Le hockey sur glace français est riche en rivalités passionnantes, et parmi celles-ci, l'opposition entre Amiens et Briançon occupe une place de choix. Cette rivalité, ancrée dans l'histoire des deux clubs, a connu des moments épiques, des tensions palpables et des enjeux considérables. Des confrontations mémorables en Ligue Magnus aux derbys alpins enflammés, Amiens-Briançon est bien plus qu'un simple match de hockey, c'est un affrontement entre deux villes, deux cultures et deux visions du sport.
Les origines d'une rivalité passionnée
L'histoire du hockey à Briançon remonte à 1934, tandis que Grenoble a fêté ses 50 ans d'existence récemment. Ces deux clubs ont marqué l'histoire du hockey français, et leurs confrontations ont souvent été synonymes de spectacle et d'intensité.
L'un des moments clés de cette rivalité est sans aucun doute la demi-finale des play-offs de Ligue Magnus 2007, remportée par Grenoble en cinq manches tumultueuses. Les Brûleurs de Loups avaient ensuite profité de leur élan pour s'adjuger le titre de Champion de France. L'année suivante, Briançon avait pris sa revanche en l'emportant au même stade de la compétition 3-0 avant de s'incliner en finale face à Rouen (0-3).
En 2009, les deux équipes s'étaient retrouvées une fois de plus, mais cette fois-ci en finale. La rivalité ne s'arrête pas à la Ligue Magnus : les deux dernières victoires de Grenoble en Coupe de la Ligue (2009 et 2011) se sont faites aux dépends de Briançon ! A chaque fois, les Diables Rouges se sont inclinés de justesse, 4-3 après prolongation.
La taille du palmarès est donc à l'avantage des Grenoblois, qui cumulent 6 titres de Champion de France, 2 Coupes de France et 3 Coupes de la Ligue. Les Briançonnais n'ont eux encore jamais remporté la Ligue Magnus et possèdent une vitrine de trophées assez récente, constituée d'une Coupe de la Ligue conquise en 2012 et deux Coupes de France (2010 et 2013).
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Cette saison, il n'y a eu qu'une seule confrontation entre les deux rivaux. C'était lors de la 3e journée de championnat et Grenoble avait remporté ce match « aller » sur le score de 2-0.
Le Winter Game 2013 : Un sommet de la rivalité
Le Winter Game 2013, qui a vu les Brûleurs de Loups de Grenoble affronter les Diables Rouges de Briançon, restera certainement un événement marquant de l'histoire du hockey pendant très longtemps. Ce derby alpin avait tout pour être l'affiche parfaite de cette première rencontre à ciel ouvert dans l'Hexagone.
Les supporters présents au Stade des Alpes en ce dimanche 22 décembre 2013 se souviendront pendant longtemps de ce premier Winter Game français. Les Briançonnais frappent les premiers à la 13e minute de jeu par l'intermédiaire de Denny Kearney, aidé pas une double supériorité (1-0). Labrecque imite son coéquipier quatre secondes plus tard en offrant le break à son équipe (2-0). Le deuxième acte vient à peine de commencer lorsque Toby Lafrance surgit pour réduire la marque en supériorité numérique (2-1, 21e). Ce but transcende le public du Stade des Alpes qui pousse son équipe. Le match est totalement relancé. Pas pour longtemps. Les Diables Rouges reprennent le contrôle de la partie à la 26e minute de jeu grâce à un but de Golicic (3-2). Cette nouvelle réalisation sonne comme un coup de massue pour les locaux. Le temps presse pour les Brûleurs de Loups. Malheureusement pour eux, ces derniers encaissent un nouveau but de Damien Raux (5-2, 51e). Le match est plié… ou presque. Les dernières secondes de la rencontre sont complètement folles.
Briançon Champion de France 2014 : L'apogée d'une génération
La date du 6 avril 2014 restera gravée à jamais dans l'histoire du club de Briançon. Ce jour-là, un véritable séisme sportif a fait trembler les célèbres fortifications de Vauban et provoquer un enthousiasme mémorable parmi tous les habitants de la célèbre citadelle des Hautes-Alpes. Pour remporter le titre de champion de France dans la Ligue Magnus pour la première fois de leur histoire, les « Diables Rouges » ont transformé ce jour-là leur patinoire en un véritable enfer incandescent. A tel point que les « Ducs » d’Angers, leurs malheureux adversaires, ont eu le souffle beaucoup trop court et les jambes coupées à une altitude de 1326 mètres.
Le club de Briançon, qui avait déjà disputé en vain trois séries finales de la Ligue Magnus dont deux successives (en 1988 contre le Mont-Blanc puis en 2008 et 2009 face à Rouen puis Grenoble), a ainsi réussi à atteindre enfin le sommet d'une autre sorte de « montagne » qui semblait jusque-là inaccessible. Coach : Luciano Basile (Canada).
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Descente aux enfers et difficultés financières
Malheureusement, au cours des mois qui suivirent cet événement sensationnel l'euphorie laissa vite la place à une grande désillusion au sein de la population. Car c'est une véritable descente aux enfers progressive qui attendait le vieux club des Hautes-Alpes créé en 1934. La chute sportive fut si dure que ses effets néfastes perdurent malheureusement encore aujourd'hui.
La « traversée du désert » du club de Briançon commença d'abord avec un pied-de-nez douloureux et très vexant puisque finalement le choix du fameux Luciano Basile, qui allait être élu à quatre reprises meilleur entraîneur de la Ligue Magnus, fut de « partir en beauté » et il décida donc de ne pas renouveler son contrat juste après le triomphe retentissant de son équipe. Pour tourner encore la crosse dans la plaie, lors de la saison qui suivit le titre historique de champion de France, le club professionnel de Briançon fut éliminé dès les quarts de finale par… Angers qui prit donc sa revanche de la fameuse finale.
En effet, en 2016 les Diables Rouges furent relégués en Division 1 après avoir terminé seulement onzièmes au classement de la ligue Magnus. La mobilisation des forces vives locales, qui représentent malheureusement un trop petit « marché » à Briançon, si on inclut les élus et les partenaires, ne suffirent pas à faire revivre au club ses heures fastes d'antan. Pendant ce « trou d'air » sportif la rigueur n'était plus la même dans les vestiaires et, preuve du malaise, pas moins de six entraîneurs se repassèrent rapidement la « patate chaude » pour essayer en vain de mettre un terme à cette spirale défaitiste : Patric Wener, Alexis Billard, Claude Devèze, Eric Medeiros, Daniel Sedlak et Ramon Sopko. Signe également de la fragilité de l'édifice, en 2021, l'ancien président Bernard Rouillard dût reprendre la direction du club amateur car il n'y avait pratiquement plus de jeunes joueurs dans l'école de glace locale.
Depuis son retour dans la Ligue Magnus au mois de septembre 2019, le passage régulier devant la Commission Nationale de Suivi et de Contrôle de Gestion (CNSCG) n'a donc pas cessé d'être une épreuve difficile. D'autant que lors de la saison 2019-2020 le retour dans la Ligue Magnus fut catastrophique puisque les Diables Rouges furent éliminés des play-offs pour avoir terminé à la 11e et dernière place.
Dès le mois de décembre 2023, le Président Guillaume Lebigot avait émis son souhait de repartir dans la division inférieure. Mais la FFHG ne l'a pas entendu de cette oreille. Ce maintien forcé s'explique par le fait que la FFHG a voulu protéger la Ligue Magnus composée de 12 clubs et ne pas risquer d'organiser un championnat bancal à onze clubs seulement, voire réduit à dix. La Division 1 étant a priori complète et sans candidat sérieux pour la montée chez les pros de l'élite, le club de Briançon risquait donc, s'il restait intransigeant, de repartir en Division 2.
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Toujours bloquée cette saison dans le bas du classement malgré quelques victoires grâce à une réaction d'orgueil, l'équipe de Briançon, entraînée désormais par le Hongrois Marton Vas (ancien joueur du club de 2006 à 2009) ne se fait pas d'illusion car elle ne dispose pas d'un fond de banc assez fort avec seulement neuf renforts étrangers et seize français dans son effectif.
Fusion Gap-Briançon : Une solution d'avenir ?
Concernant le projet de fusion proposé avec insistance par Guillaume Lebigot, il part certes d'un bon sentiment et semble théoriquement logique sur le plan économique en cumulant deux budgets qui ont de la peine à dépasser chacun les 1,5 million d'euros. Mais, sera-ce suffisant et est-ce vraiment la solution miracle ?
Après l'expérience cuisante en 2016 des éphémères « Pionniers » de la Haute-Savoie qui ont regroupé très momentanément dans la Ligue Magnus les clubs de Chamonix et de Morzine, séparés par une distance pourtant plus courte de 70 kilomètres, cet échec prévisible au bout d'une saison seulement me laisse du coup très dubitatif. Surtout concernant l'engouement supposé que susciterait ce nouveau « mariage forcé » auprès des spectateurs potentiels qui existent dans les deux grands fiefs des Hautes-Alpes.
L'ancien hockeyeur de Briançon Patrick Peythieu, qui travaillait au service des sports de la ville puis fut directeur de la patinoire pendant six ans, me suggère une autre solution qui serait en l'occurrence iconoclaste : « Je ne crois pas que les deux clubs soient vraiment irréconciliables, surtout s'il s'agit de leur survie malgré une rivalité ancestrale que l'on constate lors du derby local traditionnel qui suscite toujours beaucoup de passion dans notre région. Pourquoi ne pas imaginer par exemple que le club de Gap, qui a un budget un peu plus élevé malgré sa modestie, reste toujours en compétition dans la Ligue Magnus et que le club de Briançon se contente de disputer le championnat de la Division 1. De ce fait, mon club d'origine serait en quelque sorte le club réserve de Gap ce qui permettrait, avec un centre commun de formation et grâce aux licences bleues, des échanges pour faire évoluer des jeunes espoirs au plus haut niveau. Prendre l'exemple de Grenoble avec Chambéry et Vaujany.
L'empreinte des Diables Rouges dans le hockey français
Malgré sa situation préoccupante, il est nécessaire de rappeler que le club de Briançon mérite le respect car il a été sacré champion de France dans toutes les divisions du hockey sur glace français de la Magnus à la Division 3 ! Par ailleurs, preuve que la ville de Briançon reste un grand bastion de notre discipline, elle a organisé dans sa patinoire de grands événements internationaux comme les Championnats du monde féminin de hockey en 2001 ainsi que trois Championnats du monde juniors masculins (U20 et U18) en 2002, 2003 et 2004. Briançon remporte, avec suspense, sa seconde Coupe de France et son troisième trophée en trois ans.
Que ceux qui ne sont pas cités ici me pardonnent. Mais tous ces noms célèbres prouvent bien que le club de Briançon, qui subit donc actuellement un passage à vide difficile, reste malgré tout un fief historique important et très attractif du hockey sur glace français. Comme c'est d'ailleurs le cas également du club voisin de Gap, l'autre grand fief du département des Hautes-Alpes, victime lui-aussi d'une grosse baisse de régime tout aussi inquiétante en restant désormais dans le bas du classement.