L'histoire du rugby à Argelès-sur-Mer : Une passion catalane

Argelès-sur-Mer et le rugby, c'est une histoire d'amour qui s'écrit depuis au moins 1912, comme en témoigne la plus ancienne photo retrouvée. Cette passion, qui anime la ville depuis plus d'un siècle, est retracée par l'équipe de la Casa de l'Albera au fil d'une exposition inédite, mêlant articles d'époque, souvenirs, témoignages et photos d'hier et d'aujourd'hui.

Les racines du rugby à Argelès-sur-Mer

À l'origine essentiellement tournée vers l'agriculture, l'économie locale d'Argelès-sur-Mer s'est orientée dès le début du XXe siècle vers le tourisme pour devenir aujourd'hui "la capitale Européenne du camping". Mais malgré cette évolution, les Argelésiens sont restés très attachés à leurs racines et traditions et revendiquent fortement leur identité catalane. Le rugby fait partie intégrante de cette identité, et le club local, l'Étoile Sportive Catalane (ESC), est un symbole de fierté pour la ville.

L'Étoile Sportive Catalane : un club emblématique

L'Étoile Sportive Catalane (ESC) est le club de rugby d'Argelès-sur-Mer. Le club a formé de nombreux joueurs de talent, dont 32 internationaux qui ont porté les couleurs rouge et blanche de l'Étoile. Parmi eux, on peut citer Raymond Enrique, Jean-Jacques Autonès, Laurent Pietrzikowski, André Munoz, Pierre Roux, Christophe Roux, Ludovic Marty, Jean-Claude Casteiltort et Maxime Delonca. Le club compte également 30 éducateurs ou entraîneurs tous diplômés par la F.F.R.

Le rugby est bien plus qu'un sport pour les Argelésiens, il s'agit d'un "moyen éducatif exceptionnel". L'engagement auprès des jeunes, notamment à l'école de rugby d'Argelès, est une source de fierté. Pierre Aylagas cite fièrement des joueurs comme Nicolas Mas, meilleur pilier du monde, ou encore la famille Lièvremont, qui ont grandi sous son aile et ont brillé sur les terrains.

Pierre Aylagas : une figure emblématique du rugby argelésien

Ancien joueur, entraîneur et arbitre, Pierre Aylagas est un nom bien connu dans le département, tant pour son implication dans le monde du rugby que pour son engagement politique. Fils de réfugié espagnol, il se destinait à une carrière dans le football, mais faute de terrain de football, c'est le rugby qui a capté son attention. "J'ai joué au rugby à Argelès-sur-Mer, en junior, avec un sommet en troisième division", raconte Pierre, qui, malgré une carrière modeste en tant que joueur, a trouvé sa vocation dans l'enseignement du rugby. Il est également devenu arbitre jusqu'à l'âge de 50 ans, en première division. Sa passion pour le rugby l'a conduit à entraîner l'équipe de France universitaire, avec laquelle il a décroché le titre de champion du monde en 2017.

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Pour Pierre Aylagas, le rugby est une école de la vie, un moyen d'apprendre la discipline, l'entraide et le dépassement de soi. "Voir des élèves de l'école de rugby s'épanouir et réussir, c'est la plus grande satisfaction", confie-t-il. Aujourd'hui, Pierre met son expérience au service de l'académie Jean-Michel Canet, où il organise un cycle de conférences sur différents aspects du rugby.

L'épopée de 1996 : Argelès face à Toulouse

Un an après le professionnalisme, L’E. S. Argelesienne, club de groupe A2, réussit à se hisser parmi les seize meilleurs clubs français. Une épopée aussi magnifique que cruelle car elle fut sans lendemain. L’époque était déjà impitoyable. En 1996, l'Etoile Sportive Argelésienne s'est retrouvée en huitième de finale du championnat de France, soit dans une sorte de Top 16 informel. Le tout sans l’appui d’un mécène, comme c’est aujourd’hui la « mode ». À leur tête, une figure des Pyrénées-Orientales : Pierre Aylagas, l’homme au CV à faire pâlir d’envie Emmnuel Macron. Le plus fascinant, c’est que l’Etoile Sportive Argelésienne s’est retrouvée en huitième sans avoir jamais joué dans l’Elite, car elle avait profité d’une formule assez baroque. Elle offrait aux meilleurs clubs du Groupe A2 l’opportunité de jouer un barrage face à des pensionnaires de l’Elite, alors appelée A1. Voilà comment l’Etoile Sportive Catalane réussit à battre Nice, 12-9 après prolongation (drop final de Pascal Amalric) pour se retrouver face… au Stade toulousain, l’ogre du rugby français.

Le barrage eut lieu à Chateaurenard, sous une pluie faite parait-il pour niveler les valeurs. Mais l’envoyé spécial de Midi Olympique précisa bien dans son reportage : « Il ne fallait pas se fier aux apparences des étiquettes et de la hiérarchie… Argelès a su renverser les valeurs pour faire figure de vainqueur incontestable. Nice n’a jamais été en position de marquer un essai. Qui était David ? Et qui était Goliath ? Pour le discours d’avant-match, Pierre Aylagas avait dit : « Écoutez, tout le monde nous bade, nos femmes, nos maîtresses, nos enfants, les supporters. On va jouer ce match en sachant qu’on va prendre des points mais avec l’ambition d’être fiers de nous. » Et là, j’entends des voix : « Non pas question ! On est là pour gagner. » Je me souviens particulièrement de Sylvain Deroeux qui a dit fermement : « Je ne suis pas d’accord ! » Alors, comme je suis un élu de la République, j’ai demandé un vote. » La motion de la victoire l’emporte à l’unanimité.

L’odyssée d’Argelès n’en finit pas de nous toucher, elle est l’une des dernières à avoir exalté les bienfaits d’une formation hyperlocale (depuis, seul Auch l’a, à notre sens, égalé). « Nous étions une équipe qui associait des vieux briscards passés par l’USAP et de jeunes produits de la formation locale. Pierre Aylagas avait mis sur pied un staff d’éducateurs hors pair. Notre formation était hyperperformante » explique le numéro 8 de cette équipe, nommé Thomas Lièvremont. En 1996, Marc était déjà parti. Sur les sept frères, dans cette équipe jouaient Thomas en 8 et François à l’arrière, plus Mathieu jeune flanker (qui ne jouait pas contre Nice mais qui entra en jeu face à Toulouse). « De cette équipe, sont sortis quand même quatre futurs capitaines d’équipes de première division, reprend Pierre Aylagas. Thomas Lièvremont à Biarritz, Jean-Luc Bartoli à Montpellier, Sylvain Deroeux à l’USAP et Mathieu Lièvremont à Agen. C’est quand même incroyable, non ? »

Cet exploit fut donc une ode parfaite au rugby d’autrefois, qui n’allait pas chercher ses talents en Océanie, ni même en Angleterre. Très peu d’Argelésiens de 96 étaient nés au-delà d’un rayon de cent kilomètres autour du Stade Gaston-Pams, c’est ce qui fait la beauté de cet exploit.

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Le score final contre Toulouse laisse rêveur, le Stade des Castaignède, Carboneau, Califano n’a gagné que 27-16, deux essais à un.

La fusion et le recul

Après ce match, Argelès retomba brutalement sur terre, déjà en refusant la montée en Groupe A1. Un choc. Le club disposait d’un budget de 2,5 millions de francs alors que l’accession nécessitait une rallonge d’au moins 1,5 million. Le maire ne pouvait pas faire plus qu’une subvention de 600 000 francs. Chose incroyable, tout de suite après le huitième perdu, Argelès décida de fusionner avec un club qui venait de monter en Deuxième Division (équivalent fédérale 2), Latour-Bas-Elne Saint-Cyprien pour devenir l‘Etoile Sportive Catalane. Et donc reculer dans la hiérarchie, jusqu’à la D2. Ça paraît terrible, presque tragique, avec le recul.

Le rugby féminin à Argelès-sur-Mer

Le rugby féminin est en pleine expansion et c'est à Villelongue de la Salanque, au stade Joseph Raynal, que l'on peut observer cette dynamique. Le club local, l'Avenir Salanquais, incarne le développement du rugby féminin, de ses jeunes pratiquantes jusqu'aux seniors.

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