Le journalisme sportif en Italie, en particulier dans le domaine du football, est un univers complexe et passionnant, marqué par des figures emblématiques, des traditions médiatiques fortes et des enjeux économiques considérables. Le monde du football italien, traditionnellement dominé par les hommes, connaît une transformation progressive avec l'émergence de commentatrices sportives compétentes et passionnées. Ces femmes brisent les stéréotypes et apportent une perspective nouvelle et enrichissante au paysage médiatique du Calcio.
Le "Calciomercato" : Une Passion Nationale
L'Italie voue une passion particulière au "calciomercato", le marché des transferts. Gianluca Di Marzio, journaliste reconnu comme l'un des "50 hommes et femmes les plus influents" du football mondial par ESPN, est un expert de ce domaine. Son intérêt pour le mercato lui vient de son père, Gianni, ancien entraîneur devenu directeur sportif. Di Marzio raconte avoir passé son adolescence dans les hôtels où se déroulaient les négociations, ce qui a nourri sa passion.
Di Marzio souligne l'importance des sources d'information, qui proviennent de divers horizons : agents, directeurs sportifs, joueurs, mais aussi des personnes plus éloignées, comme des amis de chauffeurs ou de personnes ayant réservé des vols privés. Il insiste sur la nécessité de vérifier ces informations, car certaines peuvent être fausses.
Il tempère l'influence des journalistes spécialisés sur le mercato, estimant qu'ils ne sont pas des acteurs majeurs des discussions. Cependant, il reconnaît qu'une information divulguée plus tôt ou plus tard peut parfois influencer l'issue d'une transaction.
Alessandra Bianchi : Une Voix Respectée
La récente disparition d'Alessandra Bianchi, journaliste sportive italienne, a suscité une vive émotion dans le monde du football. Elle était une figure du championnat national (Serie A), connue pour sa passion communicative lors des matchs de la Roma et de Francesco Totti. Les médias italiens ont salué sa compétence et son professionnalisme.
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Il suffisait d'une seconde pour identifier Alessandra Bianchi. Au seul son de sa voix éraillée, le téléspectateur français savait qu'il avait de grandes chances d'entendre parler de Serie A ou de la Nazionale. Dans la nuit de mardi à mercredi, le quotidien italien la Repubblica a annoncé le décès de la journaliste sportive à l'âge de 59 ans. Une annonce qui a bouleversé ceux qui avaient croisé sa route durant sa carrière.
Professionnellement, la Romaine avait commencé à briller en 1999 au Corriere dello Sport, le quotidien sportif italien, déjà avec un caractère affirmé selon Xavier Jacobelli, l'un de ses directeurs de rédaction : « La passion irradiait en elle quand elle parlait de football, de la Roma, son club de toujours, et de Francesco Totti en particulier. Elle traitait du foot à travers tous ses aspects, et toujours avec modestie, sans se prendre au sérieux. Ses passions allaient bien au-delà du ballon rond : la littérature, Modigliani, Paris et la France, où elle s'est installée en 2004. »
Correspondante en Italie pour L'Équipe et le Parisien avant de vivre sur le sol français, elle est repérée par Didier Roustan, animateur du talk Enfin du foot sur L'Équipe TV. L'Italienne y fait rapidement ses premières apparitions, et ses preuves, à l'écran.
Dès la saison suivante, L'Équipe du dimanche, l'émission à succès de Canal+, l'intègre à son casting. Outre son amour affiché de l'AS Rome et la sonorité toute particulière de sa voix, son accent, ses longs cheveux lisses d'un brun sombre et ses yeux ourlés de noir participaient à son identification immédiate. La journaliste assume alors totalement son look talons-minijupe à l'écran.
Passée aussi par la radio, chez RMC, Bianchi avait écrit un livre inspiré de sa vie en 2008 : Calcio mon amour (éd. Florent Massot). Avant d'opérer un retour à la télé en 2012, furtivement dans 100 % Foot sur M6 et plus longuement, jusqu'en 2016, dans L'Équipe du soir. Ces dernières années, la journaliste était retournée en Italie et travaillait au pôle communication de la Lega Pro (le Championnat italien de Troisième Division). Alessandra Bianchi sera inhumée ce jeudi à l'ouest de Rome, à Ostie, sa ville de coeur et d'origine.
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Journalistes-Tifosi et Médias Partisans : Un Paradoxe Italien
En Italie, l'environnement médiatique du football est souvent clivant, ce qui fait partie du folklore, mais peut aussi être usant. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'existe pas de presse nationale ouvertement partisane, à l'exception du quotidien "Il Romanista", dédié à l'AS Roma et vendu uniquement dans la capitale.
En revanche, la figure du "journaliste-tifoso" est courante. Il s'agit d'un journaliste qui affiche son soutien pour un club et le défend dans les médias, tout en critiquant parfois ses propres équipes. Ces journalistes sont des points de repère pour les supporters, mais leur sincérité peut être mise en doute, car leur rôle est parfois surjoué.
La Gazzetta dello Sport : Un Monument à Nuances
"La Gazzetta dello Sport", reconnaissable à sa couleur rose, est le principal quotidien sportif italien. Bien qu'il domine le marché, il ne possède pas toujours l'impartialité qu'il prétend avoir. Basé à Milan, il a une tendance historique à être critique envers la Juventus et favorable à l'Inter. De plus, depuis le rachat du groupe RCS Media par Urbano Cairo, président du Torino, la ligne éditoriale aurait été influencée par des articles commandés.
Conflits d'Intérêts et Influence des Chaînes de Télévision
Les conflits d'intérêts sont fréquents dans le paysage médiatique italien. Mediaset, le groupe de Silvio Berlusconi, possède plusieurs chaînes de télévision et des droits de diffusion du football. Sky, de son côté, est considéré comme le groupe le plus moderne, mais est parfois perçu comme pro-Juventus en raison de la présence d'anciens joueurs du club parmi ses consultants. La RAI, la télévision publique, est réputée pour être proche de la Roma.
La Presse Généraliste et les Quotidiens Sportifs Régionaux
La presse généraliste, avec des journaux comme le "Corriere della Sera", "La Repubblica" et "La Stampa", possède également des services des sports étoffés. "Tuttosport", basé à Turin, est pro-Juventus, tandis que le "Corriere dello Sport", basé à Rome, s'adresse au centre et au sud de l'Italie, en particulier à Naples, la Lazio et la Roma. Il est intéressant de noter que ces deux derniers quotidiens appartiennent au même éditeur, la famille Amodei, et qu'ils échangent parfois leurs rédacteurs en chef.
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Des Voix qui Comptent
Aujourd’hui, le monde du sport italien est en pleine mutation, avec des femmes qui s'imposent de plus en plus dans les médias. Après avoir brillé sous les projecteurs de la scène mode, Eleonora Incardona rayonne devant les caméras de la DAZN, chaîne italienne dédiée au sport. Elle est le nouveau visage de la chaîne et vole la vedette aux joueurs de foot sur le gazon.
Avec sa chevelure brune, son visage solaire et ses looks hypnotiques à base de robes moulantes et de tops transparents, elle dénote au milieu des joueurs transpirants et couverts de boue. En plus d’accrocher le regard, elle connaît tous les rouages de ce sport et émet des analyses pointues. D’ailleurs, si Eleonora est aussi à l’aise avec les caméras, c’est parce qu’elle les a côtoyés une bonne partie de sa vie.
Eleonora Incardona défend sa place de commentatrice sportive. Cette femme au sang chaud prédestinée à la Fashion Week semble avoir trouvé sa voie. Loin de ressembler aux commentateurs dégarnis en costard-cravate, Eleonora Incardona dépoussière l’image du journalisme sportif et ajoute une touche fashion à la profession.
Si Eleonora aime s’apprêter, elle n’est pas là pour « faire joli » et sourire bêtement. Eleonora Incardona prouve qu’on peut porter du maquillage, des talons aiguilles, des robes sophistiquées et parler de foot avec les yeux qui pétillent. Elle n’a pas investi les rangs de DAZN pour montrer sa plastique ou servir de simple « mascotte ». Le foot la suit d’ailleurs jusque dans sa vie amoureuse. En effet, elle est en couple avec le milieu de terrain international italien Ricci.
Cependant, les spectateurs sont plus happés par son apparence que par les mots qui sortent de sa bouche. Beaucoup allument leur poste de télévision juste pour la voir. Pourtant, les spectateurs pourraient lui reprocher « d’en faire trop » et de « déstabiliser le match », mais ils sont bien plus cléments avec cette présentatrice qui est une véritable star locale.
Le Sexisme: Un Obstacle Persistent
Malgré les progrès réalisés, les commentatrices sportives en Italie sont encore confrontées à des défis liés au sexisme et aux préjugés de genre. Dans l’imaginaire collectif, les amatrices de foot sont du genre à porter des casquettes à l’envers, à jurer « comme des hommes » et à commander des pintes de bière. Elles sont ce que beaucoup qualifient de « garçons manqués ».
Si elle allume sa télévision cet après-midi à l’occasion des huitièmes de finale entre l’Italie et la Chine, Fulvio Collovati, l’ancien titulaire de la Squadra Azzurra, championne du monde 1982, risque de rendre tripes et boyaux. «Quand j’entends une femme parler de tactique, ça me retourne l’estomac. Je n’y arrive pas», avait en effet assuré en février l’ex-joueur de l’Inter Milan, du Milan AC et de la Roma reconverti en commentateur télé.
L’ancien défenseur avait concédé, dans une grande magnanimité «si [une femme] parle juste du match, de comment ça s’est passé, OK» mais pour mieux préciser qu’en revanche «elle ne peut pas parler de tactique, parce qu’une femme ne comprend pas comme un homme». Devant le tollé, la RAI (l’audiovisuel public) avait été contrainte de sortir le carton jaune et de suspendre d’antenne Fulvio Collovati pendant deux semaines.
L’intéressé s’est excusé mais l’affaire a souligné combien parfois, dans la péninsule, Calcio rime encore avec macho. Que ce soit du côté des tifosi - certains ultras de la Lazio de Rome avaient l’an passé interdit les dix premiers rangs du virage nord aux femmes -, de certains joueurs, de dirigeants ou de commentateurs, à l’instar de ce journaliste télé de Campanie qui a récemment jugé en direct que c’était «dégoûtant» de voir des femmes arbitrer un match.
Au cours des derniers mois, les expressions sexistes se sont notamment cristallisées autour de Wanda Nara, l’agente et épouse de l’avant-centre argentin de l’Inter de Milan, Mauro Icardi. Très active sur les réseaux sociaux, l’ex-mannequin qui avait été mariée auparavant avec Maxi López, un autre joueur argentin, est aussi chroniqueuse télé.
Carolina Morace: Une Pionnière et un Modèle
Néanmoins, pour Carolina Morace, les lignes commencent à bouger autour du ballon rond et l’aventure de la Squadra Azzurra féminine en France - qualifiée au pour le Mondial à la différence des hommes l’an passé en Russie - y contribue.
Plus grande joueuse de l’histoire du football italien féminin avec 105 buts en 150 sélections ou encore ce triplé lors de la première Coupe du monde féminine, Carolina Morace n’a pas été une pionnière que sur le terrain. Devenue entraîneure à la fin des années 1990, elle a été la première femme à diriger des pros dans la Botte.
En février j’ai pris en main la Lazio, et les joueuses ont réagi très, très positivement. J’ai augmenté le nombre de séances d’entraînement ? Elles ont bien accueilli ça. J’ai changé le type d’entraînements avec notamment plus d’intensité ? Les joueuses m’ont suivie. Après votre carrière de joueuse, vous devenez donc entraîneure. D’abord avec la Lazio, puis à l’US Viterbese en Serie C en 1999. Vous devenez la première femme en Italie à entraîner une équipe masculine professionnelle.
Ilaria d'Amico : Une figure populaire
Ilaria d'Amico est une journaliste sportive italienne, née le 30 août 1973 à Rome. Après avoir suivi des études de droit, elle découvre par hasard l'univers de la télévision et réoriente sa carrière. Elle devient présentatrice télévisée en 1997. Passionnée de football, elle est envoyée en France pour couvrir la Coupe du Monde de 1998. Présentatrice d'émission sportive de 2001 à 2010 pour la chaîne de télévision italienne le Raï, elle travaille aussi pour la chaîne Sky Sports. Sa popularité explose lorsqu'elle anime l'émission consacrée au football "Sky Calcio Show".
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