La Soule: Ancêtre Médiéval du Rugby en France

L'histoire du rugby, souvent associée à l'Angleterre et à l'anecdote de William Webb Ellis, trouve en réalité des racines plus profondes et plus anciennes sur le sol français. Bien avant la création de la Rugby Football Union en 1871, un jeu ancestral passionnait les foules dans les campagnes françaises : la soule. Cet article explore l'histoire de ce jeu médiéval, ses caractéristiques, son lien avec le rugby moderne et sa survivance dans certaines régions de France.

Les Origines Obscures de la Soule

Les origines de la soule se perdent dans les méandres du temps. La documentation écrite n'en livre des traces sûres qu'à la fin du douzième siècle, en dépit de quelques allusions antérieures. La plus ancienne source est donnée par le chroniqueur Lambert d’Ardres. Il parle d'un vaste terrain sur lequel les rustres (rustici domines) se rassemblent, afin de boire et de jouer à la soule.

Le terme "soule" ou "choule" a suscité de nombreuses interprétations étymologiques, des plus sérieuses aux plus fantaisistes. On a évoqué le terme islandais sull (la mêlée), solea (la sandale), en songeant à l'expression souler au pié, fréquente dans les sources. En tenant compte du caractère périodique du jeu, on a pensé au verbe solere (avoir l'habitude). D'autres, par référence au lieu où se déroule le jeu, ont mis en avant la division des terres en soles. La plupart des folkloristes, à l'exception d'A. Van Gennep, ont mis la soule en relation avec le soleil, parfois par le biais du celtique heaul ou sul.

Caractéristiques et Règles d'un Jeu Populaire et Violent

La soule était un jeu pratiqué majoritairement dans le Nord-Ouest de la France durant le Moyen Âge. Elle est considérée comme l'ancêtre des jeux de balle tels que le handball, le football ou encore le rugby. La seule différence entre la soule et ces jeux modernes est qu'il n'existe qu'un seul but (appelé mare ou lieu-dit) et que le nombre de joueurs n'est pas défini. Les matchs opposaient souvent les hommes valides de deux villages ou les hommes mariés contre les hommes célibataires.

Contrairement aux sports modernes, la soule était caractérisée par un manque d'organisation et de règles bien définies. Tous les coups, ou presque, étaient permis. Il y a deux conditions à la définition de la violence ; d’une part, transgresser une norme et, d’autre part, qu’il y ait des conséquences sur l’intégrité physique. La violence de ce jeu en faisait un simulacre de guerres villageoises. Un exemple parmi d'autres témoigne de la violence de ce jeu populaire médiéval. Lors d'une partie de soule en 1380, un certain Guillemin Ybert tenta de s'emparer de la soûle (le "ballon"), défendue avec acharnement par un valet du capitaine du château de Lyons. Deux ou trois coups de pied au ventre l'écartèrent sans ménagement. Excédé, un écuyer, Pierre le Sauvage, frappa Ybert d'un coup de bâton à la tête. Quelques jours plus tard, Ybert passa de vie à trépas.

Lire aussi: Tout sur les matchs de rugby

Il est parfois notifié que l’usage du bâton et de toute arme est interdit. Par contre, dans la Sarthe, on pouvait utiliser des troncs de choux.

La Soule : Un Jeu aux Multiples Facettes

La soule n'était pas qu'un simple jeu. Elle était souvent associée à des fêtes et des célébrations, notamment lors du Carême-Prenant. Elle pouvait également avoir une dimension sociale et politique, servant parfois de moyen d'expression pour les communautés rurales.

En général, elles ont trait à la fécondité de la terre et des femmes que la « balle » transmettrait.

Le Déclin et la Résurgence de la Soule

Le jeu de soule, largement pratiqué jusqu'en 1789, s'éteignit doucement par la suite. Cependant, il a connu une résurgence dans certaines régions de France, notamment dans les Hauts de France ou la Normandie. Certains scouts ramènent également ce jeu à la mode qu'ils nomment sioul. Depuis des décennies, la tradition de la choule (ou soule) se perpétue à Tricot, une commune entre Roye et Compiègne, dans l’Oise. Comme tous les lundis de Pâques, les villageois ont organisé une nouvelle rencontre de ce jeu médiéval, ancêtre des sports modernes que sont le foot et le rugby. À Tricot, la rencontre oppose annuellement les hommes mariés aux célibataires, selon des règles très succinctes. Il faut traverser la rue principale pour amener le « choulet », une sorte de ballon, dans le camp adverse et l’envoyer au-dessus d’une maison identifiée. Tous les coups, ou presque, sont permis.

La Soule et le Rugby : Un Lien Indéniable

L'influence de la soule sur le développement du rugby est un sujet de débat parmi les historiens du sport. Certains considèrent la soule comme un ancêtre direct du rugby, tandis que d'autres mettent en avant l'importance des jeux pratiqués dans les écoles anglaises au XIXe siècle.

Lire aussi: Le journalisme sportif féminin en plein essor

Quoi qu'il en soit, il est indéniable que la soule partage certaines caractéristiques avec le rugby, notamment l'importance du contact physique, la notion de conquête de territoire et l'utilisation d'un ballon. Loudcher Jean-François, « La soule, ancêtre du rugby ? D’une pratique culturelle à un fait de civilisation », in Patrick Porte et Jean-Yves Guillain (dir.), La planète est rugby, Regards croisés sur l’ovalie.

L'Angleterre et la genèse du Rugby

Soyons francs : ce n’est parce que la France organise cet automne la Coupe du monde de rugby que l’on va soudain affirmer que le pays hôte de la compétition est le terroir par excellence du rugby. À cela une bonne raison : le petit monde de l’Ovalie n’est pas né dans l’Hexagone mais en Grande-Bretagne, en vertu d’un épisode bien connu des amateurs.

L’histoire des origines est ainsi balisée : elle renvoie à la ville de Rugby, au centre de l’Angleterre, et surtout à un jeune homme, William Webb Ellis. Celui-ci, un jour de 1823, s’empare du ballon pendant un match de football et se précipite pour aller l’aplatir derrière la ligne de but, faisant fi de toutes les règles en vigueur. Cet acte fondateur, qui précipite l’avènement du rugby moderne, permet à l’intéressé de rentrer dans la postérité : le trophée qui récompense le pays vainqueur du Mondial de rugby s’appelle tout simplement la Coupe William Webb Ellis.

La vérité oblige à dire que certains historiens patentés du sport ont toujours douté de la véracité de cet épisode. Au moment d’évoquer les racines du rugby, ils plaident plutôt pour une lente évolution de la soule, un jeu né au Moyen Age qui consiste à porter dans le camp adverse une pelote de chiffon. Quelles sont les règles ? À dire vrai, il n’y en a pas vraiment, tous les coups étant permis entre les protagonistes des deux équipes pour pousser la balle - soit à l’aide du pied, soit à l’aide d’une crosse, car il existe deux variantes. De là à dire que le rugby est un sport brutal, il n’y a qu’un pas, ce à quoi les afficionados répondront que le petit monde de l’Ovalie a toujours été très codifié.

Quoi qu’il en soit, presque cinquante ans après la course folle de William Webb Ellis, la Rugby Football Union est portée sur les fonts baptismaux, signe qu’en 1871, ce sport gagne en audience. Effectivement, cette même année, le 27 mars, se déroule le premier match international de l’histoire, opposant à Edimbourg l’Écosse à l’Angleterre. Devant 4 000 spectateurs, aucun essai n’est inscrit pendant la première période qui se termine par un score nul et vierge, avant que les Ecossais n’emportent la décision en seconde mi-temps. Quelques années plus tard, en 1879, est instituée la Calcutta Cup, un trophée attribué au vainqueur du match entre l’Écosse et l’Angleterre et qui a franchi les époques puisqu’il est toujours d’actualité dans le cadre du Tournoi des Cinq nations (devenu celui des Six nations depuis l’intégration de l’Italie en 2000).

Lire aussi: Triomphe, transformation et réconciliation : Les Springboks

tags: #ancetre #du #rugby #en #france #au