L'US Dax, un club de rugby autrefois emblématique, est confronté à une réalité amère : sa relégation en Fédérale 1. Cette descente est perçue comme une véritable tragédie pour une institution qui a longtemps incarné le paternalisme et la promotion sociale. Ce club, ancré dans une tradition singulière, a vu son modèle s'essouffler face aux impératifs du professionnalisme moderne.
Un Modèle Ancestral en Crise
Dès 2002, lors d’une descente historique en Pro D2, on avait senti le vent glacé de l’histoire. On espérait alors que la tradition, qui faisait rimer thermalisme et paternalisme, serait plus forte que la marche impérieuse du professionnalisme. On y a cru, et plus encore quand, entre 2007 et 2009, l’USD revint en Top 14, mince rayon de soleil dissous par une nouvelle descente. La dernière illusion date de 2012 et un barrage d’accession perdu face à Mont-de-Marsan. La suite fut un calvaire ou presque. Vu de loin, on sentait bien que ce modèle ancestral était en train de s’essouffler avant de s’asphyxier.
L'US Dax, enracinée dans une ville de moins de 20 000 habitants, a longtemps rêvé du Bouclier de Brennus, un désir jamais comblé malgré cinq finales disputées entre 1956 et 1973. Cette série de défaites a valu aux Dacquois le surnom de "Poulidors du rugby".
Les Rites et Traditions d'un Club à Part
Ce club avait ses propres rites à la limite de la légalité. Par tradition, il ne devait pas y avoir d’élection pour élire le bureau et le président. Cela devait se faire sous forme d’un plébiscite et sans que le futur président ait fait acte de candidature. L’USD était administrée en douceur et selon les habitudes à la fois chaleureuses et feutrées de la bourgeoisie locale comme dans un club de bridge ou pour une séance du Rotary. "Pas de compétition entre nous", explique Pierre Albaladéjo, légende vivante de l’USD, président au début des années 1990. "De là est née la fameuse expression : "Chez nous, à Dax" pour sous-entendre qu’ici, c’était différent et un peu mieux qu’ailleurs".
Jean-Louis Bérot, autre figure emblématique du club, confirme : "Nous n’aimions pas les élections pour ne pas prendre le risque de voir la moitié des dirigeants fâchée contre l’autre." Laurent Rodriguez, qui a porté les couleurs de l'USD dans la deuxième partie de sa carrière, souligne : "Le club avait la réputation d’être peu ouvert sur l’extérieur, un peu replié sur lui-même. Mais quelle unité, quelle proximité entre joueurs et dirigeants ! Une chose m’a frappée. Alors qu’à la Fédération, il y avait des élections très féroces, toutes les tendances étaient représentées au club, par des gens qui s’entendaient très bien en plus."
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Le Paternalisme et la Promotion Sociale
Le professionnalisme n’était pas fait pour ce club où les joueurs n’étaient pas à plaindre. Ils étaient bien conseillés et, après leur carrière, ils réussissaient dans la vie. La solidarité des générations y a toujours été frappante." On ne saurait mieux résumer l’esprit de ce club fondé sur la force de ses dirigeants, un vrai "gang des blazers" bien placés dans les instances et rois du coup de pouce professionnel. Ils avaient le chic pour transformer un fils du peuple en notable bien mis, dentiste, kiné (spécialité locale à cause du thermalisme), assureur, hôtelier avant de devenir dirigeant à son tour. "Nous n’avons jamais été champions mais je défie n’importe quel club d’avoir fait mieux que nous en termes de promotion sociale des joueurs."Pierre ALBALADÉJO, Ancien président de Dax.
René Dassé, ancien président de Dax, incarnait cette culture paternaliste. Pierre Albaladéjo raconte : "J’ai fait toute ma carrière d’entrepreneur en empruntant aux banques et j’avais la caution automatique de mon président, René Dassé. Ça valait toutes les primes de match du monde car, joueurs, nous ne recevions rien, sauf une enveloppe à Noël pour acheter des jouets aux enfants. René Dassé avait réussi dans les affaires. Il avait une société de bâtiments préfabriqués. Je l’ai vu dire à un trois-quarts centre : "Tu vas monter ta propre entreprise et je serai ton client.""
Paradoxes et Identité Dacquoise
Cette cité bourgeoise et commerçante dopée par le thermalisme et l’hôtellerie cultivait le paradoxe comme une combinaison secrète. Cinq jours par an, elle troque encore sa nature paisible pour une feria orgiaque, nourrie de corridas sacrificielles. En plus des taureaux et des libations, le rugby lui fournissait chaque semaine un autre exutoire. On aurait cru la courtoisie exquise des notables dacquois plus adaptée à l’exigence offensive des frères Boniface et de Christian Darrouy mais, à la grande époque, l’USD était entraînée par la personnalité rude et pragmatique de Toto Desclaux, concessionnaire automobile et futur discret entraîneur du grand chelem 1977. "Il n’était pas homme à se confier, ni à prendre trop de risques. Il aimait les deuxième ligne de soutien qui ne décollaient pas trop du sol, des joueurs comme "Patxi" Lassère, très forts pour faire le ménage. Dax s’appuyait sur des packs très forts même s’il avait des talents éclatants comme Jean Othats, mais ça restait des initiatives individuelles. Ce n’était pas pensé, répété et organisé comme chez les rivaux montois", poursuit Denis Lalanne.
Les Heures Sombres et le Destin Tragique
Jean Othats trouva brusquement la mort dans un accident de la route en 1964 avec le frère de Pierre Albaladéjo et Émile Carrère. Un coup du sort de plus pour l’USD, poursuivie par la plus noire des malchances.En 1969, alors qu’elle dominait la saison, elle fut battue par Bègles en demie sur un drop refusé à Capdepuy. En 1973, elle élimina le grand Béziers à l’issue d’une demi-finale impériale mais se laissa griser en finale face à l’outsider tarbais. Le destin a donc été vache avec la vilel taurine, c’est une certitude, même s’il lui a laissé cinq victoires en Challenge Yves-Du-Manoir comme consolations.
La Fin d'une Époque?
Jean-Louis Bérot tire un bilan un rien désenchanté : "Je ne sais pas si nous étions un modèle car beaucoup de clubs fonctionnaient comme nous. Je ne sais pas si nous étions plus vertueux, mais nous le sommes peut-être restés plus longtemps. Nous savions que ce serait difficile mais nous sommes restés, plus pour le club lui-même que pour le rugby. Nous avions une certaine éducation ici. Le dirigeant était fort, il était écouté par les joueurs et par les parents du joueur. Et puis, un jour, le dirigeant n’a plus été écouté. Il a été remplacé par l’agent."
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La relégation en Fédérale 1 marque-t-elle la fin d'une époque pour l'US Dax? Le club saura-t-il se réinventer tout en conservant son identité unique et ses valeurs de solidarité et de promotion sociale? L'avenir nous le dira.
Le Rugby: Plus qu'un Sport, une Passion Identitaire
Le rugby est un sport un peu étrange. Obéissant à des règles obscures qui changent tout le temps, il suscite chez ses amoureux une passion complexe. Très collectif, il implique entre les joueurs une solidarité, une proximité qui se rapproche de celle du combat, mais qui s’étend aussi à tout leur environnement. Joueurs, amateurs, spectateurs, familles partagent un fort sentiment d’appartenance. Le rugby est une chose essentielle. Les Anglais disent du football : « ce n’est pas une question de vie ou de mort, c’est beaucoup plus important que cela ». Le rugby, c’est encore pire. Fort heureusement, contrairement au football, ce n’est pas un sport universel, car il entretient, avec l’histoire et la culture des pays où il s’est implanté, des rapports très particuliers. Pour l’avoir parcourue, nous savons que la nation néo-zélandaise n’existe pas : ce n’est pas un État doté d’une équipe de rugby, mais une équipe de rugby qui a un État, et voilà bien l’essentiel. En Angleterre, c’est l’aristocratie qui le pratique ; au pays de Galles, les prolétaires ; en Écosse, la bourgeoisie ; en Irlande, tout le monde. Comme le cyclisme, le rugby est aussi un sport écrit, puisqu’il entre en résonance avec la culture des peuples. C’est la raison pour laquelle la littérature s’en est emparée. Reprenons à notre compte la phrase de Philippe Bordas adaptée au rugby : « le rugby est une province naturelle de la littérature, car rien n’obsède comme ces histoires fabulées, ces portraits amoureux, ces mythologies usinées par le peuple.
Témoignages et Anecdotes Littéraires
Quand je repense à Dax, je revois le sourire radieux du demi de mêlée Paul Lasaosa, l’un des types les plus exquis du rugby d’après-guerre, ou le sourire d’André Bérilhe malgré sa réputation non usurpée de rudesse. Mais dans la vie, il était si charmant…, se souvient Denis Lalanne, chroniqueur à Midi Olympique.
Jean Lacouture, grand reporter, essayiste, biographe de Mendès et de Gaulle, a été aussi chroniqueur de rugby au « Monde » entre 1965 et 1978. Les Editions de la Table Ronde ont la bonne idée de rassembler à nouveau quelques-uns de ses textes, dans leur nouvelle collection « Les Classiques du rugby ». Deux autres titres sont réédités dans la foulée, « Les Ovaliques », de Georges Pastre, « Les Contes du rugby » d'Henri Garcia, suivis de neuf autres d'ici à septembre, pour le coup de sifflet de la Coupe du monde de rugby, chez nous. Lacouture, Pastre, Garcia : trois hommes, trois styles, trois façons de chanter le « rrrubi ». Lacouture _ le plus sophistiqué, notre préféré _, c'est le Hugo de l'Ovalie. Chaque match est un chapitre de « La Légende des siècles », une chanson de geste. Les Ecossais ont gagné ? « Ce fut un match tout en kilt et en tartan, un match aux couleurs des Stuart et au goût de whisky. » Walter Spanghero a illuminé un match ? « Ce Walter de granit, avec sa tête de l'île de Pâques, ses mains en forme de chistera et son coeur combattant de la liberté… » Georges Pastre, grand reporter du « Midi olympique », a du Diderot méridional en lui, celui de l'Encyclopédie. Il est l'auteur d'une « Histoire générale du rugby » en cinq tomes. Mais l'homme aime les anecdotes, les « histoires de derrière les poteaux ». Et les pastiches, rassemblés dans le chapitre « Garçon, huit pastiches ». Un titre à la Blondin. Hemingway, Molière, Daudet… ils les imitent tous. Y compris Rostand, façon Cyrano. « Et que faudrait-il faire ? / (…) Lever son encensoir vers quelque vieille barbe / En se rendant souvent au fédéral giron / Non, merci ! Alors quoi, jouer au ballon rond / Pour faire, en minaudant une pauvre trame / En se servant des pieds, des dentelles pour dame ? » Le troisième homme, Henri Garcia, reporter à « L'Equipe », c'est la tendance Pagnol. Ses contes sont datés, ils ont plus de quarante ans. Mais dès qu'on « balance une pigne sur le museau d'un Afrikaner » et que l'abbé Pistre s'écrie : « Sainte Vierge, que c'est beau le rugby ! », on n'a qu'une envie : filer en Ovalie en Peugeot 403.
Engagement et Prévention: L'Exemple de Sébastien Boueilh
Jeudi 4 mai, TF1 va consacrer sa soirée à un sujet important dans le milieu du sport : les agressions sexuelles. Dans "Le colosse aux pieds d'argile", c'est l'histoire de Sébastien Boueilh qui est racontée. Cet ex-rugbyman landais est venu dans 100% Rugby pour nous raconter son histoire et expliquer sa détermination à faire bouger les choses et à soulager des victimes. "J'étais un jeune pour qui tout roulait et j'ai été victime d'un prédateur sexuel de mes 11 ans et demi à mes 16 ans. Après 18 années de silence et d'autodestruction, j'arrive à parler grâce à une autre victime, un copain d'enfance.""On ne sait jamais ce que le passé nous réserve"Depuis le procès en 2013, Sébastien Boueilh a lancé l'association "Colosse aux pieds d'argile" qui vient en aide aux victimes d'agressions sexuelles, viol et bizutage. "J'ai transformé mon traumatisme, je l'ai tatoué sur l'avant-bras "On ne sait jamais ce que le passé nous réserve". […] Honnêtement, au travers de cette association, ça ne me réserve que de belles choses. Et si je devais refaire l'histoire, ça peut choquer, mais je ne changerais pas une virgule. Des gens cherchent du sens à leurs métiers, nous il est tout trouvé, on sauve des vies !". Des groupes de parole ont été lancés par l'association pour les hommes victimes mais aussi les victimes collatérales.Ce téléfilm, "un sentiment de fierté"Dans le film, le personnage de Sébastien Boueilh est interprété par Eric Cantona. "A la première rencontre, on était impressionné l'un par l'autre. Au début, c'était timide mais vraiment un temps suspendu. […] On a beaucoup échangé sur le plateau, il a été perfectionniste et tant mieux, le résultat est exceptionnel."A l'occasion de la diffusion du film, le 119, le numéro d'appel pour l'enfance en danger augmente ses effectifs pendant quelques jours. L'association "Colosse aux pieds d'argile" s'attend aussi à recevoir un flux d'appel record.
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Alors que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France selon le rapport CIVISE, le commissaire Olivier Calia, chef du district de police de la Côte basque, est revenu ce mardi sur la difficulté pour les victimes de se confier et de libérer leur parole sur ce sujet. L'association Colosse aux pieds d'argile qui sensibilise le monde du sport aux violences sexuelles reçoit tous les jours des signalements de victimes. L'Anglet Biarritz Olympique Handball a fait appel à ses services pour organiser des ateliers de formation et prévention auprès de ses 400 licenciés.