Le monde du rugby, riche d'une histoire singulière, se caractérise par des valeurs fortes et un esprit d'unité. De la haka néo-zélandaise aux hymnes irlandais, en passant par l'épopée des Springboks et de Nelson Mandela, le rugby est porteur d'une identité géographique et culturelle forte. Si sa popularité reste inférieure à celle du football, son essor constant le propulse vers les sphères du soft power, suscitant des interrogations sur sa capacité à conserver sa spécificité de terrain neutre.
Un sport en quête de mondialisation
Né en Angleterre, le rugby s'est rapidement étendu au-delà des frontières de l'Empire britannique, séduisant de nombreux pays et s'intégrant parfois à des jeux locaux, comme en Nouvelle-Zélande où il est devenu le sport roi. Sa mondialisation, bien qu'incomplète, est en marche, portée par le développement du rugby féminin et l'attrait du rugby à 7, une discipline explosive et télévisuelle. Le rugby à 7, nécessitant moins de joueurs, facilite sa pratique par un plus grand nombre de nations, comme en témoigne son ascension fulgurante aux États-Unis et la présence d'équipes comme le Kenya sur le circuit mondial.
Le rugby, un terrain neutre ?
La spécificité transpartisane du rugby peut jouer en sa faveur, son identité étant avant tout géographique et moins politique. Il a ainsi contribué à renforcer l'union dans des pays comme l'Afrique du Sud, où la victoire des Springboks à la Coupe du monde 1995, souhaitée par Nelson Mandela, a symbolisé la réconciliation après l'apartheid. L'Irlande, avec son équipe composée de joueurs d'Irlande du Nord et de la République d'Irlande, illustre également cette singularité. Son hymne, Ireland's Call, créé en 1995, vise à inclure les joueurs d'Irlande du Nord qui ne se reconnaissaient pas dans l'hymne de la République d'Irlande. En Nouvelle-Zélande, les équipes des All Blacks et des Black Ferns intègrent naturellement des joueurs maoris, et le haka, danse de célébration aborigène, est au cœur de leur identité. De même, les nations d'Océanie proposent à leurs adversaires des danses ancestrales symbolisant le courage et le défi, ancrant ainsi le rugby dans leur géographie et leur culture.
Le rugby et le soft power : L'Arabie Saoudite entre en jeu
La popularité croissante du rugby attire l'attention de pays désireux d'utiliser le sport comme un outil de soft power. Après le Japon en 2019, les États-Unis accueilleront les Coupes du monde 2031 (masculine) et 2033 (féminine), témoignant de l'évolution de la géographie du rugby. Des pays comme le Qatar et l'Arabie saoudite, sans tradition rugbystique, pourraient également organiser la Coupe du monde, suscitant des interrogations sur les enjeux de puissance liés à ce sport.
L'Arabie saoudite, en particulier, affiche des ambitions claires dans le monde du rugby. Le pays a été candidat pour organiser la Coupe du Monde 2035 et des investisseurs saoudiens sont en discussion pour prendre des participations dans des clubs anglais de Premiership. Le fonds d'investissement saoudien détient déjà plus de 80% du club de football de Newcastle. Ces investissements pourraient s'élever à 60 millions de livres sterling et inclure la création d'une académie de rugby en Arabie saoudite ainsi que des contrats de naming des stades anglais.
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Patrick Raupach, chef du comité des compétitions à la Fédération saoudienne de rugby (SARF), souligne l'engagement de la fédération à développer le rugby dans le royaume, en mettant l'accent sur l'inclusion et l'engagement communautaire. La SARF a lancé un programme complet de rugby féminin et se prépare à organiser deux camps intensifs avec ses joueuses seniors. Pour la première fois de son histoire, l'Arabie saoudite sera représentée par une équipe nationale féminine au tournoi arabe à 7. La SARF s'attache également à améliorer les performances de l'équipe nationale masculine, qui a remporté la médaille d'or lors de l'épreuve inaugurale des 7 pendant les Jeux saoudiens.
Les défis de la mondialisation du rugby
Malgré ces avancées, la mondialisation du rugby reste confrontée à des défis. Le rugby à XV, en particulier, peine à s'implanter durablement dans de nouveaux pays, en raison de facteurs culturels, d'infrastructures et de concurrence avec d'autres sports. L'histoire du rugby, longtemps marquée par l'amateurisme et la domination des nations britanniques, a également freiné son expansion.
Toutefois, la féminisation du rugby et le développement du rugby à 7 offrent de nouvelles perspectives. Le rugby à 7, discipline olympique depuis 2016, est plus accessible et permet à de nouvelles nations de se distinguer, comme les Fidji, double champion olympique.
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