Coupe du Monde de Football 2002: Un Tournoi de Surprises et de Bouleversements

La Coupe du Monde de Football 2002, co-organisée par la Corée du Sud et le Japon, a été un tournoi riche en surprises, en émotions fortes et en bouleversements hiérarchiques. Des nations émergentes ont brillé, des favoris sont tombés de haut, et le Brésil a été couronné champion pour la cinquième fois. Ce mondial, le premier du nouveau millénaire, a marqué un tournant dans l'histoire du football, reflétant la mondialisation du sport et remettant en question les hiérarchies établies.

Un Suspense Intense en Phase de Groupes

Dans la plupart des Coupes du Monde, en particulier celles à 32 équipes, la dernière journée de la phase de groupe offre souvent des scénarios riches en émotions. Mais aucune édition jusqu’à maintenant n’en aura offert plus que celle de 2002. À l’aube de la troisième journée, aucun groupe n’avait alors livré son verdict et le suspense était total. Les amateurs de football ont donc pu assister à des rencontres riches en dramaturgie et en renversement de situation, où une équipe pensant avoir fait le plus dur se retrouve éjectée du tournoi.

Groupe C : L'Allemagne Qualifiée dans la Douleur

Après une première victoire spectaculaire 8-0 face à l’Arabie saoudite, l’Allemagne s’est exposée à une difficulté non désirée en concédant le nul à la dernière minute face à l’Irlande. Si elle peut se contenter d’un nul sans problème grâce à une très confortable différence de but, elle doit affronter le Cameroun qui lui, doit absolument s’imposer car l’Irlande, qui affronte l’Arabie saoudite est en embuscade. Contrairement aux apparences, ce sont bien les champions d’Afrique en titre qui sont en position de faiblesse après un match nul décevant contre l’Irlande et une victoire très étriquée face aux Saoudiens. Du côté de Yokohama, l’Irlande règle rapidement l’affaire en ouvrant le score par Robbie Keane. Malgré une adversité honorable des Saoudiens, l’Irlande finira par l’emporter 3-0. La pression est donc mise d’entrée sur la Mannschaft et les Lions indomptables. Le Cameroun doit absolument gagner et les Allemands ne doivent surtout pas perdre. La partie est très tendue, marquée par un nombre important de cartons (13 jaunes et deux rouges). Mais les Africains font une bonne première période et se créent de nombreuses occasions. Mais les Allemands vont leur donner une leçon nouvelle d’efficacité dès le début de la deuxième mi-temps, avec l’ouverture du score de Marco Bode, puis de gestion puisque les Lions se retrouvent à ce moment là totalement anesthésiés par l’organisation défensive des partenaires d’Oliver Kahn. Klose doublera la mise en fin de match et scellera définitivement le sort de la rencontre. L’Allemagne aura plus tremblé que prévu, mais se qualifie à une première place qui lui ouvre une vraie voie royale pour la finale. Tandis que les Irlandais les rejoignent, récompensés pour leur abnégation et leur enthousiasme. Le Cameroun lui, espérait mieux, et avait de quoi espérer mieux.

Groupe F : Le "Groupe de la Mort" Fait une Victime

Le « Groupe de la mort » a déjà fait une victime, il s’agit du Nigeria. Mais les Super Eagles ont bien l’intention de jouer jusqu’au bout le rôle d’arbitre à l’occasion de la troisième rencontre face à l’Angleterre. L’Angleterre qui grâce à sa victoire assez inattendue face à l’Argentine se retrouve dans une situation idéale, puisque même une défaite pourrait suffire à la qualification si l’Argentine ne bat pas la Suède. À l’inverse, l’Albiceleste, pourtant annoncée comme grande favorite de la compétition, est dans une position on ne peut plus délicate. Face à la redoutable Suède, un match nul a de très grandes chances de s’avérer insuffisant (à moins d’une victoire nigériane par deux buts d’écarts). Autant dire que les calculs sont simples pour les sud-américains. Et autant dire que l’Argentine va se donner les moyens de remplir la mission. La domination est outrageuse et les occasions nombreuses. Les Suédois sont asphyxiés, plient, mais ne rompent pas. Le but qui serait sans doute libérateur tarde à venir pour les Argentins, et on commence à sentir au fil des minutes une certaine panique. D’autant que dans l’autre match, dans une chaleur suffocante à Ôsaka, Anglais et Nigérians se livrent une rencontre insipide qui se terminera par un 0-0 des plus oubliables. Les hommes de Marcelo Bielsa sont donc plus que jamais dans l’obligation d’obtenir la victoire. Mais ils vont se faire surprendre à l’heure de jeu par un splendide coup franc de Svensson. Incapables de concrétiser leurs nombreuses occasions, les Argentins se font punir et font face au scénario catastrophe. Ils tentent le tout pour le tout, mais se heurtent encore et toujours à une défense suédoise courageuse et efficace et un Erik Edman des grands jours. L’espoir aura beau revenir après l’égalisation de Crespo à la 88e, mais jamais l’Albiceleste ne se montrera en mesure d’aller chercher un deuxième but qualificatif. Ce sont donc l’Angleterre et la Suède qui sortent vivantes de ce « groupe de la mort », et le favori argentin qui sort les larmes aux yeux. Mais ce Groupe F restera assurément dans l’histoire comme l’un des plus relevé de l’histoire de la Coupe du monde.

Groupe B : L'Italie Tremble, le Mexique Brille

Attention danger pour l’Italie ! Alors que l’on s’attendait à ce que ce groupe soit largement à sa portée, impression confirmée dans premier temps par la victoire tranquille face à l’Equateur, la Nazionale a réussi à se mettre toute seule dans la mouise en s’inclinant 2-1 face à la Croatie et en montrant d’inquiétant problèmes dans le jeu. Elle doit donc subir la pression de cette dernière, alors que l’Italie s’apprête à affronter le Mexique, impressionnant lors de ses deux premiers matches. Le Mexique qui n’est d’ailleurs toujours pas qualifié malgré ses deux victoires, et dont on peut attendre qu’il ne livrera pas une partie facile aux joueurs de Trapattoni. La Croatie, elle, reste dépendante du résultat de l’autre match, mais peut partir du principe qu’une victoire par deux buts d’écart sera suffisant quoiqu’il arrive. Pourtant, elle affrontera tout sauf un adversaire démobilisé. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, l’Equateur peut encore se qualifier en cas de victoire. L’Italie va énormément souffrir face à la virtuosité des joueurs mexicains et le jeu collectif. Si la défense n’est pas trop mise en difficulté, le milieu transalpin a toutes les peines du monde à mettre le pied sur le ballon. Et c’est au terme d’une action collective absolument somptueuse que le Mexique va ouvrir le score sur première véritable occasion franche par Jared Borgetti. Un but qui à ce moment-là élimine l’Italie et fait l’affaire des Croates, lesquels ne sont pas franchement inspirés face aux Sud-américains. Et dès le début de la deuxième mi-temps, c’est justement l’Equateur qui ouvre la marque, et permet à l’Italie de repasser à la deuxième place, malgré trois petits points, mais un goal-average neutre contre un négatif pour les Croates et les Equatoriens. Mais si l’Equateur est encore loin d’inquiéter au classement, les Azzurri savent qu’ils ne sont absolument pas à l’abri d’une égalisation croate. D’autant que le Mexique continue de faire le spectacle et passe à plusieurs reprises proche d’inscrire un deuxième but, qui ferait lui passer l’Italie à nouveau à la troisième place. Heureusement pour les Transalpins, grâce à une baisse physique de leur adversaire, l’Italie va réussir à égaliser à la 85e minute par Del Piero. Un but suffisant pour eux puisque le score ne bougera plus dans l’autre match. C’est une terrible désillusion pour une la vieillissante Croatie, qui sera passée à côté de son match et qui peut nourrir beaucoup de regrets alors qu’une victoire contre l’Equateur n’avait rien d’insurmontable. Le Mexique termine lui à une brillante première place suite à trois matches d’une grande qualité.

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Groupe H : Le Japon et la Belgique Surprennent

Avant le début de la Coupe du monde, le Groupe H était du loin considéré comme le plus ouvert à défaut d’être le plus relevé. D’abord mis sous grosse pression face à la peur d’être le premier pays organisateur à ne pas franchir le premier tour, le Japon s’en est en réalité plutôt bien sorti après un premier match nul encourageant face à la Belgique, puis une victoire face à la Russie. Des Russes annoncés comme potentiels troubles fêtes dans ce tournoi, et qui malgré cette défaite face aux Japonais se retrouvent en position idéale grâce à une victoire sur la Tunisie, et surtout à la faveur de deux matches nuls décevant de la Belgique qui sera leur adversaire à l’occasion de cette troisième journée. Dans un stade d’Ôsaka totalement acquis à sa cause, le Japon va d’abord livrer une première période assez terne face à une Tunisie qui doit attaquer mais qui ne s’expose pas. Mais les choses vont rapidement s’accélérer au retour des vestiaires avec l’ouverture du score dès la 47e par Morishima. Libérés, les Japonais continuent à étouffer leurs adversaires africains et réussiront même à doubler la mise grâce à leur star Nakata Hidetoshi. Une victoire 2-0 nette et sans bavure qui concrétise une qualification méritée pour le Japon et qui récompense superbement le travail de Philippe Toussier à la tête des Samurai Blues depuis quatre ans. L’autre match offrira pour sa part un scénario bien plus haletant. Bien que pouvant se contenter d’un match nul, les Russes feront face à une équipe de Belgique retrouvée qui réalisera une prestation XXL. Après l’ouverture du score de Walem dès la 6e minute sur un magnifique coup franc, les Diables rouges vont très largement dominer la rencontre grâce à un jeu collectif et une intelligence remarquable. Mais au retour des vestiaires, la Russie va parvenir à égaliser et tout et à refaire côté belge, plus que jamais proche de l’élimination. Mais dans les 10 dernières minutes, la Belgique va trouver les ressources pour inscrire deux buts quasi coup sur coup par Sonck puis Willmots. La réduction de l’écart de Sytchev dans le temps additionnel ne changera rien.

Les Nations Émergentes à l'Honneur

Qui, au soir du match d'ouverture le 31 mai à Séoul, aurait misé un yen sur le dernier carré d'une Coupe du monde certes exotique mais promise une fois encore à la domination des nations de tradition ? Qui aurait parié sur la Corée du Sud ? Imaginé que les Sénégalais alignés ce jour-là contre les champions du monde français allaient voyager jusqu'aux quarts de finale après avoir infligé leur première correction aux coéquipiers de Zidane ? Défenseur des « petits », le président de la FIFA, Sepp Blatter, a été gâté. Jamais les nations émergentes du football n'ont autant brillé que durant ce mois de compétition : la Corée du Sud et le Japon ont comblé des supporters néophytes mais exigeants. Dirigés par des entraîneurs européens déifiés de leur vivant (le Néerlandais Guus Hiddink pour la Corée et le Français Philippe Troussier pour le Japon), les pays hôtes ont réussi leur opération commando, l'un en ne cédant qu'en demi-finale face à l'Allemagne, l'autre en atteignant les huitièmes de finale. Troisième pays africain sur le papier, le Sénégal a fait mieux que le Nigeria et le Cameroun. Emportés par la folie ambiante, certains se sont même pris à rêver d'une finale abracadabrante entre la Turquie et la Corée du Sud, mais c'est finalement une affiche beaucoup plus classique qu'a offerte le match de clôture, le 30 juin à Yokohama.

Le Parcours Remarquable de la Corée du Sud

La Corée du Sud a créé la sensation en atteignant les demi-finales, éliminant au passage l'Italie en huitièmes de finale et l'Espagne en quarts de finale. Ces victoires ont été entachées de controverses arbitrales, soulevant des questions sur l'équité du tournoi. L'Équatorien Byron Moreno, arbitre du match Italie-Corée du Sud, a été accusé d'avoir injustement refusé des buts aux Transalpins et d'avoir expulsé Totti de manière contestable. De même, lors du quart de finale contre l'Espagne, deux buts ont été refusés aux Espagnols, alimentant les soupçons de favoritisme envers le pays hôte.

Le Sénégal, Révélation Africaine

Le Sénégal a également marqué les esprits en battant la France, championne du monde en titre, lors du match d'ouverture, et en atteignant les quarts de finale. Cette performance a confirmé le potentiel du football africain et a mis en lumière de nouveaux talents.

Les Favoris Déchus

Beaucoup d'autres favoris, en revanche, ont fait pâle figure, à commencer par les tenants du titre. Champions du monde chez eux en 1998, les Français sont arrivés avec la prétention de défendre leur bien. Ils sont repartis de Corée sans avoir marqué le moindre but. Défaits d'entrée par le Sénégal, tenus en échec par l'Uruguay, ils ont sombré face au Danemark lors du match qu'il ne fallait pas perdre. Dès le début privés de Zinedine Zidane, leur chef d'orchestre blessé lors d'une rencontre de préparation très contestée face à la Corée, les Bleus de Roger Lemerre ont été inexistants. Péché d'orgueil, usure physique et mentale, mauvais choix tactiques de la part d'un entraîneur limogé à la suite de la compétition, sont autant de facteurs qui ont conduit à la débâcle. Une bande à Lemerre cramée de chez cramée, accompagnée dans la déroute par un autre favori, l’Argentine, sorti également piteusement après seulement trois matchs face au Nigeria, l’Angleterre et la Suède. Un épilogue manqué pour toute une brillante génération albiceleste (Simeone, Batistuta, Caniggia, Burgos, Chamot). Parmi les désillusions, il y eut aussi celle du Portugal, sorti aussi dès le premier tour malgré un triplé de Pauleta face à la Pologne.

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Le Brésil au Sommet : Ronaldo Renaît de ses Cendres

Présentée un peu sommairement comme un duel entre l'attaquant brésilien Ronaldo et l'Allemand Oliver Kahn, meilleur gardien du Mondial, la finale a tourné à l'avantage du Sud-Américain. En inscrivant les 2 buts de la finale à Kahn qui n'avait été battu qu'une fois en six matches, Ronaldo a stoppé le parcours inattendu des hommes de Rudi Völler pour devenir le meilleur buteur de la compétition (8).

Le Brésil et l'Allemagne ont, en fin de compte, permis à la tradition de triompher sur la jeunesse et à la fougue de nations comme la Corée du Sud ou la Turquie de s'exprimer. La saison 2001/2002 poussive de ses cadres fut en réalité une chance, avec un trio offensif arrivé en Asie dans un état de fraîcheur bien supérieur aux autres stars de la compétition : Ronaldo et Rivaldo en raison de pépins physiques, Ronaldinho en raison de Luis Fernandez. Pas lessivés par leur saison, revanchards même, ils ont pu s'exprimer au meilleur des moments, tous trois décisifs notamment lors de la phase éliminatoire : un festival de Rivaldo et de Ronaldo en 8e face à la Belgique (2-0), une merveille d'inspiration de Ronaldinho pour tromper Seaman et l'Angleterre en quart (2-1) et un Ronaldo trois fois buteur encore, en demi-finale face à la Turquie (1-0) puis en finale face à l'Allemagne (2-0). Ce Brésil millésime 2002 n'était certainement pas le plus beau de l'histoire, encore moins le plus romantique, mais il a été implacable de puissance dans une compétition où le physique a compté plus encore que les autres fois.

Composition de l'équipe victorieuse du Brésil:

  1. Marcos (Gardien - Palmeiras, 28 ans)
  2. Cafu (Défenseur - AS Roma, 32 ans)
  3. Lucio (Défenseur - Bayer Leverkusen, 24 ans)
  4. Roque Junior (Défenseur - AC Milan, 25 ans)
  5. Edmilson (Défenseur - Ol. Lyon, 26 ans)
  6. Roberto Carlos (Défenseur - Real Madrid, 29 ans)
  7. Ricardinho (Milieu - Corinthians, 26 ans)
  8. Gilberto Silva (Milieu - Atletico Mineiro, 25 ans)
  9. Ronaldo (Attaquant - Inter Milan, 25 ans)
  10. Rivaldo (Attaquant - FC Barcelone, 30 ans)
  11. Ronaldinho (Attaquant - PSG, 22 ans)
  12. Dida (Gardien - Corinthians, 28 ans)
  13. Belletti (Défenseur - FC Sao Paulo, 26 ans)
  14. Anderson Polga (Défenseur - Gremio Porto Alegre, 23 ans)
  15. Kleberson (Milieu - Atletico Paranaense, 23 ans)
  16. Junior (Défenseur - AC Parme, 29 ans)
  17. Denilson (Attaquant - Betis Séville, 24 ans)
  18. Vampeta (Milieu - Corinthians, 28 ans)
  19. Juninho Paulista (Milieu - Flamengo, 29 ans)
  20. Edilson (Attaquant - Cruzeiro Belo Horizonte, 31 ans)
  21. Luizao (Attaquant - Gremio Porto Alegre, 26 ans)
  22. Rogério Ceni (Gardien - FC Sao Paulo, 29 ans)

Un Niveau de Jeu Décevant ?

Une moyenne de buts par match plutôt basse (2,52 buts/match, la deuxième pire à l’époque derrière le Mondial 90 - depuis, les éditions 2006 et 2010 ont également évolué sous la barre des 2,5 buts/rencontre), aucun match référence resté pour l’histoire (si ce n’est pour la controverse), 2 buts seulement inscrits lors des deux mornes demi-finales, puis l’épilogue, assez tristoune, avec un doublé de Ronaldo qui profite d’un Kahn pas dans un grand jour : c’est peu dire que le niveau de jeu affiché lors de ce tournoi mondial 2002 s’est avéré décevant. Il n’y a guère eu beaucoup de spectacle et trop peu de buts spectaculaires. On retiendra celui de l’Uruguayen Dario Rodríguez en phase de poules face au Danemark, ainsi que ceux marqués par le trio magique brésilien constitué de Ronaldinho, Rivaldo et Ronaldo.

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