Le rugby, traditionnellement ancré dans le Grand Sud et la capitale, connaît une expansion notable dans de nouveaux territoires. À l'image du succès populaire rencontré par Vannes, Nevers ou Angoulême dans le monde professionnel, le rugby français voit sa carte se redessiner. Cet article explore l'histoire et l'évolution du rugby dans le nord de la France, en mettant en lumière les clubs emblématiques, les initiatives de développement et l'engouement croissant pour ce sport.
La naissance du Rugby Club Nord Landes
Le Vendredi 24 Mai 2019, un nouveau club de rugby voit le jour dans le Nord des Landes : le Rugby Club Nord Landes. Issu de la fusion entre la Jeunesse Sportive de Labouheyre et du Parentis Sport Rugby, il adopte les couleurs rouge, verte, noire et blanche. Les équipes séniors, juniors et cadets évoluent sur les stades Michel Dubès à Labouheyre et André Mirtin à Parentis en Born.
L'équipe est composée de Raucoule N., Gobel D., Dumur Ch., Duvignau J., Claverie O., Lalanne G., Cabanac R., Lafargue JP. et Deyris J. pour Labouheyre, et de Darribey D., Daniel P., Lozano T., Gourgues V., Oyarzun JM., Daguzan P., Saint Gérémi Ch., Trampal P. et Saubesty Ch. pour Parentis en Born. Le club se voit souhaiter une longue vie et de nombreux titres.
Une carte du rugby français en pleine mutation
La carte de France du rugby professionnel, qu'il s'agisse du Top 14, de la Pro D2 ou de la Fédérale 1, a connu un rééquilibrage significatif depuis la saison 2005-2006. À cette époque, le Stade français était le seul représentant de la moitié nord du rugby français. Treize ans plus tard, le club de la capitale a été rejoint par son rival du Racing 92, qui a même remporté un titre national en 2016 et disputé deux finales européennes (2016 et 2018).
De nouvelles villes émergent également sur la scène rugbystique. Vannes a disputé la première demi-finale de Pro D2 de son histoire face à Brive, tandis que Nevers a réalisé une saison remarquable en se maintenant pendant plus de 16 journées sur le podium de Pro D2. Des clubs comme La Rochelle, Lyon et Clermont sont devenus des cadors du Top 14, fournissant même des internationaux au XV de France.
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Le rôle des institutions et des clubs dans le développement du rugby
Cette vague de développement du rugby dans le nord de la France est le résultat du travail acharné des différents acteurs de ces clubs, mais aussi des efforts de la Ligue et de la FFR pour promouvoir ce sport dans de nouveaux territoires.
La Ligue s'efforce de "servir" ces nouveaux territoires en y organisant des événements de premier ordre, comme les demi-finales de Top 14 à Nantes (2012-2013), Lille (2013-2014) et Rennes (2015-2016). Les clubs délocalisent également des rencontres, à l'image du Racing 92 au stade Océane du Havre en 2015 ou du Stade français au MMArena du Mans en 2016.
La FFR participe également à l'effort pour repousser les limites du désert rugbystique en envoyant le XV de France dans ces territoires. Des matchs tels que France - Iles du Pacifique à Sochaux en 2008, France - Fidji à Nantes en 2010, France - Argentine à Lille en 2012, France - Tonga au Havre en 2013 et France - Pumas à Lille en 2023 ont suscité de l'engouement, déclenché des vocations et créé une dynamique dont les clubs locaux ont su profiter.
L'histoire du rugby à Marcq-en-Baroeul
L'histoire du rugby à Marcq-en-Baroeul est un exemple concret du développement de ce sport dans le nord de la France. Tout a commencé au début des années 1970, lorsque la réfection du stade Guy Lefort à Lambersart a privé l'équipe de l'Iris club de Lambersart de son terrain. Les dirigeants de l'Iris se sont alors rapprochés de la mairie de Marcq-en-Baroeul, qui possédait un terrain sur le site de l'hippodrome, boulevard Clemenceau.
En 1971, un nouveau club de rugby a été créé, intégrant le Club Omnisports de l'Olympique Marcquois. Les entraînements se déroulaient au stade Liétard, l'actuel stade Niquet, et les rencontres sur le terrain de l'hippodrome. En 1977, la mairie a construit le stade de la rue Charcot sur une friche disponible.
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L'école de rugby est née en 1972 à l'initiative de deux joueurs seniors, Alain Cortiana et Didier Delos. En 1998, Gérard LABBE, Président de l'Association du Stade Toulousain et originaire de Marcq en Barœul, découvre l'existence du Club lors d'un passage dans sa maison natale située à 150 mètres du Stade Defrance.
À partir de la saison 1985-1986, les cadets participent chaque année au championnat de France amateur. Les juniors les rejoignent à partir de de la saison 1987-1988. Dès 1973, avec Robert HOSPITAL entraîneur des seniors, le Club accède en Honneur, plus haut niveau régional. Ainsi, à l'issue de la saison 1992-1993, sous la présidence de Guy NIQUET, le Club accède pour la première fois à l'échelon national en Fédérale 3. Le Club vit alors une première crise de croissance sous la présidence de Bruno GUILLOT-SALOMON. En 1997, le stade Charcot devient officiellement Georges Defrance en l'honneur du président fondateur du Club. En 1999, Didier COTTENYE devient président et Jean Charles Braune, manager général. Dans les années qui suivent, ces derniers vont s'appuyer sur l'ossature des juniors champions des Flandres en 1997-1998, du capitaine Nicolas DEVAUX, pour retrouver la Fédérale 3 à l'issue de la saison 2001-2002. En 2016-2017, le Club bénéficie de l'arrivée de quelques anciens du LMR. Enfin en 2025 : le club conserve sa place en National au terme d'une saison intense, marquée par deux matchs historiques joués devant 10 000 spectateurs. Le premier, contre Rouen le 9 novembre 2024, a réuni 9 122 personnes.
Aujourd'hui, le Club compte +600 licenciés habitant à 95% sur la Métropole Européenne de Lille. Le club a battu un record d'affluence au Stadium en rassemblant jusqu'à + 9000 spectateurs le 9 novembre dernier lors du match de Nationale OMR - Rouen ! Un chiffre historique pour un match de championnat régulier dans la région.
L'Olympique Marcquois Rugby (OMR), pensionnaire de Nationale 2 (4e division), vise la deuxième division dans les quatre, cinq ans, afin de représenter une vraie locomotive pour le rugby régional et « développer l’image autour de ce sport ». Le club met l'accent sur la formation de joueurs du cru, qui constituent l'ossature de son effectif, tout en recrutant également à l'extérieur, voire à l'étranger.
L'engouement pour le rugby dans les Hauts-de-France
Le rugby connaît un engouement croissant dans les Hauts-de-France. La région compte 65 clubs répartis sur ses cinq départements, et près de 11.500 licenciés. Après le dépôt de bilan du Lille Métropole Rugby en 2016, l'Olympique Marcquois Rugby (OMR) est devenu le principal club de la région.
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La population locale est montée massivement dans le train de la Coupe du monde de rugby. Pour le match d'ouverture contre les All Blacks, les bars des grandes villes étaient pleins, et de nombreux villages ont mis en place une retransmission publique. Des dizaines de clubs ont profité de l'événement pour régaler leurs licenciés et tenter d'apprivoiser un nouveau public.
À Saint-Omer par exemple, les joueurs et joueuses ont organisé des ateliers pour initier les non-connaisseurs aux règles et aux enjeux, avant de regarder le match tous ensemble. Une belle réussite, puisque 1.600 personnes sont venues. Effet immédiat, beaucoup de gens sont venus inscrire leur enfant pour la saison.
La région possède également sa branche officielle de la Fédération française des supporters de rugby, « les Ch’tis Diables », qui parcourt le territoire pour soutenir l'OMR, les filles du Stade Villeneuvois et le principal club de rugby fauteuil.
Le XV de France, ambassadeur du rugby dans le nord
Le XV de France joue un rôle important dans le développement du rugby dans le nord de la France. En venant jouer dans la région, l'équipe de France permet de faire vibrer les gens et de les aculturer au rugby. Le France-Italie du Tournoi des VI Nations à Lille en est un exemple concret.
Fabien Galthié admettait avoir une dette envers cette région et souhaitait revenir pour travailler avec les clubs et les écoles de rugby, pour partager encore plus. Florian Grill souhaite relancer le rugby par la base et de l'implanter partout, y compris dans les Hauts-de-France, la Bretagne, le Centre-Val de Loire ou le Grand Est.
Le Nord, terre de rugby pour tous
Le Nord est aussi un territoire qui entretient une passion certaine pour le ballon oval. Le département compte 4 756 licenciés, hommes et femmes, débutants ou confirmés, jeunes ou seniors. Des licenciés valides ou en situation de handicap, qui s'entraînent dans 26 clubs : 12 masculins, 8 féminins et 8 mixtes handisport. Ces clubs sont disséminés aux quatre coins du Nord, de Maubeuge à Gravelines, en passant par la métropole lilloise.
Le Marcq Rugby Lille Métropole compte 500 licenciés ainsi qu'une équipe de 50 bénévoles qui s'investit aux côtés des salariés. Le club est monté en Nationale 2 cette saison et est le premier club de haut niveau professionnel du Nord.
Le Nord abrite également la seule équipe de rugby fauteuil des Hauts-de-France. Elle s'adresse aux personnes porteuses d'un handicap moteur et recrute également des joueurs.
Le rugby s'invite dans les collèges
Huit sections rugby du public et du privé sont soutenues par le Département, à l'instar de celle qui vient d'ouvrir au collège Ernest Coutelle à Maubeuge. Elle fédère pour l'heure une vingtaine de collégiens de 6e et 5e, sous la houlette du club local, le RC Sambre Maubeuge.
L'objectif de cette initiation sportive est simple : faire découvrir le rugby aux collégiens et pourquoi pas, les inciter à rejoindre un club. Mais Fabrice Denhez, conseiller principal d'éducation au collège Coutelle, y voit aussi le moyen de donner aux élèves le goût de l'effort, de la persévérance et du travail en équipe.
Lille Métropole Rugby Festival
La ligue de rugby des Hauts-de-France organise avec Midi Olympique le Lille Métropole Rugby Festival. Cet événement gratuit, soutenu par le Département du Nord, est ouvert à tous.
Les origines du rugby : une histoire complexe
Au début du XIXe siècle, les “public schools” anglaises élaborèrent diverses formes de jeu de balle sur grand terrain, en plein air. Le but était de parfaire l’éducation des fils de la société dominante et de canaliser ainsi les violences, voire les dérives comportementales de ces jeunes gens. À cette époque, le terme très générique de “football” regroupait l’ensemble de ces pratiques, chaque école ayant ses propres règles. Mais il était communément admis que le ballon pouvait être joué au pied. Le contrôle à la main pour bloquer ou passer la balle pouvait être autorisé, mais seul le code du collège (université) de Rugby permettait de porter le ballonen main et de courir avec.
Selon la légende, c’est en novembre 1823, au collège de Rugby, qu’un garçon nommé William Webb Ellis, pris d’un élan d’enthousiasme en jouant au « football tel que pratiqué à cette époque », se serait mis à courir vers le but de l’équipe adverse en tenant le ballon dans ses bras, transgressant ainsi la règle du moment.
Les pratiques du football et du rugby ne tardèrent pas à traverser la Manche pour se développer en France au début des années 1870, dans les villes portuaires où les Anglais, souvent en transit, travaillaient pour des filiales d’entreprises britanniques.
La scission du rugby et la naissance du XIII
Confrontées à ce strict amateurisme officiel, les classes modestes se retrouvèrent donc face à un choix cornélien pour pratiquer le rugby car le temps passé à s’entraîner ou à se déplacer pour les matchs devait être décompté du salaire. Ce qui fut vite intenable pour le monde ouvrier.
Le 29 août 1895, au George Hotel de Huddersfield (gare médiane sur le trajet Liverpool - Hull), les grands clubs du Lancashire et du Yorkshire se réunissent et votent leur séparation d’avec la RFU pour créer leur propre Northern Rugby Football Union, constituée dans un tout premier temps de ces 22 clubs sécessionistes.
En 1922, cette “Union du Nord” deviendra la Rugby Football League (RFL), cela à la demande des Australiens en tournée qui souhaitaient toujours aider les Anglais à exporter le jeu en France, donc bien au Sud de l’Angleterre, sans compter que les deux dominions treizistes des antipodes étaient eux aussi bien au Sud !
L'histoire du Lille Rugby Club - Iris 1924
Le Lille Rugby Club - Iris 1924 est un club centenaire dont l'histoire remonte encore plus loin.
Le club a tout d'abord été la section rugby de l’Iris Club Lillois, le plus ancien club omnisport de la ville. L’Iris Club Lillois a ensuite été absorbé par l’Olympique Lillois, avant de reprendre son indépendance le 16 avril.
On retrouve l’existence d’un club 1/2 finaliste du championnat de France de 3ème série (saison 1928-1929) nommé Rugby Amateur Club Lillois jouant au Canon d’or à Lambersart.
L’Olympique Lillois et l’Iris Club fusionnent et donnent naissance à l’OICL (Olympique Iris Club Lillois). Peu de temps après, l’OICL redevient l’Olympique Lillois, section unique football qui deviendra plus tard le LOSC.
L'Iris Club revient sur Lille, à la porte d’Ypres, appelée aussi porte de Saint-André. Il joue au Stade Grimonprez.
L’Iris Club Lillois est fondateur, avec son voisin du LUC, du LMRC (Lille Métropole Rugby Club) qui a pour volonté de créer un club de rugby de haut niveau pour la communauté urbaine de Lille.
Avec la fin du LMR, le club de l'Iris Lille Métropole Rugby accueille dans son école de rugby l'ensemble de l'école du LMR, ainsi que les équipes jeunes du club métropolitain. Restant le seul représentant du rugby à Lille et souhaitant honorer ses racines, le club prend le nom actuel de Lille Rugby Club - Iris 1924.