Abdelatif Benazzi, né le 1er septembre 1968 à Oujda, au Maroc, est bien plus qu'un ancien joueur de rugby international français. Son parcours exceptionnel, tant sur les terrains que dans son engagement associatif, en fait une figure emblématique. De ses débuts à Oujda à ses titres de champion de France avec le Stade Français, en passant par son rôle de capitaine du XV de France, Benazzi a marqué l'histoire du rugby français. Aujourd'hui, il continue d'inspirer à travers son association Noor et sa collaboration avec la marque Religion Rugby.
Des débuts au Maroc à la découverte du rugby
Abdelatif Benazzi grandit à Oujda, au sein d'une importante famille d'origine noble. Surnommé « Tabbouz », il découvre le rugby à l'âge de 14 ans, après s'être essayé au football et à l'athlétisme. À cette époque, le rugby est un sport peu populaire au Maroc, considéré comme un sport de voyous importé par les Français. Pourtant, Benazzi a une révélation grâce à un éducateur, Souilmi, qui lui apprend les rudiments du rugby. À 16 ans, il rencontre Reinhard Janik, un Allemand qui l'initie aux subtilités du rugby au sein du club d'Oujda, la meilleure équipe du Maroc. Il est sélectionné en équipe junior marocaine en 1985.
L'ascension fulgurante en France
Remarqué par des clubs français lors de tournées en Europe, Benazzi rejoint le club de Cahors en 1988. Il parle à peine le français, mais trouve rapidement sa place sur le terrain et devient le meilleur marqueur d'essais du Championnat de France de rugby à XV de 2e division 1988-1989.
Son talent attire l'attention du SU Agen, l'un des meilleurs clubs français de l'époque, où il joue aux côtés de son idole, Philippe Sella. Cependant, son arrivée à Agen est difficile. Ses nouveaux coéquipiers du pack le rejettent, et les entraînements tournent au pugilat. Il met six mois à gagner sa place et à faire taire ceux qu'il dérange. Au terme de la saison 1989-1990, il est titulaire lors de la finale du championnat de France contre le Racing Club de France.
L'épopée en équipe de France
En 1990, une sélection avec l'équipe du Maroc faillit l'empêcher de jouer en équipe de France, mais Jacques Fouroux le sélectionne finalement. Le 27 octobre 1990, il joue son premier match avec les Barbarians français contre la Nouvelle-Zélande à Agen.
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Il participe à la Coupe du Monde 1991 puis en 1993, il est sélectionné pour une tournée en Afrique du Sud. En 1994, il fait partie de la tournée de l’équipe de France en Nouvelle-Zélande. Double victoire consécutive face aux All Blacks, performance unique dans l’histoire de l’équipe de France.
En 1995, il participe à sa deuxième Coupe du monde, lors de l'édition organisée en Afrique du Sud. L’équipe de France et Benazzi passent le premier tour en arrachant la victoire contre l’Écosse. Puis ils se qualifient pour les demi-finales en disposant de l’Irlande. Et c’est contre les Springboks que la France va jouer sa place en finale. Le 17 juin 1995, à Durban, sur les bords de l’Océan Indien, la pluie ne cesse de tomber transformant la pelouse en rizière, le match est injouable. Le coup d’envoi est retardé d’une heure et demie. Le match se déroule dans des conditions météorologiques dantesques. Benazzi marque à deux minutes de la fin, l’essai qui ouvre à la France les portes du paradis. Mais l’essai est refusé pour quelques centimètres.
En novembre 1996, Benazzi est nommé capitaine de l’équipe de France par la volonté du président de la Fédération. Lors du tournoi des cinq nations 1997, la France bat l’Angleterre chez elle à Twickenham lors d’un match à rebondissements. Lors du dernier match, contre l’Écosse au Parc des Princes, Benazzi marque le premier essai français. La même année, Benazzi est nommé au Haut Conseil à l’Intégration par Jacques Chirac. Il va y passer trois ans sous la direction de Simone Veil. Mais à partir du deuxième semestre 1997, Benazzi va voir en quelques mois son étoile pâlir. Après une tournée maussade en Australie, l’équipe de France subit une véritable déroute contre l’Afrique du Sud au Parc des Princes en novembre 1997. En tant que capitaine et « ancien », il est mis au banc des accusés.
En 1999, après plus de douze mois de galère physique, il est sélectionné « in-extremis » pour sa troisième Coupe du monde. Après un début de compétition laborieux, à l’instar de toute l’équipe de France, il joue sa deuxième demi-finale de Coupe du monde contre des All Blacks archi-favoris emmenés par Jonah Lomu. Après un match historique et un incroyable retournement de situation, la France bat la Nouvelle-Zélande et se qualifie pour la finale. La finale oppose l’Australie à la France, le 6 novembre 1999. Le 9 mars 2000, il reçoit les insignes de chevalier de la Légion d’honneur des mains de Martine Aubry, alors ministre de l’emploi et de la solidarité.
L'après-carrière : entre engagement associatif et projets entrepreneuriaux
Après sa carrière de joueur, Benazzi s'investit dans plusieurs projets. Il rejoint le club anglais des Saracens, où il retrouve François Pienaar, le capitaine des Springboks sud-africains qui avaient battu la France en finale de la Coupe du Monde 1995.
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Parallèlement, il crée l'association Noor, qui œuvre pour l'amélioration des conditions de vie des enfants au Maroc, notamment par la construction et la rénovation d'écoles dans les régions rurales. Il est également ambassadeur de la marque aux XV valeurs, Religion Rugby, avec laquelle il a créé une collection de vêtements de rugby.
La collection Benazzi : un hommage au rugby et à ses valeurs
La collection Benazzi, née d'une collaboration entre Abdelatif Benazzi et la marque Religion Rugby, propose des vêtements de rugby au style unique et élégant. Chaque pièce est travaillée avec soin pour offrir un produit de qualité et durable. Les designs sont réfléchis pour offrir des produits uniques et originaux. La collection Benazzi est un hommage au parcours exceptionnel d'Abdelatif Benazzi. Ce joueur de légende du rugby français a su marquer les esprits par sa ténacité et son engagement sur le terrain. La collection se compose de t-shirts, de polos, de sweats et de chemises de rugby.
Un homme engagé pour l'intégration et l'éducation
Tout le monde connaît Benazzi le gladiateur mais moins nombreux sont ceux qui connaissent Benazzi le bienfaiteur. De Oujda à Cahors, du Maroc à la France, de l’engagement des terrains de rugby à celui pour le monde associatif, Abdelatif Benazzi est un homme aux multiples combats, des combats toujours menés pour des nobles causes et dans le respect de l’adversaire. D’ailleurs, Abdel me confie combattre des idées et jamais des personnes. C’est cette assertion qui sera le fil directeur de cette article. Premier joueur d’origine maghrébine à devenir joueur de l’équipe de France, il compte 78 sélections tricolores et portera le brassard de capitaine à 10 reprises. Son engagement pour le rugby n’est pas à démontrer, guerrier sur le terrain, son physique impressionnant et ses qualités de sauteur le feront régner pendant plusieurs années sur la touche française. 8 tournois des V/VI nations à son actif dont un grand chelem en 1997 en tant que capitaine, participation à 3 coupes du monde font de Abdel un personnage emblématique du rugby français.
Nommé au Haut Conseil à l’intégration par Jacques Chirac en 1997, il y passe trois années sous la direction de Simone Veil. Attaché aux valeurs républicaines de la France, son expérience sportive et sa sagesse lui permettent d’avoir un œil aiguisé sur les questions sensibles de l’intégration et du respect des autres en faisant toujours la part des choses entre la sphère privée et l’espace public. Promu chevalier de la légion d’honneur en 1999 et décoré de l’ordre national du mérite en 2008, il possède les deux distinctions les plus honorifiques décernées par l’État français.
Abdel déclare que « notre sport est en danger » car la valeur fondamentale de l’éthique est galvaudée. Lorsqu’il était joueur, le rugby lui appris l’importance du collectif et sa primauté sur l’individualisme, la force du respect et le devoir d’exemplarité. Celui qui le porte est pour un temps investi d’une mission qui le dépasse, il porte quelque chose de bien plus grand que lui, il incarne le temps d’un match une nation et son cortège de valeur. Dans une société fragmentée, l’éducation est le socle qui permet de bâtir un avenir meilleur. C’est cette idée qui a poussé Abdel a crée en 2003 l’association Noor qui signifie lumière en arabe. L’objectif de cette association est de rénover ou de construire des écoles dans des régions rurales et isolées du Maroc. La lutte contre la précarité de l’éducation est un réel enjeu au Maroc car même si l’école est gratuite et obligatoire depuis 2002, certains territoires mal desservis obligent les enfants à effectuer plusieurs heures de marche pour aller à l’école quand ils ne sont pas obligés de travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Abdel a très vite compris que la lumière était sacrée et cela pour plusieurs raisons.
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C’est justement l’objet de l’Oriental Legend. Ce tournoi met la lumière à la fois sur l’association Noor mais également sur toute une région du Maroc. Une région qui pourra bénéficier de retombées économiques positives et qui pourra ainsi poursuivre son développement à travers un tourisme raisonné. Cercle vertueux, les enfants qui habitent dans cette région grandiront et pourront trouver du travail plus facilement et apporter à leur tour leur pierre à l’édifice. L’oriental Legends réunira durant deux tours (36 trous), 24 sportifs de haut niveau qui seront associés à des personnalités du sport, à des célébrités et à des chefs d’entreprise marocains et européens. Abdelatif Benazzi est ambassadeur la marque aux XV valeurs depuis 4 années. Il représente la valeur générosité au sein de notre identité. Nous sommes fiers de contribuer à la réussite de son projet en sponsorisant depuis désormais deux années l’Oriental Legends. Chaque participant sera vêtu d’un polo religion rugby brodé à l’effigie de l’association.
Anecdotes et souvenirs
Abdelatif Benazzi est une grande figure du rugby français. C'est tout cela que l'ancien deuxième et troisième ligne du SU Agen et des Bleus raconte cette semaine dans le podcast "Belle Trace", sur Eurosport. Au micro de Florence Masnada, qu'il connaît bien, Benazzi évoque notamment sa découverte, presque par hasard, de ce sport qui ferait sa gloire :"A 14 ans, je faisais 120 kilos mais pas en muscle. J'étais introverti. Il a fallu que je me prenne en main physiquement et l'athlétisme, c'était le sport idéal pour ça, pour perdre du poids et gagner de la puissance. Jusqu'au jour où un professeur m'a dit 'Abdelatif, il y a un sport qui ne peut être que pour toi, c'est le rugby'. J'avais déjà 15 ans. Je lui ai dit 'Je ne connais pas les règles'. Il m'a répondu 'Avec toi, les règles sont simples : tu prends le ballon, tu vois la ligne derrière ? Tu vas tout droit !' C'est une règle que j'ai gardé toute ma vie !"
Abdelatif Benazzi se souvient des "lettres anonymes, des mots sur la porte" lors de ses premiers pas à Agen. Un racisme qui l'a "choqué". Mais très vite, il va faire taire ceux qu'il dérange en se rendant incontournable. Compte tenu de la stature du SUA à l'époque, ce n'était pourtant pas simple. "Il y avait 11 internationaux, rappelle-t-il. Sella, Dubroca, Berbizier… Nous étions douze recrues cette année-là. Au bout de trois mois, je suis le seul à être resté, tellement c'était dur. Ce n'était pas une question de discrimination, c'était la difficulté d'intégrer cette équipe. J'ai mis six à sept mois avant de jouer mon premier match. Il n'y a pas d'excuses, ajoute-t-il. Il n'y a pas 40 voies. Il faut travailler. Si vous voulez gagner votre place, il faut travailler plus que les autres."
Le premier à lui faire confiance en équipe de France s'appelle Jacques Fouroux. "Il voyait en moi un grand potentiel", explique Benazzi. Mais sa première cape, en Australie, vire au fiasco. Surmotivé par Fouroux, il croit "partir à la guerre", "marche sur un Australien" et prend un carton rouge au bout de 13 minutes. "C'est le dernier que j'ai pris. J'ai retenu la leçon", rigole-t-il aujourd'hui.
Parmi ses grands souvenirs, les confrontations avec les All Blacks. "Sept fois, pour quatre victoires", dit-il fièrement. Après les tournées en Nouvelle-Zélande, il restait sur place pour tenter de s'imprégner de ce rugby à part. "Je voulais comprendre ces personnages, cette équipe, ce mythe. Pourquoi, sur 100 matches, ils en gagnent 90 ? Ils sont dans une remise en question permanente, toujours dans l'évolution. Ils sont toujours en avance par rapport aux autres. Dans les entraînements, les combinaisons, mais aussi par l'intervention de chercheurs, pour proposer un modèle qui devance tout le monde."
Et le haka ? "Le haka, c'est un plus, juge Benazzi. C'est quelque chose qui m'a effrayé au début. Pour mon premier haka, je ne vous cache pas que j'ai regardé dans mon pantalon pour voir ce qu'il y avait. Tu mets une demi-heure pour rentrer dans le match. Et quand tu réalises, c'est trop tard, il y a déjà eu deux essais."
Transmission et héritage
Aujourd'hui, que ce soit dans le rugby à travers le projet "Ovale Ensemble", qui représente l'opposition au sein de la FFR, ou auprès des enfants marocains avec son association "Noor", il souhaite être dans le partage. "Le rugby, c'est un mode de vie. Le mot transmission est capital pour moi. Quand on a vécu des choses importantes, il faut savoir les partager, les transmettre aux générations futures. C'est ce qu'on m'a dit à Agen. Le club a 100 ans. Je l'ai remis à la fin, propre, et je pense avoir laissé une trace."
Sacré parcours, atypique mais remarquable, que celui d'Abdelatif Benazzi, pas peu fier d'avoir été décoré par son pays d'accueil (Chevalier de la Légion d'honneur en 1999, Officier de l'ordre national du Mérite neuf ans plus tard). "Quand j'ai été décoré par le président de la République, j'ai un peu transgressé les règles. J'avais 20 invitations pour l'Elysée, j'en ai pris 40. J'ai voulu que même mon professeur de collège soit présent." Partage et transmission, toujours.
Engagement politique et associatif récent
En 2020, il est candidat pour intégrer le comité directeur de la Fédération française de rugby. Il est présent en 17e position sur la liste menée par Florian Grill et qui s'oppose à Bernard Laporte, président de la FFR. La liste obtient 9 sièges et Abdelatif Benazzi n'est donc pas élu au sein du comité directeur. Lors de l'élection partielle de mai 2023 pour renouveler 12 membres, il intègre le comité directeur avec 11 autres membres de la liste Ovale Ensemble, menée par Florian Grill, qui s'oppose à l'équipe en place. En juin 2023, Florian Grill est élu à la tête de la Fédération française de rugby et Abdelatif Benazzi devient vice-président délégué à l'international lors du comité directeur du 29 juin 2023. Il représente notamment la fédération au sein du Conseil de World Rugby avec Florian Grill et Brigitte Jugla. Il occupe aussi un rôle d'ambassadeur sur les sujets citoyens. En 2024, il est de nouveau candidat lors du renouvellement du comité directeur de la FFR, toujours sur la liste menée par le président sortant Florian Grill. En novembre 2024, il est candidat à la présidence de World Rugby, l'instance qui gère l'organisation mondiale de ce sport. Il est président du comité du Tournoi des Six Nations depuis le 26 mars 2025.