L'encéphalopathie traumatique chronique (ETC) est une maladie neurodégénérative progressive, suscitant une inquiétude croissante, particulièrement dans le monde du football américain et d'autres sports de contact. Caractérisée par une dégradation progressive des cellules cérébrales à la suite de traumatismes crâniens répétés, elle est de plus en plus associée à des problèmes de santé mentale et physique chez les anciens athlètes.
Définition et Historique de l'ETC
L'ETC est une pathologie cérébrale dégénérative causée par des traumatismes crâniens répétés, même ceux qui ne provoquent pas de commotions cérébrales évidentes. Cette condition était autrefois connue sous le nom de démence pugilistique, observée chez les boxeurs dès les années 1920. C'est au début des années 2000 que le Dr Bennet Omalu, médecin légiste, a identifié et défini l'ETC en examinant le cerveau de Mike Webster, une ancienne star de la NFL. Il a constaté une accumulation anormale de protéines Tau, semblable à celle observée dans la maladie d'Alzheimer, entraînant la destruction progressive des cellules nerveuses.
Causes et Symptômes
L'ETC est causée par des traumatismes crâniens répétés, qui peuvent survenir dans les sports de contact comme le football américain, le rugby, la boxe, le hockey sur glace et les arts martiaux. Même les impacts qui ne causent pas de commotions cérébrales peuvent contribuer au développement de l'ETC.
Les symptômes de l'ETC sont multiples et destructeurs, incluant :
- Troubles de l'humeur : Dépression, anxiété, irritabilité, impulsivité
- Troubles cognitifs : Pertes de mémoire, difficultés de concentration, problèmes de jugement
- Troubles du comportement : Agressivité, pensées suicidaires, hallucinations
- Symptômes physiques : Maux de tête chroniques, vertiges, hypersensibilité sensorielle, troubles moteurs, troubles du sommeil (difficulté à l’endormissement, temps de sommeil raccourci ou augmenté, somnolence)
Ces symptômes peuvent apparaître des années, voire des décennies, après la fin de la carrière sportive. Il est important de noter que ces symptômes sont d'une grande variabilité, ce qui rend le diagnostic difficile.
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Diagnostic
À ce jour, le diagnostic définitif de l'ETC ne peut être posé que post-mortem, par l'examen des tissus cérébraux lors d'une autopsie. Cependant, des recherches sont en cours pour développer des méthodes de diagnostic ante-mortem, notamment par l'imagerie cérébrale avancée comme la tomographie par émission de positrons (TEP). En 2019, des chercheurs ont réussi à différencier les protéines Tau spécifiques de l'ETC de celles de la maladie d'Alzheimer, ouvrant la voie à un diagnostic possible chez les personnes vivantes. Des études suivent également l'évolution du fonctionnement cognitif et de la structure du cerveau de sportifs de combat, en activité ou à la retraite, afin d'identifier des signes avant-coureurs de l'ETC.
Les examens complémentaires peuvent inclure :
- Radiographie simple : Peut être normale ou montrer un épaississement des parties molles.
- TDM (Tomodensitométrie) : Peut révéler une masse des tissus mous, sans calcification.
- IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) : Peut montrer une masse en isosignal en T1 par rapport au muscle et en hypersignal en T2 FatSat. Des séquences IRM spécifiques, réalisées dans le cadre de protocoles de recherche, peuvent également révéler des anomalies chez les sujets commotionnés, notamment en IRM de diffusion et en spectroscopie.
L'ETC et le Football Américain
Le football américain est un sport de contact violent où les joueurs sont exposés à des chocs répétés à la tête. De nombreuses études ont établi un lien entre la pratique du football américain et un risque accru de développer l'ETC. Une étude de 2017 de l'UNITE Brain Bank a révélé que 110 des 111 anciens joueurs de la NFL dont les cerveaux ont été analysés post-mortem présentaient des signes d'ETC. En 2023, une étude similaire a révélé que 345 des 376 anciens joueurs de la NFL présentaient des signes d'ETC.
Ces découvertes ont conduit à une prise de conscience croissante des risques associés au football américain et ont incité la NFL à prendre des mesures pour protéger les joueurs, telles que le renforcement des protocoles de commotion cérébrale et la modification des règles du jeu pour réduire les contacts à la tête.
La NFL et la gestion des commotions cérébrales
Face à la pression croissante, la NFL a été contrainte de reconnaître le lien entre les commotions cérébrales et les dommages cérébraux à long terme. En 2013, la ligue a conclu un accord à l'amiable avec 4 500 anciens joueurs pour un montant de 765 millions de dollars afin de clore des milliers de plaintes. Cependant, cet accord a été critiqué pour son insuffisance et pour l'utilisation de méthodes controversées comme le "race-norming" pour déterminer l'indemnisation des joueurs.
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La NFL a mis en place des protocoles de commotion cérébrale pour évaluer et gérer les joueurs ayant subi un coup à la tête. Ces protocoles comprennent une évaluation des symptômes, des signes cliniques et des tests cognitifs. Si un joueur est diagnostiqué avec une commotion cérébrale, il doit suivre un protocole de retour au jeu progressif avant de pouvoir reprendre l'entraînement et les matchs.
Cependant, l'efficacité de ces protocoles est remise en question, et des cas comme celui de Tua Tagovailoa en 2022 ont suscité des critiques quant à la manière dont la NFL gère les commotions cérébrales.
Le cas de Shane Tamura et l'ETC
L'affaire de Shane Tamura, l'auteur de la fusillade de New York qui a fait quatre morts, a mis en lumière les conséquences tragiques potentielles de l'ETC. Tamura, un ancien footballeur américain, a affirmé dans une lettre être atteint de cette maladie et cherchait à s'en prendre à la NFL. Bien qu'il n'ait jamais joué en NFL, mais simplement dans l'équipe de son lycée, il pensait que les chocs subis pendant sa pratique du football américain l'avaient gravement affecté.
Ce cas tragique souligne l'importance de la sensibilisation à l'ETC et de la prévention des traumatismes crâniens répétés, même chez les jeunes athlètes.
Prévention et Traitement
Il n'existe actuellement aucun traitement curatif pour l'ETC. La prise en charge se concentre sur la gestion des symptômes, tels que la dépression, l'anxiété et les troubles cognitifs. Des antidépresseurs, des anxiolytiques et des médicaments destinés à la maladie d'Alzheimer peuvent être prescrits, mais ils ne ralentissent pas la progression de la maladie et peuvent avoir des effets secondaires.
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La prévention reste la stratégie la plus efficace pour lutter contre l'ETC. Cela implique de réduire les traumatismes crâniens répétés dans les sports de contact, notamment en :
- Renforçant les règles du jeu pour protéger les joueurs des contacts à la tête
- Améliorant les équipements de protection, tels que les casques
- Sensibilisant les athlètes, les entraîneurs et les parents aux risques de l'ETC
- Encourageant les athlètes à signaler les symptômes de commotion cérébrale et à suivre les protocoles de retour au jeu appropriés
- Limitant l'exposition des jeunes athlètes aux sports de contact à haut risque
ETC dans d'autres sports et au-delà
Bien que l'ETC soit fortement associée au football américain, elle peut également survenir dans d'autres sports de contact et dans d'autres situations où des traumatismes crâniens répétés sont possibles. Le rugby, la boxe, le hockey sur glace, les arts martiaux, et même le football (où les joueurs effectuent de nombreux têtes) sont concernés. De plus, les personnes ayant subi des traumatismes crâniens répétés en raison de leur profession (par exemple, les militaires) ou de violences conjugales peuvent également être à risque de développer l'ETC.