Chaque confrontation entre la France et l’Angleterre en rugby est marquée par une intensité rare, un parfum de rivalité historique et un enjeu souvent symbolique et honorifique. Ce duel, que les amateurs de l’ovalie appellent "Crunch", dépasse le simple cadre sportif. L’origine exacte du terme reste floue, mais il s’est imposé au fil du temps pour qualifier cette opposition si particulière. En anglais, "crunch" signifie "moment décisif", ou "choc majeur". Et c’est bien ce que représente ce match, souvent crucial dans le Tournoi des 6 Nations. Au-delà du sport, cette rivalité puise ses racines dans une longue histoire entre les deux nations, jalonnée de guerres, de tensions et de compétitions.
L'Esprit du "Crunch" : Plus qu'un Match, une Histoire
Le "Crunch", terme popularisé par la presse britannique au début des années 1980, désigne les matchs de rugby opposant le XV de France à celui du XV de la Rose. L'objectif était de créer une tension entre les deux meilleures formations d’Europe. Un match de prestige, synonyme d’engagement, d’affrontement et d’abnégation pour vaincre le rival. Ce samedi 8 février, place à un nouveau Crunch, à une nouvelle page d’histoire (17h45, 2e journée du Tournoi). La France et l’Angleterre vont s’affronter pour la 112e fois de leur histoire. Et avant ce rendez-vous toujours très attendu, le bilan penche en faveur du XV de la Rose, qui compte 60 succès contre 44 victoires pour les Bleus (7 matchs nuls).
"Swing Low, Sweet Chariot" : L'Hymne Anglais Controversé
Si les supporters français encouragent leur équipe avec des chants patriotiques, les supporters anglais ont l'habitude d'entonner le "Swing Low, Sweet Chariot". Entonnée à l'envi par les supporters anglais, la ritournelle est devenue le véritable hymne du rugby outre-Manche depuis plus de 30 ans. Il est souvent plus difficile d'expliquer d'où elle vient, et surtout sa signification, sinon qu'elle n'annonce rien de bon pour l'équipe d'en face. Ce texte qui débute "Swing Low, sweet Chariot" ("Balance-toi doucement, doux char", en français), et se poursuit par "Coming for to carry me home" ("Venu pour me ramener chez moi") est à l'origine une ode à la libération des esclaves.
Écrit peu avant 1862 par un esclave noir, Wallace Willis, ce texte comporte plusieurs paragraphes mais seuls les deux premiers vers sont entonnés dans les stades où joue l'Angleterre depuis le 19 mars 1988. Ce jour-là, les Anglais accueillent les Irlandais dans leur temple de Twickenham pour le dernier match du Tournoi des V Nations (l'Italie ne participe pas encore). Ces années sont difficiles pour le "XV de la Rose" et ses supporters, l'équipe a perdu 15 de ses 23 derniers matchs dans le Tournoi, n'inscrivant qu'un seul essai à domicile en deux ans de compétition. Et la disette continue : l'Irlande mène 3-0 à la mi-temps et le public anglais commence à voir se profiler une nouvelle défaite.
Mais au retour des vestiaires, c'est le déclic. Les Anglais se reprennent et inscrivent six essais, dont trois pour le seul Chris Oti dont c'est le premier match à Twickenham. Premier joueur noir à pratiquer ce sport de blancs dans ce stade depuis 80 ans, Oti assure la victoire (35-3) aux siens grâce à trois autre essais et entend au fil du match, comme les 29 autres joueurs sur la pelouse, monter une chanson des tribunes. C'est "Swing Low, Sweet Chariot", la chanson des esclaves. Tout est en fait parti d'un groupe d'élèves de l'école bénédictine Douai de Upper Woolhampton. Venus des environs de Reading pour assister à la rencontre, ils expriment leur joie de voir (enfin !) leur équipe inscrire un essai en chantant l'hymne de leur propre équipe de rugby. D'abord un peu seuls, ils sont petit à petit rejoints par leurs voisins et propagent l'hymne festif à tout le stade.
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En plein contexte de lutte contre le racisme après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, et à l'heure où, dans le monde entier, les monuments en lien avec l'esclavagisme dont déboulonnés, la Fédération anglaise de rugby (RFU) a décidé de se pencher sur ce chant dont les origines remontent à l'esclavage. Repris dans les années 1930 pour dénoncer la condition des Noirs, l'histoire d'amour entre le peuple anglais et « Swing Low, Sweet Chariot » pourrait toutefois s'arrêter net.
"Delilah" : Un Chant Gallois Banni des Tribunes
La chanson "Delilah" est un classique dans les tribunes du Millennium Stadium, l’antre de l’équipe nationale de rugby galloise, mais un classique désormais interdit d’entonner. La Fédération demande aux supporters de ne plus chanter cette chanson populaire de Tom Jones, et notamment samedi, lors du premier match du tournoi des six nations contre l’Irlande à Cardiff. Elle suscite la controverse à cause de ses paroles. Elle décrit le meurtre d’une femme par son partenaire jaloux. Un féminicide raconté dans les paroles.
Cette décision de la fédération peut apparaître comme un contre-feu. Elle intervient à un moment délicat pour les arcanes du rugby gallois. Sa direction connaît des remous depuis la diffusion d’un documentaire de la BBC. Le directeur général de la WRU a démissionné, après des allégations de sexisme, de misogynie et de racisme dans ses rangs. Deux femmes se sont plaintes d'une "culture toxique", un autre ancien employé a entendu des propos racistes lors d’une réunion de travail. L'ancienne responsable du rugby féminin du Pays de Galles assure qu'elle avait envisagé de se suicider. Reste à savoir si les supporters du XV du Poireau suivront.
Les Termes Spécifiques du Rugby
Le monde du rugby est riche en termes spécifiques, souvent imagés et parfois déroutants pour les non-initiés. Voici quelques exemples :
- 50:22 : Le 50:22 offre un avantage à l’équipe en possession du ballon si celle-ci trouve depuis son camp (avant la ligne des 50 mètres) une touche indirecte dans les 22 mètres adverses.
- Annonce : Phrase ou mot-clé, si possible incompréhensible pour l'adversaire, prononcé par un joueur de l'équipe attaquante pour lancer un enchaînement répété à l'entraînement.
- Avantage : Règle appliquée par l'arbitre qui a le droit de laisser une action se dérouler, même si une faute de l'adversaire a été commise, si l'action est favorable à l'équipe qui n'a pas fait de faute.
- Caramel : Plaquage violent ou spectaculaire.
- Chistera : Passe effectuée dans le dos, en jetant le bras vers l'arrière, généralement par un demi de mêlée.
- Cravate : Placage à hauteur du cou ou du visage effectué le bras tendu.
- Cuillère (faire une) : Faire perdre l'équilibre à un adversaire en pleine course en tapant légèrement l'une des chevilles pour que celle-ci vienne se placer derrière l'autre provoquant ainsi un croc-en-jambe.
- Déblayage : Action consistant à écarter en le poussant un adversaire qui gêne la sortie du ballon dans un regroupement.
- Essai : Action consistant pour un attaquant à aplatir le ballon dans l'en-but adverse. L'essai vaut aujourd'hui 5 points.
- Gratter (un ballon) : Action consistant à récupérer le ballon dans un regroupement ou un ruck.
- Haka : Chant guerrier issu de la culture māori.
- JIFF (joueurs issus des filières de formation) : Règlement entrant en vigueur lors de la saison 2010-2011 du Top 14 qui a pour but de donner plus de place aux joueurs formés en France.
- Maul (anglais : « malmener »), aussi appelé ballon porté : Constitué par un joueur debout portant le ballon, un ou plusieurs adversaires et un ou plusieurs coéquipiers qui sont liés à lui.
- Pénaltouche : Pénalité tapée en touche aux abords de la ligne adverse.
- Raffut : Le joueur lancé en possession du ballon le place sous un bras et se sert de l’autre pour repousser l’adversaire et l’empêcher de le plaquer.
- Tampon : Placage très violent qui vous fait reculer contrairement à l’arrêt-buffet .
- Turn over : Encore un mot anglais pour désigner un ballon rendu à l’adversaire en général dans un ruck ou à partir d’une erreur de manipulation.
Le Rugby : Un Sport Complexe et Passionnant
Avouons-le, un sport qui donne à ses joueurs comme objectif d’aller de l’avant pour marquer des points avec l’obligation d’envoyer toujours le ballon derrière soi peut d’emblée dérouter l’esprit le plus cartésien. En deux siècles, pas un prix Nobel de physique n’a réussi à trouver une formule capable d’expliquer pourquoi le rebond du ballon ovale s’orientait un coup devant, un coup derrière, un coup à droite, un coup à gauche. Parfois même de travers. Les règles du Quinze ? Accusé de corseter la croissance du pays et de donner à nos chefs d’entreprise des envies de tout plaquer, le code du travail français est un aimable manga à côté de l’épais « dictionnaire des lois du jeu de rugby » que les arbitres doivent non seulement ingurgiter mais encore réciter sur le terrain aux joueurs et au téléspectateur après chaque coup de sifflet. Si "botter en touche", "transformer l’essai", "renvoyer dans ses 22" sont devenues des expressions populaires au-delà du champ de jeu, la suite reste une affaire d’initiés.
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L'Énigme de la Mêlée
Comme la mêlée, qui est au rugby ce que la cathédrale est à la religion catholique pas seulement parce qu’elle repose aussi sur des piliers. Ses codes resteront à jamais indéchiffrables pour qui n’a pas appartenu à la caste dite du « cinq de devant », laquelle a pour signes distinctifs le profil cubique et l’oreille en chou-fleur, et pour règles absolues la restitution coup pour coup pendant le match et la confraternité devant le comptoir après le match. Ce jeu devient carrément une affaire d’experts s’il faut en plus expliquer les déviations et autres défoulements masqués dans les « groupés pénétrants », déceler les entrées latérales interdites dans le ruck et identifier les écrans plus ou moins licites dans la ligne d’attaque. Ils sont désormais sanctionnés par un autre écran, celui de la vidéo, cet assistant aussi précieux pour l’arbitre qu’énervant pour le téléspectateur.
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