Introduction
Le centre de formation des Chamois Niortais, autrefois un fleuron du football régional, traverse une période de turbulences sans précédent. Entre perte d'agrément, difficultés financières et désaccords politiques, l'avenir de cette institution formatrice est plus incertain que jamais. Cet article se propose d'analyser en profondeur les causes et les conséquences de cette crise, ainsi que les perspectives d'avenir pour le centre et le club.
Perte d'agrément : un coup dur pour la formation niortaise
Selon France Bleu, la Direction Technique Nationale a retiré l'agrément du centre de formation des Chamois Niortais. Cette décision, consécutive à la rétrogradation du club en championnat National, aura des conséquences majeures sur la capacité du club à former et à conserver ses jeunes talents. Le 1er juillet 2023, les Chamois niortais ont définitivement perdu l’agrément de leur centre de formation.
Sans agrément, le club ne pourra plus retenir les jeunes joueurs qu'il forme. Ces derniers auront la liberté de quitter Niort pour rejoindre d'autres clubs et signer des contrats professionnels. Il deviendra donc de plus en plus compliqué de former de jeunes joueurs aux Chamois niortais.
Franck Azzopardi, directeur du centre et entraîneur de la réserve en National 3, a été averti le 31 mai 2023 que son centre de formation ne respectait plus le cahier des charges national. Le club avait jusqu'au 9 juin pour apporter des garanties factuelles, sous peine de perdre son agrément au 30 juin.
Face à ce constat amer, Franck Azzopardi tente d'échafauder un projet de formation pour la saison 2023-2024, malgré la difficulté et le flou total qui règnent. Aucune décision n'a été prise quant au maintien des équipes au niveau national ou à toute autre option. Azzopardi déplore de ne pas pouvoir proposer de projet concret à ses joueurs, qui sont hésitants et s'interrogent sur leur avenir.
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Certains jeunes, comme Jules Rambaud (Bressuire) et Franck Heffa (Angers SCO), ont déjà quitté le club. Les autres, ceux qui resteront, ne pourront sans doute plus bénéficier d'un hébergement sur place. Selon Azzopardi, le centre est aujourd'hui une petite structure opérationnelle, mais mise à l'arrêt.
Dysfonctionnements internes et manque de moyens
L'enquête menée par Ouest-France révèle des dysfonctionnements importants au sein de l'institution niortaise. Un parent d'un joueur U17 s'emporte contre les conditions de travail : « Comment c’est possible de demander à nos gamins de gagner, dans des conditions de m**** comme ça ».
Le club des Deux-Sèvres n'a jamais été réputé pour ses infrastructures et ses moyens financiers. Très peu de travaux ont été menés ces dernières décennies, faute d'argent. À l'école de foot, les éducateurs bénévoles ne sont pas défrayés de leurs dépenses.
Ousmane Bangoura, ancien joueur professionnel et entraîneur des U13, témoigne : « Je fais 40 km quatre fois par semaine pour mes joueurs. L’autre jour encore, je suis allé à Bressuire, j’ai fait plus de 120 km. Ça représente plusieurs centaines d’euros de ma poche. J’avais menacé de démissionner, mais ce serait donner raison aux responsables de cette situation. »
Crise de gouvernance et incertitudes administratives
L'absence de bureau au sein de l'association dont le centre de formation dépendait, depuis la démission du président Jean-Louis Epplin le 30 mars, n'aide pas à la prise de décision. Alors que la date limite pour l'engagement des équipes est fixée à la fin du mois de juin, on ne sait toujours pas si les U17 et les U19 resteront au niveau national, ou s'ils retourneront en régional. Johan Agnel, entraîneur des U19, espère qu'on va garder les U19 Nationaux : « On fait un gros boulot depuis deux ans. Mais ça ne dépend pas de moi. Sans hébergement à proposer, ce n’est pas évident. »
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Le conseil d'administration de l'association chargé du fonctionnement du centre de formation a démissionné, car ce dernier est jugé trop peu rentable par le club. Les U17 des Chamois Niortais, à l'image du centre de formation dans sa globalité, sont dans l'expectative pour la saison prochaine.
La liquidation de la société anonyme et la relégation en R3
La liquidation de la société anonyme des Chamois Niortais, le 10 septembre, a envoyé le club au dernier niveau régional. Un bâtiment du centre de formation est clos et vide. Franck Azzopardi, Arnaud Gonzalez, Ande Dona Ndoh, qui ont écrit certaines belles pages du club, se démènent auprès des jeunes en attendant d'en savoir plus. Douze joueurs seulement, des U18 aux seniors, composent le groupe de l'équipe première à l'entraînement.
Des anciens salariés ont vu venir le pire, impuissants face aux promesses non tenues des anciens propriétaires, les frères Eytan et Mikaël Hanouna. Des créanciers se sont regroupés pour porter plainte contre le duo.
Pendant que les Girondins de Bordeaux vacillaient, les Chamois Niortais, autrefois adversaires des Bordelais en L2, ont plongé. La liquidation de la SA est due à 3,285 millions d'euros de dettes et au désengagement de l'actionnaire.
Guy Fleurquin, président de l'association qui a récupéré la gestion du club, a lancé un ultimatum : sans solution concrète d'ici au jeudi 10 octobre, il pourrait se présenter au tribunal pour déclarer l'association en cessation de paiement, avec le risque d'effacer le club actuel.
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Les responsabilités partagées et les perspectives d'avenir
Après près de 30 ans de stabilité, la reprise par Karim Fradin a marqué une première rupture, suivie du rachat en 2020 par les frères Hanouna. Les nouveaux propriétaires ont tourné le dos à la formation et aux sponsors locaux, optant pour un trading hasardeux. La saison 2022-2023 a été marquée par la descente en N1, suivie d'une non-remontée à la dernière journée.
Damien Charron, Niortais pur souche et entraîneur de l'équipe première en R3, fait partie de ceux qui tiennent le club sur leurs épaules. L'été a été une succession de chutes : N2 après le premier passage à la DNCG, exclusion des championnats nationaux début août, R3 niveau maximum décidé par la FFF après la liquidation.
L'association s'est organisée pour maintenir la base : l'école de football, la préformation en lien avec le collège Fontanes, la section sportive avec le lycée Venise Verte et les U17 nationaux. Guy Fleurquin souhaite garder la trace des Chamois au niveau national et maintenir l'ancrage de formation dans le bassin picto-charentais.
Si les jeunes de l'extérieur sont logés à l'internat du lycée la semaine, la solidarité doit jouer pour le week-end. Le commissaire priseur a évalué les actifs pour indemniser les créanciers.
Des critiques sont adressées à Guy Fleurquin et à son conseil d'administration pour ne pas avoir donné suite à certains investisseurs intéressés. Fleurquin laisse la main à la mairie sur le sujet des repreneurs. Les 9500 euros récoltés dans une cagnotte ont permis de financer des déplacements et des collations pour les jeunes.
La réalité actuelle est une trésorerie à sec et des salaires de septembre non versés. La mise en place d'une nouvelle page est plombée par les dettes, notamment un intéressement sur transfert de plus de 100 000 euros dus au FC Bruges. La FIFA interdit de recrutement le club tant que le litige ne sera pas réglé. Les besoins pour le fonctionnement et le règlement des dettes sur deux ans sont estimés à 50 000 à 55 000 euros par mois.
Une réflexion existe pour revoir à la baisse les charges et poser un recours contre la décision de la FIFA. Une réunion est prévue ce mardi soir.
L'équipe senior a débuté son championnat par une victoire, devant plusieurs centaines de supporters. L'objectif est de redonner une image positive du club et de reconstruire sur des bases saines.
La mairie de Niort reste discrète sur le sujet des Chamois Niortais. Les élus de l'opposition appellent la mairie et l'agglomération à se mettre autour d'une table pour régler le problème et renouer le dialogue.
Le maire de Niort, Jérôme Baloge, a justifié la suspension de la subvention de 200 000 euros à l'association Chamois Niortais en 2022, en raison de l'interférence de la société anonyme sportive professionnelle dans le fonctionnement.
L'opposition municipale regrette le manque de communication de la majorité sur ce sujet important et demande des actions pour pérenniser l'avenir du club. Nathalie Lanzi, conseillère régionale, déplore le manque de prise de parole du maire et craint que les supporters et les habitants ne soient les grands perdants de ce combat.
Malgré les difficultés, l'équipe senior a débuté son championnat par une victoire, ravivant une petite lueur d'espoir. Les joueurs souhaitent redonner une image positive du club et reconstruire sur des bases saines, en s'appuyant sur la formation des jeunes.