Bro Gozh Ma Zadoù: L'hymne breton, des stades de rugby aux cœurs bretons

Le « Bro Gozh Ma Zadoù », qui signifie en breton « Vieux Pays de mes Pères », est l'hymne national breton. Son histoire est riche et complexe, enracinée dans les mouvements culturels celtiques et les aspirations à l'identité bretonne. Il est partagé avec la Cornouailles (Bro Goth Agan Tasow) et le Pays de Galles (Hen Wlad Fy Nhadau).

Origines et influences galloises

L'histoire du Bro Gozh Ma Zadoù est intimement liée à l'hymne gallois, « Hen Wlad Fy Nhadau » (Vieux pays de mes ancêtres). En 1856, le poète Evan James écrit les paroles de Hen Wlad fy Nhadau, et son fils, James James, en compose la musique. Cet hymne est né dans un contexte de renaissance culturelle galloise, symbolisant la mobilisation d'un peuple face à la domination anglaise, exaltant l'amour pour sa langue et sa patrie.

La traduction et l'adaptation bretonne

En 1895, le pasteur gallois William Jenkyn Jones, installé en Bretagne depuis une dizaine d'années, réalise une première traduction de l'hymne gallois en breton, sous le titre « Doue ha va Bro », publié dans le recueil « Telenn ar C’Hristen ». Cette version s'avère être plus une adaptation qu'une traduction fidèle. Jones y ajoute deux couplets moralisateurs sur les ravages de l'alcool, un fléau de l'époque.

Deux ans plus tard, en 1897, François Jaffrennou, connu sous son nom de barde Taldir Jaffrennoù, publie une nouvelle traduction de l'hymne gallois. Il affirme avoir eu connaissance de l'hymne « Hen Wald » et avoir traduit les paroles en breton à peu près à la même époque que le pasteur Jenkin Jones. Cependant, une analyse comparative des deux versions révèle que Taldir s'est largement inspiré de la version de Jones pour écrire son « Bro Gozh ma Zadoù », notamment dans le refrain. Il reprend presque mot pour mot la version de Jones, mais remplace la dernière phrase, « Que son antique langue vive », par l'idée de « liberté pour mon pays ».

L'adoption comme hymne breton

En 1903, l'Union Régionaliste Bretonne organise un concours pour déterminer le chant national breton. Taldir présente deux de ses compositions : le « Sao Breiz Izel » et le « Bro Goz ». C'est ce dernier qui est choisi par le jury et proclamé chant national.

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Malgré cette proclamation, le « Bro Gozh Ma Zadoù » reste peu connu pendant des décennies. Ce n'est que dans les années 50, avec la multiplication des bagadoù, qu'il commence à être connu des musiciens bretons.

La question des droits d'auteur

En 1951, suite à des problèmes financiers, Jaffrennou dépose ses œuvres à la SACEM, incluant le « Bro Gozh Ma Zadoù ». Cette démarche soulève une polémique, car elle impliquerait le paiement de droits d'auteur pour interpréter l'hymne breton. Les cercles et bagadoù s'emparent de l'affaire, et Taldir propose de rembourser tous ceux qui seraient amenés à payer ces droits. L'affaire en reste là jusqu'à la mort de Taldir, en 1956.

Le Comité Bro Gozh Ma Zadoù

Aujourd'hui, le « Bro Gozh Ma Zadoù » est promu et défendu par une association créée en 2010, le Comité Bro Gozh ma Zadoù. Basée à Lorient, elle coordonne des actions pour que cet hymne soit mieux connu et interprété lors de grandes manifestations, notamment sportives. Chaque année, le comité remet le prix Bro gozh, décerné à « la personne, l'artiste, l'association ou l'institution ayant le mieux promu l'hymne national breton l'année précédente ».

L'hymne et le rugby : une passion commune

Le rugby, sport de combat collectif, est un terrain fertile pour l'expression de l'identité régionale. Le Rugby Club de Vannes (RCV) a adopté le « Bro Gozh Ma Zadoù » comme un symbole fort de son appartenance au territoire breton. Avant chaque match à domicile, l'hymne est entonné par un chanteur lyrique, Philippe Le Ray, et repris en chœur par le public, les paroles défilant sur les bandeaux lumineux. Cette initiative a valu au RCV de recevoir le Prix Bro Gozh le 22 septembre.

Martin Michel, le directeur général du RCV, souligne l'importance de ce rituel : « C'est un symbole fort pour le club. C'est devenu un rituel pour les spectateurs et aussi pour les joueurs, qui rentrent avec cette notion du territoire breton. Et avant, les bagadoù du département se relaient pour animer le terrain ». Il ajoute : « En rugby, peut-être plus que dans les autres sports, cette notion de revendication d’un territoire est ancrée. Je trouve intéressant que Vannes s’inscrive dans cette démarche ».

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Un hymne pour l'avenir

Le « Bro Gozh Ma Zadoù » est bien plus qu'un simple chant. Il est un symbole de l'identité bretonne, un lien avec l'histoire et la culture de la région. Son adoption par le Rugby Club de Vannes témoigne de la vitalité de cet hymne et de sa capacité à rassembler les Bretons autour de valeurs communes.

Paroles du Bro Gozh Ma Zadoù

En breton:

Ni, Breizhiz a galon, karomp hon gwir Vro!Brudet eo an Arvor dre ar bed tro-droDispont kreiz ar brezel, hon tadoù ken madA skuilhas eviti o gwad

Refrain:

O Breizh, ma Bro, me ‘gar ma BroTra ma vo mor ‘vel mur ‘n he zroRa vezo digabestr ma Bro!

Breizh, douar ar Sent kozh, douar ar VarzhedN’eus bro all a garan kement ‘barzh ar bedPep menez, pep traonienn, d’am c’halon zo kaerEnne kousk meur a Vreizhad taer!

Refrain

Ar Vretoned ‘zo tud kalet ha kreñvN’eus pobl ken kaloneg a zindan an neñvGwerz trist, son dudius a ziwan enoO!

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Reprises notables

Le « Bro Gozh Ma Zadoù » a été repris par de nombreux artistes bretons, contribuant à sa popularisation :

  • Alan Stivell (1995)
  • Tri Yann (1998, 2001, 2004)
  • Tri Bleiz Die (2005)
  • Didier Squiban Trio (2010)
  • Nolwenn Leroy (2010)

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