Le duel entre le Borussia Dortmund et le Bayern Munich, surnommé "Der Klassiker", est bien plus qu'un simple match de football. C'est un événement qui captive toute l'Allemagne et qui est devenu l'un des rendez-vous les plus attendus du calendrier sportif européen. Si les deux clubs ont des racines anciennes, leur rivalité n'a pas toujours été au sommet du football allemand.
Les prémices d'une confrontation
Le BV Borussia 1909 Dortmund a été créé le 19 décembre 1909 par un groupe de mineurs et de jeunes ouvriers issus de l'association religieuse « Dreifaltigkeit ». Le nom « Borussia » aurait été suggéré par Franz Jacobi, un ancien employé d'une brasserie du même nom. Les couleurs jaune et noir, emblématiques du club, ne sont apparues qu'en 1912, en référence aux couleurs de l'église de la "Dreifaltigkeit".
Le Bayern Munich, quant à lui, a été fondé en 1900. C'est un club qui incarne la réussite, la rigueur et la constance. Le club bavarois est reconnu pour son organisation sans faille, son attractivité financière et sa capacité à attirer les plus grands joueurs du monde.
Jusqu'aux années 1980, d'autres clubs, comme le Borussia Mönchengladbach ou Hambourg, dominaient la scène nationale. Ce n'est véritablement qu'à partir des années 1990 que la tension entre Dortmund et le Bayern s'intensifie.
L'ascension de Dortmund et la naissance d'une rivalité
Dans les années 1990, le BVB, alors dirigé par Ottmar Hitzfeld, remporte plusieurs titres de Bundesliga et une Ligue des champions en 1997. Cette période marque le début d'une rivalité intense avec le Bayern Munich.
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Le 25 mai 2013, les deux clubs allemands s'affrontent pour la première fois en finale de Ligue des champions. Dans le cadre mythique de Wembley, le Bayern Munich s'impose 2-1 face à Dortmund au terme d'un match spectaculaire. Arjen Robben, héros de la soirée, inscrit le but de la victoire à la 89e minute, brisant les espoirs du BVB.
Le Bayern Munich, un ogre dominant
Le Bayern Munich a remporté huit des treize derniers championnats et a participé à 17 des 18 dernières Ligue des champions. En 2013, ils ont été sacrés champions à sept journées de la fin, établissant un record.
« Par son histoire, son organisation, sa puissance financière, le club munichois est un mastodonte qui laisse peu de place à ses adversaires. Mais l’ogre n’aime pas jouer seul. Il a besoin de rivaux pour progresser. Pour que le spectacle (ainsi que les droits TV et la billetterie) soit plus beau, aussi.
Les transferts qui attisent la rivalité
Les transferts de joueurs entre les deux clubs ont souvent alimenté la rivalité. Mario Götze, Robert Lewandowski et Mats Hummels sont autant de joueurs qui ont porté les couleurs des deux équipes, ajoutant une dimension émotionnelle aux rencontres.
En 2013, Mario Götze, annoncé partant pour Munich avant le début du marché des transferts (pour 37 millions d'euros), s'était blessé avant la finale de la Ligue des champions, que le Bayern a finalement remportée. Fin 2013, c'est Robert Lewandowski qui a annoncé son départ. Le Borussia n'a pas récupéré un euro en compensation du départ de son buteur polonais, en fin de contrat.
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Karl-Heinz Rummenigge, le président du conseil d'administration du Bayern, a même déclaré qu'il était «potentiellement intéressé» par Marco Reus. Ces appels du pied sont d'autant peu appréciés que le Borussia est à la peine en championnat depuis le début de saison.
Un championnat allemand dominé par le Bayern
Avec une telle avance sur le reste du championnat, les Bavarois sont en train de tuer l'intérêt d'un championnat qu'ils avaient pourtant d'une certaine manière contribué à relancer en sauvant le BVB, il y a quelques années. C'est ce qu'avait tenu à expliquer l'ancien président du Bayern, Uli Hoeness, aujourd'hui en prison pour évasion fiscale.
Le Guardian raconte ainsi que lorsque Pep Guardiola (l'entraîneur du Bayern) et Karl-Heinz Rummenigge (président du conseil d'administration) sont allés lui rendre visite il y a quelques semaines, Hoeness les a avertis qu'ils étaient en train de détruire leur seul rival sérieux.
Le Borussia Dortmund, un club formateur
En face, Dortmund se positionne comme un club formateur mais aussi révélateur de nombreux talents comme Jadon Sancho, Erling Haaland ou encore Jude Bellingham. Son jeu rapide, offensif et spectaculaire séduit les amateurs de football romantique.
Un prêt controversé
Il est d’une légende urbaine que le Borussia Dortmund, s’il était et est un grand club, n’aurait pas pu le rester sans une intervention financière du rival historique, le Bayern Munich. Au tournant des années 2000, le BVB vit financièrement largement au-dessus de ses moyens, creusant sa dette aux alentours des 200M€ et tutoie la faillite.
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C’est alors à ce moment-là que serait venue l’intervention salvatrice du grand rival, le Bayern Munich. Tout d’abord, si ce prêt de 2M€ fut peut-être décisif sur le moment, il ne représente jamais que 1% de la dette totale contractée par le Borussia Dortmund. Le club doit davantage son salut à l’activisme de ses fans, qui ont convaincu certains des investisseurs du BVB à différer les paiements d’intérêts et de loyer.
Avec ce prêt, Uli Hoeness, président bavarois, s’assurait certes la continuité d’une rivalité très attractive pour la Bundesliga et donc son club, mais il rappelait aussi qui était le plus fort et le plus riche dans la maison du football allemand. Bien sûr, il reste impossible de savoir si ce geste du Bayern relevait de l’altruisme pur, des intérêts économiques liés à l’attractivité de la ligue ou du projet d’embarrasser plus tard le BVB.
Le Klassiker, un spectacle mondial
Au fil des saisons, le Klassiker a offert des moments d’anthologie : des festivals offensifs, des égalisations de dernière minute, des cartons rouges et des gestes techniques venus d’ailleurs. Chaque rencontre dépasse le simple cadre sportif. C’est un bras de fer pour la suprématie en Bundesliga, une bataille d’influence sur le football allemand.
Avec une diffusion dans de nombreux pays, le Klassiker est devenu un produit phare du football mondial. Les stades pleins, les tifos impressionnants et l’intensité des rencontres en font un événement suivi par des millions de fans. Pour les sponsors et les marques, c’est une vitrine idéale. Pour les jeunes talents, un tremplin vers les sommets.
Au-delà du Klassiker : les autres rivalités du Bayern Munich
Or, si le Bayern est depuis plus de quarante ans l'ogre de la Bundesliga, il a connu des rivaux différents à travers les décennies.
Années 1970 : Bayern Munich-Borussia Mönchengladbach
En 1969, le Bayern Munich, pas encore un grand club, remporte le titre pour la deuxième fois de son histoire. Son «ennemi» de l'époque est le Borussia Mönchengladbach. Au milieu de cette rivalité naissante, un homme : le mythique Udo Lattek. Après avoir glané trois Bundesliga avec le grand Bayern (1972, 1973, 1974) «Udo» passe de l'autre côté et devient champion avec Gladbach (1976, 1977).
Années 1980 : Bayern Munich-Hambourg
Dans les années 1980, Hambourg n'était pas le club qui, comme aujourd'hui, flirte tous les ans avec la relégation. Au contraire, il y a connu ses heures de gloire en étant trois fois champion en 1979, 1982 et 1983. Lors du deuxième titre, un derby Nord-Sud, comme on l'appelle alors, reste dans les mémoires comme le match de la saison : à la 29e journée, alors que le Bayern croit encore au titre, Hambourg l'emporte 4-3 à Munich grâce à un doublé de Horst Hrubesch dans les dix dernières minutes.
Années 1990 : Bayern Munich-Kaiserslautern
Cette décennie est le premier âge d'or du Borussia Dortmund, champion en 1995 et 1996 (et vainqueur de la Ligue des champions 1997). Mais le Bayern est aussi sérieusement chahuté par un club aujourd'hui en deuxième division, le FC Kaiserslautern. Lors de la saison 1993-1994, les deux clubs s'affrontent dans un mano a mano mémorable. Kaiserslautern termine la saison en trombe avec six victoires consécutives, dont un écrasant 4-0 face au Bayern, mais échoue à un point du «Rekordmeister».
Années 2000 : Bayern Munich-Bayer Leverkusen puis Bayern Munich-Werder Brême
Entre 1999 et 2002, Leverkusen termine trois fois à la deuxième place. En 2000, le club de Rhénanie aborde la dernière journée contre Unterhaching avec trois points d'avance sur le Bayern. Mais une surprenante défaite 2-0 contre le promu (avec un c.s.c. de Ballack) donne le titre aux Munichois à la différence de buts.