L'année 1962 marque un sommet dans l'histoire du Benfica Lisbonne, avec une victoire en finale de la Ligue des Champions. Cette victoire est le fruit d'une équipe talentueuse et d'un entraîneur visionnaire, Béla Guttmann.
Béla Guttmann : Un Génie Hongrois à la Conquête de l'Europe
Béla Guttmann, né le 13 mars 1900 à Budapest, était bien plus qu'un simple entraîneur. Son parcours atypique, allant de professeur de danse à entraîneur de football, témoigne de sa curiosité et de son ouverture d'esprit. Après des débuts en tant que latéral au FK Torekvas, il rejoint le MTK Budapest, où il est entraîné par Jimmy Hogan, un pionnier du XI d'Or Hongrois.
Fuyant la Hongrie antisémite, Guttmann s'exile à Vienne, puis aux États-Unis, où il fonde le Hakoah New York et remporte la Coupe des États-Unis. Il revient ensuite en Europe et entame une carrière d'entraîneur marquée par des passages dans divers clubs, notamment au SC Enschede aux Pays-Bas et à Ujpest en Hongrie, où il remporte son premier titre majeur en 1939.
Après une période trouble durant la Seconde Guerre Mondiale, Guttmann entraîne le Kispesti AC, futur Budapest Honved, où il côtoie de futurs stars comme Ferenc Puskas. Son caractère bien trempé le pousse à quitter le club après un désaccord avec Puskas. Il poursuit ensuite son parcours en Italie, en Argentine et au Brésil, où il remporte le championnat avec le Sao Paulo FC.
En 1958, Guttmann arrive au Portugal, d'abord au FC Porto, puis au Benfica Lisbonne. C'est à Benfica qu'il va véritablement marquer l'histoire du football européen.
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La Révolution Guttmann à Benfica
Dès son arrivée à Benfica, Guttmann met en place un projet ambitieux axé sur la jeunesse et le talent. Il libère les contrats de nombreux joueurs de l'équipe première pour promouvoir les jeunes de l'académie. Ses choix sont critiqués, mais Guttmann reste confiant.
Il voulait que son équipe évite de faire des passes longues sauf en défense afin d’accélérer le jeu. Le une-deux suivi d’une frappe était l’une des armes les plus redoutables de son Benfica. Il souhaitait que son équipe soit sans cesse en mouvement, prêt à attaquer à la moindre perte de balle. « Quand on a le ballon, il faut se démarquer, faire des appels dans les intervalles. Chaque équipe doit avoir un style de jeu qui lui est propre et mis en place par rapport aux qualités de ses joueurs. Toutes les équipes ne peuvent pas jouer avec le même système. Et le talent ne suffit pas.
Son système de jeu offensif à une touche de balle, son Benfica est devenu la nouvelle puissance européenne.
La saison 1960-1961 est celle de la consécration. Benfica remporte la Coupe des Clubs Champions en battant le FC Barcelone en finale (3-2). L'équipe est composée de joueurs talentueux tels que José Aguas, Mário Coluna et le jeune Eusébio.
La Finale Épique de 1962 contre le Real Madrid
La saison suivante, Benfica confirme son statut en atteignant de nouveau la finale de la Coupe des Clubs Champions. L'adversaire est de taille : le Real Madrid de Ferenc Puskas, quintuple vainqueur de la compétition.
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La finale, disputée à Amsterdam, est un match spectaculaire et riche en buts. Puskas réalise un triplé, mais Benfica réplique grâce à un doublé d'Eusébio et des buts de Aguas, Coluna et Domiciano Cavém. Le Benfica s'impose 5-3 et conserve son titre de champion d'Europe.
La composition de l'équipe de Benfica lors de cette finale historique est la suivante :
- Gardien : Costa Pereira
- Défenseurs : Angelo, Germano, Cruz
- Milieux de terrain : Cavém, Coluna
- Attaquants : José Augusto, Eusébio, José Aguas, Santana, Simões
La Malédiction de Guttmann
Après cette deuxième victoire consécutive en Coupe des Clubs Champions, Guttmann demande une augmentation de salaire à ses dirigeants. Devant le refus de ces derniers, il quitte le club en lançant une prophétie : "Benfica ne gagnera plus jamais de coupe d'Europe pendant 100 ans".
Depuis lors, Benfica a perdu huit finales européennes, alimentant la légende de la malédiction de Guttmann. En 2014, le club a inauguré une statue en l'honneur de Guttmann dans l'espoir de conjurer le sort, mais la malédiction semble toujours peser sur le club.
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