L'ascension fulgurante du Servette Rugby Club Genève : Une success story suisse en championnat français

Le Servette Rugby Club de Genève, un club suisse, a réalisé un exploit remarquable en remportant le championnat de France de Fédérale 1 face à Mauléon (28-9). Cette victoire, acquise sur le terrain neutre d'Agde, marque une étape importante dans l'histoire atypique de ce club, dont la section rugby a connu une renaissance spectaculaire depuis 2014. L'équipe a validé sa 9e montée en dix ans !

Une intégration audacieuse dans le paysage rugbystique français

En l'absence d'un championnat national de rugby de niveau équivalent en Suisse, les dirigeants du Servette ont pris une initiative audacieuse en 2014 : solliciter auprès de la Fédération Française de Rugby (FFR), l'autorisation d'évoluer dans les compétitions françaises. Cette démarche, validée par le président de l'époque, Pierre Camou, a permis au club de s'intégrer au Comité de l'Ain et de gravir rapidement les échelons du rugby français.

Cette intégration n'a pas été sans susciter des réactions mitigées. Certains clubs rhodaniens ont exprimé leur jalousie et leur incompréhension face à cette situation inédite. Comme le confiait un dirigeant du SRC Genève en 2016 : « Ça n'a pas été simple. Cela a provoqué de la jalousie, de l'incompréhension ». Le club a dû faire face à l'image de « mercenaires » qui lui était parfois attribuée, sans que l'on prenne en compte les difficultés et les sacrifices consentis par les joueurs et les dirigeants.

Un club atypique, entre pluriactivité et passion

Le Servette Rugby Club de Genève se distingue par son modèle atypique, basé sur la pluriactivité de ses joueurs. Beaucoup d’entre eux sont des pluriactifs. Le troisième-ligne Steven Reinhard témoigne : « Tout le monde nous traite de mercenaires. Les gens ne savent pas comment c'est dur pour nous ». Les contraintes logistiques sont également importantes, avec des difficultés d'accès aux infrastructures et des terrains d'entraînement parfois indisponibles. « Le soir, parfois, on n'a pas de vestiaires, on se change sur le terrain en plein hiver. Certains soirs, à 17 heures, on ne sait pas où on s'entraîne car la section foot ne nous laisse pas les terrains. Nous sommes des vagabonds, une équipe atypique. »

Malgré ces obstacles, la passion du rugby et l'esprit d'équipe restent les moteurs de la réussite du Servette. Les joueurs, issus d'horizons divers, partagent un même amour du ballon ovale et une volonté de porter haut les couleurs du club.

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Une formation axée sur la jeunesse suisse

L'un des piliers du projet du Servette Rugby Club de Genève est la formation des jeunes joueurs suisses. Le club souhaite offrir davantage de visibilité à ses partenaires et surtout développer un bon niveau de jeu chez ses jeunes. « En Suisse, les U16 ne peuvent jouer que huit matches dans la saison. Et les U16 et U18 féminines, aucun. Notre projet est axé sur la formation, on veut conserver et former nos jeunes suisses. »

Cette approche a suscité l'intérêt, voire l'inquiétude, de certains clubs voisins, soucieux de conserver leurs propres jeunes talents. Cependant, le Servette privilégie une approche raisonnée, en misant sur la formation et l'épanouissement des joueurs locaux.

Un effectif majoritairement français

Si la formation des jeunes suisses est une priorité, l'équipe première du Servette est composée en majorité de joueurs français. Ils ne sont que quatre Helvétiques, 30 Français et six joueurs étrangers. Le club assume ce choix, en privilégiant le recrutement de joueurs talentueux et expérimentés, capables d'apporter une valeur ajoutée à l'équipe. « Par contre, on ne fait pas venir des Géorgiens, Fidjiens… Il y a assez de Français à faire jouer », poursuit l’ancien joueur.

Cette composition d'équipe reflète la réalité du rugby suisse, où l'apport français est important, tant au niveau des joueurs que des entraîneurs. Ces échanges sont bénéfiques au développement du rugby suisse, comme le souligne Aurélie Lemouzy, la présidente de Swiss Rugby Federation : "L’équipe première compte un tiers de joueurs qui jouent en France (11 joueurs sur 40) et un tiers en Angleterre. Cet apport nous fait progresser."

Des ambitions mesurées, mais une vision à long terme

Fort de son ascension fulgurante, le Servette Rugby Club de Genève aborde l'avenir avec ambition, mais aussi avec réalisme. Le président Alain Stauder est conscient des défis qui attendent le club, notamment en termes d'infrastructures et de ressources financières. « Pour le moment, je pense qu’on est limité à cette division. » Sans terrain fixe, ils naviguent entre quatre stades, dont le Stade de Genève (trois matches cette saison), un mastodonte de 30 000 places où évolue le Servette FC, les voisins du ballon rond.

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Cependant, le club ne manque pas de vision à long terme. L'objectif est de monter en Nationale 1 avec un gros pourcentage de joueurs formés au club. Pour le moment, un seul Suisse formé à la pointe du lac Léman connaît cette saveur : Ahmed Kane. Le troisième ligne de 22 ans a même goûté au Top 14 du côté de Lyon (1 match), avant de rejoindre Chambéry (Nationale 1).

Le rugby suisse en plein essor

La réussite du Servette Rugby Club de Genève s'inscrit dans un contexte de développement du rugby en Suisse. Le ballon ovale n’est plus en terre inconnue en Suisse. La sélection nationale progresse et ambitionne de se qualifier pour la Coupe du monde. La démarche menée par ses acteurs pour le promouvoir porte ses fruits aujourd’hui.

Malgré des moyens limités, le rugby suisse parvient à se structurer et à former des joueurs de talent. Les clubs s'investissent dans la formation des jeunes et dans la promotion de la discipline auprès du grand public. L'apport français est également un facteur clé de cette progression, en permettant aux joueurs suisses de se confronter à un niveau de jeu plus élevé et de bénéficier de l'expertise d'entraîneurs expérimentés.

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