Nigel Owens : L'arbitre de rugby qui a transformé l'humour en pilier de sa vie

Nigel Owens, cet arbitre gallois omniprésent et inflexible, est une figure emblématique du rugby mondial. Reconnaissable à son accent prononcé et à son autorité naturelle, il a arbitré certains des matchs les plus prestigieux, dont la finale de la Coupe du monde 2015 et le France-Irlande au Stade de France. Mais qui est réellement Nigel Owens derrière le sifflet ?

Un arbitre chaleureux et plein d'humour

Nigel Owens, âgé de 46 ans, est un grand amateur de théâtre et a fait de l'humour un pilier de sa vie. Il participe à une émission de télé au pays de Galles et donne de nombreuses conférences. Il essaye d'être chaleureux et aime l'humour. Son ton ferme est souvent appuyé d'un trait d'humour qui désamorce la tension de la sanction.

"J'essaye d'être chaleureux et j'aime l'humour", confie-t-il. "Je participe à une émission de télé au pays de Galles et je donne pas mal de conférences. Je fais du théâtre depuis l'âge de 14 ans, en plus du rugby."

L'exposition médiatique de l'arbitrage

L'arbitrage est de plus en plus exposé médiatiquement. Le nombre de matchs a augmenté et ils passent à la télé. En plus, les arbitres sont équipés de micro afin d'expliquer les règles et les décisions. L'idée est d'aider à la compréhension du jeu et d'aider ce sport à se développer.

À la télé, les commentateurs français disent que Nigel Owens aime bien les caméras. Mais il répond : "Mais non ! C'est juste que je fais mon boulot. En foot, l'arbitre est à 30-40 mètres du ballon ; en rugby, il doit coller au ballon comme un demi de mêlée. Là où se trouve le ballon, il y a des caméras, donc on nous voit. Et les micros qu'on porte font de nous un centre d'attention."

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Une personnalité forte et adaptable

Nigel Owens est conscient de sa personnalité à part. "Forte, oui, mais je pense qu'il en faut une pour arbitrer à ce niveau", dit-il. Il n'exige pas que le jeu soit pratiqué de telle ou telle manière. Il arbitre selon ce que les joueurs offrent comme attitude. S'ils sont dans la confrontation et un jeu fermé, il ne va pas les changer. Il ne dicte rien, il s'adapte au comportement des joueurs.

Il sait que les clubs et sélections font un gros travail sur les arbitres, ce qu'ils aiment ou pas, la manière de parler. Il gère cela sans se sentir oppressé.

Le respect, une valeur fondamentale

Pour Nigel Owens, le respect est une valeur fondamentale qui tend à se perdre. "Pas à pas, ils repoussent les limites. Le respect n'est plus ce qu'il était", déplore-t-il. Il se souvient que ses parents lui ont appris la politesse et qu'il était puni s'il séchait les cours. Aujourd'hui, il constate que la société a changé et que le sport n'est pas préservé. Il insiste sur le fait qu'en rugby, on se doit de garder le sens du respect. Il cite l'exemple des supporters de Toulouse et de Clermont qui peuvent assister au match côte à côte et partager une bière, ce qui est impossible en foot.

L'erreur, une fatalité à gérer

Nigel Owens est réaliste : aucun joueur, coach ou arbitre ne peut réaliser un match sans erreur. Mais il estime qu'on se doit de faire de son mieux pour ne pas en faire et, au pire, qu'elles soient sincères et honnêtes. Il refuse de compenser une erreur, car il considère que deux erreurs ne font pas une décision juste et qu'on perd le respect en agissant ainsi.

Il y a dix ans, il pouvait ne s'apercevoir de sa bourde qu'en revisionnant le match le lendemain. Aujourd'hui, vingt secondes après, elle est sur les écrans géants des stades. Il faut passer à autre chose, car si cette erreur vous occupe l'esprit, elle va affecter votre performance.

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La préparation et l'ouverture d'esprit

Certains font de la préparation mentale, mais Nigel Owens, lui, prend des notes avant la rencontre : les joueurs, les mêlées et les touches. Mais il insiste sur le fait qu'il ne faut pas arriver avec des idées préconçues. En match, tout peut être différent. Il faut arbitrer avec l'esprit ouvert, ne juger que ce qui se déroule sous nos yeux. Si des joueurs franchissent les limites, il siffle et prévient : "Non ! Vous ne pouvez plus faire ça !" Il pose les normes de l'acceptable. Il a arbitré son premier match, des moins de 15 ans, à l'âge de 16 ans.

L'humour, un atout précieux

Nigel Owens est conscient qu'il est perçu comme un "entertainer", un amuseur. Mais il précise qu'il l'est sur scène ou à la télévision, pas quand il arbitre. Le terrain n'est pas son théâtre. L'amusement vient du jeu, pas de lui. Pour que le spectacle soit bon, il doit faire preuve de rigueur et de précision. Sa manière de faire peut amuser, mais ce n'est pas un but.

Il adhère à l'idée d'une école du management par l'humour et estime que l'humour lui a été précieux dans la vie. Savoir rire de lui-même l'a aidé à accepter qui il était. Après, l'humour dans un contexte de match, c'est compliqué. Il faut avoir le bon timing. Si il pénalise un joueur devant son en-but, il va forcément être moins réceptif. Tout est question de vibration, de sensation. Il faut avoir l'envie de comprendre dans quelle situation est le joueur.

Il se souvient d'une vanne qui a fait le plus gros bide, mais il ne peut pas la raconter micro ouvert, car elle n'était pas politiquement correcte. Il aime penser qu'il comprend les situations avant de sortir une blague. Il a toujours adoré l'interaction avec le public et estime que voir les gens rire l'élève et l'illumine intérieurement. Le temps s'arrête. Mais il préfère s'abstenir plutôt que balancer une blague inappropriée. Il y a des choses qu'on pouvait dire sur scène il y a vingt ans et qui ne sont plus acceptables.

L'humour, une arme contre le désespoir

Nigel Owens considère que l'humour est l'élégance du désespoir et qu'il l'a sauvé dans les moments les plus noirs de sa vie. Et encore aujourd'hui quand il se sent seul. Dans de gros moments de blues, un programme télé humoristique est précieux. On rit aux éclats, on se dit que la vie vaut le coup.

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À 26 ans, il a tenté de mettre fin à ses jours. Il a marché en transe durant quatre heures dans les montagnes du pays de Galles. Il avait avec lui un fusil et une dose massive de paracétamol. Il a avalé une quantité énorme de « pills » (pilules en anglais). Il est tombé dans le coma. Après quarante-huit heures de soins intensifs, il a survécu. En sortant de l'hôpital, il ne voulait plus voir personne. Ses amis, le rugby, l'arbitrage… Impossible à envisager. Après quelques jours, il a fini par revenir à son club de rugby. Des amis y buvaient un coup. Devant le bar, un pote commande une tournée. L'un voulait une lager, l'autre un strongbow (cidre). Quand est arrivé son tour, son pote a lancé : « Lui, il va prendre une Pils ! » (une bière blonde, abréviation de Pilsner, qui désigne la bière tchèque)… Tout le monde s'est marré et lui aussi.

Les difficultés liées à l'acceptation de son homosexualité

Nigel Owens parle assez librement de son expérience, même si c'est douloureux et que ça fait ressurgir de mauvais moments. Ses problèmes psychologiques, sa dépression, la difficulté d'accepter son orientation sexuelle… Mais il en parle car il sait que ça peut aider d'autres gens.

Ses maux ont commencé avec sa boulimie, à 16 ans. La boulimie n'était qu'une conséquence des troubles de sa sexualité. À l'école, il était un enfant banal. Il jouait au rugby avec les copains. Il avait même une petite copine. À l'âge de 19 ans, il a réalisé qu'il se sentait attiré par les hommes. À ses yeux, c'était mal. Il n'avait pas été éduqué dans ce sens. Il était censé avoir une copine, se marier, avoir des enfants. Puis devenir grand-père… Le monde est censé rouler ainsi. Il ne voulait pas être cette personne, il ne voulait pas être gay.

Il mangeait en excès pour se rassurer. Il est devenu gros, repoussant. Ça devenait difficile d'arbitrer. Pour perdre du poids, après chaque repas, il allait aux toilettes et se faisait vomir. Il a perdu beaucoup de kilos ainsi. Cette boulimie l'a suivi jusqu'à ses 36 ans.

Cette boulimie a pris fin lorsque sa mère lui a annoncé qu'elle était atteinte d'un cancer du foie et de l'estomac. Il ne lui restait plus qu'un an à vivre. Perdre sa mère, c'était tout perdre. Quand il a appris ça, il n'est plus parvenu à se faire vomir. Il a réalisé qu'il se rendait malade lui-même. Sa mère souffrait mais n'avait pas le choix, elle. Il lui fallait se battre, chaque jour, jusqu'au dernier. Sans espoir. Lui, il pouvait agir. C'était en 2009. Sa boulimie est partie d'un coup. Hélas, elle est revenue un an avant la Coupe du monde 2015. Ils devaient faire des tests physiques très durs pour être sélectionnés. Il lui fallait perdre trois kilos et il avait sa méthode, radicale… Sa boulimie est revenue.

À Noël dernier, avec les fêtes, il a ressenti une profonde tristesse, un sentiment de solitude. Il s'est encore rendu malade. La boulimie, il ne s'en débarrassera peut-être jamais… Elle fait partie de sa vie. Plus jeune, elle l'a amené à perdre beaucoup de poids, alors il a tenté de reprendre du muscle dans une salle de gym. Là, il s'est injecté des stéroïdes. Entre 19 et 26 ans, il a causé beaucoup de dommages à son corps et à son esprit. Il ne voyait plus d'issue. Voilà pourquoi il a tenté d'en finir. Il a laissé ses parents avec un mot leur disant qu'il ne pouvait plus supporter son existence. Il est inexcusable de leur avoir fait tant de mal. Il devra vivre avec ça jusqu'à la fin de ses jours.

Ses parents lui ont pardonné. Sur son lit d'hôpital, sa mère lui a dit : « Si tu recommences, prends-nous avec toi, ton père et moi. Nous ne voulons pas vivre sans toi. » Sa vie a changé ce jour-là. Il s'est accepté, lui et son homosexualité. Malgré les remords et les regrets, il doit s'efforcer de voir le positif pour devenir meilleur et plus fort. Il en a besoin ! Il sait que quand un en-avant lui échappe sur le terrain, la presse se déchaîne sur lui ! Il faut être solide.

Coming out et engagement

Nigel Owens a fait son coming out en 2007. Il l'avait fait à sa famille et ses amis en 2005. Aujourd'hui, quand on fait référence à lui comme l'arbitre gay, il trouve que c'est un peu des deux. Au départ, les gens disaient : « Tiens, c'est l'arbitre gay. » Désormais, il entend aussi : « Tiens, c'est Nigel Owens qui a arbitré la finale de la Coupe du monde. » Il aimerait ne pas avoir à parler de son orientation sexuelle. Il ne voulait pas écrire une biographie, car des gens ont accompli bien plus de choses que lui. Il s'est décidé à écrire à la suite d'une interview parue dans le Wales on Sunday. Après cette interview, il a reçu de nombreux messages. Une lettre l'a bouleversé : une maman qui le remerciait. Son fils avait tenté de mettre fin à ses jours. Elle redoutait qu'il recommence… Il leur avait expliqué son geste après qu'il avait entendu ses parents faire un commentaire positif sur lui. Il avait compris ce jour-là que ses parents parviendraient peut-être à l'accepter.

Il témoigne non pas parce qu'il le veut, mais parce qu'il le doit. Il ne recherche pas à attirer l'attention sur sa sexualité. Si on lui demandait d'abandonner son métier passionnant pour une vie normale avec femme et enfants, il accepterait sans hésitation. Il préférerait une vie normale, une famille, une épouse et des enfants. Avoir donné des petits-enfants à ses parents, devenir grand-père à son tour. Une famille, quoi. Rentrer du boulot et trouver son épouse qui l'attend.

Il ne se torture pas, mais, par moments, il est assailli par un sentiment de solitude. Il a une large famille, un tas d'amis proches, mais quand son père de 82 ans partira, il ne restera plus que lui. Vieux, il n'aura pas d'enfants pour venir le rendre visite à Noël. Ses amis passent du temps en famille. Lui, il n'a pas ça… Les gens lui disent qu'ils rêveraient d'avoir sa vie : les voyages, arbitrer la finale de la Coupe du monde. Ils lui disent ça avec les yeux qui brillent. Au fond, lui, il aimerait avoir leur vie à eux.

Un homme fier de sa mère

Nigel Owens est fier d'avoir fait rire sa maman avant qu'elle parte. En novembre 2008, ils avaient organisé une cérémonie au club local de rugby à l'occasion de la sortie de son livre en gallois. Il y avait des centaines de personnes. De grands joueurs l'avaient honoré de leur présence : Shane Williams, Gareth Jenkins, Jonathan Thomas. Il y avait de la famille, plein d'amis. Et maman. C'est la dernière fois qu'elle était en état de quitter la maison. Elle est morte deux mois plus tard. Ce jour-là, tandis qu'il était sur l'estrade, les gens parlaient, riaient… Il a senti sa mère heureuse. Et surtout, sa mère lui a dit à ce moment combien elle était fière de lui.

Un arbitre au cœur des polémiques

La vie d’arbitre n’est pas un long fleuve tranquille et chaque décision entraîne des réactions. Le quart de finale de la coupe du monde va faire couler beaucoup d’encre. À la 78e minute de la rencontre, les Écossais mènent 34-32 sous la pluie de Twickenham, et tiennent bon face aux Wallabies. À la retombée d’un ballon, le XV du Chardon cafouille. Craig Joubert n’hésite pas : en-avant repris devant, pénalité pour l’Australie. Une aubaine pour Bernard Foley qui ne se fait pas prier pour passer les trois points et offrir la demi-finale aux siens. En regardant bien l'action, on s'aperçoit qu’après la faute de main des Écossais, un Australien touche la balle. Il remet donc en jeu son adversaire qui récupère la gonfle juste après. D’une pénalité cruciale, on passe alors à une simple mêlée.

Lors de la tournée des Lions Britanniques et Irlandais en 2017, l’arbitre français Romain Poite siffle une pénalité contre Liam Williams pour un en-avant. Une décision polémique qui a fait débat.

Autre polémique, Mathieu Raynal sanctionne Bernard Foley et donne une mêlée en faveur des Blacks car l’ouvreur des Wallabies aurait tenté de gagner du temps. Une mêlée décisive qui finira par envoyer les Blacks derrière la ligne. Résultat, défaite des Australiens sur le gong (37-39). Rugby Australia a même déposé une plainte, auprès de World Rugby, pour dénoncer les décisions arbitrales de M.

La finale de la coupe du monde 2011 reste un traumatisme pour le rugby français. Les décisions de Craig Joubert vont être remises en cause par le camp tricolore. La faute à de nombreuses situations délicates non sanctionnées par l’arbitre sud-africain.

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