Lucien Beaufrère : Un Maire Vierzonnais Pris dans la Tourmente des Années 1930

Lucien Beaufrère, élu maire de Vierzon Ville en 1929, est une figure marquante de l'histoire locale, bien que son mandat ait été bref et complexe. Né en 1883 dans le nord du Cher, il était le fils d'instituteurs, ces "hussards noirs de la République", ce qui a sans doute forgé sa conscience sociale. Son parcours, atypique pour un homme politique de l'époque, le lie à jamais au monument aux morts de Vierzon Ville, notamment en raison du retentissement médiatique de son inauguration en 1933.

Un Industriel Avant la Politique

Initialement destiné à une carrière d'architecte, Beaufrère a finalement opté pour l'industrie. En 1914, il acquiert une usine frigorifique à Vierzon, impasse Casimir Lecomte, juste avant le début de la Première Guerre mondiale. Mobilisé durant quatre ans dans un régiment du génie, il met à profit sa formation d'architecte. De retour du front, décoré de la croix de guerre, il transforme son usine en une fabrique de conserves alimentaires, capitalisant sur les innovations industrielles liées à la guerre et aux nouveaux modes de consommation. Ce virage s'avère un succès, faisant de lui un homme socialement reconnu et lui ouvrant les portes de milieux qui lui étaient auparavant inaccessibles.

Avant de se lancer en politique, Beaufrère gravit les échelons consulaires, s'inscrivant sur les listes électorales de la Chambre de commerce, du Tribunal de commerce et du Conseil des prud'hommes. Son entrée en politique en 1929 est donc relativement tardive et sans expérience préalable dans ce domaine.

Une Arrivée Surprenante à la Mairie

En 1929, Émile Péraudin, maire sortant, âgé de 64 ans et usé par 29 années de mandat, décide de ne pas se représenter. La manière dont Beaufrère s'est imposé comme tête de liste reste un mystère, mais les archives municipales conservent des documents personnels de sa campagne électorale qui permettent de retracer son parcours. Ces notes révèlent un homme préparant minutieusement son élection, n'hésitant pas à critiquer Péraudin, qui, malgré son âge, conserve un esprit vif et critique.

La liste de Beaufrère remporte le premier tour des élections, mais c'est Émile Charot qui est le mieux élu, devançant Beaufrère. Malgré ce résultat, Beaufrère est désigné maire par le conseil municipal le 19 mai, réalisant un coup de maître politique.

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Un Programme Ambitieux et des Obstacles Financiers

Le programme de Beaufrère, ambitieux et détaillé sur le papier à lettres de son entreprise, couvre divers domaines : urbanisme, éducation, hygiène publique, sécurité, pompiers, approvisionnement et aide aux Habitations Bon Marché (HBM). Il se prononce également en faveur de la "réunion administrative des quatre Vierzon", une idée qu'il juge "souhaitable sous tous les rapports".

Cependant, la réalisation de ce programme se heurte à des difficultés financières. Les ressources de la commune de Vierzon Ville sont limitées, malgré un début prometteur sur le plan économique. Beaufrère jette les bases de l'actuelle Foire-expo pour dynamiser le commerce local, mais le chômage augmente sournoisement, touchant la métallurgie et la porcelaine. Il transfère le corps des sapeurs-pompiers dans un local plus grand, répondant ainsi à une demande du capitaine Marc Larchevêque.

Critiques et Fin de Mandat Prématurée

"Le Cocorico Vierzonnais", un journal satirique local, se révèle être un adversaire redoutable pour Beaufrère. Le mensuel, fervent défenseur de la fusion des quatre Vierzon, critique les dépenses municipales et exprime des soupçons envers Eugène Henri Karcher, le créateur du monument aux morts. Le journal dénonce notamment une clause qui laisse Karcher propriétaire de l'image du monument, interdisant les photos non officielles.

Malgré ces critiques, Beaufrère se représente en 1935, dans un contexte politique marqué par le Front Populaire. Il surpasse Breton, qui lui-même devance Crépat. Douceron est loin derrière. Pourtant, comme en 1929, Beaufrère n'est pas le mieux élu. Absent pour cause de maladie, il est néanmoins réélu maire de Vierzon, mais ne reviendra jamais à la mairie.

Lucien Beaufrère reste une figure complexe de l'histoire de Vierzon, un industriel devenu maire dans une période de crise économique et de tensions politiques. Son passage à la tête de la ville, bien que bref, a laissé une empreinte durable, notamment à travers le monument aux morts et son engagement en faveur de la fusion des Vierzon.

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Autres Figures Vierzonnaises et Locales

L'histoire de Vierzon et de ses environs ne se limite pas à la figure de Lucien Beaufrère. D'autres personnalités ont contribué à façonner l'identité de cette région, chacune à leur manière.

André Hénault et la Commune de Bourgneuf

André Hénault est une figure importante de l'histoire du quartier de Bourgneuf. Au XIXe siècle, l'industrialisation de Vierzon, soutenue par le canal de Berry et le chemin de fer, entraîne une prise de conscience ouvrière et des revendications sociales. En 1884, Bourgneuf, estimant être sous-représenté au conseil municipal de Vierzon Villages, et suite à une grève à la Française en 1886, émet l'idée de former une commune indépendante.

Le conseil d'État accorde à la nouvelle municipalité le droit de s'auto-administrer, et André Hénault est élu premier maire en février 1887. Issu de la bourgeoisie locale, son père étant charpentier de marine et sa mère épicière, il reprend l'épicerie familiale et y ajoute la vente en gros. Son mandat est marqué par la volonté de développer le quartier, mais les sources écrites sur cette période sont rares.

Le Pensionnat Saint Joseph : Un Établissement d'Enseignement Chargé d'Histoire

Le pensionnat Saint Joseph, affectueusement surnommé "Saint-Jo", est un établissement d'enseignement dont l'histoire remonte à 1861. Fondé par les sœurs de la charité de Bourges, il ouvre ses portes rue de l'étape, avec une salle d'asile et deux salles de classe. Face à un succès grandissant, la congrégation achète un terrain rue Gourdon en 1876 pour s'agrandir.

En 1904, suite à l'interdiction des congrégations, du personnel enseignant non religieux rejoint l'établissement, mais les sœurs restent à la direction. Pendant la Première Guerre mondiale, l'école est réquisitionnée et transformée en hôpital temporaire, obligeant les élèves à se disperser dans différents locaux de la ville. Les bombardements de 1944 contraignent le pensionnat à déménager à nouveau, avant de retrouver ses locaux rue Gourdon en 1945. Les sœurs de la charité restent à la tête de l'établissement jusqu'en 1988.

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