Le monde du journalisme sportif, traditionnellement masculin, évolue lentement mais sûrement. Si la présence féminine à l'écran s'est accrue ces dernières années, notamment à la télévision, des défis persistent, en particulier dans des rôles comme celui de commentateur sportif, où les femmes restent sous-représentées. Cet article explore la place des femmes dans le commentaire du rugby en France, en mettant en lumière les figures marquantes, les obstacles rencontrés et les perspectives d'avenir.
Une visibilité croissante à la télévision
La télévision a été le principal vecteur de féminisation dans le journalisme sportif, en raison d'une «pression politique forte», selon le sociologue Nicolas Delorme. Bien que le nombre de journalistes sportives n'ait pas forcément augmenté de manière significative, leur temps d'antenne s'est accru. Des chaînes comme France Télévisions et Canal+ ont progressivement intégré des femmes dans leurs équipes, que ce soit comme présentatrices, reporters ou consultantes.
Figures emblématiques et nouvelles voix
Plusieurs femmes se sont démarquées dans le paysage médiatique sportif français. Isabelle Ithurburu, par exemple, a su gagner le respect des amateurs de rugby grâce à sa connaissance du sport et son professionnalisme. Après un été à succès pour sa première comme joker du 13 heures de TF1, la Paloise lance, ce samedi soir à Exeter, la Coupe du monde féminine de rugby des Bleues à l'occasion de France-Italie (21h15). Au côté de l'ancienne troisième-ligne internationale Coumba Diallo (51 sélections), la présentatrice de 50 minutes inside animera Le Mag autour de chaque match de l'équipe de France. Elle a travaillé pendant 14 ans sur Canal+. Clémentine Sarlat, après un passage à Eurosport, a rejoint France Télévisions et intervient régulièrement dans l'émission Stade 2. Hélène Macurdy a repris les rênes du magazine Rugby Magazine sur France 3.
Pour la Coupe du monde de rugby féminin 2025, TF1 a choisi Stefan Etcheverry et Marie Sempéré pour commenter les matchs de l'équipe de France. Marie Sempéré, ancienne joueuse internationale, avait déjà officié lors de l'édition 2022 du Mondial Féminin en Nouvelle-Zélande.
France Télévisions, diffuseur du Tournoi des Six Nations féminin, a également mis en place un dispositif important pour accompagner le XV de France féminin. Marc Tamon commentera les matchs n'incluant pas l'équipe de France lors de la phase de poules, accompagné de Safi N'Diaye et Caroline Drouin. Matthieu Lartot et Safi N'Diaye commenteront les matchs du XV de France, avec Raphaëlle Talbot et Hélène Macurdy en bord terrain.
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Les défis persistants : sexisme et inégalités
Malgré ces avancées, les femmes dans le journalisme sportif sont encore confrontées à des défis importants. Le sexisme reste une réalité, comme en témoignent les récentes affaires qui ont secoué le service rugby de Canal+. Une enquête interne a été lancée à la suite du licenciement d'un reporter-commentaire pour "comportements et propos sexistes jugés inappropriés envers deux de ses collègues". Des plaintes ont été déposées pour des messages obscènes et des propositions de drogue. L'enquête a révélé un "fonctionnement masculiniste" au sein de la rédaction.
Ces affaires mettent en lumière la nécessité de lutter contre les stéréotypes et les préjugés sexistes dans le milieu du sport. Isabelle Ithurburu a confié avoir été surprise par l'ampleur de ces affaires, soulignant que, bien qu'elle n'ait jamais ressenti de sexisme pendant ses 14 ans chez Canal+, elle a conscience que chaque femme a un seuil de tolérance différent.
De plus, les femmes doivent souvent prouver deux fois plus leurs compétences que leurs homologues masculins. Au moindre faux pas, elles sont plus susceptibles d'être critiquées et remises en question. Isabelle Ithurburu a raconté avoir été "étrillée sur les réseaux sociaux" pour une simple erreur de prononciation, alors qu'un homme aurait été excusé pour la même erreur.
Le commentaire sportif : un bastion masculin
Le rôle de commentateur sportif reste particulièrement difficile d'accès pour les femmes. Seules quelques-unes ont réussi à percer dans ce domaine, comme Laurie Delhostal, qui a commenté du handball sur Canal+, et Jézabel Lemonier, qui a été la seule femme à commenter des matchs de football masculin à la télévision.
Nathalie Iannetta, ancienne figure de proue des soirées foot de Canal+, a expliqué avoir refusé de devenir commentatrice, estimant qu'elle n'avait pas la voix et le timbre nécessaires pour cet exercice. Elle a également souligné qu'elle ne voulait pas que sa valeur ajoutée repose uniquement sur le fait d'être une femme.
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Perspectives d'avenir : vers plus de mixité et de professionnalisation
Malgré les obstacles, l'avenir semble prometteur pour les femmes dans le journalisme sportif. La Coupe du monde de rugby féminin 2025 représente une occasion unique de mettre en lumière les talents féminins et de susciter des vocations. Le développement du rugby féminin et sa médiatisation croissante contribuent également à une meilleure reconnaissance des compétences des femmes dans ce domaine.
Il est essentiel de continuer à encourager la mixité dans les rédactions sportives, de lutter contre le sexisme et de promouvoir l'égalité des chances. Les journalistes sportives doivent être valorisées pour leurs compétences et leur expertise, et non pas uniquement pour leur apparence physique ou leur genre.
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