Le derby entre l'AS Saint-Étienne et l'Olympique Lyonnais, plus qu'un simple match de football, est une véritable saga qui se joue depuis des décennies. Cette confrontation, ancrée dans l'histoire et les identités des deux villes, transcende le simple cadre sportif pour devenir un symbole de l'opposition entre deux mondes.
Genèse d'une Opposition: Deux Villes, Deux Identités
La rivalité entre Saint-Étienne et Lyon ne date pas d'hier. Elle prend ses racines dans l'histoire économique et sociale des deux villes. Lyon, métropole bourgeoise et commerçante, s'est historiquement imposée comme un centre industriel et financier majeur. Saint-Étienne, de son côté, a prospéré grâce à ses mines de charbon et son industrie textile, façonnant une identité ouvrière forte. Distantes de seulement 61 kilomètres, Lyon « la bourgeoise » et Saint-Etienne « l’ouvrière » semblent pourtant si éloignées. La ville minière s’oppose complètement à la ville des lumières.
Dès le XIXe siècle, les relations de voisinage se sont souvent révélées ombrageuses. Saint-Etienne devait à la manufacture et aux mines sa croissance démographique et une large part de son identité. Lorsque la désindustrialisation s'enclenche à travers toute la France dans les années 1960 et 1970, la ville paie de plein fouet sa dépendance. Lyon, dont le tissu économique est alors plus diversifié, s'en sort mieux. Cette différence de trajectoire a alimenté un sentiment de rivalité, exacerbé par la compétition sportive. "La vitesse de croissance de Saint-Etienne a créé des jalousies chez les Lyonnais, raconte le sociologue et écrivain Jean-Noël Blanc. D'autant qu'il y avait un côté symbolique de la ville sale qui battait la ville riche." A l'inverse, chez les Foréziens, on sent poindre un petit complexe d'infériorité. "Quand on travaillait les grands tissus à Lyon, à Saint-Etienne on faisait des rubans, expliquait en 2015 Georges Gay, professeur de géographie à l'université Jean-Monnet de Saint-Etienne, à La Tribune de Lyon. "Beaucoup de donneurs d'ordre étaient des Lyonnais".
Naissance de la Rivalité Footballistique: Des Débuts Amicaux à la Haine
L'Olympique Lyonnais, créé en 1950, dispute d’ailleurs ses deux premiers matches "amicaux" face au voisin stéphanois, fondé en 1933 (ou 1919 si l’on compte sa version d’origine en club d’entreprise). Le début d’une longue animosité… qui n’a pas toujours été aussi exacerbée qu'à quelques heures du 118e match entre les deux entités. Même si les rencontres étaient musclées dès les premiers derbies.
L'histoire du derby débute officiellement en 1951. Dès le premier affrontement de grande ampleur en mars 1936, lors d'un match entre l'ASSE et le Lyon Olympique Villeurbanne qui tourne au pugilat : l'arbitre de la rencontre doit être évacué par les forces de l'ordre et un dirigeant lyonnais s'enfuit avec la recette pour que le camp d'en face ne touche rien. Le premier match officiel entre les deux clubs, disputé en octobre 1951, marque le début d’une rivalité qui ne cessera jamais de s’intensifier. L’OL l’emporte 4-2, mais Saint-Étienne impose rapidement son hégémonie avec des succès répétés.
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Au début, Lyon prône un modèle basé sur l’amateurisme, fidèle à son image de ville bourgeoise. Saint-Étienne, en revanche, embrasse rapidement le professionnalisme, misant sur des joueurs formés à l’exigence du haut niveau. L'opposition entre le professionnalisme de l’ASSE et l’amateurisme de l’OL durera plusieurs décennies. Dès 1954, le président des Verts, Pierre Faurand, prononce cette phrase reprise plus tard par l’un de ses successeurs, Roger Rocher: "En football, Lyon reste la banlieue de Saint-Etienne".
Si tout semble regroupé pour transporter ce derby dans une autre dimension, il faut dire que c’est en grande partie grâce aux supporters que cette rivalité ne se perd pas. Les joueurs ayant réalisé plusieurs voyages entre les deux clubs, le dernier étant Gomis, nous nous rendons à présent compte que seul le business compte, rival ou non. Si l’ASSE a marché sur le football français durant les années 1960 et 1970, c’est l’OL qui domina ce championnat dans les années 2000.
Les Grandes Heures du Derby: Entre Domination Verte et Triomphe Lyonnais
Les derbies ASSE - OL sont bien plus que de simples matchs : ils sont le reflet de l’histoire et des dynamiques entre deux clubs rivaux. Des années de domination verte aux triomphes lyonnais des années 2000, chaque époque a marqué cette rivalité de moments forts et d’exploits mémorables.
L'Ère Verte: La Domination Stéphanoise (Années 1960-1970)
Entre les années 60 et 80, l’ASSE règne sur le football français et s’impose comme une puissance européenne. Mais l’un des moments les plus marquants de cette époque reste le 5 octobre 1969, les Verts infligent un cinglant 7-1 à l'OL. Triple champion de France (1967, 1968, 1969), les verts semblent invincibles , étrillant notamment le Bayern Munich 3 buts à 0 à Geoffroy Guichard, les éliminant par la même occasion de la Coupe d'Europe. Ce score historique symbolise l’écart entre les deux clubs à cette période.
À cette époque, les Verts incarnent la fierté du football ouvrier et populaire, opposé à un OL encore en quête d’identité. "En football, Lyon a toujours été la banlieue de Saint-Etienne", peut tacler le président des Verts, Roger Rocher (1961-1982), reprenant la truculente formule de son prédécesseur Pierre Faurand (1952-1959). En football, Lyon reste la banlieue de Saint-Etienne.
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Le Renouveau Lyonnais: L'Ère Aulas et la Domination des Années 2000
Après avoir dominé la scène nationale, Saint-Étienne traverse une période d’instabilité dans les années 90, tandis que l’OL s’organise sous l’ère Jean-Michel Aulas. Dès la fin des années 90, les rôles s’inversent. L’OL devient une machine à gagner et entame un règne absolu sur la Ligue 1, enchaînant sept titres de champion entre 2002 et 2008.
Moments Marquants et Anecdotes Savoureuses
L'histoire du derby est jalonnée de moments mémorables et d'anecdotes croustillantes qui alimentent la légende.
- Le 29 Mars 1967 : L'anecdote la plus célèbre du derby Alors que l'OL élimine l'ASSE en Coupe quelques semaines plus tôt, l'entraîneur stéphanois déclare : "A force de jouer la carotte, l'OL n'ira pas loin en coupe." Lorsque les joueurs entrent sur la pelouse le 29 Mars 1967, les supporters lyonnais jettent 25 kilogrammes de carottes sur les joueurs stéphanois. Georges Bereta en ramasse une, se dirige vers le Kop lyonnais, et la croque devant eux.
- Le 06 Septembre 2000 : La pire banderole Lors d'un derby à Geoffroy Guichard, les lyonnais déplient une banderole où l'on pouvait lire "Les gones inventaient le cinéma, quand vos pères crevaient dans les mines". Banderole qui n'a pas fait sursauter le moindre journaliste, qui n'a choqué personne à la ligue. Une des pires banderoles de l'histoire du football français pourtant. Violente, méchante, irrespectueuse. La rivalité existait déjà évidemment, mais cette banderole a fait ressortir toute la haine stéphanoise vis-à-vis des gones.
- Le 25 Septembre 2010 : Le coup franc de Payet Saint-Étienne remporte une victoire précieuse grâce à un coup-franc somptueux de Dimitri Payet, mettant fin à seize ans de disette à Gerland.
L'Ambiance Incandescente des Tribunes: Passion et Provocation
Le derby ASSE-OL c’est pas juste un match : c’est un choc entre deux des plus fervents groupes de supporters de France. D’un côté, les Green Angels et les Magic Fans, fervents défenseurs des couleurs stéphanoises. Les tribunes rivalisent à chaque confrontation avec des tifos spectaculaires, des chants enflammés et parfois, des provocations assumées. L’arrivée des lyonnais en parcage est la première occasion de constater la rivalité entre les deux clubs avec quelques mouvements de foules depuis la tribune des Magic Fans puisqu’elle donne notamment vue sur le parking des visiteurs.
On regrettera quand même ce « L’important n’est pas la manière… c’est la victoire. ». On comprend bien le sens simplet derrière (le derby c’est important sans déconner) mais il y’avait moins ridicule à trouver. Le contexte dans un soir pareil est trop important pour ne pas en prendre en considération. L’ambiance sonore était évidemment bonne et ne laisse pas planer le doute sur le fait que c’est probablement la meilleure ambiance de France : L’existence de deux Kops est un atout qui peut être jalousé. En tâchant de ne pas être subjectif, le volume de La Beaujoire post-montée ne me faisait pas moins bon effet.
Somptueux. Comme un autre parfait préambule à la soirée, « CE SOIR ON A LA HAINE » disait le tifo des Green Angels. Pas raté.
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Au-Delà du Terrain: Impact Économique et Identitaire
Au-delà du terrain, la rivalité ASSE-OL génère un impact économique majeur sur les deux villes. Mais cette opposition ne se limite pas au football. Lyon, pôle économique et universitaire majeur, s’impose comme une métropole européenne, tandis que Saint-Étienne, plus modeste, conserve son identité ouvrière et son histoire industrielle.
Le Derby Aujourd'hui: Un Match Toujours Spécial
Saint-Etienne accueille l’OL ce dimanche (21h), en clôture de la 21e journée de Ligue 1, pour le 118e derby de l'histoire entre les deux clubs. Un match qui s’est tendu au fil des années. Loin de l'esprit des premières rencontres. Dimanche 10 novembre, l’AS Saint-Etienne, seizième au classement de la Ligue 1, se déplace à Lyon pour le 125ᵉ derby de l’histoire, deux ans et neuf mois après la dernière confrontation contre l’OL. Près de trois ans après la dernière édition perdue par les Stéphanois (1-0), le derby Lyon-Saint-Etienne est de retour, dimanche 10 novembre à 20 h 45, en Ligue 1.
« Un derby, c’est un match à part. Tout est possible », espère Aïmen Moueffek, l’un des cinq joueurs stéphanois à avoir été formé à l’Association sportive de Saint-Etienne (ASSE). « C’est dans les mœurs, le match à ne pas perdre. Et les joueurs qui arrivent à Saint-Etienne se rendent vite compte de son importance. C’est le plus gros derby de France. »