CAN (2 succès avec la Zambie en 2012 et la Côte d'Ivoire en 2015), les Lions de l'Atlas possèdent un effectif expérimenté et un homme comme Ziyech capable de tout. Ce sont les trois équipes phares sur le papier. Mais l'histoire des CAN se décline souvent avec des surprises. Alors la Tunisie de Giresse (Khazri, Sliti, Msakni), l'Algérie de Belmadi (Marhez, Brahimi, Bensebaini, Delort…), le Cameroun, champion en titre, le Nigeria de Rohr (Obi Mikel), les Ivoiriens d'Aurier (Pepe, Cornet, Zaha, Bony…), ou le Ghana de Dédé Ayew, entre autres, rêvent aussi au titre. Il y aura de la concurrence et il faudra avoir la capacité de disputer sept matches de haut niveau dans des températures étouffantes. La récupération sera l'une des clés du succès.
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Compétitions Continentales Entre Nations
La Coupe d'Afrique des Nations s'inscrit dans un ensemble de compétitions continentales majeures. La Copa America, la plus ancienne compétition continentale, met aux prises les formations sud-américaines depuis 1916. Le Championnat d'Europe des nations est issu d'un projet déposé en 1927 par Henri Delaunay, alors secrétaire général de la Fédération française de football.
Le Football en Afrique du Sud : Un Contexte Particulier
En Afrique du Sud, le football a une histoire particulière, intimement liée à l'apartheid. En Afrique du Sud, comme dans de nombreux pays ayant été marqués par une influence anglo-saxonne, le sport occupe depuis longtemps une partie importante de l’éducation et de la vie du pays. Il a donc constitué, ici plus qu’ailleurs, un terrain particulièrement propice à l’expression de l’identité des différentes communautés. L’apartheid, en inscrivant le racisme dans la loi, avait entraîné des partages géographique, politique, économique et social de l’espace national en fonction de prétendues appartenances raciales, sans jamais chercher à favoriser l’émergence d’un État-Nation mais plutôt le développement séparé de communautés minutieusement identifiées, dans un territoire déjà caractérisé par une très grande diversité ethnique, culturelle et religieuse. C’est ainsi que le mouvement sportif s’est logiquement développé conformément à ces conceptions racistes, et chaque discipline sportive est devenue l’exutoire des identités de chacun de ces groupes. Les sports britanniques traditionnels comme le rugby, le cricket ou le golf sont devenus l’apanage des communautés blanches, le ballon ovale s’imposant rapidement comme un des principaux piliers de l’identité afrikaner, en opposition avec la morale victorienne rattachée à l’establishment du cricket britannique, et au football perçu par les Sud-africains blancs comme le domaine culturel laissé aux classes inférieures noires.
L’engouement que manifeste aujourd’hui une grande part de la population noire sud-africaine à propos du football est bel et bien une réalité. Aussi même si « le soleil ne se couche jamais sur l’empire du football » (Boniface, 2002, p. 11), il n’est pas si aisé d’expliquer comment cette pratique, importée par les Britanniques dans le sous-continent, a été si bien assimilée par cette population en particulier, au point de devenir un élément central de son identité. En Afrique du Sud et n’importe où dans le monde, ce sport d’équipe relativement peu coûteux et aux règles simples qu’est le football démontre une remarquable capacité de pénétration parmi les groupes les plus pauvres de la société. Les Blancs d’Afrique australe, et particulièrement ceux qui se donneront le nom d’Afrikaners en vinrent rapidement à percevoir le football comme le domaine culturel des classes inférieures noires.
En effet, ces travailleurs migrants qui quittaient les zones rurales pour s’établir dans les périphéries des grandes villes blanches comme Johannesburg, Le Cap ou Durban, devaient faire face à une perte de repères sociaux et identitaires importants. Les organisations qu’ils y établirent, comme les clubs de football, leur permettaient de s’identifier individuellement ou collectivement à leurs villes, villages ou districts d’origine. Les compagnies minières saisirent rapidement l’intérêt que pouvait apporter le développement de ces pratiques auprès de leur main-d’œuvre et encouragèrent d’abord la stratification en mettant en œuvre une stratégie sportive divisée. Elles promouvaient les compétitions de danses tribales pour ses ouvriers « souterrains », qui représentaient environ 90 % de leur force de travail, et le football (voir le cricket mais plus rarement) pour le personnel plus qualifié (greffiers, agents de sécurité et autres employés de surface). Cependant, à partir des émeutes des mineurs africains des années 1920, le football influença encore plus certainement les relations industrielles, notamment dans les mines d’or. D’une part, il apparaissait comme un booster indirect de la production, puisqu’il permettait de canaliser pendant les matchs les velléités des ouvriers les plus agités : bagarreurs, alcooliques, fumeurs de cannabis, voire prédateurs sexuels, des déviances nées de la précarité de leurs conditions de travail et de vie dans les townships. D’autre part, en sponsorisant les clubs de football, en encourageant la formation de nouvelles équipes et en organisant des compétitions, les mines espéraient aussi garder les travailleurs migrants dans les bidonvilles pendant les week-ends et vacances, où ils se socialisaient avec les résidents permanents et reconstruisaient ainsi des relations sociales qu’ils avaient perdues en quittant leur province d’origine. Pour la classe des travailleurs noirs africains, le football était « le » sport, une pratique qui allait ainsi compter parmi les éléments fondateurs de la culture noire urbaine naissante dans la poussière des townships. Sphère d’action où l’expression de la modernité africaine pouvait être forgée, testée et négociée, le football noir devint un domaine social de loisir, d’expression culturelle, et le marqueur des relations de pouvoir pendant l’ère de ségrégation en Afrique du Sud. Le ballon rond pouvait rassembler différentes localités, villes et villages, et forger une communauté noire sud-africaine imaginaire unie par une expérience sportive partagée.
Cet engouement pour le ballon rond allait permettre le développement d’une véritable économie autour du football. Les rencontres organisées dans les townships étaient non seulement un bon moyen pour leurs populations de tisser des liens sociaux, mais aussi de vendre toutes sortes de produits dont le commerce était illicite. La présence de milliers de spectateurs noirs aux matchs du week-end à travers le pays fit du jeu un élément de plus en plus attractif pour les fabricants privés, les détaillants et les entrepreneurs africains. Dès 1923, les journaux noirs imprimaient des publicités pour les équipements de football s’adressant directement aux sportifs natives. Depuis ces années, les points de vente d’articles de sport, appartenant majoritairement à des hommes d’affaires blancs, ont essayé de capitaliser la popularité du sport auprès de la population noire : les townships devenaient un précieux nouveau marché. Aussi, si la question d’organiser un football professionnel avait été débattue depuis les années 1930, mais s’était toujours heurtée au veto du gouvernement, les meilleurs éléments des équipes africaines allaient tout de même en retirer différents avantages.
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Si le football influence la vie et la culture des bidonvilles, le phénomène est également valable dans l’autre sens. Un des marqueurs les plus forts de cette influence sur les identités sportives est l’émergence de styles de jeux propres à l’espace du township. Les footballeurs ainsi que les musiciens marabi étaient des artistes urbains qui partageaient une expérience commune avec leurs audiences. Ainsi, de l’espace du township allait émerger le football marabi, avec un style de jeu et une identité dont le nom s’inspire du rythme, des mouvements et de l’improvisation des danses et traditions transportées dans ces cultures urbaines. Les gamins des bidonvilles, dont la plupart n’ont jamais assisté à un « vrai » match de football, et bien souvent n’ont même jamais aperçu le moindre véritable ballon, cultivent toutefois un intérêt démesuré pour le jeu. Chez les Zoulous, l’izibongo identifie une personne, incarne sa personnalité. En l’absence de terrains et de matériels adaptés, les ruelles et les open spaces constituent donc des espaces de jeu qui allaient conditionner des styles mêlant imagination, créativité et improvisation. Les allées de Kilpruit, d’Orlando ou de Moroka inspiraient l’invention de format de jeu comme le three-drop-three, qui comblait du même coup l’absence de chronomètres pour délimiter le temps de jeu. Trop étroites pour permettre à deux équipes régulières de s’affronter, ces allées permettaient à de petits groupes de quatre ou cinq gamins d’y évoluer en inventant ou en réinventant, sans le savoir, des figures de style privilégiant le contrôle du ballon, les dribles, l’individualisme et le spectacle que les supporters aimaient retrouver dans le jeu. En donnant des surnoms aux joueurs, une pratique empruntée aux traditions rurales de l’izibongo ou du lithoko, ceux-ci apposaient leur marque et celle de leurs traditions sur le jeu.
L’engouement des townships sud-africains pour le football reste inextricablement lié aux changements sociaux, politiques et culturels plus larges apportés par l’urbanisation massive et l’expansion.
Les Défis de la CAN
La CAN doit faire face à plusieurs défis, notamment la difficulté de réunir les joueurs évoluant dans les grands championnats européens et les conflits internes au sein des fédérations. Traditionnellement, les sélections africaines disposaient de leurs joueurs sur de longues périodes, permettant une préparation approfondie. Cette année, le contexte est différent. Beaucoup de joueurs africains ont en effet acquis un statut de pièce essentielle dans l’effectif des clubs des grands championnats européens. Ceux-ci ont été très réticents à mettre à disposition des joueurs importants. On pouvait même avoir l’impression que ceux-ci n’était pas tenus de participer à la compétition. Or les règlements de la FIFA sont clairs. Selon l’article 36 du statut du joueur, alinéa 2, la mise à disposition du joueur est obligatoire pour "tous les matchs (…) des tournois finaux des championnats des confédérations pour équipes “A”".
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